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Les départements français
Le Rhône
[Histoire du Rhône]
Le département du Rhône a été formé le 1er novembre 1793 du démembrement du département de Rhône-et-Loire en deux parties. Il comprend les anciens Lyonnais et  Beaujolais. Sa superficie est de 3281 km², et sa population de 1.702.468 habitants (2010).

C'est un pays généralement montueux, qui se divise en deux zonés dirigées du Nord au Sud. La première s'étend le long de la Saône et du Rhône et occupe toute la partie orientale du département; elle est couverte de coteaux et de collines fertiles, où l'on trouve des vignes, des arbres fruitiers, des cultures de toutes sortes, et, dans les vallons, des prairies. La seconde zone, à l'Ouest, au relief plus accentué, est la partie la moins fertile.

Principales communes

Rang Arr. Commune Population
1
1
Lyon*, (9 arr.) 472 330
2
1
Villeurbanne
139 764
3
1
Vénissieux 57 507
4
1
Caluire-et-Cuire 41 564
5
1
Saint-Priest 41 307
6
1
Vaulx-en-Velin 41 137
7
1
Bron 39 415
8
2
Villefranche-sur-Saône 34 308
9
1
Rillieux-la-Pape 29 985
10
1
Meyzieu 29 380
Rang Arr. Commune Population
11
1
Oullins
26 009
12
1
Décines-Charpieu
25 307
13
1
Sainte-Foy-lès-Lyon
22 624
14
1
Saint-Genis-Laval 21 006
15
1
Givors 19 461
16
1
Tassin-la-Demi-Lune 18 595
17
1
Écully 18 252
18
1
Saint-Fons 17 090
19
1
Francheville 11 942
20
1
Brignais 11 767
*Population de l'agglomération lyonnaise : 1,4 millions d'habitants.
Codes des arrondissements : 1 = Lyon, 2 = Villefranche-sur-Saône.
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Situation, limites, superficie

Le département du Rhône s'appelle ainsi du principal de ses deux grands cours d'eau. le fleuve du Rhône : l'autre est la rivière de la Saône. Rhône et Saône se réunissent dans la capitale du territoire, à Lyon. Si les noms simples n'étaient de beaucoup préférables aux noms composés, ce département aurait dû s'appeler Rhône-et-Saône, ces deux courants appartenant également au département pour à peu près même longueur par les deux rives (environ 20 km), même longueur aussi par une seule rive (environ 40 km), en séparation avec un autre département, l'Isère pour le Rhône, l'Ain pour la Saône.

Le département du Rhône se trouve dans la région orientale de la France, et pour préciser, à l'entrée de la région du Sud-Est, à 220 km environ au Nord de la mer Méditerranée dont il est séparé par les trois départements de la Loire, de l'Ardèche et du Gard; 225 km au Sud-Ouest de l'Allemagne, dont le séparent l'Ain; le Jura, le Doubs, le Haut-Rhin; à 90 km à l'Ouest de la Suisse par delà le seul territoire de l'Ain; à 148 km à l'Ouest aussi de l'Italie, par delà l'Isère et la Savoie : toutes ces distances à vol d'oiseau. Son chef-lieu, Lyon, est à 400 km, ou un tout petit peu moins, au Sud-Sud-Est de Paris en ligne droite, à 507 km par le chemin de fer. 

Il est borné : au Nord par le département de Saône-et-Loire; au Nord-Ouest, et sur un court trajet, par ce susnommé territoire de Saône-et-Loire; à l'Ouest et au Sud, par le département de la Loire; au Nord-Est, et sur une brève longueur, encore par Saône-et-Loire; à l'Est enfin, par l'Ain en amont de Lyon, par l'Isère en aval. Comme les autres départements continentaux, il a des limites tantôt naturelles, tantôt conventionnelles, et de celles-ci plus que de celles-là. En dehors de certaines crêtes de colline ou montagne, de certains torrents et ruisseaux qu'il ne vaut pas la peine de désigner, ses limites naturelles se bornent à ceci : que la Saône le sépare du départementde l'Ain pendant 42 km, l'Ain ayant la rive gauche, le Rhône la rive droite; et que le Rhône (rive gauche) le sépare de l'Ain pendant 6 ou 7 km en amont de Lyon, et de l'Isère pendant 36 km en aval : à vrai dire, en amont, c'est moins le Rhône qu'une ligne capricieuse tirée à travers les coulées, les graviers, les îles du fleuve, ici dispersé en une multitude de branches divagantes. Partout ailleurs, en bordure avec Saône-et-Loire et Loire, et un peu avec Ain et Isère, le tracé de séparation d'avec les autres territoires est absolument conventionnel.

Comme dimensions, le Rhône n'a pas tout à fait 100 km (95 seulement) du Nord- au Sud, et il n'en a que 41 au maximum dans le sens contraire, de l'Ouest à l'Est, avec un pourtour de 400 km sans les crochets infinitésimaux et les très minimes courbes de sa frontière. Sa superficie se borne à 328.100 hectares. 

Curiosités naturelles

Les sites gracieux, les vallons agréables, les vastes points de vue abondent dans le département du Rhône.

Sans parler de la colline de Fourvière, d'où la vue s'étend jusqu'aux Alpes, on trouve, dans le canton de Limonest, les sites ravissants et l'admirable panorama du Mont-d'Or; dans celui de Vaugneray, la belle vallée de l'Yzeron, que dominent des montagnes et des ravins boisés. Yzeron présente un superbe point de vue; Saint Symphorien sur Coise est entouré de montagnes rocheuses; à Riverie se déploie un immense panorama embrassant le massif du mont Pila, les Alpes du Dauphiné et de la Savoie, les plaines du Dauphiné et du Lyonnais, le cours du Rhône, etc. 

A l'Arbresle, deux vallées se réunissent au milieu d'une contrée montagneuse et pittoresque. Le canton de Tarare offre des sites admirables et de beaux panoramas que l'on découvre de Saint-Loup et de Saint Romain. Les bords de la Saône présentent à chaque pas des paysages charmants ou des scènes grandioses, comme le défilé de Rochetaillée et les rochers de Couzon.

Relief du sol

Sans s'inquiéter ici aucunement de la géologie, traitée avec détail dans la suite de cette page, le Rhône est un territoire fort intéressant par ses montagnes et ses rivières. Les montagnes qui chargent presque toute la contrée, à la seule exception de la rive droite de la Saône, et du peu que le département possède sur la rive gauche du Rhône, font partie de la grande ligne de faîte européenne séparant les eaux qui vont à l'Atlantique de celles qu'attire la Méditerranée. On les rattache habituellement au système des Cévennes; elles entrent dans la circonscription à son extrême Sud, à leur sortie de l'Ardèche, par le massif du Pila; elles se poursuivent, dans la direction du Nord très légèrement Ouest, d'abord, par les monts du Lyonnais, puis par les monts du Beaujolais, auxquels se rattachent les monts de Tarare. Du massif du Pila ou Pilat, le Rhône ne possède que la moindre partie (de beaucoup la moindre), et en même temps la moins haute. Ce massif vraiment superbe par son brusque enlèvement au-dessus de la vallée du Rhône, qu'il domine de si haut darde sa pointe suprême (1434 m) et ses dômes secondaires dans le département de l'Ardèche; dans le Rhône, les plus relevés de ses granits assombris par les pins ou verdis par les pâturages ne dépassent pas de beaucoup la moitié de la taille du Crêt de la Perdrix, ce sommet majeur de 1434 m : tout à fait à la frontière de l'Ardèche, et en participation avec cette circonscription, le mont Monnet, à l'Ouest-Nord-Ouest de la ville de Condrieux, lève son échine à 785 m.  Ne pas le confondre avec son homonyme (orthographe à part), le Monet, qui lui est fort supérieur, dans le haut des monts du Beaujolais, en ce même département du Rhône. 

La portion « rhodanienne » du massif tombe de trois côtés sur des vallées à pentes très raides : au Nord-Ouest, sur le val-gorge du Gier, affluent droit du Rhône; au Nord-Est, sur la vallée-plaine du Rhône en avant du confluent du Gier, entre les villes de Givors et de Vienne; au Sud-Ouest, de Vienne à Condrieu, sur cette même vallée du Rhône dont cette nouvelle direction a justement pour cause le Pila, obstacle qui, vis-à-vis de Vienne, dérive à angle droit le fleuve, du Sud-Est au Sud-Ouest, et met par cela même les campagnes de la rive droite à l'abri des aigres vents du Nord; dès que l'« eau de Lyon » a tourné la borne angulaire du massif, à son extrême orient, il y a là, de l'amont d'Ampuis à Condrieu, une « Provence du Lyonnais », une heureuse serre chaude qui ne craint rien du septentrion, des champs de primeurs, des vergers de pêchers, d'abricotiers, des plates-bandes de fraisiers, des vignes célèbres au vin très liquoreux - tout cela dû à l'exceptionnel climat que détermine l'exposition des sites au flanc méridional du Pila. La vallée du Gier sépare le Pila (au Sud) des monts du Lyonnais (au Nord).

Les monts du Lyonnais commencent à la rive gauche du Gier, à la rive droite du Rhône et de la Saône, et, dépassant la limite occidentale du territoire, vont finir dans le département de la Loire, au-dessus de la plaine sillonnée par le fleuve du même nom (rive droite); en somme, ils vont du Rhône à Loire, ou presque, au coeur du pays qui, avant d'être partagé en deux circonscriptions, se nomma pendant un petit nombre d'années le département de Rhône-et-Loire. Tantôt monts, tantôt plateaux, cette réunion de petits massifs granitiques ressemble essentiellement aux autres bossellements de granit par tout pays; assez gais et verdoyants dans les vallons d'en bas, ils ont des vignes jusqu'à 500 m au-dessus des mers, voire 600 dans les bonnes expositions, même 700 m sur les versants soleilleux, très abrités, de leur région méridionale; ils montrent des champs de céréales, des vergers, des pêchers, des cerisiers, et, en fait de grands arbres, des noyers, des châtaigniers, des chênes, jusqu'à 600 m d'altitude et, plus haut, des hêtres, des pins; ils deviennent tristes, monotones; stériles à mesure qu'ils approchent de 800, 900, 1000 m et alors capables tout au plus de faire pousser quelques avoines, quelques seigles, des pommes de terre et beaucoup de bruyères que le vent courbe en sifflant. Au total, a dit Magnin : 

« Pas d'escarpements profonds, ni de gorges à parois perpendiculaires; sommets ordinairement arrondis, incultes ou garnis de pelouses ou de broussailles, se continuant par des pentes peu inclinées, boisées surtout sur leur versant septentrional; çà et là, principalement sur les rochers, des « chirats » (dénomination locale), amoncellements de blocs anguleux de granit, de gneiss, ressemblant à d'antiques ruines ou à des restes de constructions cyclopéennes, et qui sont le résultat d'un mode de désagrégation particulier à certains granits schisteux ; de frais vallons, des vallées à versants garnis de bois ou de prairies les sillonnent, mais d'ordinaire largement ouverts; souvent, les prairies, les bruyères deviennent marécageuses, au moins par places, grave au défaut d'écoulement des eaux et à l'imperméabilité du sous-sol : ces stations particulières s'observent non seulement dans le fond des vallées, au bord des ruisseaux, triais encore dans des « cuvettes » placées à toutes hauteurs, sur le flanc de la montagne ». 
Le culmen de toute la protubérance « lyonnaise », y compris la part de montagne qu'elle dresse dans le département de la Loire, appartient à ce dernier territoire, mais c'est absolument à côté du département du Rhône qu'il se trouve, à quelques mètres de la frontière, à 3500 m au Sud de Larajasse, à moins de 7 km au Sud-Est du bourg de Saint-Symphorien-sur-Coise. Dans le Rhône, la cime maîtresse (937 m) avoisine Saint-André-la-Côte, à 4 ou 5 km au Nord du vieux bourg féodal de Riverie.

Nombre de géographes arrêtent au Nord-Ouest les monts du Lyonnais, à la profonde vallée du maître affluent de l'Azergue, de la Brévenne, à l'autre côté de laquelle ils font commencer ce qu'ils appellent les monts de Tarare; mais il semble bien que le massif du Lyonnais doit revendiquer en toute justice les plateaux et les cimes qui se poursuivent jusqu'au val de la Turdine ou torrent de Tarare, grand tributaire de cette Brévenne, car ils ne s'en différencient aucunement par leur nature, leur disposition,
et leur physionomie n'est pas moins « étrangement bosselée ». En les enlevant aux monts de Tarare, on enlève à ceux-ci l'une des raisons de leur existence géographique et cartographique; aussi range-t-on le plus souvent ce qui reste de ces monts dans le système du Beaujolais. 

Parmi les cimes plus ou moins proéminentes du massif, entre Brévenne et Turdine, ou peut noter : le mont Crépier (935 m), au voisinage d'Affoux, à 7 km au Sud de Tarare, à l'Est et non loin du Boussièvre ou Tour de Matagrin, qui relève du département de la Loire et qui, de par ses 1004 m, est le roi des monts de Tarare, si l'on admet leur existence propre, sinon celui des monts du Lyonnais. Le Pélerat, au Sud-Est du Crépier, a 860 m; L'Arjoux, près du Pélerat, à l'Ouest-Sud-Ouest de la ville de l'Arbresle, en a 817; le Pottu, 821, etc. De presque tous ces sommets et de beaucoup d'autres moins élevés, les panoramas sont superbes, ils vont des Grandes Alpes aux montagnes de la France centrale.

Les monts du Lyonnais s'achèvent, en tirant sur le Rhône et sur la Saône, par ce qu'on nomme, soit le Plateau lyonnais, soit les Bas-Plateaux : plateaux en effet, qu'une foule de vallées creuses séparent en nombreux sous-plateaux de granit ayant en moyenne 300 m au-dessus des mers. Etant granitiques et gneissiques, donc de même texture que les monts du Lyonnais proprement dits, ils s'en distinguent par les roches, les cailloux, les argiles et matériaux détritiques qu'y déposèrent au temps jadis, soit l'immense glacier alpin du Rhône, soit les lacs et rivières d'une ère géologique antérieure. Souvent fort élevé au-dessus de la rive droite du Rhône, le rebord de ce plateau l'est encore plus au-dessus de la Saône aux approches de Lyon, dans le vraiment charmant et pittoresque Mont-d'Or, massif de 625 m de surrection suprême, de 500 m de moyenne altitude, plein de villas, de vergers, de parcs, autrefois chargé de redoutes et batteries pour la défense de Lyon. On peut vraiment le dire sans aucune exagération : des belvédères de ce Mont-d'Or et des collines, bien dégagées, du rebord des plateaux, là où il domine la plaine qu'anime le courant du Rhône, on jouit d'une des plus belles vues du monde sur un des plus beaux et riches pays, de la Saône tempérée jusqu'à la barrière étincelante des Alpes neigeuses.

Aux monts du Lyonnais ainsi compris entre la limite du département à l'Ouest, le Gier au Sud, le Rhône et la Saône à l'Est, l'Azergue, la Brévenne et la Turdine au Nord, revient à peu près la moitié méridionale du département; aux monts du Beaujolais, la moitié septentrionale; le Rhône étant assez exactement coupé en deux arrondissements dont l'un répond à la région Sud, l'autre à la région Nord, il s'ensuit que l'arrondissement de Lyon répond aux monts du Lyonnais, l'arrondissement de Villefranche-sur-Saône aux monts de Beaujolais.

Les monts du Beaujolais sont enfermés entre la Saône à l'Est, les frontières des département de Saône-et-Loire et de Loire au Nord et à l'Ouest, les vallées de la Turdine, de la Brévenne et de l'Azergue au Sud. C'est aux origines de la Grosne. de l'Ardière, de l'Azergue (bassin du Rhône) et à celles des branches mères du Sornin (bassin de la Loire) que se lève leur sommet souverain, qui est aussi le roi de tous les monts du département, le Saint-Rigaud : voisin du bourg de Monsols et haut de 1012 m, ce « géant » contemple un périorama immense, qui va du Forez au Mont Blanc. Son tout proche voisin et compère, le Monné ou Monet, a 1000 m, juste; il a donc le second rang dans le Rhône. La Roche d'Ajoux a conservé le nom que portait autrefois l'ensemble du massif - il s'appelait jadis les montagnes d'Ajoux - elle atteint 973 m. La vallée de la naissante Azergue la sépare d'un mont mieux dégagé que la plupart de ses confrères du Beaujolais, le Tourvéon (953 m). Et un grand nombre de cimes dépassent 800 m, même 850 m, dans ce château d'eau naturel, encore très riche en forêts.

A l'Est de la vallée de l'Azergue, ruisselante de sources, de ruisseaux d'irrigation dans les prairies, de cette charmante rivière aux coteaux qui commandent la très ample et très plantureuse vallée de la Saône, les montagnes gardent leur nom de monts du Beaujolais : mais à l'Ouest elles prennent le nom spécial de chaînon de Mollières et, formant toit des eaux entre le Rhône par la Saône et l'Azergue à l'Est, la Loire par le Rhin à l'Ouest, elles vont s'épanouir au Sud en ce qu'on appelle massif de Tarare et que termine au midi le Boussièvre, cime de plus de 1000 m, déjà nommée, mais, comme nous l'avons dit, elle côtoie le département sans lui appartenir, et le Rhône ne possède définitivement qu'un renflement supérieur à 1000 m, à savoir : le Saint-Rigaud. Dômes de 700 m, 800, 900 et jusqu'à 912 et 921 m; bois et forêts de hêtres, de sapins, dont une de 600 hectares qui a peut-être désigné le chaînon, la forêt des Mullières; eaux vives; prairies et pâturages; un peu partout, de vastes espaces nus, la chaîne des Mollières (on écrit aussi Molières) est la partie la plus sauvage des « Cévennes » septentrionales.

Ici finirait la description du relief du département si le territoire ne possédait outre Rhône, dans la banlieue même de Lyon, les Balmes Viennoises, et outre Saône, la colline de la Croix-housse. A 10 ou 12 m au-dessus des alluvions récentes de la rive gauche du fleuve, les Balmes Viennoises sont un plan d'alluvions antiques, un plateau sec de graviers et d'argiles qu'amena préhistoriquement le monstrueux glacier du Rhône; leur altitude. moyenne est de 185 m. Quant à la colline de la Croix-Rousse, c'est, au-dessus même de Lyon, le cap terminal, entre Saône et Rhône, de la « côtière-» ou rebord et support du plateau de la Dombes qui est une terrasse couvrant une partie du département de l'Ain.

Géologie

Généralités.
La constitution géologique du département du Rhône peut se schématiser de la façon suivante. Le Nord et le Nord-Ouest, qui forment la partie montagneuse (la région du mont Rigaud atteint 1012 m), comprennent une série de roches éruptives : porphyres variés, orthophres, entremêlés de tufs orthophyriques et de lambeaux de carbonifère. Au Sud et à l'Ouest de cette région, jalonnée au Sud par Tarare et Beaujeu, s'étend une bande très irrégulière de cambrien, percée ou entourée de bosses granitiques. Cette bande a pour limites méridionales : L'Arbresle, Saint-Laurent-de-Chamousset, Le Bois-d'Oingt, Montmélas et Romanèche. Tout le Sud du département, au Sud de la latitude de L'Arbresle, est constitué par le terrain primitif enveloppant quelques bosses granitiques Des affleurements houillers (carbonifère supérieur) se montrent à Sainte-Foy-l'Argentière et à Saint-Martin-de-Cornas. Les collines situées entre Lyon, Chessy, Montmélas et Villefranche sont constituées par le trias et le jurassique. Enfin, le long de la vallée du Rhône et de la Saône, les dépôts pliocène et quaternaire viennent s'appliquer contre ces diverses formations. En au mot, le Sud du département appartient au terrain paléozoïque, le Nord et le Nord-Ouest à des roches éruptives, et l'Est aux terrains jurassique, pliocène et quaternaire.

Tectonique.
 Les formations géologiques ont été profondément modifiées dans leurs relations par les mouvements qu'elles ont subis à diverses époques. D'une façon générale, on peut distinguer dans le département du Rhône une série de synclinaux et d'anticlinaux à grande courbure, cessivement marqués dans le Sud, et de direction Nord-Est-Sud-Ouest. Ces plis se formèrent entre le carbonifère inférieur et supérieur (chaîne hercynienne). On distingue aisément du Sud au Nord.

1° Le synclinal de Rive-de-Gier, bordé de micaschistes dans lequel est logée la houille et dans l'axe duquel coule le Gier.

2° L'anticlinal de Lyon-Larajasse faisant apparaître les gneiss sous les micaschistes.

3° Le synclinal houiller de Sainte-Foy-l'Argentière, bordé de micaschistes marneux et chloriteux et dont l'axe est suivi par la vallée de la Brévenne. Le Sud du département offre ainsi une structure rayée des plus typiques.

4° Au Nord s'étend l'anticlinal granitique de Fleurie, jalonné par de grandes surfaces granitiques pénétrant à travers le cambrien. Cet anticlinal a une direction Nord-Est comme le précédent, jusqu'en face de Lyon, ou il s'infléchit vers le Nord-Nord-Ouest dans la direction de Mâcon.

5° Enfin l'Ouest du département fait partie d'un grand synclinal (S. paléozoïque du Beaujolais), dans lequel sont logées de vastes coulées de porphyres, d'orthophyres et de tufs orthophyriques, englobant des lambeaux du carbonifère marin.

Cette simplicité tectonique a été modifiée à plusieurs époques. Entre le permien et le trias, des plissements Nord-Est affectèrent le houiller et le permien, en discordance sur les terrains primitifs, et il se produisit de grandes failles de direction Nord-Est et Nord-Ouest. Un certain nombre d'entre elles, ouvertes pendant une longue suite de siècles, furent com blées par des dépôts de sources thermales qui formèrent des filons de quartz et de minerais variés (plomb, pyrite, manganèse, cuivre, etc.). Au miocène-pliocène, le soulèvement du Jura, puis l'édification des Alpes eurent leur contre-coup dans toute cette région : il se produisit des failles (Nord-Est et Nord), et un certain nombre de failles anciennes se rouvrirent et jouèrent à maintes reprises. Ces diverses failles ont découpé les massifs calcaires d'Oingt et du Mont d'Or lyonnais en une série de compartiments qui ont subi parfois d'importants déplacements les un par rapport aux autres.

Stratigraphie.
Toute la région Sud du département est en grande partie attribuée au terrain primitif qui constitue deux synclinaux et un anticlinal (V. ci-dessus). L'anticlinal de Lyon comprend en grande partie des gneiss, les synclinaux qui les jalonnent sont formés par les micaschistes. A la base, la formation gneissique présente un faciès granitoïde prononcé, et elle est riche en cordiérite Au pourtour des bosses granitiques qui percent ces gneiss, la roche passe à un granite gneissique. Les gneiss feuilletés qui surmontent les gneiss granitoïdes sont injectés de granit et forment une assez vaste région entre Grezieux, Le Marché et Chasselay. La partie supérieure de l'étage comprend des gneiss feuilletés avec intercalation de leyptinites et de nombreuses traînées d'amphibolites, avec pyroxénites et serpentines (bande de Mornant). Les micaschistes qui forment les flancs des vallées de la Brévanne et du Gier montrent plusieurs variétés pétrographiques (micaschistes sériciteux, chloriteux, amphiboliques). Une autre bande s'étend au Sud-Ouest de Tarare.

Le cambrien (?) affleure principalement dans la région centrale du département où il forme de nombreuses digitations autour des bosses granitiques qui s'étendent au Nord de Saint-Laurent-du-Chamousset et longe les micaschistes du synclinal de Sainte-Foy-l'Argentière depuis Brussieu jusqu'à Bulley. Il constitué également le soubassement des collines jurassiques d'Oings et du Bois-d'Oingt. On le trouve encore aux environs de Saint-Cyr, Marchant, etc. Cette formation assez vaste comprend une
série de schistes variés, plus ou moins feldspathisés, injectés par diverses roches, par le granit, la granulite, les diabases, les diorites et les porphyrites; aussi est-elle profondément métamorphisée et offre-t-elle de nombreux facies (schistes micacés, pyroxéniques, cornes vertes, etc. Les étages silurien et dévonien n'existent pas.

Le carbonifère inférieur forme deux groupes d'affleurements : l'un, au Nord de Thizy (c'est le plus développé), enclavé dans les roches porphyriques et les tufs orthophyriques; l'autre, le bois de la Forge. Il existe encore deux autres îlots, l'un au Nord de Tarare, l'autre au Sud de Chenelette. Ce sous-étage comprend des schistes argileux gris ou noirs, avec poudingues et grauwackes, renfermant, par placés, des lentilles calcaires constituant un marbre noir pétri de polypiers et d'autres fossiles appartenant à la faune de Dinant. Le tout est recouvert par un ensemble de gros, de tufs, de grauwackes et de poudingues présentant des intercalations de schistes anthraciteux à Stigmaria, Sagenaria et Sphenopteris. Au-dessus vient encore une formation très développée, parfois puissante, comprenant des tufs orthophyriques (tufs du culm) qui forment une large bande disloquée par des failles, s'étendant depuis Tarare, Chenelet, Saint-Didier en Avesnes, Chenelette et aux environs de Thizy et d'Amplepuis. Ces tufs, qui ressemblent à des granits à grain fin ou à des arkoses, sont des roches détritiques provenant des projections volcaniques rejetées par les volcans carbonifères, remaniées par les eaux. Ils sont, eh effet, en relation avec des coulées d'orthophyre et des filons représentant les cheminées de sortie des volcans carbonifères. Ces tufs, très durs, forment en grande partie les régions élevées du département. Le T. houiller s'étend dans le synclinal de Rive-de-Gier, de Saint- Etienne (bassin de Saint-Martin-deCornas) et dans celui de Sainte-Foy-l'Argentière.

On trouve également des lambeaux houillers près de L'Arbresle et de Londonnières. Enfin, plusieurs îlots sont pincés dans le cambrien (Sainte-Paule) ou inclus dans les coulées de microgranulite. Les premiers de ces bassins sont exploités. On ne connaît pas de permien. C'est entre le carbonifère et le houiller supérieur qu'eurent lieu les mouvements qui plissèrent si énergiquement les dépôts primitifs et primaires. Le trias, le lias et le jurassique ont une extension assez limitée. ils forment les collines calcaires du Mont d'Or lyonnais et se continuent vers le Nord par une série de coteaux, bordant la vallée de la Saône. Les collines qui s'étendent d'Oingt vers Coigny sont constituées de la même façon. On trouve également des lambeaux des mêmes terrains à Lancie.

Le trias qui constitue le soubassement de la plupart des collines calcaires que nous venons de mentionner comprend deux termes : un terme inférieur, formé de grès divers, grossiers, rougeâtres, et un terme supérieur, comprenant des calcaires dolomitiques rougeâtres, à dents de poissons et Myophoria Goldfussi. L'ensemble correspond au muschelkalk. Le keuper est formé par des marnes bariolées, des grès, des calcaires dolomitiques et des vestiges de sel gemme.

Le lias est formé des termes suivants. Le rhétien, qui comprend des grès, des calcaires dolomitiques et des marnes versicolores à Avicula contorta, Gervilia praecursor avec un bone bed à Myophorie et dents de poissons, est surmonté par l'hettanyien constitué par des calcaires grisâtres lithographiques et des marnes à Am. planorbis, Pecten valoniensis, recouverts par des calcaires à Am. Bucklandi, Gryphaea arcuata, Zeili. cor, Spiriferina Watcoti, etc. Un niveau phosphaté s'étend à la partie supérieure de ces dernières couches, surmontées par la lias moyen, qui n'a pas moins de 80 m d'épaisseur et qui est formé par des calcaires plus ou moins ferrugineux à nombreuses bélemnites (Bel. paxillosus, Am. Detrcei), et au sommet par une alternance de marnes et de calcaires à Pecten et Plicatules. Le lias supérieur comprend des marnes et dés calcaires marneux avec niveaux ferrugineux jadis exploités (Saint-Quentin) à Ma. bifrons, Am. serpentinus, Am. opalinus, etc. La faune de ces derniers étagés est très riche.

Le sommet des collines du Mont d'Or lyonnais et les flancs de l'arête calcaire qui s'étend jusqu'à Villefranche, le long de la vallée de la Saône, sont formés par le jurassique proprement dit, surtout le bajocien et le bathonien. 

Le bajocien est constitué, à la base, par des calcaires ferrugineux à fucoïdes et Am. Murchisonae, surmontés par des calcaires jaunes à entroques (Couzon) avec silex et Pecten personatus, couronnés par une oolite ferrugineuse à Am. Blaydeni. Ces assises oolitiques furent ravinées, puis recouvertes par une puissante formation de calcaires blanchâtres siliceux, connue sous le nom de ciret. Tous les fossiles sont silicifiés et admirablement conservés Am. Parkinsoni, Am. garantianus, Am. subradiatus, Ter. sphaeroidalis, Ter. perovalis. 

Le bathonien débute par un niveau d'oolithes ferrugineuses supportant un calcaire à Am. arbrustigerus, Collyrites analis et des calcaires oolithiques fins à silex (Lucenay). 

Le jurassique supérieur est à peine représente. On n'en trouve que de rares lambeaux. 

Le callovien qui se montre près de la Chassagne est constitué par des calcaires à Am. anceps sur lesquels s'étendent des marnes oxfordiennes (Lancié). On ne connaît qu'un seul affleurement kimméridgien à Charentay. 

La partie terminale du jurassique, ainsi que le crétacé et l'éocène, manquent dans le département.

On range dans l'oligocène une formation dite sidérolitique assez peu étendue dans quelques points du Mont d'Or lyonnais (Poleymieux, Charentay, Collonges) provenant en grande partie de la décalcification des sédiments jurassiques. Elle comprend une série de blocs de calcaires jurassiques agglutinés par un ciment ferrugineux.

Le miocène est à peine indiqué par quelques lambeaux, sur la rive droite du Rhône, près d'Irigny, et à Lyon même, au pied des collines de la Croix-Rousse et de Fourvière, sous forme de sables à dents de squales et à Terebratulina, surmontés par d'autres sables représentant une formation littorale à Nassa Michaudi. L'ensemble est l'équivalent de la mollasse helvétienne

Le tortonien, qui est assez épais, est constitué par des sables et des marnes à Helix delphinensis, recouverts par des sables à Mammifères (La Croix-Rousse à Dinotherium Cuvieri, Rhinoceros pachygnatus, Mastodon longirostris, Tragocerus Amaltheus, Gazella deperdita avec d'assez nombreuses Limnea Bouilleti.

Le pliocène avec ses divers faciès s'étend principale ment à la base des collines qui bordent le Rhône et la Saône. Le pliocène marin n'affleure pas dans le département. Le pliocène d'eau douce débute par quelques lambeaux de marnes bleuâtres alternant avec des sables gris, fins, renfermant des fossiles terrestres et d'eau douce (Hélix Chaixi, Planorbis Tournoueri, Paludina Dresseli). Ces marnes, dites marnes des Dombes, n'existent guère qu'aux environs de Lyon et de Neuville. Il en est de même de la formation suivante connue sous le nom de sables de Trévoux, à aspect mollassique, dans lesquels on a rencontré : Mastodon, arvernensis, Palaeoryx Cordieri, etc.

Le long de la vallée du Rhône et de la Saône, principalement au Nord de Lyon, s'étend sur les flancs des collines un revêtement de cailloux, de sables et d'argiles en partie couverts de bois, formés de débris de roches alpines et du Massif Central. Cette formation grossière, appliquée contre les autres dépôts, offre une épaisseur variable; on l'a synchronisée avec les sables du pliocène supérieur à Elephas meridionalis.

Le pléistocène débute par une série d'alluvions dites anteglaciaires, ravinant les précédentes, qui se sont formées durant la première période de progression des glaciers. Elles ont une allure variable selon qu'elles ont été déposées par de larges rivières ou par des torrents. Leur épaisseur est également variable. Ce sont ces alluvions qui forment une grande partie de la colline de La Croix-Rousse à Lyon et s'étendent dans la vallée du Garon. Au moment où se déposaient ses sédiments, les glaciers des Alpes progressaient dans la vallée du Rhône et laissaient des traces importantes de leur passage sous forme de moraines glaciaires qui recouvrent les alluvions précédentes et se voient aux environs de Lyon (La Croix-Rousse, Bron) et constituent une large tache entre Irigny et Millery.

Pendant que les glaciers abandonnaient ces dépôts, des torrents, partant du front de la nappe glaciaire ou ravinant les moraines, entraînaient les éléments morainiques et formaient des dépôts constituant des alluvions post-glaciaires. En maints endroits, il s'est formé également des alluvions fluviatiles. Ces derniers dépôts constituent le niveau principal de l'Elephas primigenius. Ces alluvions se montrent depuis Venissieux jusqu'à Lyon et forment une série d'affleurements le long de la vallée de la Saône. Elles sont ravinées par les alluvions modernes comprenant les sables et les limons qui règnent sur toute l'étendue du lit majeur des cours d'eau. Des surfaces assez étendues sont couvertes de dépôts de ruissellement (lehm) aux pourtours des collines du Mont d'Or et de Fleurian. On y a recueilli : Elephas intermedius et des mollusques terrestres (Succinea oblonga, Helix arbustorum).

Roches éruptives et minéraux.
La série éruptive du département du Rhône est des plus variées et occupe plus de la moitié de la superficie du département. Les roches éruptives sont principalement distribuées au Nord, à l'Ouest et au Sud-Ouest. Le granit constitue une série de bosses assez étendues au Nord de Saint-Laurent-du-Chamousset, à l'Ouest de Bully, et plusieurs dykes allongés (Charbonnières, Soucieux, Montagny). D'autres massifs constituent une bande Sud-Ouest-Nord-Est qui forme les premiers contreforts montagneux de la rive gauche de la vallée de la Saône, depuis Arbuisson, Villiers jusqu'au delà de Chenas. Deux autres îlots s'étendent aux environs de Monsols. C'est presque partout le granit normal qui affleure. En quelques points cependant on a du granit à amphibole. La granulite forme surtout des filons importants au milieu de la dernière bande granitique que nous venons de décrire aux environs de Monsols et des Ardillats.

La microgranulite s'étend sur de vastes surfaces sous forme de coulées qui se rejoignent et sont enchevêtrées au milieu du carbonifère et des tufs orthophyriques. Des lambeaux de houiller et de carbonifère sont pincés au milieu de ces coulées. Toute la région comprise entre Amplepuis, Poule, Thizy, est en grande partie constituée par ces coulées qui comptent parmi les plus étendues de la France. Ces masses sont pénétrées de filons de la même roche et couronnées, par places, par des coulées de porphyre pétrosiliceux (bois de Tramanoux). Des filons de microgranulite traversent la région granitique et cambrienne aux environs d'Arjoux.

Les diorites et les diabases percent surtout le cambrien et le terrain primitif. Elles sont intercalées en grande masse à la partie supérieure du cambrien qu'elles métamorphisent considérablement. Il existe de nombreux filons de porphyrites, surtout de porphyrites micacées, quelquefois amphiboliques, dans la bande granitique du Nord-Est du département (Fleurie, Antigné, Arbuissonnas). Ces roches percent le granit et coupent la microgranulite; elles traversent également l'étage houiller dans le bassin de Rive-de-Gier, aux environs de Givors. Ce sont de véritables andésites, passant, par places, à des kersantites. On ne connaît que de rares filons de minette (Forgeux).

Les orthophyres se présentent à l'état de coulées au milieu des tufs orthophyriques. Les plus belles sont bien développées aux environs de Chenelette et de Saint-Appolinaire. Toutes ces coulées sont en relation avec, les tufs orthophyriques constitués par de nombreux débris provenant de projections remaniées par les eaux et cimentées souvent par la calcédoine.

Il existe de très nombreux filons de quartz, jalonnant d'anciennes cassures d'âge permien, triassique et tertiaire. Vers le Nord du département, ces filons ont une direction Nord-Ouest-Sud-Est; un certain nombre ont plusieurs kilomètres d'étendue (environs de Beaujeu et des Ardillats). Quelquesuns sont en relation avec des filons de plomb argentifère et cuprifère, de baryte (Les Ardillats et La Nuizière), de pyrite (Valloste, d'Arbuisson), de minerais fluorés et manganésifères (Romanèche, côtes au Sud de Blacé). On a exploité activement les pyrites de Sain-Bel logées dans les micaschites chloriteux et sériciteux, et les gisements de cuivre de Chessy.

Géologie agricole. 
Les cultures sont assez variées dans le département du Rhône. Sur les granits, les roches porphyriques, les tufs orthophyriques, s'étendent des bois de hêtres, de chênes, et poussent de nombreuses céréales, seigle, pommes de terre, tandis que les prairies, très fraîches, permettent de faire de l'élevage. Les hauts sommets (de 800 à 1000 m) sont plantés en bois : bois de sapins, de pins, de hêtres, de bruyères, de genêts, etc. Les terrains primitifs, surtout le terrain cambrien, sont beaucoup moins fertiles. Les coteaux calcaires du Mont-d'Or lyonnais et de la vallée de la Saône sont couverts de vignes, de pêchers, d'abricotiers et, par places, de mûriers. Les terrains caillouteux et les sables du pliocène et du quaternaire soit plantés en bois. 

Régime des eaux

Puisque les monts du Lyonnais et du Beaujolais font partie de la ligne de faîte, ou, pour user de l'excellent terme adopté par les géographes, de l' « aigueverse » (où les eaux se versent de chaque côté des monts) entre l'Atlantique et la Méditerranée, il s'ensuit que le département du Rhône se divise entre ces deux bassins, et cela très au profit de la mer Méditerranée : celle-ci confisque quelque chose comme 225.000 hectares, ou les quatre cinquièmes du territoire, ne laissant donc à l'Océan que moins de 60.000 hectares, soit l'autre cinquième, nombres ronds. Si maintenant on partage le versant de la Méditerranée entre le fleuve et son grand affluent, il se trouve que le fleuve n'a dans son bassin direct que 55.000 à 60.000 hectares, un cinquième du département, tandis que la Saône reçoit le tribut de 170.000 hectares ou des trois cinquièmes de la circonscription; enfin, dans le bassin de la Saône, il y a lieu d'isoler la conque allongée de l'Azergue, vaste de 90.000 hectares, plus de la moitié de l'aire afférente à la Saône, et bien près du tiers de tout le pays.

Comme le département du Rhône se compose presque entièrement de roches imperméables, par conséquent impropres à la création de belles sources copieuses par suite de la filtration souterraine des eaux de pluie, la plupart de ses cours d'eau, ou, plus exactement, tous ses cours d'eau hors le Rhône et la Saône, sont moins des rivières que des torrents avec flots abondants en saison pluvieuse, onde rare en saison sèche; et ces torrents roulent une onde pure dans des lits pierreux, sauf dans la région de la houille, le long du Gier, entre monts du Lyonnais et Pila. Il faut, disions-nous plus haut, excepter de ce titre de torrents le Rhône et la Saône, venus de loin à travers des terrains très divers, soit perméables, soit à demi perméables, soit à peu près étanches, qui établissent une certaine compensation entre les deux extrêmes d'indigence et de surabondance  excepter aussi les ruisseaux de source qui jaillissent des alluvions aux bords de la Saône, de l'Azergue inférieure et du Rhône.

C'est par 173 m seulement au-dessus des mers que le Rhôe, si voisin pourtant de ses montagnes natales, cuirassées de glaciers, commence à border de sa rive gauche, et bientôt aussi de sa droite, le département auquel il a transmis son nom. Echappé depuis quelque temps de l'étreinte du Jura, qui en faisait un torrent très étroit, tantôt rapide et bruyant, tantôt lent et silencieux dans d'obscurs défilés, c'est ici une très large rivière de plaine qui se disperse en coulées sur des graviers, entre des îles
basses qui sont son oeuvre, et qu'incessamment il accroît ou diminue et quelquefois détruit. Bientôt, rassemblant toutes ces coulées, il entre dans la belle ville de Lyon, et au bout de cette ville, il accueille à droite la Saône, par 162 m d'altitude. Après quoi, ayant passé de l'Ouest au Sud, sa direction définitive, il longe de sa droite, presque toujours de très près, et le plus souvent immédiatement, le bas des avant-monts (ou avant-coteaux) du Lyonnais, puis la base du puissant Pila, tandis que, sur la rive opposée, c'est d'abord le talus sans fierté des Balmes Viennoises qui fait face aux relèvements du Lyonnais, ensuite les collines du Viennois qui regardent le géant Pila. Durant tout le trajet de Lyon à la sortie du département, le fleuve, vraiment ample et magnifique, « orgueilleux et rapide », en un pays superbe, passe : devant Oullins, qui est un faubourg industriel de Lyon; devant Givors où lui arrivent le Gier et son canal; il contourne l'assise orientale du Pila, coule devant les jardins et vergers d'Ampuis, devant Condrieu, et enfin abandonne par sa rive droite le département qu'il a cessé de border de sa rive gauche au bout de la banlieue lyonnaise. L'altitude du lieu, 140 m, est inférieure de 33 m au premier contact du Rhône avec le département : 33 m de chute sur un déroulement de 56 à 57 kilomètres, on voit que le Rhône est encore ici un courant sans indolence (et d'ailleurs il se presse encore plus en aval, et ne s'apaise guère que dans la Méditerranée).

A quel degré c'est un flot abondant, incomparable en France pendant les basses eaux, ses débits divers le disent : au-dessous de la rencontre de la Saône, il roule au plus bas 310 mètres cubes par seconde, 900 mètres cubes en volume ordinaire, 10.000 mètres cubes en crue. Par un « rythme » très favorable à sa bonne tenue, il a ses maigres lorsque la Saône gonfle, et réciproquement. Né de glaciers, de névés, il diminue très fort quand l'hiver empêche neiges et glaces de fondre, il augmente à mesure que le soleil estival brille sur les frimas; tout au rebours, la Saône tarit de plus en plus aux chaleurs de l'été, elle s'emplit de plus en plus aux pluies de l'automne, de l'hiver, du printemps : de là une compensation pour les débits du Rhône au-dessous de la fourche des deux cours d'eau. Compensation également dans le module ou débit moyen de la Saône en comparaison du Rhône : quatre fois plus faible que son fleuve pendant les basses eaux, de par ses 60 mètres cubes par seconde contre les 250 mètres cubes « rhodaniens », elle a de si longues crues qu'elle fait un peu plus qu'équilibrer le Rhône dans la moyenne de l'année : 440 mètres cubes par seconde contre 425 - mais d'autres mesures donnent à la rivière issue du Léman une très grande supériorité sur sa rivale.

La Saône, extérieure plus qu'intérieure au département, le frôle par sa rive droite à partir d'un point à 7 ou 8 kilomètres au Nord, un peu à l'Est de Belleville (vis-à-vis de Thoissey, ville du département de l'Ain); elle l'effleure dès lors pendant 42 km, puis lui appartient par ses deux bords pendant 22 km jusqu'au « grand confluent ». En ce pèlerinage de 64 km, elle n'abaisse que de 7 m son niveau d'où, comparée à la pente du Rhône, qui ressort à près de 60 cm par km, une inclinaison cinq fois moindre, de 11 à 12 cm seulement. On voit par là combien la Saône est plus calme que le Rhône; encore faut-il ajouter que cette rivière se contracte et précipite singulièrement son cours en approchant de Lyon, et que d'habitude elle descend bien moins vite : de l'embouchure de l'Ognon à Lyon, parcours de 253 km, elle ne baisse que de 23 m, soit d'environ 9 centimètres par mètre; sur de longs trajets elle ressemble à une longue lagune immobile : ainsi contraste-t-elle merveilleusement avec l'autre rivière de Lyon.

Entre la première racine des avant-monts du Beaujolais à droite et la base de la côtière du plateau de la Dombes (Ain) à gauche, sa plaine est large, verdoyante, opulente; à sa rive, quand la rive est haute, à quelque distance de sa rive et à l'abri des inondations quand le rivage est bas, se suivent d'heureux villages, des bourgades et des villes : Belleville-sur-Saône, qui n'est pas sur, mais près la Saône, à 800 m du port « de Belleville»; Saint-Georges-de-Reneins, à 1500 m de la rivière; Villefranche-sur-Saône, à 1500 m aussi; Anse-sur-Azergue, à 500 m; Neuville-sur-Saône, qui est réellement sur la rivière. Dès cette dernière cité, la Saône se comprime entre le Mont-d'Or à droite, le talus de support de la Dombes à gauche; ses flots se hâtent, les paysages deviennent magnifiques, tant des beautés de la nature que de l'approche d'une grande ville signalée d'avance par de gais hameaux, des chalets, des villas, des châteaux et des parcs; au delà de la Roche-Taillée, étroit pittoresque et site rocheux, la Saône se ralentit, les bourgs et les « guinguettes » se multiplient, la rivière presse de ses deux bras l'île Barbe (560 m sur 125), très fréquentée des Lyonnais : enfin elle arrive à Lyon, elle y coule sous douze ponts, entre Vaise et La Croix-Rousse, puis au pied des escarpements de Fourvière, de Saint-Irénée, de Sainte-Foy, chargés de maisons en amphithéâtre, et s'unit au Rhône à l'extrémité d'aval de l'antique Lugdunum. Plus facilement navigable que le fleuve, et surtout beaucoup moins dure à remonter, elle accepte les bateaux tirant 2 m, même un peu plus. Elle apporte au Rhône l'hommage d'un cours de 482 km, d'un bassin de 29.580 km².

L'Azergue est le seul tributaire important de la Saône dans le département; il faut pourtant noter en passant la Mauvaise, ou avec plus d'exactitude, le cours supérieur de la Mauvaise, torrent de 16 km en 5000 hectares, qui part d'un des plus hauts massifs du Beaujolais et s'achève en Saône-et-Loire: il semble probable qu'elle se nomme ainsi à cause de ses débordements en plaine; - l'Ouby, fils du même massif et long de 15 km, en une conque de 4500 hectares, avec embouchure un peu en aval de l'arrivée de la Saône dans le département du Rhône par la rive droite; - l'Ardière (25 km, 13.500 hectares), née au plus élevé des monts du Beaujolais : elle court, le plus souvent sous voûte, dans la ville étroite, étirée, de Beaujeu, et se mont, moitié ru de plaine, qui débouche à 3 km au Sud de Belleville, part d'un cirque, plutôt d'un ovale de montagnes de 600 à 890 m, parcourt 20 km et draine tout près de 6000 hectares; - le Marverand, qu'on pourrait à la rigueur se dispenser de nommer, fait un voyage de 15 km; le Nizerand, guère plus nommable (moins de 3000 hectares pour un cours de 18 km), traverse le faubourg septentrional de Villefranche; - le Morgon (17 km, 5700 hectares) n'a d'autre mérite que de traverser Villefranche ou, de pur torrent de montagne, il devient un ruisseau.

L'Azergue ou Azergues, dont il a été dit plus haut qu'elle draine tout près du tiers du département, est la rivière centrale des monts du Beaujolais, qu'elle divise en montagne du Beaujolais proprement dite à l'Est, chaînon des Mollières à l'Ouest; mais elle a part également aux monts du Lyonnais entre la Brévenne, son affluent, et la Turdine, son sous-tributaire. Elle unit deux Azergues, toutes deux issues de la protubérance supérieure du territoire : l'Azergue de Claveisolles (17 km, 3500 hectares) et l'Azergue de Poulle (14 km, 3500 hectares) qui se rencontrent en amont de Lamure, par 388 m d'altitude. Elle descend, en un charmant voyage, vers puis le Sud-Est, passe à on près de Grandris, Chamelet, Le Bois-d'Oings (à 1500 m à gauche sur un coteau), Chessy-les-Mines et la pittoresque Châtillon-d'Azergue. Déjà grossie du Souanan (20 km, 7250 hectares), que fournit d'eau le chaînon des Mollières, elle se double à droite par l'annexion de la Brévenne (40 km, 46.000 hectares), la rivière du bassin houiller de Sainte-Foy-l'Argentière accrue dans la charmante ville de L'Arbresle par le tribut de la rivière de Tarare, la Turdine (30 km, 16.500 hectares). Cette Brévenne incline l'Azergue vers le Nord-Est, que suit le Nord, et ladite Azergue, large de 25 à 35 et 40 m, forte de 2 mètres cubes en étiage, de 5 à 8 en beau volume ordinaire, baigne la ville d'Anse et gagne aussitôt après la Saône.

De la Saône à la sortie définitive du département, le Rhône reçoit l'Yzeron ou Izeron, fils des monts du Lyonnais (là où ils sont le plus hauts), et qui, long de 21 km en une conque de 12.00 hectares, passe au bas de Vaugneray et se perd dans le fleuve à Oullins; - le Garon, qui, parti du même culmen des monts du Lyonnais, baigne Brignais, absorbe le Mornantay (20 km., 6000 hectares) et finit à Givors au bout de 28 km en 20.000 hectares, à côté de l'embouchure du Gier ; - le Gier, qui, fils du Pila, n'a dans le Rhône que la fin de son cours, 13 km sur 44 en tout dans un bassin de 69.000 hectares : un canal de navigation l'accompagne, le canal de Givors.

A la rive droite de la Loire, fleuve au cours duquel le département n'a pas de part, accourent Coise, Torranche, Oise, Rhin, Sornin. La Coise n'a que le haut de ses versants dans le Rhône, 17 à 18 km sur 48 en une aire de 38.500 hectares; cette fille des monts du Lyonnais passe au bas de Riverie et près de Saint-Symphorien, qui sont deux vieilles bourgades. La modeste Torranche (22 km, 11.000 hectares) a dans ses « hauts » le bourg de Saint-Laurent-de-Chamousset; c'est aussi une « naïade » des monts du Lyonnais, tout comme l'Oise; - l'Oise (et non Loise, par coagulation de l'article), tout aussi modeste que la Torranche (24 km, 10.000 hectares), n'est que très peu « rhodanienne » ; - le Rhin, bien plus fort que Coise, Torranche et Oise, procède des monts du Beaujolais et du chaînon des Mollières; avec son affluent, la Trambouze, il égoutte au delà de 20.000 hectares (sur 50.000) dans le Rhône, où il voyage pendant 25 km sur 60) et où lui appartiennent Cours, Bourg-de-Thizy, Thizy, Amplepuis et autres bourgs très industriels; - le Sornin, torrent de même importance à peu près que le Rhin, draine 43.000 hectares et serpente pendant 52 km; il n'est guère propriété du Rhône que par quelques-uns de ses rus originaires, au haut des monts du Beaujolais. Ces cinq torrents, tous les cinq extrêmement réduits par la sécheresse, sont des tributaires de droite de la Loire.

De même que le Sornin se forme de torrents de le toiture la plus élevée du Beaujolais, puis quitte aussitôt le Rhône, de même la Grosne, affluent de la Saône, tire ses eaux supérieures de ce culmen du département, dans la région de Monsols; sur 120.000 hectares en tout, ses branches mères, ses « Grosnes » en empruntent 8000 au territoire que régit Lyon. En quittant le Rhône, Grosne et Sornin entrent en Saône-et-Loire, tandis que Rhin. Torranche, Oise et Ceint passent en Loire.

Climat 

Ayant des altitudes si diverses et toutes les expositions possibles, le Rhône a grande diversité de climats, qui, du plus froid au plus chaud, peuvent se ranger, à la rigueur, en deux : climat de la montagne et climat de la plaine et des coteaux, chacun des deux divisé en deux sous-climats.

Le climat de la montagne comprend le sous-climat de la haute montagne et le sous-climat de la basse montagne - le sous-climat de la haute montagne, caractérisé par le sapin, comprend une très minime portion du territoire, tout ce qui est au-dessus de 900 m; pays de froid, de glace, de vents très aigres, avec hiver s'étendant en réalité sur plus de la moitié de l'année; - le sous-climat de la basse montagne, caractérisé par le pin et le hêtre, par le seigle et l'avoine, règne entre 900 et 500 m: la moyenne annuelle s'y tient plus ou moins entre 8 et 9 °C.

Le climat des coteaux et des plaines comprend : le sous-climat des plateaux du Beaujolais et du Lyonnais, caractérisé par le châtaignier et le chêne, avec moyenne de 9 à 10 °C; le sous-climat des coteaux, de plus en plus agréable et chaud en allant du Nord au Sud, avec moyenne de 10, de 11, de 12 °C dans le Nord et le centre, de 12 °C, de 13 °C tout au midi, dans le pays de Condrieu : c'est la zone de la vigne et des fruits.

Lyon a pour moyenne annuelle 10,85°C, avec minimum de -20,2°C maximum de + 38 °C (d'où une oscillation thermométrique de 58,2 °C, ce qui est énorme et caractéristique d'un climat continental) ; il y tombe moyennement 761 mm de pluie par an; 738 à Saint-Laurent-d'Oingt, 805 à Tarare, 900 à Saint-Nizierd'Azergue, 1012 à Monsols; rien que 672 à Sainte-Foy-l'Argentière, 692 à L'Arbresle, 657 à Duerne; donc d'autant plus de pluie que le sol s'élève, et d'autant moins que la montagne du Beaujolais et du Lyonnais garantit contre les vents pluvieux de l'Ouest, comme on le voit, par exemple, à l'Arbresle. (O. Reclus / Ph. Glangeaud).

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