 |
Chrysostome
(Saint Jean). - Patriarche de Constantinople
et l'un des plus illustres parmi les pères de l'Église
grecque, né entre 344 et 354, à Antioche ,
mort en 407 près de Comana
dans le Pont. Fils d'un officier attaché à la préfecture
du prétoire d'Orient, et demeuré orphelin de bonne heure,
il fut élevé par sa mère et instruit à l'école
du célèbre sophiste Libanius,
où il se fit bientôt remarquer par ce don de la parole qui
lui valut plus tard le surnom de Chrysostome, c.-à-d.,
bouche
d'or. Après de brillants débuts au barreau d'Antioche,
Jean se lassa vite des études profanes. Il s'adressa à l'évêque
Meletius qui l'attacha à son clergé en qualité de
lecteur. Mais son âme ardente trouvait insuffisante cette préparation
au sacerdoce : et si les résistances de sa mère le retinrent
quelque temps dans le monde, bientôt on le vit, se dérobant
à l'épiscopat, s'enfuir dans les solitudes voisines d'Antioche
et pendant quatre ans vivre au désert, s'abîmant dans l'étude,
dans la contemplation, dans des privations inouïes. C'est vers ce
temps qu'il composa ses premiers ouvrages : son Dialogue sur le sacerdoce,
où il s'excuse d'avoir refusé l'épiscopat; son Exhortation
à Théodore, éloquent
traité à la louange de la vie monastique, ses trois livres
à Stagire, qui avait traversé comme lui la crise de
l'ascétisme, et y avait presque perdu
la raison. De retour à Antioche, il fut en 382 nommé diacre,
et en 386 ordonné prêtre par l'évêque Flavien
qui lui confia l'instruction du peuple dans sa ville épiscopale.
Ses premières prédications attirèrent bientôt
par leur éclat l'attention de la chrétienté orientale,
lorsque la sédition d'Antioche vint offrir une plus glorieuse occasion
à son génie. En 387, une émeute avait renversé
les statues impériales, et la colère de Théodose
menaçait la cité d'un châtiment terrible.
Pendant que l'évêque Flavien
allait à Constantinople
pour tenter de fléchir l'empereur, Chrysostome eut la charge de
soutenir le courage des habitants, de consoler la population tremblante;
et une série d'homélies
nous montrent comment il sut calmer les anxiétés de la cité
rebelle, et tirer de la consternation générale l'occasion
de sévères leçons et de touchants conseils. Quand
il put enfin, du haut de la chaire, annoncer le pardon impérial,
le crédit de l'éloquent prêtre devint immense; et,
pendant dix ans, sa renommée alla en croissant. Les homélies
qu'il prononça de 387 à 397 font revivre sous nos yeux cette
civilisation chrétienne d'Orient avec ses superstitions ,
son luxe, ses fêtes, les raffinements de sa mollesse, son élégance
exquise et recherchée, tous ses excès enfin que censure si
vivement Chrysostome. Sa prédication à la fois savante et
populaire, plus passionnée que logique, plus remplie d'images éclatantes
que d'arguments, à la fois familière et persuasive, ardente
et pathétique, ne pouvait manquer de séduire par son ampleur
élégante, par la mélodieuse harmonie et l'éclat
de son style coloré, par les hardiesses d'une imagination éblouissante,
l'esprit cultivé des Grecs asiatiques. Aussi bien l'éclat
de son génie attirait sur lui les regards de tout l'empire, et quand,
en 397, le siège patriarcal de Constantinople fut vacant, Eutrope,
le tout-puissant ministre d'Arcadius, ne crut
point pouvoir désigner un plus illustre candidat au choix de l'empereur.
Pour décider Chrysostome, il fallut l'enlever d'Antioche
par une véritable surprise; arrivé à Constantinople,
il céda cependant, et malgré les intrigues du patriarche
d'Alexandrie ,
Théophile, il fut intronisé le 2 février 398.
Le nouveau patriarche apporta à
Constantinople
la même liberté de langage qu'il avait à Antioche ;
sa volonté impérieuse et prompte n'admettait ni les tempéraments
ni l'indulgence; l'austérité de ses moeurs, son amour de
la solitude le privaient un peu de l'expérience du monde, et malgré
sa simplicité, son désintéressement, sa sobriété,
il manquait d'une vertu essentielle, l'amour de la paix. Pour assister
les pauvres, il supprima tout luxe dans l'église; il vécut
loin de la cour, dans la solitude, et en moins de trois mois, par ses réformes
violentes et hâtives, il avait soulevé son clergé contre
lui, mécontenté les évêques des diocèses
voisins, et inquiété la cour qui craignait en lui un censeur.
Ses sermons, qui donnent une curieuse description du luxe de la société
byzantine ,
sont pleins de remontrances, d'avertissements, presque de menaces adressées
aux riches et aux puissants; et si par ses censures et par son éloquence,
le patriarche gagnait dans les classes populaires un immense prestige,
en revanche, il se trouva bientôt en conflit ouvert avec Eutrope
au sujet du droit d'asile ecclésiastique. La chute du tout-puissant
ministre (399) accrut pourtant la puissance de Chrysostome; il sut, dans
un discours célèbre, protéger contre le peuple et
l'empereur même le favori tombé, réfugié à
Sainte-Sophie, et tirer de ce grand exemple de la vanité des choses
humaines de hauts enseignements. Peu après, il sut arrêter
Gaïnas, révolté contre l'empereur; mais l'excès
de son zèle, la sévérité de ses remontrances,
qui n'épargnèrent pas même l'impératrice Eudoxie,
soulevèrent contre lui une coalition redoutable. Un concile fut
convoqué à Constantinople, et, sous l'influence du patriarche
d'Alexandrie ,
Théophile, il admit les accusations, en particulier celle d'origénisme,
introduites contre Chrysostome; l'imprudence du patriarche qui continuait
pendant ce temps ses véhémentes prédications, et qui
fut accusé d'avoir dans un discours comparé à Hérodiade
et à Jézabel
l'impératrice Eudoxie, acheva sa perte; il fut solennellement déposé
de son siège et banni pour crime de lèse-majesté (403).
Enlevé pendant la nuit par crainte
d'un soulèvement populaire, Chrysostome fut exilé en Bithynie .
Mais le peuple s'agitait en faveur de son défenseur; un tremblement
de terre qui survint parut un signe de la colère divine, et l'impératrice
elle-même épouvantée demanda le rappel du banni. Il
revint à Constantinople
au milieu des acclamations universelles, et, malgré sa résistance,
fut contraint par l'enthousiasme populaire de remonter dans la chaire de
Sainte-Sophie. Son triomphe devait être de courte durée. Dès
la fin de l'année 403, il s'éleva dans son église
contre les jeux célébrés aux portes mêmes de
Sainte-Sophie en l'honneur de l'impératrice, et reprit ainsi, avec
peu de circonspection, la lutte interrompue. Eudoxie demanda vengeance,
et, comme Chrysostome siégeait sans avoir été absous
de la condamnation de 403, un nouveau concile fut convoqué pour
juger le patriarche. L'assemblée fut cette fois encore pleine de
scandales et de tumulte; pendant que le concile délibérait,
Chrysostome parlait dans Sainte-Sophie, et sa popularité balançait
l'influence de ses ennemis. Enfin le concile confirma la déposition
du patriarche (mars 404); mais le peuple s'empressait autour de son évêque.
Il fallut employer la force, et le sang coula jusque dans l'église.
Malgré l'appel qu'il interjeta à Rome, Chrysostome fut exilé
à Nicée ,
et de là conduit à Césarée
en Cappadoce .
Mais malgré son éloigneraient, le patriarche déposé
demeurait redoutable; à Constantinople, ses partisans se soulevaient
contre son successeur, mettaient le feu à Sainte-Sophie, et, dans
l'émeute, la moitié de la ville était ruinée
par les flammes.
En Occident, le pape Innocent
et l'empereur Honorius s'intéressaient
à la cause de Chrysostome; et, du fond de son exil, le patriarche,
d'abord relégué à Cucuse dans le Taurus, et peu après
dans la forteresse d'Arabissus, entretenait, par les lettres qu'il adressait
au monde chrétien et qui nous sont conservées, la pitié
qu'excitait son martyre. Cette popularité inquiéta l'empereur;
l'ordre fut donné de transférer Chrysostome sur la côte
de l'Euxin, à Pityonte, et, malgré son âge, on fit
en plein été traverser à pied à l'exilé
l'Asie Mineure tout entière. Il ne résista pas à cette
dernière épreuve; épuisé de fatigue, brisé
par la brutalité, peut-être volontaire, des soldats de l'escorte,
il mourut en chemin auprès de Comana du Pont, vers l'âge de
soixante ans. Ses funérailles furent faites au milieu d'un concours
immense de population, ses restes rapportés à Constantinople
en 438; mais dès 414, le pape Innocent avait obtenu qu'il
fût placé au rang des saints.
Il existe plusieurs éditions des
oeuvres de Chrysostome, par exemple celle de Montfaucon
(Paris, 1718-1738, 13 vol. in-fol.) ; et la collection de ses oeuvres choisies,
Opera
selecta (Paris, 1861-1862, 2 vol.). Ses ouvrages ont été
traduits sous la direction de Jeannin (Bar-le-Duc ,
1861-1867, t. I-XI), et par Bareille (Paris, 1864-1873, 26 vol.).
(Ch. Diehl). |
|