 |
Palais de Justice,
de Paris .
- Cet édifice, aujourd'hui entièrement affecté aux
services judiciaires, s'élève en partie sur l'emplacement
d'anciennes constructions, les plus anciennes peut-être qui aient
existé dans la cité et, dans l'ancienne ville gallo-romaine
de Lutèce. Là, en effet, à côté d'autres
édifices, dont on a retrouvé, à diverses époques,
les substructions et d'importants et nombreux motifs d'architecture et
de sculpture, dut exister, aux premiers temps de la conquête romaine,
une forteresse servant éventuellement de résidence au gouverneur
romain, et si le césar Julien, dans les séjours qu'il fit
à Lutèce, préféra habiter le palais des Thermes,
si les rois mérovingiens
et carolingiens
préférèrent tenir leur cour dans de grandes villas
dont les emplacements nous sont connus, en revanche, les premiers rois
capétiens
firent du palais de la Cité le premier siège de la monarchie.
Louis Il dut
même faire reconstruire entièrement ce palais, devenu trop
étroit pour l'habitation des nombreux officiers de tous rangs qui
vivaient dès cette époque à la cour, et Phillippe
le Bel acheva l'œuvre de son aïeul. Ce n'est que lorsque Charles
V eut. abandonné ce palais de la Cité pour le château
royal du Louvre
que ce palais devint entièrement affecté aux services judiciaires
et financiers dont, au-dessus de tous les autres, le Parlement et la Cour
des comptes. Deux terribles incendies, l'un en 1618, qui détruisit
l'ancienne Grande salle gothique et en amena la reconstruction par Salomon
de Brosse, et l'autre en 1776, qui fut suivi de la construction de bâtiments
autour de la cour du Mai, sur la rue de la Barillerie, aujourd'hui boulevard
du Palais, modifièrent considérablement l'aspect du palais,
lequel fut remanié et agrandi pendant plusieurs décennies,
et encore après l'incendie de 1874; mais une gravure de Guillaumot,
d'après un dessin de Fichot, dans la
Description archéologique
des Monuments de Paris de Guilhermy (Paris, 2e
édit., 1856, in-12, p. 302) nous montre le Palais de Justice, dit
le Palais en l'île, tel qu'il était encore au commencement
du règne de Louis XVI avec une vaste
cour intérieure, sur laquelle faisait saillie la Sainte-Chapelle ,
d'autres plus petites, les deux portes ogivales sur la rue de la Barillerie,
l'église de Saint-Michel, la tour de l'Horloge et les toitures
des tours du côté septentrional de la Seine, la salle des
Pas-Perdus et le logis de la Chambre des comptes.
Depuis cette époque, des constructions
de grande hauteur ont défiguré cet aspect pittoresque; Louis
XVI a fait bâtir par le sieur des Maisons, son architecte, les
façades des bâtiments de la cour du Mai et, sous les gouvernements
qui se sont succédé pendant un demi-siècle, Duc et
Dommey, d'abord, ont retrouvé et reconstruit toute la partie du
palais avoisinant la tour de l'Horloge; Duc a fait élever les bâtiments
de la Police correctionnelle entre la cour de la Sainte-Chapelle
et la rue de ce nom, la Cour d'assises et la nouvelle salle des Pas-Perdus
ou vestibule de Harlay, sur la place Dauphine ;
la Cour de cassation et la prison cellulaire sur le quai de l'Horloge,
pendant que Diet faisait élever le bâtiment de la Préfecture
de police aujourd'hui enclavé dans le palais, du côté
du quai des Orfèvres, et que, à la fin du XIXe
siècle, Daumet poursuivit la reconstruction de la Cour d'appel.
Par suite, de l'installation de tant de services divers au Palais de Justice,
il est intéressant de noter que cet ensemble considérable
de travaux de construction ou d'entretien a nécessité des
crédits importants imputables sur des budgets différents
: Etat, département et ville de Paris ,
ministères de la Justice, de l'Intérieur et de l'Instruction
publique et des Beaux-Arts, suivant qu'il s'agit de la Cour de cassation,
de la Cour d'appel, de la Cour d'assises, du Tribunal civil et correctionnel
ou de première instance, du Tribunal de simple police, du Dépôt
des prisonniers et aussi de la Sainte-Chapelle ,
monument historique classé et restauré depuis un siècle
et demi par Lassus, Viollet-le-Duc, Duban
et Boeswillwald.
-
Palais
de Justice de Paris (Plan du premier étage, 1899).
La figure ci-dessus, empruntée à
l'Agenda de la Cour d'appel de Paris pour 1899 et qui n'est, avec
quelques modifications, qu'une réduction du grand plan dressé
par Huyot et modifié par Duc, lors du commencement des travaux de
reconstruction du Palais de Justice, fait bien voir l'enchevêtrement
de juridictions et aussi les grandes divisions qu'occupent ces juridictions
dans le Palais de Justice encore aujourd'hui pour une grande part, et dispense
d'une plus longue et trop spéciale énumération de
ces services. (Ch. L.). |
|