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| Dictionnaire | |
| Fatalité.
- Les Anciens entendaient par là l'irrésistible nécessité
des faits et des choses; c'était la loi du Destin
: et comme celui-ci, surtout chez les Stoïciens,
était l'enchaînement éternel des causes,
la raison des choses, la fatalité devenait à leurs yeux une
sorte de providence. Ils la distinguaient,
par conséquent; du hasard, qui est l'opposé
de l'ordre, et de la fortune, qu'ils faisaient
libre et capricieuse. ( Dans
la littérature
Fatalité dans
la tragédie antique. Selon les Anciens, les dieux Tirée des
traditions héroïques, la tragédie en conserva les données,
non moins que l'épopée et l'histoire : les dieux ne disparurent
pas entièrement de ces drames qu'ils avaient autrefois remplis,
et, quand ils cessèrent de s'y montrer, leur volonté toute
puissante y joua longtemps le principal rôle et y resta le mobile
de l'action. Elle se manifestait par des pressentiments, des songes, des
présages, des oracles. La fatalité, toujours rappelée
à l'esprit du spectateur, semblait former le fond de ce tableau,
lugubre où paraissaient les passions humaines
marchant vers le but que leur avait marqué d'avance l'immuable destinée.
Telle est l'idée dominante des tragédies d'Eschyle
: tout abstraite qu'elle est, elle devient une sorte de personnage vivant
et agissant, le héros de son drame, et comme son drame lui-même.
L'empreinte de la fatalité est manifeste dans la trilogie d'Agamemnon,
des Choéphores Dans Sophocle,
surtout dans ses deux Oedipe, les héros se montrent déjà
plus maîtres d'eux-mêmes et plus responsables de leurs actes;
l'intrigue se noue et se dénoue plus près de la terre. Les
dieux n'ont pas abdiqué toute action sur la volonté
humaine; mais on sent qu'entre eux et l'homme la lutte est moins inégale.
Il y a telle faute; cause de son malheur, que pourrait éviter Oedipe Dans les tragédies d'Euripide, les puissances surnaturelles ne sont plus que des personnages de prologue ou des machines de dénouement; la volonté humaine se montre souvent indépendante et maîtresse d'elle-même; les moeurs et les caractères des personnages deviennent la cause principale des événements tragiques. Toutefois, Euripide n'a pas complètement effacé de ses oeuvres la fatalité ; il l'a plutôt déplacée : Eschyle et Sophocle avaient peint les dieux précipitant les mortels dans des malheurs inévitables : Euripide les montre qui leur envoient d'invincibles passions. Auparavant, le personnage tragique était aux prises avec les obstacles du dehors; il eut désormais à combattre les ennemis du dedans; c'est su sein même du coeur des humains que fut transportée la lutte dramatique. La liberté morale y revendiqua ses droits, même par une résistance impuissante, et cette nouveauté hardie a ouvert la voie à l'art moderne, qui a fait de la tragédie non pas le tableau des calamités de l'homme esclave de l'aveugle destinée, en un mot de la fatalité, mais le tableau des malheurs et des crimes de l'humain esclave des passions, qu'il a laissé se développer dans son coeur. Cette transformation dans la conception du drame en Grèce, due surtout au génie d'Euripide, nous explique pourquoi Aristote, historien plutôt que législateur du théâtre grec, a négligé presque complètement de parler, dans sa Poétique, du principal personnage de l'antique tragédie, la fatalité. S'il n'en a rien dit, c'est qu'aussi bien que la trilogie, sur laquelle il garde un absolu silence, et que le drame-satyrique, auquel il consacre à peine quelques lignes, la divinité mythologique la doctrine philosophique et littéraire de la fatalité étaient déjà de son temps tombées en désuétude. (F. B.).
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.