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Les météorites
Histoire des découvertes

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Les météorites ont d'abord été appelées des aérolithes, autrement dit des pierres tombées de l'air. Les témoignages sur ces sortes de pierres, qui font le lien entre le ciel et la Terre, entre l'astronomie et la géologie, se perdent dans l'obscurité des siècles. Pourtant, pendant longtemps elles n'ont suscité que peu d'intérêt, et encore seulement de quelques observateurs que le hasard avait rendus témoins oculaires de leur chute. Il était difficile d'y croire tant leur origine paraissait étrange. Et lorsqu'on y croyait, c'était souvent pour en faire des prodiges, plutôt que des phénomènes naturels. Aussi leur témoignage a-t-il longtemps été  repoussé avec une espèce d'indignation par la plupart des physiciens; et les objets dont ils proclamaient l'existence étaient, comme on le disait autrefois, « relégués dans la classe de ceux que l'imagination enfante et que la nature désavoue ». C'est seulement à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, qu'il n'a plus été permis de douter de l'existence de ces pierres tombées du ciel, et diverses conjectures ont commencé à être proposées sur leur formation.
Dates clés :
467 av. J.-C. : l'origine d'une météorite tombée en Thrace est discutée par les Présocratiques.

1756 : Lalande attire l'attention de ses contemporains sur les météorites.

1794 : Chladni propose de voir dans ces pierres des corps venus de l'espace.

1803 : Après une chute à Laigle, Biot convainc l'Académie que ces pierres tombent effectivement du ciel.

Début du XIXe siècle : l'hypothèse de Patrin selon laquelle les météorites se forment dans l'atmosphère est la plus souvent admise.

Fin du XIXe siècle : On en revient à l'hypothèse cosmique de Chladni.


Des pierres tombées du ciel?


Jalons
On trouve dans les écrits des philosophes de l'Antiquité quelques traces de l'existence des météorites. Tite-Live fait mention de différentes pluies de pierre, tombées dans les environs du mont Albanus au voisinage de Rome. Pline, après Diogène d'Apollonie, rapporte qu'on voyait encore de son temps une pierre d'une grosseur considérable qui était tombée en Thrace, près de la rivière d'Aegos-Potamos, la seconde année de la soixante-dix-huitième olympiade (467 ans avant Jésus-Christ). Cette pierre était de la grandeur d'un chariot et de la couleur d'un corps brûlé; Les Grecs croyaient qu'elle était tombée du Soleil, et que Anaxagore avait annoncé plusieurs circonstances de sa chute : ce qui donne lieu à Pline de remarquer judicieusement que la prédiction aurait été plus miraculeuse que la chute de la pierre. Il existait dans le gymnase d'Abydos, en Asie Mineure,une pierre qui avait la même origine que celle dont nous venons de parler : on en voyait une troisième dans la ville de Cassandrie. Enfin Pline assure avoir vu lui même une de ces pierres dans le pays des Voconces qui habitaient la partie méridionale du Dauphiné. 

Des théories sur l'origine de ces pierres sont également émises dès l'Antiquité, comme en témoigne ce passage de Plutarque :

« Quelques philosophes pensent, dit-il dans sa Vie de Lysandre, que les étoiles filantes ne proviennent point des parties détachées de l'éther qui viendraient s'éteindre dans l'air, aussitôt après s'être enflammées; elles ne naissent pas davantage de la combustion de l'air qui se dissout, en grande quantité, dans les régions supérieures; ce sont plutôt des corps célestes qui tombent, c'est-à-dire qui, soustraits d'une certaine manière à la force de rotation générale, sont précipités ensuite irrégulièrement, non seulement sur les régions habitées de la Terre, mais aussi dans la grande mer, d'où vient qu'on ne les retrouve pas. »
 
Pierres sacrées, pierres célestes?

Il est tentant de voir des météorites dans certaines pierres sacrées dont parlent les mythes ou qui ont été l'objet d'un culte particulier. Dom Calmet, Edward Howard, Chladni et Bigot de Morogues (dont on a suivi sur cette page un certain nombre d'indications), puis Eugène Antoniadi [a], entre autres, se sont essayé à cet exercice périlleux. Parmi les exemples retenus par ces auteurs, on mentionnera : la pierre de foudre, tombée en Crète, et regardée comme le symbole de Cybèle; le pierres tombées selon la Bible, lors de la pluie rapportée par le Livre de Josué, et qui détruisit les ennemis du peuple juif à Beth-Horon; l'Ancile où bouclier sacré tombé sous le règne de Numa; la pierre noire conservée dans la Kaaba de la Mecque; la pierre de tonnerre, dure et brillante, avec laquelle fut façonnée l'épée d'Antar (Le Roman d'Antar). 

Il convient cependant de noter que de telles assimilations n'ont rien d'évident. Même si parfois encore on veut y voir une howardite, généralement on considère, par exemple, aujourd'hui que la pierre de la Mecque serait banalement terrestre [b]; quant à ce que l'on a traditionnellement appelé céraunies (du grec ceraunos = tonnerre) ou pierres de tonnerre (parce qu'on croyait qu'on les trouvait là où frappait la foudre), il est apparu que la plupart du temps, elles étaient... des outils et des armes préhistoriques de pierre taillée [c].



En bibliothèque - [a] Eugene Antoniadi, On ancient meteorites, and on the origin of the crescent and star emblem, in The Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, n° mai-juin 1939; [b] Robert Dietz, John McHone, Kaaba stone : not a meteorite, probably an agate, in Meteoritics, numéro du 30 juin 1974.

- [c] Ed. Jacquart, Céraunies ou Pierres de Tonnerre (silex taillés, haches de pierre), in Bulletin de la Société de Borda à Dax, 3e trimestre 1894).

En librairie - André Turcan, Héliogabale et le sacre du Soleil, Payot, 1997 (ou l'histoire de ce descendant de Bédouins devenu empereur de Rome,  et qui voulut imposer le culte d'un aérolithe supposé figurer le Soleil...).

Dans la Chine ancienne.
Les témoignages de chutes dans la Chine ancienne sont assez nombreux. De Guignes, qui a compulsé les ouvrages des anciens auteurs chinois, nous apprend dans son voyage, que l'an 211 avant notre ère, sous le règne de Chy-Hoang-Ty, une étoile tomba jusqu'à terre, et se convertit en pierre; ce qui me semble démontrer que cette chute fut accompagnée de lumière. Quoi qu'il en soit, ce phénomène frappa singulièrement les contemporains, car les habitants du lieu, voulant en profiter pour donner une leçon à l'empereur, firent graver ces paroles sur la pierre : 
« Chi-Hoang Ti est prêt de mourir, et son empire sera divisé. » 
Ce qui l'irrita tellement qu'il fit massacrer tous les habitants des  environs de l'endroit où se trouva la pierre, et la fit briser ensuite. Quant à lui, il mourut à la septième lune de l'année suivante; et sous le règne de son successeur, l'empire se révolta et fut divisé en une multitude de royaumes... Le voyageur, de l'ouvrage duquel sont extraits ces détails, rapporte que 192 ans avant J.-C., il tomba une autre pierre dans le même empire. Il rapporte encore que 99 ans avant J.-C., à la deuxième lune, au jour Ting-Yeou., trente-quatrième du cycle, il tomba deux pierres à Yong, et que cette chute fut accompagnée d'un tel bruit, qu'elle fut entendue jusqu'à quatre cents li (quarante lieues) de distance; le temps était, dans ce moment, calme et sans aucun nuage apparent. De Guignes mentionne plusieurs autres chûtes de pierres qui eurent lieu dans ce pays, durant l'espace des trente-huit dernières années qui précédèrent notre ère.

Ainsi, en 38 avant J.-C., il tomba six pierres dans le pays de Leang, à la première lune, au jour Vouchin, cinquième du cycle, et l'an 29 avant J.-C.; à la première lune, dans le printemps, il tomba du ciel,quatre pierres, à Pô, et deux dans le territoire de Tchin-Ting-Fou; dans le printemps de l'an 22 avant J.-C., il tomba du ciel huit autres pierres; et ce phénomène se renouvela l'an 19 avant J.-C. car il tomba encore trois autres pierres vers la cinquième lune.

Les auteurs chinois, consultés par de Guignes, ont encore consigné dans leurs ouvrages les chûtes de pierres suivantes. L'an 12 avant J.-C., il. tomba une pierre à Tou Kouan, à la quatrième lune : le ciel étant clair, on entendit un bruit comme de plusieurs coups de tonnerre; une grande étoile, longue de dix Tchang (cent pieds), blanche et brillante, venant du sud-est, et suivant le Soleil, parut sous la forme d'une pluie de feu, et s'arrêta le soir au coucher du Soleil. Enfin, l'an 9avant J.-C.  il tomba également du ciel, dans l'empire de la Chine, deux pierres, et, l'an 6avant J.-C., ce phénomène se renouvela deux fois; car, à la première lune, il tomba seize pierres dans le pays de Ning-Tcheou, et, à la neuvième lune, il en tomba deux autres à Yu, etc.

Au Moyen Âge.
Le Moyen âge chrétien semble avoir été peu sensible à ce type de phénomènes. Les témoignages sont en général très vagues, et quand il sont un peu circonstanciés, on se met facilement à douter de leur objectivité. On citera la (possible) pluie de pierres évoquée, entre autres prodiges, à l'occasion de la naissance de Charles le Chauve, en 823. Une autre pierre serait tombée en Italie sous le pontificat de  Jean XIII (soit entre  965 et 971). En 1136, à Oldisleben, en Thuringe, il tomba une pierre de la taille d'une tête humaine. En 1164, le jour de la fête de la Pentecôte, il tomba une pluie de fer en Misnie. D'après Rigord, en juin 1198, il fit une telle tempête à deux lieues de Paris, entre Chelles et Tremblai, que tout fut renversé, et que même il tomba de pierres, les unes grosses comme des noix, les autres comme des oeufs, ou même davantage. On trouve aussi, dans la Chronique saxonne de Spangenberg, qu'en 1249 il tomba des pierres aux environs de Quedlimbourg, Battenstad, et Blankembourg, et qu'en 1304 il en tomba beaucoup d'autres à Friedberg, près Ia Saal. On trouve encore dans les Annales du Limousin, par le père Bonaventure de Saint-Amable (vol. III, p. 607), qu'en 1305, le jour de Saint-Remi, au sol des Vandales, il tomba de la grêle dans laquelle il y avait des pierres embrasées de feu, qui causèrent plusieurs incendies. 

En 1438,,il tomba des pierres spongieuses près de Roa, non loin de Burgos en Espagne. Proust cite à ce sujet, dans le Journal de physique, tome LX, la lettre écrite par Chibdadréal, dans laquelle ce fait  est rapporté de la manière suivante :

« Le roi dom Juan et sa cour, étant à chasser au bas de la côte du village de Roa, le Soleil se cacha sous des nuages blancs, et l'on vit descendre de l'air des corps qui ressemblaient à des pierres grises et noirâtres, d'un volume très considérable [...] Après une heure que dura ce phénomène, le Soleil reparut [...]. Un champ, qui n'était pas éloigné d'une demi-lieue, était tellement couvert de pierres de toutes grandeurs, qu'on ne distinguait pas le terrain. Le roi voulut s'y transporter, mais on l'en empêcha, et on lui rapporta quatre pierres d'une grandeur considérable; les unes étaient rondes et du volume d'un mortier; d'autres comme des oreillers de lit, et comme des mesures, de demi-fanégues; mais ce qui causait le plus d'étonnement, c'était leur excessive légèreté, puisque les plus grandes ne pesaient pas une demie livre. Elles étaient si tendres, qu'elles ressemblaient plus à de l'écume de mer condensée qu'à toute autre chose. On pouvait s'en frapper le dedans des mains sans crainte d'y causer ni contusion, ni douleur, ni la  moindre apparence, etc. »
Les témoignages dans le monde arabo-musulman paraissent à peine plus objectifs. Parfois, ils sont sans ambiguïté, comme celui rapporté par Ibn-Habib al-Zeman, qui dit qu'au mois d'août 852 (an 238 de l'hégire),  une pierre tomba dans le Tabarestan, et fut apportée au calife. Dans d'autres cas leur interprétation météoritique n'est pas vraiment évidente. Ainsi, par exemple, en 898 ou 898 (an 285 de l'hégire), quelque chose de plus étrange se produisit dans la région de Koufah au dire de Ibn al-Athir. Et voici ce qu'en rapporte Bigot de Morogues : 
« Il y eut un vent chargé de vapeurs jaunes, qui continua de souffler jusqu'au coucher du Soleil; alors il changea et prit la couleur noire; bientôt il tomba une pluie violente, accompagnée de coups de tonnerre effrayants, et d'éclairs qui se succédaient sans interruption; au bout d'une heure il tomba, dans un village appelé Ahmed-Dad, et dans les environs, des pierres blanches et noires, dans le milieu desquelles étaient des rugosités. On en porta plusieurs à Bagdad, où elles furent vues de beaucoup de personnes. »
Un peu plus tard, à la fin du Xe siècle, Avicenne  mentionnera encore plusieurs autres chutes : celle d'une masse de fer très dur, d'un poids de plus de vingt-quatre kilogrammes, tombée à Lurgea, celle d'une pierre sulfureuse tombée près de Cordoue, en Espagne, ainsi qu'une autre tombée dans le Djourdjan :
« De mon temps, dit-il, il tomba de l'atmosphère, dans la province de Djord jan, une masse qui pesait environ cent cinquante mann; étant arrivée à terre, elle rebondit comme une balle lancée contre un mur, et retomba ensuite; sa chute fut accompagnée d'un bruit épouvantable plusieurs personnes étant accourues pour en savoir la cause, trouvèrent cette masse, qu'elles portèrent au gouverneur du Djordjan. Mahmoud-Ben-Sebektekin, sultan du Korasan, manda cet officier de lui envoyer sur-le-champ, ou la totalité ou, une partie de la pierre: Comme son poids en rendait le transport impossible, on voulut en casser  un morceau, mais la dureté, du métal était si grande qu'elle  faisait briser les outils; en sorte que ce ne fut qu'avec la plus grande peine que l'on parvint à en détacher un fragment, qui fut envoyé au sultan. D'après les ordres de ce prince, on essaya d'en forger une épée, mais on ne put jamais y parvenir. Suivant ce que l'on m'a raconté, cette masse était composée de petits grains ronds, semblables à du millet, et unis les uns aux autres. »
La chute d'Ensisheim
A la Renaissance, les témoignages sont en général de meilleure qualité. Le plus célèbre, et le mieux documenté, est celui de la chute dont Ensisheim, en Alsace, a été le théâtre en 1492. La pierre tomba le 7 novembre, près Maximilien Ier, alors roi des Romains; et ensuite empereur, en 1493. Dans un rescrit, daté d'Ausbourg, le 12 novembre 1503, ce prince cite cette pierre, qu'il dit être, tombée près de lui, lorsqu'il était à la tête de son armée, à laquelle il la donna comme un présage de la victoire qu'il allait remporter contre les Français. Brant fit de ce phénomène le sujet de quelques poésies; et quelques auteurs ont attribué à ce fait extraordinaire le changement qui s'opéra à cette époque dans la conduite de Maximilien. C'est donc par erreur que Musshembroek, dans ses Essais de physique, indique cette chute comme arrivée en 1630. Voici un extrait de la traduction littérale d'une notice allemande sur la pierre  d'Ensisheim, qui se trouvait autrefois avec elle dans l'église paroissiale de ce lieu :
« L'an 1492, le 7 novembre, arriva un miracle singulier, car entre les onze heures et midi, il advint un grand coup de tonnerre, et un long fracas qu'on entendit à une grande distance, et il tomba dans le bourg d'Ensisheim, une pierre pesant deux cent soixante, livres. Un enfant la vit frapper dans un champ situé dans le banc supérieur, vers le Rhin et l'In, près du canton dit, Gisgaud, où elle fit un trou de plus cinq pieds de profondeur. On en détacha d'abord des morceaux, ce qui fut défendu par le Landwogt, et elle fut transportée dans l'église comme un objet miraculeux.

Le bruit s'était entendu, à Lucerne, à Villing, et en beaucoup d'autres endroits, avec tant de force, qu'on crut que des maisons venaient d'être renversées. Le roi Maximilien, étant à Ensisheim, fit porter au château la pierre qui était tombée avec tant de fracas, et défendit d'en ôter aucun morceau, hors deux, dont il garda l'un, et envoya, l'autre au duc Sigismond d'Autriche, et enfin il ordonna de la suspendre dans l'église où on la voyait attachée avec une chaîne à la voûte du choeur. »

Irithemius in Chronico Hirsangiensi M. S., écrit en 1590, rapporte ce fait, et dit que dans le village Simtgaw, auprès du bourg D'Ensisheim, non loin de Bâle, en Allemagne, il tomba, le 7 novembre 1492, une pierre pesant deux cent cinquante-cinq livres, qui se cassa en deux morceaux, dont on voyait de son temps le plus considérable suspendu, avec une chaîne de fer, à la porte de l'église d'Ensisheim. On trouve aussi le même fait, rapporté par Paulus-Lang dans son Chronico Cizizense, où il dit également que, le 7 novembre 1492, il s'éleva un orage durant lequel le ciel parut tout en feu, et que tandis que le tonnerre grondait, il tomba, près le bourg d'Ensisheim, une pierre d'une grosseur prodigieuse, avec un fracas horrible. Cette pierre était de la forme triangulaire d'un delta. Au rapport de J. Lintarius; son poids était de trois cents livres et plus; elle était dure et de différentes couleurs, et tomba, avec un très grand bruit, d'un nuage brillant et enflammé, tandis que le reste de l'horizon n'offrait aucun autre nuage; il ajoute que dans ce moment, le ciel étant toujours serein, on aperçut autour de la lune une grande croix rouge.
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Aérolithe.
Pierre tombant du ciel.
(Dessin du XVIe siècle).

On peut voir que, dans ces deux derniers récits, le fait commence à prendre une tournure merveilleuse, et que les circonstances différentes de la première relation conservée dans l'église même d'Ensisheim, en deviennent d'autant moins prouvées. D'ailleurs ces derniers historiens n'étaient ni témoins oculaires, ni même contemporains. Il est d'abord contradictoire que le premier rapporte qu'il s'éleva un orage pendant lequel le ciel parut tout en feu, et que le dernier dise au contraire que la pierre tomba d'un nuage brillant et enflammé, tandis que le reste de l'horizon n'offrait aucun nuage; il est d'ailleurs très remarquable que la relation annexée à la pierre ne fasse aucune mention ni du ciel en feu, dont parle Paul-Lang, ni du nuage enflammé, d'où Lintarius a fait sortir la pierre; aussi de Drée classe-t-il cette chute de pierre parmi celles qui ont eu lieu par un temps serein et sans tonnerre. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'un morceau de la pierre dont il est ici question, pesant cent soixante onze livres, fut conservé et suspendu, jusqu'à la révolution, dans l'église, d'Ensisheim, et transporté ensuite dans la bibliothèque publique de Colmar.

On citera encore, à la Renaissance, cette pierre de couleur noire métallique, de la grosseur et de la forme d'une tête humaine, du poids de cinquante-quatre livres, tombée sur le mont Vaison, en Provence; la pierre tombée dans un bateau de pêcheur, près Copensha; la chute d'une pierre à Larisse, en Macédoine (cette pierre, d'une odeur sulfureuse et ayant l'apparence d'écume de fer, était d'un poids de soixante-douze livres); la Grande pluie de pierres à Barbotan, près Roquefort (quelques-unes de ces pierres pesaient de vingt-cinq à trente livres : l'une d'elles pénétra dans une cabane et y tua un berger et un jeune taureau); la pluie de pierres à Cutro, en Calabre, pendant la chute d'une grande quantité de poussière rouge; les masses tombées dans la mer Baltique, à la suite du grand météore de Gothembourg, etc.
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Le bolide de Raphaël
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Raphael : La Madonne de Foligno (détail).
Le "bolide" du tableau de Raphaël, Notre Dame de Foligno (détail).

La Madonne de Foligno est un tableau peint par Raphaël en 1511 ou 1512 à la demande de Sigismondo da Conti da Foligno (secrétaire privé du pape Jules II), où est figuré quelque chose qui ressemble à la chute bolide. Il pourrait s'agir d'une référence à la chute de pierres signalée le 4 septembre 1511 "à la deuxième heure de la nuit", dans sur les berges de la rivière Adda, non loin de Milan. Bigot de Morogues, qui reprend le témoignage du Père Bonaventure de Saint-Amable, rapporte les éléments suivants :

« Le 4 septembre 1511 à Crême, en Lombardie, pendant un orage épouvantable, il tomba dans la plaine des pierres d'une grosseur considérable : six de ces pierres pesaient cent livres. On exporta une à Milan, qui pesaient cent dix livres. Leur odeur était semblable à celle du soufre. Des oiseaux furent tués en l'air, des brebis dans les champs, et des poissons dans l'eau. »
Jérôme Cardan, alors âgé de 10 ans, et vivant alors à Pavie, aurait lui aussi assisté l'événement, comme il s'en fera l'écho beaucoup plus tard. Son témoignage reste cependant confus. Il place la chute en 1510 et explique qu'elle n'est survenue que deux heures après le la boule de feu. Ce qui lui donne l'occasion d'ajouter : "Il est prodigieux qu'une telle masse ait pu rester en suspension aussi longtemps". Cardan signale également le bruit prolongé, et estime à 1200 le nombre de fragments retrouvés. Ils étaient gris, avaient l'apparence du fer, était très denses et sentaient le soufre. Pour lui, l'objet était une comète.

D'autres hypothèses ont aussi été émises. Il pourrait aussi s'agir d'un boulet de canon, en référence au siège de Mirandole auquel aurait participé le commanditaire du tableau...

Les avancées du XVIIIe siècle

Au début du XVIIIe siècle, l'idée que des pierres puissent tomber du ciel paraissait si suspecte que le plus souvent on se contentait d'en nier l'existence. Pourtant diverses nouvelles chutes vont progressivement attirer de nouveau l'attention sur le phénomène. Et c'est notamment grâce à Lalande, qui a consacré un article au sujet dans les Étrennes historiques de Bresse (année 1756), que l'attention des physiciens sur l 'existence des météorites doit d'avoir été réveillée.

Dans le mois de septembre 1753, raconte Lalande, environ une heure après midi, le temps étant fort chaud et fort serein, on entendit un bruit semblable à deux ou trois coups de canon, qui retentit jusqu'à six lieues à la ronde. Ce fut à Pont-de-Vèle que le bruit fut le plus considérable. A Liponas, village qui est à trois lieues de là, on entendit un sifflement semblable à celui d'une fusée, et le même soir, on trouva à Liponas et à Pin, village près de Pont-de-Vèle, et qui est a trois lieues du Liponas, deux masses noirâtres, d'une forme presque sphérique, mais fort inégale, qui étaient tombées dans des terres labourées; où elles s'étaient enfoncées d'un demi pied, et dont une pesait environ vingt livres.

Lalande ajoute qu'un bruit semblable s'était fait entendre en Basse-Normandie le jour de Saint-Pierre, 29 juin 1750, et qu'il était tombé à Niort, près de Coutances, une masse à peu
près de la même nature que les précédentes. On voyait à Dijon, dans le cabinet de Beost, une de ces pierres, du poids de onze livres et demie.

De Borne s'exprime de la manière suivante dans son Lithophylaciurn, page 135, en décrivant une substance minérale :

« Fer attirable, en grains brillants, dans une matrice verdâtre. On en trouve des morceaux qui pèsent depuis une jusqu'à vingt livres, épars aux environs de Planu, près de Tabor, dans le cercle de Béchin en Bohème. Ils sont revêtus d'une écorce noire comme une scorie. »
Et il ajoute :
« Les gens crédules disent que ces fragments sont tombés du ciel, le 3 Juin 1753, au milieu des tonnerres. »
En 1769, trois naturalistes, habitant des contrées de la France assez distantes les unes des autres, Bachelay dans le Maine, Gurson de Boyaval dans l'Artois, et Morand dans le Cotentin, présentent à l'Académie trois pierres tombées dans ces différentes contrées et à des époques différentes. Lavoisierqui analyse la pierre que lui a apportée Bacheley et conclut son Rapport [d] en expliquant qu'il ne s'agit en rien d'une pierre tombée du ciel, mais d'un simple pyrite sur laquelle serait tombée la foudre. Voici, par ailleurs, ce que l'historien de l'académie ajoute à la narration de ces faits :
« L'académie est certainement bien loin de conclure de la ressemblance de ces trois pierres, qu'elles aient été apportées par le tonnerre: cependant la ressemblance des faits arrivés en trois endroits si éloignés, la parfaite conformité entre ces pierres et les caractères qui les distinguent des autres pierres, lui ont paru des motifs suffisants pour publier cette observation, et pour inviter les physiciens à en faire sur ce sujet; peut-être pourrait-elle jeter de nouvelles lumières sur la nature de la matière électrique, et sur son action sur le tonnerre. »


- [d] Lavoisier, Rapport sur une pierre qu'on prétend être tombée du ciel pendant un orage, 1769.
 
Izarn remarque très bien, à ce sujet, dans sa Lithologie atmosphérique (1804 ou 1805?, et où Libes (1806) dont on reprend ici le texte, a puisé la plupart des faits consignés dans cet article), que le rapport des connaissances de l'Académie, chargés d'analyser la pierre de Bachelay, avait été rédigé dans un esprit de prévention, parce qu'ils avaient considéré la pierre analysée, comme une pierre du tonnerre, tandis qu'ils auraient dû la regarder comme une substance ordinaire.

Le 24 juillet 1790, entre neuf et dix heures du soir, on vit paraître sur les landes de Bordeaux un globe de feu très considérable qui fut aperçu depuis Dax jusqu'à Agen. II était animé d'un mouvement assez rapide, qui lui fit parcourir un certain espace dans les régions atmosphériques, en laissant sur sa route des traces lumineuses de son existence. Peu de temps après, une explosion formidable se fit entendre, et elle fut accompagnée d'une grêle de pierres qui tombèrent sur plusieurs points différents, et notamment sur Juillac, situé à quatre lieues au sud-ouest de Mexin.

Il résulte du procès-verbal qui fut dressé par le maire de cette commune que les pierres tombaient dans quelques endroits, à la distance de dix pas les une des autres; la plupart ne pesaient qu'un demi-quart de livre; plusieurs pesaient une ou deux livres, On assure qu'il y en avait une du poids d'environ vingt-cinq livres, qui fut portée à Mont-de-Marsan; et l'on ajoute que Carris, député à l'assemblée nationale, avait apporté à Paris plusieurs de ces pierres, dont deux pesaient vingt-cinq à trente livres.

Le curé de la Bastide envoya à son frère Darcetune de ces pierres, et l'accompagna d'une observation curieuse, qui consiste en ce qu'au moment ont ces pierres tombaient, elles étaient dans un état de mollesse pâteuse :

« Il y en a, dit-il, qui sont, tombées sur des pailles, et ces pailles, se sont attachées à ces pierres et, comme identifiées. J'en ai vu une de ce genre; elle est à la Bastide [...] Celles qui sont tombées sur les maisons ne rendaient pas, en tombant, le son d'une pierre, mais celui d'une matière qui n'est pas encore bien compacte. »
Cette observation est confirmée par le procès-verbal du maire, de Juillac, qui assure que la plus grande partie tombèrent doucement, et d'autres en sifflant avec rapidité. Il s'en est trouvé, quelques-unes, mais en très petit nombre, qui sont entrées dans la terre.

Howard a consigné dans les Transactions philosophiques, des faits à peu près semblables à ceux que nous venons de, rapporter. II y fait mention d'une douzaine de petites pierres tombées à Sienne en Toscane, le 9 juillet 1794; d'une pierre pesant cinquante-six livres, tombée dans le comté d'York, le 13 décembre 1795; de plusieurs pierres tombées à Bénarès en Inde, le 19 décembre 1798; enfin de plusieurs autres phénomènes semblables, accompagnés de circonstances qui se réunissent pour en confirmer l'existence.
 

L'Hypothèse de Chladni

Alors même que l'idée selon laquelle des pierres pourraient tomber du ciel, une hypothèse encore plus étonnante va être défendue à partir de 1794 par Ernst Chladni. Selon lui, ces pierres auraient même une origine extraterrestre. Chladni suppose qu'il existe dans les espaces célestes certaines accumulations de matière dense, indépendantes des grands corps planétaires, qui, mises en mouvement par quelque force de projection, ou par quelque attraction, continuent à se mouvoir en ligne droite, jusqu'à ce qu'elles arrivent au voisinage de la Terre ou de quelque autre corps qui, par son attraction supérieure, décide leur chute à sa surface. Par leur vitesse excessive, augmentée encore par l'attraction de la Terre, et par le frottement violent que ces masses éprouvent, de la part de l'atmosphère qu'elles traversent, il doit naître, dit-il, beaucoup d'électricité, et beaucoup de chaleur, de manière que bientôt elles deviennent incandescentes: alors elles se fondent, et il se dégage plusieurs sortes de gaz qui font boursoufler la masse jusqu'à un volume considérable, et finissent quelquefois par la faire voler en éclats.

Beaucoup de chemin (jalonné de quelques chutes) va encore être nécessaire pour que ce point de vue soit accepté. Deux événements vont aider à faire pencher un peu la balance dans le sens de Chladni : la chute de Sales, et celle de Laigle, dans le département de l'Orne. Mais après elles, l'histoire va encore avancer quelque temps à reculons.
 

La chute de Sales

Des contrées voisines de Lyon ont offert, en 1798, le spectacle d'un phénomène semblable à ceux que nous venons de décrire, et dont le marquis de Drée a consigné la description dans le Journal de Physique (floréal an 11). Voici comment il s'exprime à ce sujet :

« Le 22 ventôse (12 mars 1798), environ six heures du soir, par un temps calme et serein, un globe lumineux et extraordinaire attira vers l'orient les regards des habitants de la commune de Sales et des villages environnants, qui revenaient de leurs travaux; et bientôt son approche rapide et un bourdonnement effrayant, semblable à celui d'un corps irrégulier et creux qui traverserait rapidement l'atmosphère jeta tous les citoyens de cette commune dans la plus grande épouvante, surtout lorsqu'ils le virent passer au-dessus de leur tête, à très peu d'élévation. Suivant leur rapport, ce globe laissait après lui une longue traînée de lumière, et jetait, avec lui pétillement presque continuel, de petites bleuettes de feu semblables, selon eux, à de petites étoiles.
Sa chute fut ensuite remarquée par trois ouvriers qui n'en étaient pas à cinquante pas. Ces trois témoins s'accordent à dire que ce corps arrivait avec une rapidité étonnante, et qu'a près sa chute, ils entendirent une espèce de bruissement partant de la place où il s'était enfoui. »
(Cette chute eut lieu dans une vigne près de la maison de Pierre Crepier que la peur empêcha de même que les trois témoins, d'aller reconnaître ce qui était tombé).
« Ce ne fut que le lendemain matin qu'il fut appelé par les témoins Chardon et Lapoces, qui avaient amené avec eux Blandel, adjoint de la commune de Sales, et plusieurs autres personnes. Ils se rendirent ensemble sur la place où ils avaient vu le globe s'enfoncer dans la terre : là, au fond d'un creux fort évasé, de dix-huit pouces de profondeur, c'est-à-dire de toute l'épaisseur de la terre végétale, ils trouvèrent une grosse masse noire, de forme ovoïde irrégulière, et, selon eux, semblable à une tête de veau. Elle était entièrement recouverte d'une croûte noire; elle n'était plus chaude; elle avait l'odeur de poudre à tirer, et ils remarquèrent aussi qu'elle était fendue en plusieurs endroits. Cette masse transportée chez Crepier, leur premier soin fut d'examiner la nature d'un objet si inattendu, et ce qu'il pouvait, renfermer. La pierre fut donc pesée et cassée sur-le-champ : son poids était d'environ, vingt livres. »
Drée en a donné la description : sa surface est une croûte noire, vitrifiée, opaque, d'un quart de ligne d'épaisseur, qui fait feu sous le briquet; l'intérieur offre une matière terreuse; durcie, de couleur gris de cendre; d'un tissu granuleux, dans laquelle sont disséminées différentes substances :
1° du fer en grains, depuis le plus. petit volume jusqu'à une ligne de diamètre et quelquefois plus; ce fer est un peu malléable, mais plus dur et plus blanc que le fer forgé;

2° une pyrite blanche tirant un peu sur la couleur du nickel, tantôt lamelleuse et tantôt grenue;

3° quelques globules de couleur grise, etc.

Vauquelin a fait l'analyse de cette pierre. Elle contient sur cent parties :

-

Silice
Oxyde de fer
Magnésie
Nickel
Chaux
46
38
15
2
2
.
103

L'augmentation en poids a pour cause l'absorption de l'oxygène par le fer natif. Il importe d'observer que le résultat de l'analyse de Vauquelin approche beaucoup de ceux qu'ont obtenus Bournon et autres, en analysant des pierres semblables.
 

La chute de L'Aigle

Cette conformité de résultats dans l'analyse de différentes pierres atmosphérique, combinée avec un grand nombre de témoignages qu'Izarn a recueillis, examinés et discutés avec soin dans sa Lithologie, ne laissait aucun doute sur l'existence des météorites, lorsque la nature nous en a offert une nouvelle preuve bien convaincante dans la chute des pierres météoriques qui a en lieu dans le voisinage du la ville de L'Aigle en Normandie.

Le témoignage de Marais
Marais, habitant de celte ville, donna, quelques jours après, une relation de ce, phénomène, dans une lettre écrite a un de ses amis, qui fut communiquée à l'Institut, et publiée dans le Journal de Physique de prairial, an 11 :

« Il vient de se passer, dans notre pays, un miracle assez surprenant; le voici sans y rien changer, augmenter ni diminuer; il est certain que c'est la vérité même.

Mardi dernier, 6 floréal (26 avril 1803), entre une et deux heures après midi, nous fûmes surpris par un roulement qui était semblable au tonnerre : nous sortîmes et fûmes surpris de voir l'atmosphère assez net, à quelques petits nuages près; nous crûmes que c 'était le bruit d'un cabriolet ou le feu qui était dans le voisinage. Nous fûmes alors dans le pré pour voir d'où ce bruit venait, et nous vîmes tous les habitants du pont de pierre, qui étaient à leurs fenêtres et dans les jardins, demandant qu'est-ce que c'était qu'un nuage qui passait dans la direction du sud au nord, d'où partait ce bruit, quoique cependant ce nuage ne semblait nullement extraordinaire; mais la surprise fut bien autre chose, lorsqu'on apprit qu'il était tombé de ce nuage, des pierres très grosses et en grande quantité, parmi lesquelles il y en avait de dix, onze et jusqu'à dix-sept livres, depuis l'habitation des Buats (demi lieue au Nord-Nord-Ouest de L'Aigle) jusqu'à Glos, en passant par St. Nicolas, St. Pierre, etc., ce qui parut d'abord être une fable, mais qui par la suite s'est trouvé véritable.

Voilà comment s'expliquent tous ceux qui ont été témoins d'un événement aussi extraordinaire : ils entendirent comme un coup de canon, en. suite un coup doubla plus fort que le précédent, suivi d'un roulement qui a duré environ dix minutes, le même que nous entendîmes aussi accompagné de sifflements causés par les pierres On n'entendit plus rien après; mais on a remarqué qu'avant le coup les poules eurent peur et les vaches mugissaient extraordinairement; tous les paysans furent effrayés [...] A la vérité on peut être effrayé a moins; car il ne serait pas étonnant que l'histoire n'offrit pas d'exemple d'une pluie de pierres semblable à celle - ci. Le morceau que voici part d'une grosse qui pesait onze livres; on l'a trouvée entre les Buals et le Futay. On dit qu'un curieux a fait l'emplette d'une pesant dix-sept livres, pour l'envoyer à Paris.

Chacun dans le pays est curieux d'en posséder une ou un morceau, comme étant un objet de curiosité. Les plus grosses ont été lancées si violemment, quelles sont entrées dans la terre au moins à un pied de profondeur : elles sont noires extérieurement et grisâtres intérieurement : il semble qu'il y ait dedans une espèce de métal [...] Il en est tombé une près M. Mois de la Ville, qui demeure près de Glos; il eut beaucoup de peur, et se sauva sous un arbre. Il en a trouvé une grande qualité de différentes grosseurs dans sa cour, ses blés, etc., sans compter toutes celles que les paysans ont trouvées ailleurs.

La personne qui m'a donné la plus grosse des pierres que je t'envoie, fut pour la ramasser aussitôt qu'elle fût tombée; mais elle était si chaude qu'elle la brûla : plusieurs de ses voisins se brûlèrent de même en la voulant ramasser. Le Buat l'aîné vient d'arriver, et nous faire ajouter qu'on a vu un globe de feu planer sur la prairie. »

L'étude de Biot
Bientôt après la publication de cette lettre Biot fut chargé par le gouvernement de se transporter sur les lieux pour recueillir toutes les circonstances relatives à ce phénomène. Le rapport minutieux de Biot, qui ne laisse plus aucun doute sur son authenticité. Sur un terrain d'environ 10 kilomètres de long sur 4 de large, explique Biot en substance, il tomba deux à trois mille pierres dont la plus grosse pesait 17 livres. Ces pierres se ressemblaient et n'avaient aucun rapport, avec le terrain sur lequel on les trouva, tandis qu'elles présentaient les caractères déjà remarqués sur les autres corps qui passaient pour être tombés du ciel. Voici le résultat de son voyage, tel qu'il se trouve dans sa lettre adressée au ministre de l'intérieur et publiée dans différents journaux :
« En partant de Paris le 7 messidor, dit Biot, je n'allai pas directement à L'Aigle. Si l'explosion avait été aussi violente qu'on l'annonçait, elle devait s'être fait entendre à une grande distance. J'allai d'abord à Alençon, à quinze lieues Ouest-Sud-Ouest de l'Aigle. Chemin faisant j'appris que l'on avait vu un globe de feu se diriger vers le Nord. Une explosion violente avait suivi celle apparition; c'était le 6 floréal an 11, à une heure après midi A Alençon on n'avait rien entendu, sans doute à cause du bruit ordinaire d'une grande ville.

D'Alençon je me rendis à L'Aigle, en parcourant les villages, conduit par le récit des habitants : tous avaient entendu le météore au jour et à l'heure indiqués [...] Ce n'est pas à L'Aigle même que le météore a éclaté; c'est à une demi lieue de là : j'ai vu les traces effrayantes de ce phénomène, j'ai par couru tous les lieux où il s'est étendu; j'ai rassemblé et comparé les récits des habitants; enfin j'ai trouvé les pierres elles-mêmes sur la place, et elles m'ont offert des caractères physiques qui ne permettent pas fe douter de la réalité de leur chute. Les plus grosses du ces pierres, lorsqu'on les casse, exhalent encore une odeur sulfureuse très forte dans leur intérieur; celle de leur surface a disparu, et les plus petites n 'en exhalent point qui soit sensible. Vingt hameaux dispersés sur une étendue de plus de deux lieues carrées, dont presque tous les habitants se donnent pour témoins oculaires, attestent qu'une épouvantable pluie de pierres a été lancée par le météore etc. »

Voici la description du météore telle que Biot l'a donnée, d'après l'ensemble des témoignages qu'il a recueillis :
« Le mardi 6 floréal an 11 vers une heure après midi le temps étant serein, on aperçut de Caen, de Pont-Audemer et des environs d'Alençon, de Falaise et de Verneuil, un globe enflammé d'un éclat très brillant, et qui se mouvait dans l'atmosphère avec beaucoup de rapidité : quelques instants après, on entendit à L'Aigle et aux environs de cette ville, dans un arrondissement de plus de trente lieues de rayon, une explosion violente qui dura cinq ou six minutes. Ce furent d'abord trois ou quatre coups semblables à des coups de canon, suivis d'une espèce de décharge qui ressemblait à une fusillade; après quoi on entendit comme un épouvantable roulement de tambour. L'air était tranquille et le ciel serein, de l'exception quelques nuages comme on en voit fréquemment.

Ce bruit partait d'un petit nuage qui avait la forme d'un rectangle dont le grand côté était dirigé est-ouest. Il parut immobile pendant tout le temps que dura ce phénomène; seulement les vapeurs qui le composaient s'écartaient momentanément de différents côtés par l'effet des explosions successives. Ce nuage se trouve à peu près à une demi lieue au Nord-Nord-Ouest de la ville de L'Aigle; il était très élevé dans l'atmosphère, car les habitants de deux hameaux éloignés d'une lieue l'un de l'autre, le virent en même temps au-dessus de leurs têtes. Dans tout le canton sur lequel ce nuage planait, on entendit des sifflements semblables à ceux d'une pierre lancée par une fronde, et l'on vit en même temps tomber une multitude de masses minérales, exactement semblables à celles que l'on a désignées par le nom de pierres météoriques.

L'arrondissement dans lequel les pierres out été lancées, forme une étendue elliptique d'environ deux lieues et demie de long, sur une à peu près de large, la plus grande dimension étant dirigée du sud-est. au nord-ouest. par une déclinaison d'environ 22 degrés. Celle direction que le météore a dû suivre est précisément celle du méridien magnétique, ce qui est un résultat remarquable. Les plus grosses pierres sont tombées à l'extrémité sud-est. du grand axe de l'ellipse; les moyennes sont tombées au milieu, et les plus petites à l'autre extrémité. Il paraît par là que les plus grosses sort tombées les premières, ce qui est assez naturel. La plus grosse de toutes celles qui sont tombées pèse dix-sept livres et demie : la plus petite que j'aie vue pèse environ deux gros (c'est la millième partie de la précédente). Le nombre de toutes celles qui sont tombées est certainement au-dessus de de deux ou trois mille. »

Le rapport se terminait ainsi :
« Je m'estimerai heureux si j'ai réussi à mettre hors de doute un des plus étonnants phénomènes que les hommes aient jamais observés. »
Sage a comparé ces pierres à celles de Villefranche et d'Ensisheim, et il a trouvé quelles avaient entre elles la plus exacte ressemblance. Il résulte des expériences qu'il a faites sur les météorites, que ces pierres sont composées de fer natif, de nickel sulfaté, de quartz ou de silice, d'alumine et de magnésie. Il ajoute que s'il n'indique pas précisément les proportions de chacune de ces substances, c'est que celles du fer et du nickel varient. Le quartz paraît former constamment au moins la moitié des météorites, l'alumine et la magnésie, le sixième (Journal de physique, du 11 juin 1803, pag. 72).
-
Retour sur la pierre d'Ensisheim

La pierre tombée à Ensisheim en 1492 a fait partie des premières pierres météoritiques étudiées et analysées par les chimistes. Elle a d'abord connu son regain d'intérêt grâce à Charles Bartholdt (professeur de chimie à l'École centrale du Haut-Rhin) dont la description, publiée en 1800, a longtemps servi de référence. Selon cet auteur, elle est d'une couleur gris bleuâtre; renfermant des portions de pyrite jaunâtres, et d'autres de fer de couleur grise; sa cassure est irrégulière, grenue, un peu terreuse, et fendillée; elle ne fait point feu au briquet; sa contexture est lâche; elle se laisse entamer au couteau, et se réduit en poussière d'un gris bleuâtre et d'une odeur terreuse; et enfin elle renferme quelques particules métalliques qui résistent au pilon : sa pesanteur spécifique est de 3,2332. 

Bartholdt a également fait une analyse chimique de la pierre, qui conduisait à lui attribuer une origine terrestre. Mais les expériences de Howard (1774-1816), suivies de celles de Vauquelin  et Fourcroy (1803), en ont démontré la fausseté. Les conclusions qui la terminent ne sont pas plus exactes, car Bartholdt, après avoir regardé, comme fabuleuse l'origine de cette pierre, la comparait à une espèce de roche de corne, dans son mémoire qui a été imprimé dans le tome L du Journal de physique.

Le marquis de Drée qui a publié dans un mémoire (1803) la plupart des détails que l'on vient de de donner sur cette pierre, remarque que sur les échantillons qui lui furent envoyés par F. Despotes, préfet du département du Haut-Rhin, on reconnaît la croûte noir brunâtre, vitrifiée dans les espèces de cavités qui ont été à l'abri du choc et du frottement; et que cette pierre renferme des grains de fer malléable contenant du nickel; du sulfure de fer lamelleux, blanchâtre, en rognons et en grains; et du sulfure de fer gris moins sulfuré, en couches minces, écailleuses; tapissant une multitude de petites fissures qui traversent la pierre en tous sens.

Les caractères de la pierre d'Ensisheim sont d'être d'un gris d'ardoise sans éclat, renfermant des parties lamelleuses brillantes; sa structure est celle d'un gneiss schisteux, composé de parties pierreuses grenues, d'un gris blanchâtre, entremêlé, de feuillets minces d'une substance fissile d'un gris d'ardoise, et de grains de ter pur et de fer sulfuré; ce dernier se voit aussi en lames superficielles sur les feuillets gris, sa contexture est granulaire et fissile, sa cassure est inégale sur la tranche, et plus
lamelleuse dans le sens des feuillets. Cette pierre est tenace, aride au toucher, et sans odeur argileuse; enfin elle fait varier l'aiguille aimantée, et essayée au chalumeau, la substance grise se noircit et se fritte.

Sage rapporte, dans le Journal de Physique, qu'il possède un échantillon de cette pierre renfermant une veine de nickel, remarquable par sa couleur gris rougeâtre; il met l'alumine au nombre de ses éléments. Mais Fourcroy, dans un rapport fait par Vauquelin et lu, à la séance publique de l'Institut, le 28 fructidor an II, après avoir remarqué que la pierre d'Ensisheim, renferme de petits filons de sulfure de fer et de nickel gris et brillant, observe qu'il n'y a pas rencontré de globules de fer très sensibles; et nous apprend que cent parties lui ont donné à l'analyse :
-

Silice
Oxyde de fer
Magnésie
Nickel
Soufre
Chaux
56,0
30,0
12,0
2,4
3,5
1,4
.
105,3

Les 5,3 d'augmentation doivent être attribués à l'oxydation du fer pendant l'opération. Depuis cette analyse, Klaproth a découvert un cinquième pour cent d'alumine dans cette pierre, ainsi qu'on le voit dans le tome 70 des Annales de chimie. (Bigot de Morogues).

Nouvelles conjectures sur la formation des météorites

L'existence des météorites une fois bien constatée, il était naturel de s'occuper du mécanisme de leur formation. Différents physiciens ont proposé sur cet objet différentes conjectures. Certes, il existait déjà celle de Chladni. Et celle-ci est effectivement jugée ingénieuse, mais elle ne serait plausible, explique-t-on, que si elle ne supposait des circonstances que l'on croit tout à fait contraires à celles qui réellement accompagnent le phénomène. Chladni supposait, par exemple, que le frottement fait naître l'incandescence et conséquemment la clarté qui, alors, ne devrait avoir lieu que vers la fin de la chute du météore; tandis que suivant l'observation, le météore est lumineux au commencement de sa chute; il cesse de l'être quand il est parvenu dans les régions atmosphériques moyennes, et alors il y a détonation. Cette considération est importante, ajoute-t-on, et elle suffit pour écarter toute hypothèse qui tend à placer hors de notre atmosphère l'origine des météorites.

Quelques physiciens préfèrent croire que les météorites ne sont qu'une concrétion de molécules très divisées de soufre, de fer, de nickel, de silice, etc. dissoutes dans l'atmosphère, et abandonnées ensuite par leur dissolvant à leur attraction réciproque, à laquelle elles obéissent pour former des masses solides qui se précipitent. Mais dans celle hypothèse comment expliquer le dégagement de lumière et surtout la détonation violente qui, dans aucun cas, ne pareil pouvoir résulter d'un simple jeu d'attraction d'agrégation?

L'hypothèse de Patrin
Dans les premières années du XIXe siècle, c'est vers l'hypothèse de l'origine atmosphérique des météorites proposée par Eugène Patrin que vont les préférences. On lui en donnera ensuite plusieurs variantes. Patrin a été conduit par ses nombreuses recherches sur la structure du globe terrestre, à penser qu'il existe une circulation habituelle de divers fluides gazeux qui passent de la Terre à l'atmosphère et de l'atmosphère à la Terre. Ces masses de gaz hétérogènes, lancées dans l'atmosphère, et parvenues à une certaine élévation, la parcourent avec rapidité, et dans une direction à peu près horizontale. Dans les régions qu'elles traversent, explique-t-il, l'électricité est abondante : elles s'électrisent donc très fortement dans leur course, à la manière des nuages; et trouvant, à chaque pas, une infinité de molécules non électrisées, il se fait dans toute leur surface une multitude de petites détonations qui enflamment successivement les molécules combustibles, dont une partie reste en arrière, et forme la trace lumineuse de ces météores. A mesure que les détonations successives ont lieu, la combinaison des molécules gazeuses s'opère mais dans l'instant même où ces nouveaux composés pourraient passer à l'état solide, par la perte de leur calorique (c'est-à-dire du fluide que l'on pense à son époque être le support de la chaleur), ils sont réduits à l'état de vapeurs coercibles par la portion de calorique qu'ils reçoivent des détonations voisines : cependant ce calorique se dissipe bientôt; la masse se resserre et quitte la direction horizontale pour prendre la parabole qu'elle décrit dans sa chute. Cette masse étant fortement électrisée, il y a détonation lorsqu'elle approche de la surface de la Terre ou de quelque nuage non électrisé, et cette détonation n'est plus successive et partielle comme dans les premiers instants de l'existence du météore; elle est subite dans toute la masse à cause du rapprochement de ses molécules. Dans ce même instant s'opère et la combinaison des substances qui sont encore à l'état de gaz, et la condensation des parties qui sont à l'état de simples vapeurs; le tout se réunit par l'effet des attractions mutuelles, et tombe sous la forme de masses solides.

Izarn pense lui aussi que les météorites n'existent dans l'atmosphère que dans leurs éléments, c'est -à-dire à l'état de gaz. Lorsque par des circonstances favorables, précise-t-il, les masses gazeuses se trouvent transportées d'un milieu qui les isolait dans un milieu susceptible de se combiner avec elles, le dégagement de lumière doit avoir lieu, si la combinaison commence. A mesure qu'elle effectue, les pesanteurs spécifiques changent, et le déplacement commence; il doit se faire par le côté qui oppose le moins de résistance, et conséquemment plutôt vers le midi que vers le nord. Le mouvement une fois imprimé, la masse traverse d'autres milieux qui peuvent fournir de nouveaux principes, lesquels ajoutant encore a la pesanteur, déterminent la courbe; et lorsqu'enfin les principes qui sont en jeu, et qui se réunissent de toutes parts, sont parvenus à cette proportion qui doit faire disparaître les éléments pour donner naissance au composé, l'opération principale est annoncée par la détonation, et le produit prend place parmi les solides (Lithologie atmosphérique, p. 360).

Enfin, Proust, profitant des lumières que lui a fournies l'analyse d'une météorite, pense que ces sortes de pierres se composent d'éléments que l'atmosphère ne peut ni créer ni conserver en dissolution : ce qui le conduit à conjecturer qu'elles appartiennent originairement à cette immense portion de la Terre qui environne les pôles. Il présume

« qu'après avoir été arrachées par une cause violente à leur inertie primitive, elles parcourent les plaines de l'atmosphère, enveloppées dans le tourbillon d'un météore inconnu qui partage leur mouvement, qui les soutient contre leur propre poids, et qui ne les abandonne jamais sans leur avoir imprimé cette dégradation qui porte l'empreinte d'une explosion électrique. » (Journal de physique, ventôse an 13).
Météorite d'Orgueil.
Météorite tombée à Orgueil (Tarn-et-Garonne),
le 14 mai 1864.
Trois questions pour le XXe siècle

D'autres expliqueront encore que les météorites se forment dans notre atmosphère par la condensation des vapeurs de métaux qui s'élèvent des usines métallurgiques. Mais tout au long du XIXe siècle, les progrès de l'astronomie conduisent les physiciens à se rallier lentement à l'hypothèse cosmique de Chladni. Reste qu'admettre l'origine extraterrestre de ses pierres ne résolvait pas tous les problèmes qu'elles posaient. Trois hypothèses en forme de questions ont ainsi émergé. Il y reviendra au XXe siècle de les résoudre :

1° Les météorites ont-elles une origine lunaire? Ce point de vue, qui a prévalu jusqu'en 1840, a été soutenue avec énergie par Lawrence Smith. Selon cet auteur, l'étude chimique des météorites prouve, que ces corps se sont formés dans un milieu pauvre en oxygène, et l'on sait que la Lune est privée d'oxygène libre. Les météorites seraient des produits lancés jadis par les volcans lunaires et devenus des satellites de la terre jusqu'au jour où quelque déviation amènerait leur chute. Cette supposition a-t-on cependant objecté n'est pas d'accord avec les observations des énormes vitesses de certains bolides.

2° Ne sont-elles pas plutôt de simples astéroïdes qui tournent autour du Soleil? C'est l'opinion défendue par Chladni. Plus facile à soutenir a priori; c'est celle qui a eu dès le départ le plus grand nombre de partisans.

3° Faut-il rattacher les météorites aux comètes? En confondant les météorites avec les poussières à l'origine des étoiles filantes cette hypothèse offrait une difficulté qui n'a jamais été surmontée : le phénomène des étoiles filantes est périodique, tandis que celui des météorites est accidentel.



En bibliothèque - Pierre Marie Sébastien Bigot de Morogues, Mémoire historique et physique sur la chute des pierres tombées à la surface de la terre (1812, in-8); J. G. Burke, Cosmic debris, meteorites in history, Berkeley, University of California Press, 1986.

Articles : D.W. Sears, Sketches in the history of meteoritics, in Meteoritics, septembre 1975; Paul. M. Sears, Notes on the beginning of Modern Meteoritics, in Meteoritics, juin 1965; Brandon Barringer, Daniel Moreau Barringer (1860, 1929) and his Crater (The beginning of the crater branch of meteoritics), in Meteoritics, décembre 1964.

En librairie - Jean-Paul Poirier, Ces pierres qui tombent du Ciel, Ed. Le Pommier, 1999.

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