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Prudhon

Prud'hon (Pierre Prudon, dit Pierre-Paul Prudhon ou). - Peintre français, né à Cluny en Bourgogne le 4 avril 1758, mort à Paris le 16 février 1823. Il était le treizième enfant de Christophe Prudon, tailleur de pierre, qui mourut peu de temps après sa naissance, et de Françoise Piremol; il s'appelait Pierre Prudon; ce fut à vingt ans qu'il s'ajouta le prénom de Paul, et changea l'orthographe de son nom, qu'il écrivit aussi quelquefois ou qu'il laissa écrire - rarement il signait ses tableaux lui-même - Prud'hom, comme ses contemporains du reste le prononçaient. Les bénédictins de Cluny s'intéressèrent à lui, ainsi que le curé Besson dont il était l'enfant de choeur; plus tard son goût ardent de peindre lui attira la protection de l'évêque de Mâcon, Moreau, qui le recommanda à Devosge, alors directeur de l'Ecole des beaux-arts de Dijon. Prud'hon devint l'élève de Devosge à seize ans; à dixneuf, il épouse le 17 février 1778 Jeanne Pennet, fille d'un notaire. Ce mariage fut le tourment de sa vie.

Il continue ses études, puis en 1780 il vient à Paris où il est adressé au graveur Wille par son compatriote, de Joursanvault, qui est aussi son bienfaiteur, et pour lequel il illustre une Méthode de basson. A Paris, il se lie avec une famille de la rue du Bac, les Fauconnier, dont la fille, Marie, s'éprend pour lui d'amour. Mais lorsque, après un long espoir entretenu par la faiblesse de l'artiste, elle apprend qu'il est marié, elle s'éloigne de lui, profondément attristée. En 1783, revenu à Dijon, il y concourt bientôt pour leprix triennal de l'Ecole, mais, par charité, finit le tableau d'un de ses concurrents qui a le prix. Celui-ci refuse cette récompense, et Prud'hon part pour Rome où il arrive le 3 janvier 1783 avec son camarade Petitot. Cependant, malgré ses amis, malgré le cardinal de Bernis, malgré Canova, qui essaiera de le retenir à Rome, il y vit dans la solitude et dans la mélancolie, parfois aussi dans la gêne. 

Fervent admirateur de Léonard de Vinci et du Corrège, il se plaît aussi à regarder les antiques, s'arrêtant souvent devant ce Faune du Capitole en qui il aperçoit le sourire déjà aimé qu'il retrouvera plus tard chez Mlle Mayer. Il copie pour la ville de Dijon le plafond de Pierre de Cortone représentant le Triomphe de la gloire (musée de Dijon). Revenu à Paris en 1789, il habite rue Cadet, loin de toute camaraderie, dessinant pour vivre des en-têtes, des vignettes, et arrivant à peindre quelques portraits à l'huile ou au pastel. Il expose, au Salon de 1791, l'Amour séduit, l'innocence que le Plaisir entraîne et que suit le Repentir, et, à celui de 1793, l'Union de l'Amour et l'Amitié. Curieux de la Révolution, entraîné par elle, il fréquente les clubs et écoute Robespierre. C'est à ce moment qu'il fait pour le comte d'Herlai les trois beaux dessins : l'Amour réduit à la raison, le Cruel rit des pleurs qu'il fait verser et la Vengeance de Cérès, qui commencent à le faire connaître. 

Mais sa femme et ses enfants sont venus le rejoindre à Paris, et, quelle que soit sa tendresse pour ceux-ci qui deviennent ses meilleurs modèles, ils augmentent, pour lui, en ces temps difficiles, la difficulté de vivre. Prud'hon part en 1794 pour la Franche-Comté: il y passe deux ans, près de Gray, à Rigny, y peignant des portraits, y dessinant pour Didot l'aîné des illustrations de Daphnis et Chloé et de l'Art d'aimer qu'il exposera au Salon de 1797 (an V). Il connut là Frochot, administrateur du département, qui devint son ami et qui, plus tard, préfet de la Seine, sera son protecteur. Rentré de nouveau à Paris, qu'il ne quittera plus, il dessine la Vérité descendant des cieux et conduite par la Sagesse, ce dessin lui vaut, avec un prix d'encouragement, un logement au Louvre et la commande d'un tableau qui, exposé au salon de 1799 (an VII), devient le plafond de la salle des Gardes au château de Saint-Cloud; mais, endommagé par un incendie lors du mariage de Napoléon et de Marie-Louise, il fut transporté dans les magasins du musée. Charles Blanc dit que l'on n'a plus sur lui aucun renseignement; le dessin cependant paraît être certainement celui de la collection du Dr Chauffard.
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L'impératrice Joséphine, par Prudhon.
L'impératrice Joséphine, par Prudhon.

Prud'hon décore ensuite rue Cerutti - aujourd'hui rue Laffitte - avec le sujet de la Richesse accumulant autour d'elle les jouissances, le salon de l'hôtel de M. de Landy, qui allait appartenir à la reine Hortense, et plus tard aux Rothschild; puis dessine un projet de colonne triomphale et un projet de fronton peur l'Hôtel Dieu. En 1801 il peint au Louvre le plafond de la salle du Laocoon, l'Etude guidant l'essor du Génie, et en 1803 celui de la salle des Antiques, Diane implorant Jupiter.

Prud'hon a maintenant quarante-cinq ans. Tourmenté encore par sa femme, qui bientôt sera enfermée dans un asile d'aliénées, il vient d'arriver à la Sorbonne où il a reçu un logement du premier consul : il y rencontre, voisine de lui, Constance Mayer, élève de Greuze, qui jusque-là a fait du Greuze, et qui, devenant son élève, va emplir sa vie : il l'a représentée souvent. Quelque temps après, il peint le portrait de l'Impératrice Joséphine (musée du Louvre), ayant pour cadre le paysage du parc de La Malmaison. Frochot lui demandant un tableau pour la salle de la cour d'assises au Palais de Justice, il prépare et compose la Justice et la Vengeance divines poursuivant le Crime, oeuvre longtemps méditée, dont il existe de nombreux dessins d'étude, et qui, restée au Palais de Justice jusqu'en 1814, fut, à la suite d'un échange, placée au Louvre en 1823, après avoir passé par le Luxembourg; elle avait été exposée au Salon de 1808, en même temps que l'Enlèvement de Psyché par les Zéphyrs, qui, en 1839, fut vendu 16000 F. A la suite de ce succès, le peintre fut décoré par l'empereur, et les commandes affluent. De 1809 sont datés deux portraits de Talleyrand, l'un en costume de grand électeur, l'autre en tenue de ville, qui faisaient partie de la collection du duc de Valençay. 
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La Justice poursuivant le Crime, par Prudhon.
La Justice et la Vengence divine poursuivant le Crime, par Prudhon.

Au Salon de 1810, Prud'hon expose une Sainte Vierge, qui, après avoir figuré dans la galerie de Marie-Louise, devenue archiduchesse, se trouve au musée de Parme; il dessine aussi, alors qu'elle va être impératrice, ses meubles de toilette, qui devaient être brisés à Parme, et, l'année suivante, le berceau du roi de Rome que garde le Palais de Fontainebleau. En 1811, nommé professeur de de dessin de la souveraine, il fait le portrait du petit Roi de Rome (Salon de 1812), avec Vénus et Adonis. Au Salon de 1814, il expose le portrait de M. de Sommariva, qui est à Milan, et, avec le Zéphyre qui se balance au-dessus de l'eau, un Enlèvement de Psyché par Zéphyre. En 1816, il est élu membre de l'Institut. on peut voir de lui, au Salon de 1817 , Andromaque et Pyrrhus et des portraits, et à celui de 1819, l'Assomption, commandée en 1816 pour la chapelle des Tuileries et payée 6000 F, placée au Louvre après 1848; une esquisse achetée 1500 F en 1823, fut payée 12 000 F en 1843. 

Le 26 mai 1821, Mlle Mayer se tue : la douleur de Prud'hon en fut profonde. Il termina le tableau, laissé par elle inachevé, d'une Famille malheureuse, et il l'exposa au Salon de 1822, avec plusieurs portraits de lui, entre autres celui de Mme Jarre, qui est au Louvre. Jarre, ancien élève de Vincent, le légua à ce musée en 1846. Prud'hon passa ses derniers mois chez son ami, Boisfremont, y peignant le Christ sur la Croix, exposé un an après sa mort, et qui, commandé par le ministère pour la cathédrale de Metz, fut cédé par échange au musée du Louvre. Il est enterré au Père-Lachaise avec Mlle Mayer.
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Vénus et Adonis, par Prudhon.
Vénus et Adonis, par Prudhon.

Le Louvre possède encore de lui : le portrait du naturaliste Brunn-Mergaard, celui du Baron Denon et un Portrait de jeune homme; deux pastels : une Tête de femme, un portrait qu'on croit être celui de Mlle Mayer, et onze dessins. Le musée Condé, à Chantilly, est riche de ses dessins, Prud'hon avait refait dans le Jupiter et Io du Corrège, qui est maintenant au musée de Berlin, la tête détruite d'Io. On peut citer encore dans son oeuvre les ébauches d'une Vénus au bain, de Minerve éclairant le Génie des sciences et des arts, et celle de l'Âme brisant les liens qui l'attachent a la terre qui fut son dernier travail. Il a gravé à l'eau-forte la belle vignette de Phrosine et Mélidor, le Génie de la paix et l'Enlèvement d'Europe. Dans ses dernières années, il a reproduit par la lithographie : Une Famille malheureuse, d'après le tableau de Mlle Mayer, une Lecture, l'Enfant au chien qui représente le fils du maréchal Gouvion Saint-Cyr, et les portraits de Mme Jarre et de Mme Navier. Prud'hon a peint sur toile, sur bois et sur carton; ses dessins sont à l'ordinaire sur papier bleu, rehaussé de blanc. Roger et Copia ont été ses graveurs habituels ; certaines de ses oeuvres ont été gravées aussi par son fils, mais médiocrement.

Pierre-Paul Prud'hon, dont la vie fut toujours mélancolique et souvent douloureuse, est le peintre de la grâce, d'une grâce simplifiée et merveilleuse, apparue parmi ces formes exquises qui se dérobent en leur indéfinissable souplesse. Il n'est pas un maître régulier et en quelque sorte nécessaire, comme David ou comme Ingres dont l'art est un enseignement, il est un génie qui passe, ne relevant que de lui-même, isolé parce qu'il est inimitable; et si par sa peinture caressante et savoureuse il est grand comme un Corrège, il rappelle les Milanais par le mystérieux sourire de ses personnages. Les dessins, ou peut-être son art s'est le plus librement exprimé, sont aujourd'hui passionnément recherchés et plusieurs ont été payés des prix fort élevés. (Etienne Bricon).

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