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L'Antiquité.
Toutes les civilisations
anciennes ont eu des préoccupations géographiques. On peut
ainsi aller chercher les premières traces d'une géographie
en Mésopotamie, en Égypte
ou en Chine ,
mais il en reste peu de chose.
Les
Phéniciens et les Carthaginois.
Nous en savons à
peine plus sur les découvertes des Phéniciens, peuple navigateur
et trafiquant. Les Phéniciens explorèrent très tôt
les côtes de la Méditerranée, passèrent le détroit
de Gibraltar
et visitèrent les rivages de l'Atlantique en Europe
et en Afrique ,
jusqu'à la Grande-Bretagne et aux côtes de la Baltique au
Nord, et jusqu'au tropique du Capricorne au Sud. Vers 600
av. J.-C., Néchao, roi d'Egypte,
fit partir, de la mer Rouge pour l'océan Indien, une flotte dirigée
par des Phéniciens. En trois ans, cette expédition fit probablement
le tour de l'Afrique, atteignit le détroit de Gibraltar et retourna
en Egypte par la Méditerranée. Les connaissances géographiques
furent augmentées par les Carthaginois ;
mais la seule de leurs expéditions dont nous ayons un récit
est celle de Hannon, vers le Ve
siècle av. J.-C ( Périple
de Hannon, édition en ligne). Hannon, si l'on en croit le
texte, suivi de 60 navires, fit voile de Gibraltar, suivit la côte
d'Afrique jusqu'à la baie de Bénin ou, suivant les appréciations
de quelques auteurs, jusqu'à la rivière de Nun seulement.
Les
Grecs.
Les renseignements que nous fournissent
les Grecs
sont plus nombreux. Les connaissances au temps d'Homère
(vers le VIIIe
s.), telles que nous les laissent entrevoir l'Iliade
et l'Odyssée ,
se limitent au bassin méditerranéen, et encore sont-elles
très imparfaites. Mais il y eut plust tard parmi les Grec des grands
voyageurs, tels Pythéas,
marin de Massilia (Marseille ),
qui
vers 320 av. J.-C.,
visita la Bretagne (Grande-Bretagne) et découvrit une île
qu'il appela Ultima Thule, et qui dans un second voyage, il visita
la Baltique. Mais il y eut surtout les premiers véritables géographes.
Hérodote,
Aristote,
Ératosthène,
Hipparque,
Eudoxe
de Cyzique ,
savants, astronomes, voyageurs, nous fournissent enfin des données
précises sur les contrées qu'ils ont
visitées. L'expédition d'Alexandre
le Grand, 330 ans av. J.-C.,
augmenta également considérablement les connaissances que
I'on avait sur l'Inde .
Le premier travail
systématique sur la géographie scientifique fut entrepris
par Eratosthène, qui vivait à
Alexandrie
dans la dernière partie du IIIe
siècle av. J.-C. Son système
( Les Geographica ,
d'Eratosthène) était basé sur la connaissance de la
forme sphérique de la Terre ;
Eratosthène fut le fondateur de la géodésie .
Le Bithynien Hipparque qui habita Rhodes
et Alexandrie vers le milieu du IIe
siècle av. J.-C., élargit
encore le système d'Eratosthène et soumit la science géographique
à des principes astronomiques, mais ses découvertes ne reçurent
un développement pratique que longtemps plus tard.
Environ un siècle
et demi après Hipparque, Strabon,
Grec du Pont et explorateur célèbre, écrivit une géographie
pleine
d'intérêt et de vues qu'a confirmées en partie la science
moderne. Ses Geographica
offrent un tableau pittoresque de toutes les régions de la Terre
sur lesquelles on avait recueilli de son temps des notions plus ou moins
précises. Les contrées méditerranéennes
étaient assez bien connues, mais on savait peu de choses des côtes
atlantiques de l'Europe
et l'on ignorait complètement ce qui concerne la Scandinavie, la
Russie ,
le nord de l'Allemagne ,
la Sibérie ,
la Tartarie
(Asie
centrale), la Chine ,
le Japon
et l'archipel Asiatique.
Plus fameux encore
fut Ptolémée, qui vivait à
Alexandrie
vers le milieu du IIe
siècle après J.-C. et fut
l'auteur d'une Géographie
qui resta une référence pendant des siècles. A l'époque
de Ptolémée, la notion d'un océan circumambiant avait
été abandonnée, et celle d'une étendue indéfinie
de Terra incognita était substituée comme limites
supposées du monde. L'ouvrage de Ptolémée est un document
en général exact pour ce qui concerne la partie déjà
bien connue du monde, où l'on trouve un tracé précis
du contour de la Grande-Bretagne, des côtes occidentales de la Gaule ,
de l'Espagne
et du l'Afrique
septentrionale.
Les
Romains.
Les conquêtes
de Rome ,
comme cela avait été le cas pour celles d'Alexandre,
contribuèrent à accroître encore les connaissances
géographiques ,
si bien que la carte de l'empire romain est celle du monde connu au commencement
de l'ère chrétienne. Pline nous a
laissé en partie une Description de l'empire romain faite
par ordre d'Auguste. Le principal géographe
romain fut Pomponius Mela, qui écrivit vers
le temps de l'empereur Claude. Il n'ajouta presque
rien aux connaissances antérieures, mais proposa une synthèse
de la géographie dans laquelle les Médiévaux puiseront
abondamment. Dans son traité
De situ orbis ,
il explique la division du monde en deux hémisphères : l'hémisphère
septentrional, partie connue de la Terre ;
et l'hémisphère méridional, partie encore inconnue.
L'Itinéraire d'Antonin ,
quant à lui, donne l'indication des lieux avec les routes et les
distances.
Lorsque l'on compare
la géographie des Romains à
celle des Grecs, on constate que s'opposent
deux conceptions autour desquelles s'articulera toute la géographique
appelée à se constituer ultérieurement. La première
et la plus ancienne, qu'on pourrait appeler la conception grecque
(Aristote, Hipparque,
Eratosthène,
etc.), consiste à poursuivre une connaissance vraiment philosophique
du monde, à rechercher avant tout l'enchaînement des phénomènes,
et comment ces phénomènes se subordonnent les uns aux autres.
A cette conception vraiment scientifique de la géographie, que les
Grecs (Hérodote excepté) ont poussée
jusqu'à l'excès en allant jusqu'à faire de la géographie
systématique, s'oppose la conception romaine, purement utilitaire
et pratique; dominés par des intérêts de commerce,
par des préoccupations administratives, par des ambitions de conquête,
les Romains ont su faire des dictionnaires
topographiques, établir des itinéraires
précis (Vispianus Agrippa, Pline).
Le Moyen Âge.
A la charnière
de l'Antiquité
et du Moyen Age ,
on doit mentionner encore, parmi les géographes (en même temps
qu'historiens) : Ammien Marcellin, qui
écrivait à Antioche
au IVe
siècle et Procope,
auteur byzantin du VIe
siècle. A la même époque
Jordanès,
Paul Diacre et le géographe de Ravenne décrivent le nord
et l'est de l'Europe ,
ainsi que l'Italie .
Pourtant, malgré le succès obtenu plus ou moins rapidement
par Strabon et Ptolémée,
on peut dire qu'à partir de cette époque se sont perdus l'esprit
et le goût de la science géographique. Au Moyen âge,
c'est la conception romaine qui prédomine - du moins en Europe
occidentale, et nous ne possédons guère de cette époque
que des itinéraires.
Au VIIe
siècle, malgré les voyages
en Palestine, la géographie ne fait aucun progrès chez les
Latins. L'empire arabe devient, au VIIIe
siècle, le siège d'un grand
mouvement scientifique dont la géographie a sa part. Massoudi,
Ibn
Haukal, Edrisi (al-Idrisi), Ibn el Ouardy,
Hamdoullah,
Aboulfeda, El Bakoui, les grands
noms de la géographie médiévale sont tous arabes.
Au IXe
siècle, les Vikings
découvrirent le Groenland
et ils visitèrent le continent de l'Amérique du Nord
au Xe siècle.
Au XIIIe
siècle, des missions furent envoyées
par les papes dans les parties extrêmes de l'Asie .
En 1271,
le Vénitien Marco Polo visita la cour de
Kubilaï
Khan en Chine
et, le premier, fit connaître à l'Europe
l'existence du Japon
et de plusieurs des îles des contrées des Indes orientales.
Les découvertes
maritimes (XIVe - XVIIIe
s.).
A la fin du XIVe
siècle, les frères Zeni,
Vénitiens, utilisèrent les connaissances acquises par les
Scandinaves
pour dresser la carte des pays du Nord. Au XVe
siècle, les Portugais
explorèrent les côtes de l'Afrique
occidentale. Le cap de Bonne Espérance, atteint en 1486,
fut doublé 11 ans plus tard par Vasco de Gama.
Mais la plus grande de toutes les découvertes géographiques
fut celle de ce qu'on allait appeler le Nouveau-Monde par Christophe
Colomb en 1492.
Dans les 30 années qui suivirent, toute la côte orientale
de l'Amérique ,
depuis le Groënland
jusqu'au cap Horn fut explorée et des navires espagnols sillonnèrent
l'océan Pacifique. Américo Vespucci,
Pedr'Alvarés
Cabral,
Jacques
Cartier, René de Laudonnière,
Jean
et sébastien Cabot figurent parmi les nombreux noms de nvigateurs
qui marquèrent cette époque.
En 1520,
Magellan
passa le détroit qui porte son nom, traversa le Pacifique, et le
dernier vaisseau, commandé par
El Cano, revint
en Europe ,
par la route du cap de Bonne-Espérance après avoir accompli
la première circumnavigation. La côte occidentale d'Amérique
(sauf la portion qui s'étend au nord de la baie de San-Francisco)
fut explorée avant le milieu du XVIe
siècle.
L'ère des
grandes découvertes inaugurée par Vasco
de Gama et qui trouve son couronnement avec le voyage de Magellan,
vite suivi par celui de Drake, aura ainsi été
l'occasion d'un immense agrandissement du champ des investigations. Au
XVIe
siècle, les Anglais
et les Hollandais firent d'audacieux et
de persévérants efforts pour trouver un passage qui permît
d'atteindre l'Inde
par le Nord-Est ou par le Nord-Ouest. Les expéditions de sir Hugh
Willoughby et de Richard Chancellor en
1553,
de Frobisher en 1576-1578,
de Davis en 1585-1587,
de Barents en 1594-1596,
à la recherche de cette route, augmentèrent les connaissances
relativement aux régions arctiques .
Un résultat semblable fut la conséquence des voyages de Henry
Hudson en 1607-1611
et de William Baffin en 1612-1616.
En 1818,
la tentative de trouver un passage au Nord-Ouest fut renouvelée
par le capitaine Ross. Ce fut le commencement d'une
série d'expéditions anglaises et américaines.
Au commencement du
XVIIe siècle,
les Hollandais découvrirent l'Australie
(peut-être déjà signalée par Andrea
Corsali, au siècle précédent), qu'ils appelèrent
Nouvelle-Hollande. En 1642,
Tasman
trouva la terre de Van Diemen ou Tasmanie, et peu après, la Nouvelle-Zélande
et plusieurs groupes d'îles de la Polynésie. Le capitaine
Cook
dans ses voyages (1768-1679)
augmenta les connaissances géographiques. Les navigateurs français
La
Pérouse, Bougainville,
d'Entrecasteaux,
etc. ont également participé au XVIIIe
siècle à accroître les connaissances géographiques
en Océanie .
A
la même époque, les découvertes en Orient marchaient
également à pas de géant. Les relations avec l'intérieur
de l'Asie
ont été élargies dès le XVIIe
siècle par les conquêtes
faites par les Russes, par les Anglais
et par les Français.
Pendant toute cette
période, parallèlement aux découvertes de terrain,
la géographie s'est également dotée de nouveaux outils,
en particulier grâce aux progrès de la cartographie
: après les contributions de précurseurs tels que Fra
Mauro et Toscanelli, elle a été
entièrement renouvelée par Ortelius
et Mercator. Par ailleurs, au XVIe
et au XVIIIe
siècles, les progrès de
la science astronomique et de la mécanique (avec l'horloge construite
par John Harrison) conduisirent à une
révision générale des longitudes
et des latitudes
des tables de Ptolémée, dont des
observations exactes avaient prouvé la fausseté, et au XVIIIe
siècle, plusieurs auteurs savants
et laborieux, parmi lesquels il faut particulièrement citer d'Anville,
s'appliquèrent à la rectification de tout l'ancien système
géographique.
Les dernières
terres inconnues.
Au XIXe
siècle, la géographie s'est enrichie des découvertes
faites dans l'intérieur de l'Afrique ,
ce continent qui est resté si longtemps impénétrable,
par René Caillié, le premier Européen
qui soit allé à Tombouctou
et qui en soit revenu, par Livingstone, Baker,
Burton,
Speke,
Grant,
Cameron;
par Stanley et par P.
Savorgnan de Brazza. A la fin du siècle, il ne reste plus guère
de terres importantes à découvrir, si ce n'est l'Antarctide
dont on commence à peine à deviner
les contours depuis seulement quelques décennies. En 1842,
Charles
Wilkes avait exploré dans le cercle antarctique un continent
dont une partie avait été entrevue peu de temps auparavant
par Dumont d'Urville et par sir James
Ross. Ainsi, à l'exception des régions polaires
et du centre de l'Afrique, presque toutes les parties du globe sont
connues; et il ne reste plus de grande Terra incognita. Le
champ des explorations n'en était pas fermé pour autant.
Il était encore nécessaire à cette époque d'ajouter
à la connaissance vague et superficielle d'une foule de contrées
des notions plus précises. Elles ont employé, dans la première
moitié du XXe
siècle, d'immenses efforts et des études approfondies
autant que persévérantes.
La renaissance
géographique du XIXe siècle.
Des blancs nombreux
existaient encore sur les cartes au début
du XIXe
siècle. Mais les géographes
avaient d'ores et déjà engrangé un matériau
considérable dont ils pouvaient tirer tout le fruit. Ainsi
s'est produit en Europe
dès cette époque une véritable renaissance de la géographie,
résultat direct des grands voyages scientifiques de circumnavigation
exécutés au siècle précédent. Alexandre
de Humboldt et Karl Ritter ( La
Géographie ,
de Ritter) en sont, en Allemagne ,
les protagonistes et font de nombreux élèves qui, dans tous
les pays de langue germanique, assurent bientôt le triomphe des idées
nouvelles, c'est-à-dire, pour reprendre la distinction faite plus
haut, de la conception grecque de la géographie. En France ,
ce renouvellement a été plus tardif; à la simple énumération
de noms propres qu'était encore pendant une grande partie du siècle
la géographie, a fini cependant par se substituer - beaucoup grâce
à Elisée Reclus ( La
Géographie ,
de Reclus)- une nouvelle géographie, qui, non contente de décrire
les phénomènes, les explique, et dont la double fin est d'observer,
de classer, d'expliquer les effets directs des forces agissantes et les
effets complexes de ces forces associées.
Ainsi, la géographie
est devenue enfin à partir du XIXe
siècle vraiment la science de la Terre ,
ou plutôt du présent de la Terre, par opposition à
la géologie ,
qui est la science du passé de notre géoïde. Les deux
sciences se touchent et se fécondent mutuellement sans se confondre;
en effet, si l'on veut faire court, on dira que la géologie est
l'étude du passé à la lumière du présent,
tandis que la géographie est l'étude du présent à
la lumière du passé ( Leçons
de géographie physique ,
d'Albert de Lapparent).
Ce n'est pas à
dire, comme le feront comprendre les initiateurs de cette renaissance géographique
que la géographie, dont l'objet est la vie présente de la
Terre ,
doive s'appuyer uniquement sur la géologie .
Ce serait réduire la géographie à la géomorphogénie,
qui est tout autre chose. La composition et la disposition du sol ne déterminent
pas seules la répartition des richesses sur le globe; les considérations
climatiques, botaniques, zoologiques,
etc., ne doivent pas être non plus négligées par le
véritable géographe, qui a, en outre, pour objet de tenir
le plus grand compte de l'action des humains même sur la Terre, de
montrer quel lien de connexion unit l'individu au sol qu'il habite, dans
quelles conditions et dans quelle mesure les humains modifient ce lien
et deviennent à leur tour une cause originale d'activité.
C'est de la combinaison
de tous ces éléments, divers et multiples, c'est aussi de
leur modification les uns par les autres que résulte la caractéristique
d'une contrée, et c'est l'art du géographe, comme le propre
même de la géographie, de démêler dans l'étude
qu'il fait de chaque pays l'importance relative des divers phénomènes.
S'il attribue systématiquement à une classe déterminée
de phénomènes ou même à un phénomène
particulier une place prépondérante, il ne fait plus de la
géographie, mais de la géophysique (ou même de la géomorphogénie),
de l'anthropogéographie, de la géographie économique,
ou autre chose encore. Les géographes de la fin du XIXe
siècle et du début du XXe
siècle, dont Vidal
Lablache et Marcel Dubois ont été
deux des principales figures de ce renouvellement du regard géographique,
ont su se garder des divers dangers qui pouvaient les amener à ne
cultiver que telle ou telle branche de la science; comme Ritter,
comme Reclus, ils ont continué à
faire, en de larges efforts de synthèse, non plus une géographie
des liste et des inventaires, mais une géographie des relations
et des corrélations - de la véritable géographie,
en somme. |
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