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L'Orénoque
L'Orénoque (espagnol Orinoco, Paragua ou Orinucu des Indiens) est un grand fleuve de l'Amérique du Sud, qui se jette dans l'Atlantique et qui appartient en entier à la république du Venezuela ; mais son bassin, d'environ un million de km², est partagé entre le Venezuela et la Colombie qui possède le cours supérieur de plusieurs affluents de gauche. Découvert par Christophe Colomb en 1498, ce fleuve est long de 2160 km. 

Malgré quelques rapides, d'ailleurs peu importants relativement à la masse des eaux, l'Orénoque peut être considéré comme ayant atteint son profil d'équilibre, et son réseau hydrographique est parvenu à sa maturité. Cette maturité est même avancée, et c'est par un méandre divagant que l'on croit devoir expliquer sa bifurcation vers le rio Negro par le Casiquiare. On ne peut guère en effet voir là un phénomène de capture : l'Amazone et le rio Negro sont encore plus achevés que l'Orénoque, et il est peu probable qu'à une époque toute récente le Casiquiare ait eu la force de pousser sa tête en amont. 
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Confluent de l'Orénoque et du Casiquiare.
Le confluent de l'Orénoque et du Casiquiare vu de l'espace. (Image : Nasa World Wind / Modis).

D'après Chaffanjon, cette bifurcation ne serait pas ancienne, elle serait due à une inondation un peu plus forte que d'habitude qui aurait creusé un premier chenal, approfondi depuis et dont le creusement continuerait d'une façon sensible. Cette bifurcation a été pour la première fois mise en lumière par Humboldt; mais elle avait été reconnue avant lui, et c'est sans doute à ce fait qu'il faut attribuer la légende du grand lac Parim d'où seraient sortis tous les fleuves de la région. 

L'Orénoque a encore ceci de remarquable qu'il ne coule pas au centre de la plaine des Llanos, mais qu'il contourne le pied même du plateau de Guyane. Il faut sans doute voir là un phénomène analogue à celui de la Tisza que ses affluents descendus des Carpates ont refoulée, par leurs alluvions, d'une centaine de km vers l'Ouest. En effet, les affluents de la rive droite de l'Orénoque, coulant sur un plateau depuis longtemps soumis à l'érosion, ne devaient plus guère travailler quand s'est produit le plissement andin. Les torrents des Andes ont au contraire amené des masses énormes d'alluvions qui non seulement ont formé les Llanos, mais ont repoussé le fleuve collecteur jusqu'à une limite qu'il ne pouvait franchir.

Les sources de de L'Orénoque. - Dès le XVIIIe siècle, les Espagnols, au cours de leurs démêlés avec les Portugais du Brésil, avaient cherché à résoudre la question des sources de l'Orénoque. En 1760, Diaz de la Fuente remonta le fleuve jusqu'aux rapides appelés Raudal de los Guaharibos. En 1764, Bobadilla ne parvint même pas jusqu'à ce point. En 1840, Schomburgk, ayant franchi la sierra Parima, descendit le rio Padauro, qui est aussi puissant que l'Orénoque lui-même quand il conflue avec lui. Enfin, en 1888, Chaffanjon franchit le rapide des Guaharibos, puis le salto de la Desolacion, appelé depuis salto de los Franceses, et atteignit le ruisseau initial. D'après l'explorateur français, ce ruisseau descendait d'une montagne haute de 1200 à 1400 m, qu'il a appelée le pic Ferdinand de Lesseps.
L'Orénoque coule d'abord de l'Est à l'Ouest et il ne reçoit pas d'affluents importants avant sa bifurcation vers le Casiquiare; il reçoit sur sa rive droite le rio Ventuari, puis tourne au Nord à San Fernando de Atabapo où confluent l'Atabapo, l'Inirida et le Guaviare. 

L'Orénoque reçoit plus au Nord sur sa gauche la Vichada et est obligé de franchir des seuils de granit par deux rapides le raudal de Maipures et le caudal d'Atures, que l'on contourne au moyen de portages. Au Nord de ces rapides, l'Orénoque reçoit le Meta qui vient des Andes et dont une des branches mères est peu éloignée de Bogota et du rio Magdalena. Le Meta a 2 km de large pendant la saison des pluies, et il pourrait donner passage aux grands navires s'il n'était encombré d'îlots. Viennent ensuite confluer, toujours à gauche, l'Arauca et surtout l'Apure dont l'Orénoque inférieur continue dès lors la direction vers l'Est.

L'Apure est la grande voie navigable des Llanos venezolans; profond, sans rapides, il peut être remonté  jusqu'à 500 km de l'embouchure. Ses eaux jaunies par les boues des Llanos demeurent longtemps distinctes des eaux claires de l'Orénoque. L'Apure reçoit le Portugueza, également navigable et grossi lui-même du Cojedes. 

Du plateau guyanais, l'Orénoque reçoit le Cuchivero, le Caura, le Caroni, le Yuruari. Pendant les fortes pluies, le Caroni communique avec le Cuyuni, affluent de l'Essequibo. 

Dans son cours inférieur, l'Orénoque subit l'influence de la marée jusqu'à 400 km de son embouchure. A Ciudad Bolivar, il roule déjà 12.000 à 14.000 m. c. à la seconde, et il a encore des affluents à recevoir. Sa profondeur dépasse parfois 50 m, et la crue atteint 12 à 15 m; il y a deux crues, la première d'avril en août, une plus petite en novembre, la crue des morts. Pendant la grande crue, les eaux forment aux confluents de véritables mers intérieures. 
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Delta de l'Orénoque.
Le delta de l'Orénoque vu de l'espace (en haut la côte méridinale de Trinidad).

Les alluvions de l'Orénoque, protégées contre les effets du courant maritime par l'île de Trinidad, ont formé à l'embouchure un vaste delta dont la surface est d'environ 17.500 km². Le bras principal, la boca del Navios, continue à couler dans la même direction que le fleuve, de l'Ouest à l'Est. Mais le bras occidental, le Marramo, tourne au Nord pour aller se jeter dans le golfe de Paria. Entre ces deux bouches s'entre-croisent une infinité de bayous, dont le cours se déplace sans cesse et dont le principal, celui de Macareo, est le chemin le plus court suivi par les navires entre Puerto-España et Ciudad-Bolivar. Il n'y a en tout que sept bras accessibles aux grands navires. Au bec du delta, la profondeur du fleuve dépasse 100 m; la distance de la Bouche des Navires au Marramo est de plus de 300 km. Le courant maritime qui longe la côte Nord de l'Amérique du Sud pénètre en partie dans le golfe de Paria où, mélangé aux eaux de l'Orénoque, il produit des tourbillons, et d'où il sort, entre Trinidad et la presqu'île de Paria, par la Bouche du Dragon. 



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