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Diane de Poitiers

Diane de Poitiers, connue pour avoir été la maîtresse du duc d'Orléans, fils de François Ier, et roi ensuite sous le nom de Henri II, était la fille aînée de Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, d'une des plus anciennes familles du Dauphiné. Elle naquit le 3 septembre 1499, et non pas le 14 mars 1500, comme le dit Bayle. Elle épousa à l'âge de 15 ans Louis de Brèzé, comte de Maulevrier, grand-sénéchal de Normandie, dont la mère était fille de Charles VII et d'Agnès Sorel.
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Diane de Poitiers.
Diane de Poitiers.

Diane à qui on donna le nom de Grande-senéchale, perdit son mari le 23 juillet 1531. C'est mal à propos que Mézeray et les historiens qui l'ont suivi, ont prétendu que François Ier avait accordé, aux prières de Diane, la grâce du seigneur de Saint-Vallier, condamné à mort pour avoir favorisé la fuite du connétable de Bourbon, et que Diane avait payé cette grâce en faisant au roi le sacrifice de son honneur. La grande-senéchale ne donna aucune prise sur sa conduite tant que vécut son mari, elle voulut même signaler sa tendresse pour lui, et en perpétuer le souvenir. 

Après la mort de Louis de Brezé, elle lui fit élever un superbe mausolée dans l'église de Notre-Dame de Rouen, elle porta le deuil toute sa vie, et ses couleurs, même dans le temps de sa plus grande faveur, furent toujours le noir et le blanc. Diane avait 31 ans lorsqu'elle resta veuve. Le duc d'Orléans n'en avait que treize, ainsi leurs amours, dont on ne peut fixer l'époque avec exactitude, durent commencer beaucoup plus tard. Après la mort du dauphin François, Diane aimée du duc d'Orléans devenu dauphin, se trouva en concurrence avec la duchesse d'Étampes, maîtresse de François Ier. Chacune eut son parti; et la haine des deux rivales éclata plus d'une fois par des scènes scandaleuses.
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Chenonceau : cheminée de la chambre de Diane de Poitiers.
Chenonceau : lit de la chambre de Diane de Poitiers.
La chambre de Diane de Poitiers, à Chenonceau. © Photos : Odette  Jodra, 2013.

La cour se partagea entre elles. La duchesse plus jeune de dix ans se flattait d'être plus belle que Diane, et la raillait sans cesse sur son âge disant qu'elle était née le jour que Diane avait été mariée. Pendant que la duchesse d'Étampes, et ses partisans, prodiguaient à Diane le nom de vieille ridée, la passion du dauphin semblait prendre de nouvelles forces. La beauté de Catherine de Médicis qu'il venait d'épouser, n'affaiblit pas son attachement pour Diane, et cette princesse elle-même fut obligée de ménager la favorite. Diane qui, pendant la vie de François Ier , n'avait joué à la cour qu'un rôle secondaire, vit tous les courtisans se réunir autour d'elle, après la mort de ce prince arrivée en 1547.

Dès lors elle régna en France sous le nom de Henri. Le premier usage qu'elle fit de son pouvoir fut d'exiler la duchesse d'Etampes, à qui pourtant elle laissa tous ses biens, se contentant de priver de leurs emplois ceux qui les devaient à la faveur de la duchesse. Bientôt Diane changea tout dans le conseil, dans le ministère et dans le parlement. Elle ôta à Pierre Lizet sa charge de premier président du parlement de Paris; elle chassa de la cour le chancelier Olivier, et fit donner les sceaux à Bertrandi. Le connétable ne put conserver sa puissance et son crédit, qu'en faisant honteusement la cour à la favorite. Elle reçut du roi de nombreux présents, dont le domaine de Chenonceau, en 1547. Au mois d'octobre 1548, le roi lui donna à vie le duché de Valentinois, elle prit alors le titre de duchesse de Valentinois. Elle obtint de Henri II le don de droit de confirmation; c'était un droit qu'avant l'établissement de la paulette, tous ceux qui possédaient des charges en France étaient obligés de payer à l'avènement de chaque roi pour s'y faire confirmer. Cette dernière faveur que François Ier n'avait accordée qu'à sa mère, fit murmurer le peuple. Diane employa les fonds que lui rapporta cette libéralité à faire embellir le château d'Anet, que les poètes célébrèrent sous le nom de Dianet. Philibert Delorme en dirigea l'architecture. 
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L'âge de Diane, qui rendait son empire sur le coeur du roi, si extraordinaire, fit croire à quelques-uns de ses contemporains qu'elle avait eu recours à la magie, pour l'enchaîner; et l'on renouvela à ce sujet le vieux conte de l'anneau enchanté de Charlemagne. Des auteurs graves tels que Théodore de Bèze et Pasquier n'ont pas dédaigné d'adopter ce préjugé populaire, et le dernier a même cherché à le prouver par des exemples. La véritable magie de Diane, fut le charme de l'esprit, des talents et des grâces; les louanges des beaux esprits qu'elle protégea, prouvent qu'elle était sensible aux agréments de la poésie et des belles lettres; les Muses n'offrent guère leur encens qu'à ceux qui savent le goûter, et la reconnaissance seule n'a pas inspiré les vers de Du Bellay, de Ronsard et de Pelletier. Au reste la beauté de Diane se conserva longtemps; elle mit tous ses soins à retarder l'outrage des années, elle y réussit. Elle ne fut jamais malade; et dans le plus grand froid elle se lavait le visage avec de l'eau de puits. Eveillée le matin à six heures, elle montait à cheval, faisait une ou deux lieues et venait se remettre dans son lit où elle lisait jusqu'à midi. Ses traits étaient réguliers, son teint le plus uni et, disait-on, le plus beau qu'on pût voir, ses cheveux bouclés et d'un noir de jais. Brantôme, qui la vit peu de temps avant sa mort, assure qu'elle était encore belle. 

Mézeray, qui traite fort mal les favorites des rois de France, ne ménage pas Diane. Le président de Thou lui attribue tous les malheurs du règne de Henri II, la rupture de la trêve avec l'Espagne qui entraîna la perte de la bataille de Saint-Quentin et causa des maux infinis à la France, et les persécutions que souffrirent les protestants. Il paraît en effet, par la haine que témoignent contre elle tous les écrivains calvinistes, que Diane contribua à inspirer à Henri ces cruelles idées d'intolérance qui semblaient poussées à l'excès sous ce règne. Ennemie déclarée de la Réforme, Diane, dans son testament, déshérite ses filles dans le cas où elles embrasseraient les nouvelles opinions. 
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Clouet : Diane de Poitiers dans son bain.
Diane de Poitiers dans son bain, par François Clouet.

On prétend, mais ce fait n'est pas attesté, que la duchesse de Valentinois eut une fille de Henri Il, et que ce prince ayant voulu la légitimer, Diane s'y opposa en lui disant avec fierté : 

J'étais née pour avoir des enfants légitimes de vous; j'ai été votre maîtresse parce que je vous aimais, je ne souffrirais pas qu'un arrêt me déclarât votre concubine. 
Cette réponse où il y aurait eu un peu de jactance, est rapportée par Brantôme, dont le témoignage ne nous paraît pas suffisant pour constater la naissance de cette
prétendue fille.

Henri II, blessé dans un tournois, mourut le 10 juillet 1559. Dès que l'état de ce prince ne laissa plus d'espérance, Catherine de Médicis ordonna à la duchesse de Valentinois de se retirer, et lui fit redemander les pierreries de la couronne

Le Roi est-il mort? demanda Diane à celui oui était chargé de cette commission. Non, madame , répondit celui-ci ; mais il ne passera pas la journée. Je n'ai donc point encore de maître, répliqua-t-elle; que mes ennemis sachent que je ne les crains point; quand ce prince ne sera plus, je serai trop occupée de la douleur de sa perte pour que je puisse être sensible aux chagrins qu'on voudra me donner.
Diane Conaissait trop bien la cour pour croire que la reconnaissance y tînt contre la disgrâce; elle sentit que plus son crédit l'avait élevée, plus sa chute serait effrayante. En effet, tous ses amis l'abandonnèrent, à l'exception du connétable de Montmorency qui lui devait son rappel à la cour. Dès que le roi fut expiré, Diane se retira à Anet où elle mourut, le 22 avril 1566, âgée de 66 ans. 

Le roi avait porté les couleurs de Diane tout le temps de sa vie. Quelques auteurs prétendent que la devise de ce prince : Donec totum impleat orbem, et le croissant qu'il fit graver sur ses monnaies, étaient une marque de son amour pour Diane, au nom de laquelle cette devise faisait allusion. On voit encore des médailles où la duchesse de Valentinois est représentée foulant aux pieds un amour, avec ces mots : Omnium victorem vici. J'ai vaincu le vainqueur de tous
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Tombeau de Diane de Poitiers.
Le tombeau de Diane de Poitiers, à Anet.

Elle fonda plusieurs hôpitaux, et établit à Anet un Hôtel-Dieu pour douze pauvres veuves. Un beau monument lui fut érigé par J. Goujon dans l'église du château d'Anet (déplacé après la Révolution au Musée des monuments français est de nouveau à sa place depuis les années 1960). Ses Lettres ont été publiées (1866) par G. Guiffrey. (B-Y.).

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Dictionnaire biographique
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