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Louis David

Jacques-Louis David est un peintre, né à Paris le 30 avril 1748, mort à Bruxelles le 29 décembre 1825. Cet artiste est un de ceux qui ont exercé l'influence la plus profonde sur les idées artistiques de notre temps et sur les destinées de l'Ecole française. Jugé diversement, à travers les changements d'opinion qui se sont produits au cours du XIXe siècle, loué et attaqué outre mesure, il fut un réformateur énergique, un régénérateur autoritaire et souvent brutal. Son tempérament ardent devait faire de lui l'interprète le plus puissant de la Révolution. Il est considéré par les uns comme un des créateurs du mouvement qui a marqué une partie du XIXe siècle; pour les autres, il est uniquement le chef de l'école classique et rétrograde. Il faut le juger en nous tenant à distance des préventions d'hier et en examinant son oeuvre d'après les grandes toiles de nos musées.

Les débuts de David furent pénibles. Fils d'un mercier du quai de la Mégisserie, il fut élevé au collège des Quatre-Nations; sa vocation pour la peinture se manifesta au milieu des études classiques. Il n'avait que neuf ans lorsque son père fut tué en duel. Il fut envoyé par son tuteur dans l'atelier de Boucher qui reconnut ses dispositions et lui conseilla d'entrer chez Vien, dont l'enseignement était fait pour répondre davantage au genre d'esprit qu'il avait entrevu chez le jeune peintre. Vien avait réuni autour de lui des élèves, peu de temps après sa réception à l'Académie de peinture. Il s'était institué comme un rénovateur du goût et cherchait à amener un retour vers la nature et la simplicité. David se forma chez ce maître; il ne fut pas heureux cependant, quand il concourut pour le prix de Rome. Il se présenta en 1772 et les années suivantes ; c'est seulement à un quatrième concours, en 1775, qu'il obtint le prix, avec les Amours d'Antiochus et de Stratonice. David avait été soutenu, dans ses premiers efforts, par Sedaine et par le peintre Doyen. L'année même où il était lauréat du premier grand prix, Vien était nommé directeur de l'Académie de France à Rome. Le maître et l'élève partirent ensemble pour l'Italie. Vien portait ses idées de réforme sur un terrain où elles ne pouvaient que s'affirmer davantage. Il succédait à Natoire, qui avait représenté la fin de l'influence de la peinture galante à la française. Précisons le rôle de Vien : c'était une nature froide, un esprit tempéré et indécis, qui devait être un précurseur avant tout : le professeur était chez lui supérieur au peintre. Il était ennemi du maniérisme italien et des frivolités de l'école française : il voulait revenir au beau classique; il se dirigeait tantôt vers les anciens, tantôt vers Poussin et Le Sueur. David devait être plus résolu que Vien, en entrant dans la voie que celui-ci avait ouverte. 
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La Mort de Socrate, par David.
La Mort de Socrate, par David.

La première oeuvre importante de David, après les essais et les études exécutées à Rome, fut le Bélisaire, exposé à Paris en 1780. Cette composition, d'une grande pureté de forme, d'une certaine rigidité, fait songer, comme celles de Vien, aux tableaux d'histoire des peintres français du XVIIe siècle. Cette toile valut à David le titre d'agréé à l'Académie de peinture. Il devait y entrer trois ans après, en ayant comme morceau de réception Andromaque pleurant la mort d'Hector. David se plonge de plus en plus dans une sorte de latinité artistique; il produit le Serment des Horaces, qui indique rigoureusement ses tendances. L'oeuvre est une création personnelle et volontaire; on y sent une sobriété cherchée ; elle n'est pas exempte de sécheresse, mais le style, concis et soutenu, garde une gravité toute cornélienne. David s'était voué dès lors à l'interprétation des sujets empruntés à l'histoire ancienne; il s'inspire de Tite-Live et des Vies de Plutarque; il peint la Mort de Socrate et Brutus. Cette dernière toile date de 1789; David, à la veille de la Révolution, avait déjà formulé avec vigueur sa doctrine l'art auquel il avait recours était sévère, noble et fait pour agir sur l'âme. La Constituante le trouve prêt à réfléter ses pensées; alors une évolution survient dans le talent de David. Il ne lui suffit pas d'évoquer de son pinceau les héros de la Grèce et de Rome, ces héros dont le souvenir revit tant de fois dans les paroles et les discours des républicains. L'artiste, qui est déjà un éducateur, devient, en témoin fidèle et passionné des événements, un peintre de circonstance. C'est comme une seconde manière; il ébauche une vaste toile, le Serment du Jeu de Paume, et lutte avec les difficultés que lui offrent les physionomies et les costumes modernes. Le succès de cette toile, la popularité que David s'acquiert par son républicanisme le font nommer membre de la Convention par les électeurs de la section du Muséum. Le peintre des Horaces est investi d'un rôle politique; il parle à la tribune, fait des rapports sur les arts, établit des concours et propose des plans de fêtes publiques. Il vote la mort du roi; il peint les Derniers Moments de Lepelletier de Saint-Fargeau; il exécute des portraits de conventionnels, il imagine des projets de costumes officiels; enfin, au milieu de l'exaltation causée par le meurtre de Marat, il peint l'admirable portrait de l'Ami du peuple assassiné
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La mort de Marat, par David.
La Mort de Marat, par David.

Au mois de nivôse an II (1793), David présidait la Convention et faisait partie du comité de Sûreté générale. Après la victoire de la réaction en thermidor, il resta quatre mois en prison, et ne recouvra qu'avec peine sa liberté. Sa carrière politique était terminée; il revint à l'étude de l'Antiquité, et suivant le courant de l'opinion, il se passionna pour le général Bonaparte, puis pour le premier consul. Il peint Bonaparte au passage du mont Saint-Bernard, il fait le portrait du pape Pie VII et celui de Napoléon en habits impériaux. Il travaille, en même temps à l'Enlèvement des Sabines et à Léonidas aux Thermopyles. L'Empire utilise son pinceau; Napoléon lui rend même une partie de l'admiration qu'il lui témoigne. David continue à régner sur les arts et reçoit le titre de « premier peintre de l'empereur ».  Les oeuvres capitales de David, comme peintre impérialiste, sont le Couronnement et la Distribution des Aigles, tableaux d'apparat, exécutés avec largeur, scéniques et grandioses, mais où l'on ne retrouve plus l'émotion un peu âpre et la sincérité ardente qui animaient le peintre républicain. Ce sont de nobles pages de la peinture d'histoire, de cette peinture qui fixe, en un style décoratif, les cérémonies et les solennités. David y devient un artiste de cour, sans perdre de la grandeur ordinaire de ses conceptions, sans rencontrer, d'autre part, cette intensité et cette chaleur de coloris qui auraient donné plus de vie à la représentation des scènes et des personnages, auxquels il s'attachait.

Le retour des Bourbons amena l'exil de David; le conventionnel, le régicide étaient frappés en lui. Il se retira à Bruxelles, emportant avec lui les sympathies et les regrets de la partie libérale de la nation, sûr d'avoir fondé une école, et voyant de loin se perpétuer la tradition qui partait de lui. Il laissa la direction de son atelier à Gros, avec lequel il entretint une correspondance régulière. A Bruxelles, il exerça une influence considérable sur l'école belge; il eut quelques brillants disciples, entre autres François Navez, qui a fait de lui un beau portrait (Bruxelles). Pendant son exil, il était ressaisi, comme au début, par les réminiscences classiques; il traitait avec amour des sujets mythologiques, marqués souvent d'un hellénisme délicat : l'Amour quittant Psyché, Mars désarmé par Vénus, l'Amour et les Grâces, etc. Au moment où se préparait l'évolution romantique, rien n'altérait chez lui cet état d'esprit. Il écrivait à Gros, en 1820, comme s'il avait eu regret de ses grandes compositions exécutées sous la République et l'Empire :

« Etes-vous toujours dans l'intention de faire un grand tableau d'histoire? Vous aimez trop votre art pour vous en tenir à des sujets futiles, à des tableaux de circonstance...»
Lorsqu'il mourut, à l'âge de soixante-dix-huit ans, le gouvernement de la Restauration refusa à ses fils la faveur de rapporter à Paris le corps de leur père : son cercueil fut arrêté à la frontière; on se rappelle la chanson que cet incident a inspirée à Béranger. Le peintre de la Mort de Marat et de L'Enlèvement des Sabines fut inhumé à Bruxelles, et les funérailles donnèrent lieu à une imposante manifestation.
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L'Enlèvement des Sabines, par David.
L'Enlèvement des Sabines, par David.

Grand artiste certes, intelligence élevée, esprit noble et bien équilibré, apôtre convaincu du beau tel qu'il le concevait, David nous apparaît comme un ennemi d'une certaine tradition de la peinture française. Marchant vers son but avec ténacité, il a proscrit la fantaisie et la grâce; il s'est désintéressé de la couleur, cherchant avant tout un dessin d'une extrême netteté. Il nous offre, sous une perfection apparente, des défauts considérables. Aucun ton ne vibre dans ses compositions trop uniformes; l'effet d'ensemble est souvent jaunâtre. Il abuse du nu, comme s'il faisait oeuvre de statuaire. Ses meilleurs tableaux semblent peints d'après des scènes de tragédie classique et l'on pourrait croire que ses personnages sont détachés des pièces de Marie-Joseph Chénier. Un idéal humain, philosophique, austère, vit pourtant à travers ces types, agrandit et ennoblit leur rôle. Il nous appartient, quant à nous, de préférer de beaucoup au peintre d'histoire préoccupé de ses théories, l'interprète véridique de la réalité de son temps. A côté de l'artiste violent, emphatique et éloquent, si démodé, nous retrouvons un David calme, serein, observateur minutieux et attentif; tel est l'auteur des beaux portraits de Pécoul, du Pape Pie VII, de Boissy d'Anglas, de Mme Récamier, du Général Gérard. Nous avons là un David intime qui n'est plus le législateur de l'art, mais le chercheur scrupuleux, et souvent expressif, en un mot l'ami de la nature. Il faut aimer aussi le David de certaines oeuvres qui n'ont pas été poussées à un extrême fini, comme le Tambour Barra au musée d'Avignon. Haute figure, après tout, que celle de cet artiste qui ne peut plus être un chef d'école, mais dont l'oeuvre et la vie nous gardent de puissantes leçons et de féconds enseignements. Le style mesquin et froid de certains de ses élèves a contribué au déclin de son influence; cette influence, au reste, ne pouvait durer, s'appuyant, comme celle de tout maître absolu, sur des principes exclusifs et par conséquent sur une erreur. (Antoine Valabrègue).

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