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Dans un pays qui, comme la
France ,
avait développé avec tant d'ardeur l'architecture
gothique et en avait créé les plus beaux types, le retour
aux formes de l'Antiquité ,
retour amené par les guerres d'Italie
de la fin du XVe
siècle, ne put avoir lieu sans une assez vive opposition,
ou tout au moins sans une certaine hésitation : aussi, malgré
la grande lassitude ressentie en France à l'endroit de l'architecture
ogivale, qui y florissait depuis plus de trois siècles et malgré
tout le charme de la nouveauté, - on peut dire de la mode, - les
partisans du nouveau système d'architecture
ne rencontrèrent, à l'origine, d'appui qu'à la cour
et chez les grands seigneurs gravitant autour d'elle, et, pendant que des
palais royaux ou des logis princiers s'élevaient à la mode
italienne et en partie par les soins d'artistes appelés d'Italie
ou étant allés y étudier l'architecture antique; des
églises
et des édifices publics étaient encore construits avec les
formes et l'ornementation de l'architecture
gothique, offrant ainsi comme deux systèmes d'architecture juxtaposés.
L'architecture
de la Renaissance française peut être divisée en
deux périodes : la première, encore empreinte de ressouvenirs
de l'art ogival, commence avec Charles
VIII et comprend les règnes de Louis
XII et de François Ier;
la seconde, en pleine possession des formes antiques et maîtresse
de son ornementation, comprend les règnes des derniers Valois :
on peut même rattacher à cette seconde période une
partie des constructions érigées sous les règnes des
deux premiers Bourbons, Henri
IV et Louis XIII; mais, dès le commencement
du XVIIe siècle,
l'architecture française perd
de plus en plus son originalité propre pour s'inspirer davantage
et se rapprocher de l'art antique et acquérir enfin, sous Louis
XIV, la grandeur et une certaine unité aux dépens de
la grâce et de la diversité. Il faut ajouter que les artistes
français de la Renaissance
purent surtout étudier les édifices antiques de l'Italie
et s'inspirer des ordres romains
: mais qu'ils ne connurent pas les ordres grecs et que le dorique
si sévère du Parthénon
et l'ionique si charmant des temples
de l'Attique
resteront lettres mortes pour eux.
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Intérieur
d'une église de la Renaissance (Saint-Aignan, à Chartres).
©
Photo : Serge Jodra, 2011.
Sans vouloir trop circonscrire le champ
d'action de l'architecture française
de la Renaissance, il faut reconnaître qu'elle construisit peu d'édifices
religieux, - la France ,
il est vrai, était couverte de cathédrales'
gothiques,
- et bien souvent même, à part quelques rares exemples, comme
l'église Saint-Eustache ,
à Paris,
qui offre une grande unité dans la nouveau style, telle église
datant du XVIe
siècle et même du commencement du XVIIe
siècle est encore construite et décorée
suivant les données habituelles de l'art ogival, par exemple la
cathédrale d'Orléans;
seuls, un portail ou deux, parfois quelques
travées de la grande nef ou un clocher
disent les nouvelles tendances d'architecture, ainsi qu'on peut le constater
à Sainte-Clotilde des Andelys ,
à Notre-Dame de Vétheuil, à l'église Saint-Gervais
et Saint-Protais de Gisors,
à Saint-Michel de Dijon et aux églises Saint-Gervais ,
Saint-Etienne-du-Mont
et Saint-Merri
de Paris. En revanche, dès les premières tentatives faites
au château d'Amboise,
sous Charles VIII, pour acclimater sur le
sol français le style d'architecture qui florissait alors en Italie,
presque tous les palais, les châteaux et même les riches habitations,
les fontaines et les tombeaux furent construits
et décorés dans un style inspiré de l'architecture
italienne de l'époque et pendant quelques années par
des artistes italiens; mais bientôt ces derniers eurent fait école
et l'architecture française pouvait citer Pierre
Lescot, Philibert Delorme, Jean
Bullant, les Du Cerceau, les Métezeau,
les Chambiges, Salomon de Brosse, et tant d'autres
architectes des rois de France sous
François
Ier
et ses successeurs jusqu'à Henri IV et
Louis
XIII, c.-à-d. pendant plus d'un siècle.
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Portail
de l'église
de
Gisors.
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Lanterne
du Château
de
Chambord.
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Les principaux châteaux
élevés pendant cette longue période sont :
1° le château de Gaillon
(Eure), construit pour le cardinal Georges d'Amboise, peut-être sous
la direction de l'Italien Fra Giocondo,
mais par une pléiade d'artistes pour la plupart rouennais; de ce
château aujourd'hui aux trois quarts détruit, plusieurs fragments
ont été réédifiés dans la cour de l'Ecole
nationale des beaux-arts ,
à Paris;
2° le château de Blois
(toute la partie renfermant la porte d'entrée,
le grand escalier, la chapelle
et la salle des Etats);
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Les
loggias de la façade de l'aile François Ier
du château de Blois.
Photo
: © Serge Jodra, 2010.
3° les châteaux de Meillant (Cher)
et d'Azay-le-Rideau
(Indre-et-Loire);
4° le château de Nantouillet
(Seine-et-Marne), construit pour le cardinal Duprat, ministre de François
Ier, et dont on peut encore admirer l'entrée,
un bel escalier de pierre et des fragments de décoration sculptée
et peinte;
5° le manoir d'Ango, à Varengeville
(Seine-Maritime);
6° l'hôtel du Bourgtheroulde,
à Rouen,
une des résidences privées les mieux conservées de
cette époque et célèbre par ses bas-reliefs
représentant la fameuse entrevue de François
Ier, et
de Henri VIII au camp du drap d'or ;
7° l'ancienne maison dite de François
Ier, construite à l'origine à
Moret (Seine-et-Marne), et transportée, en 1826,
au Cours-la-Reine, à Paris
(détruite au début du XXe
s.);
8° le château
de Chenonceaux ,
embelli et habité tour à tour par François
Ier, Diane
de Poitiers et Catherine de Médicis;
9° les agrandissements considérables
du château de Blois
et son fameux escalier à jour d'une
décoration si riche et si élégante à la fois;
10° le château de Chambord,
avec ses trois ordres de pilastres
et, au centre, le curieux escalier à jour et la lanterne si originale
qui le surmonte;
11° le château de Saint-Germain-en-Laye ,
dont la cour intérieure, peu modifiée, montre encore ses
assises alternées de briques et de pierre;
Ancien
château, dit de Madrid, dans le Bois de Boulogne.
12° le château dit de Madrid,
aujourd'hui entièrement détruit et s'élevant autrefois
à Boulogne
(Hauts-de-Seine), château tout enluminé
de faïences dans le sentiment italien
et rappelant plus que tout autre les palais du Nord de l'Italie ;
13° le château de Fontainebleau,
dont les principales parties, telles que la cour ovale et la porte dorée,
sont l'oeuvre d'artistes français; mais dont la Cour des Fontaines,
de nombreuses galeries et surtout les décorations intérieures
sont dues aux illustres artistes italiens que François
Ier attira
à sa cour;
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Galerie
de François Ier,
au Château de Fontainebleau,
par
Gilles le Breton (1528-1534).
14° le château d'Écouen,
construit vers 1540, pour le connétable
de Montmorency ,
par Jean Bullant, à son retour d'un voyage
d'études fait en Italie;
15° le château d'Anet
(Eure-et-Loir), oeuvre de Philibert Delorme, dont la cour de l'Ecole
des beaux-arts possède un beau portail;
16° le Louvre
et les Tuileries, où
les architectes et les artistes décorateurs furent légion,
mais parmi lesquels Pierre Lescot, Philibert
Delorme et Jean Goujon portèrent à
son plus haut point de magnificence, de grandeur et de rare élégance
l'architecture française de la Renaissance ,
laquelle, débarrassée de l'influence italienne, créa,
dans la cour du Louvre, son oeuvre la plus remarquable.
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Il faudrait, à côté
de ces palais et de ces châteaux royaux,
citer l'ancien hôtel de ville de Paris,
commencé en 1532 par un maître
italien, Dominique Boccador, aidé par de nombreux conducteurs de
travaux français; la fontaine
des Innocents, ce bijou de pierre sculptée attribué à
Jean
Goujon, et si bien transporté, complété et restauré
dans un square du quartier des Halles, à Paris; de charmantes maisons
à Orléans,
à Blois,
à Luxeuil
et enfin des tombeaux dont les plus beaux sont le tombeau des cardinaux
d'Amboise et le tombeau de Louis de Brézé, dans la cathédrale
de Rouen;
le tombeau de François II et de Marguerite
de Foix, à Nantes,
et les tombeaux de François Ier
et de Henri II, dans la basilique
de Saint-Denis.
(Charles Lucas). |
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