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Histoire de la France
La France pendant la Guerre de Cent ans
La guerre de Cent ans détruisit la prospérité renaissante de la France. Elle éclata pour une affaire de succession et fut la contre-partie gigantesque de l'expédition entreprise par le fils de Philippe-Auguste en 1216 pour détrôner Jean sans Terre. Les fils de Philippe le Bel étant morts sans postérité, la couronne était échue à Philippe VI, fils du comte de Valois, qui était lui-même le frère cadet de Philippe le Bel. La maison de Valois remplaça donc sur le trône la maison des Capétiens directs (1328); Edouard Ill, roi d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle, se prétendit lésé et, après quelques années de lutte indirecte en Ecosse et en Flandre, éclata une guerre que des hasards funestes allaient prolonger pendant plus d'un siècle (1337-1453). Elle ne fut pas cependant continue; elle présenta deux phases, séparées par une longue paix de 1375 à 1415; ces phases commencèrent toutes deux par des victoires pour les Anglais, et finirent par le relèvement de la France; mais tout prit de plus grandes proportions dans la seconde, les revers comme la revanche, les exploits des héros comme leur caractère.

On trouvera dans les pages consacrées à Philippe VI et à son successeur Jean II le détail des campagnes victorieuses d'Edouard III de 1337 à 1360. Qu'il nous suffise de rappeler ici les principales raisons de désastres français tels que ceux de Crécy et de Poitiers. En France, l'armée royale se compose de la noblesse, des milices communales, enfin des grandes compagnies. La noblesse a toujours le goût de la guerre et des aventures, et l'on voit même Amédée de Savoie, le comte d'Eu, le duc de Bourbon, le comte de Nevers faire des chevauchées en Terre sainte; mais les chevaliers, préoccupés d'étaler maintenant un luxe effréné, ont perdu la simplicité de moeurs et le souci du véritable honneur qui sont l'essence de l'esprit militaire. Quant à la bourgeoisie, riche et paisible, elle forme des milices qu'on méprise avec quelque raison. Les grandes compagnies apparaissent dès 1347; ce sont des troupes d'aventuriers cosmopolites, organisées pour la guerre, mais surtout pour le pillage ( La Grande criminalité au Moyen âge). Edouard III emploie aussi les routiers, mais il a une cavalerie exercée et relativement disciplinée et surtout une excellente infanterie d'archers et de coutilliers. Ajoutez qu'il organise sagement le service des approvisionnements, s'éclaire avec prudence et sait choisir ses positions stratégiques. A la suite de la grande invasion de 1359, un traité solennel fut négocié à Brétigny et conclu à Calais en 1360. Jean II, prisonnier depuis 1356 en Angleterre, fut délivré moyennant une rançon; Edouard III obtint sa renonciation à tout droit de souveraineté sur la Guyenne et ses dépendances. Mais cette clause des renonciations avait été enveloppée d'obscurités voulues par les agents du dauphin Charles, qui se mit tout de suite à préparer sourdement la rupture de ce traité onéreux.

Les grands faits de l'histoire intérieure à cette époque sont les malheurs du peuple, qui est maltraité et rançonné par les gens de guerre et décimé par la peste noire, et d'autre part la tentative politique de la bourgeoisie parisienne qui de 1355 à 1358 essaye de mettre la main sur le gouvernement. Les désastres publics et le mauvais état des finances royales donnèrent aux Etats généraux une importance qu'ils n'avaient pas eue jusqu'alors. Les Etats de 1355 et de 1356 réclamèrent contre les abus; ceux de 1357 forcèrent le dauphin, régent pendant la captivité de son père, à renvoyer ses vieux conseillers, et rédigèrent la grande ordonnance, qui instituait une sorte de régime parlementaire. Le dauphin ayant refusé d'accepter ces réformes, Paris se révolta; les agitateurs avaient pour chefs le roi de Navarre, Charles le Mauvais, qui convoitait la couronne de France, et le prévôt des marchands Etienne Marcel. La Jacquerie, qui éclata le 28 mai 1358 et dura une quinzaine de jours, mit le comble au désordre. Tous ces mouvements avortèrent; les Jacques furent exterminés, Etienne Marcel assassiné; le dauphin rentra à Paris et confisqua à son profit le système financier inventé par les Etats; l'aide continua à être perçue sur tous les sujets, les neuf généraux superintendants et les élus devinrent des fonctionnaires royaux et la monarchie fut plus forte que jamais.

Le règne de Charles V.
Charles V, prince maladif, impassible et ponctuel, eut un règne réparateur et glorieux à tous égards (1364-1380). Avec l'aide du grand Du Guesclin il débarrassa la France des grandes compagnies et de Charles le Mauvais, termina la guerre de la succession de Bretagne, et réduisit les Anglais à la seule possession de Bayonne, Bordeaux, Brest, Cherbourg et Calais, parce qu'il sut à son tour avoir une bonne armée et observer une tactique prudente. Avec le concours de ses conseillers, il administra sagement, sans faire de grandes innovations; il garda la gabelle instituée par Philippe VI, et l'aide générale, mais n'altéra pas les monnaies et rendit bonne justice. Il laissa, il est vrai, se fortifier une nouvelle féodalité, la féodalité apanagée : loin d'empêcher son frère Philippe le Hardi, duc de Bourgogne depuis 1361, d'épouser l'héritière de Flandre, il augmenta le péril que cette union faisait courir à la royauté en cédant à Philippe la Flandre wallonne; il agrandit l'apanage du duc d'Anjou en lui donnant la Touraine; un autre de ses frères était duc de Berry et d'Auvergne; mais Charles V se réserva sur ces apanages les droits financiers et judiciaires les plus étendus, et il s'interdit toute autre aliénation aux dépens du domaine royal, dont les limites avaient reculé ainsi que celles du royaume jusqu'aux Alpes Cottiennes, depuis l'acquisition du Dauphiné en 1349. Enfin la prospérité générale renaquit et Charles encouragea une brillante renaissance intellectuelle et artistique.

Les troubles du règne de Charles VI.
Après sa mort, l'anarchie recommença avec Charles VI (1380-1422), le fils de Charles V et de Jeanne de Bourbon. Il est  né à Paris, le 3 décembre 1368, et  mort en 1422. Son père l'avait, dit-on, déclaré majeur bien qu'il n'eût pas encore 12 ans, lorsqu'il monta sur le trône, en 1350. Ses oncles, les ducs d'Anjou de Berry, de Bourgogne, frères de Charles V, et le duc de Bourbon, frère de la reine Jeanne, formèrent néanmoins le conseil de régence. Ce dernier seul était honnête, mais sans influence. Les autres, ambitieux et avides, pillèrent le trésor, augmentèrent les impôts et provoquèrent à Paris l'émeute dite des Maillotins, 1381. Les Flamands, qui avaient formé sous la direction de Philippe Arteveld, l'association des Chaperons blancs, se révoltèrent contre leur comte Louis II. Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et gendre de Louis II, décida le jeune roi à marcher contre les rebelles, qui furent écrasés à Rosebeque, 1382, grace au connétable Olivier de Clisson. Les bourgeois de Paris, qui s'étaient révoltés l'année précédente, subirent le contre-coup de cette bataille : leurs milices furent désarmées, beaucoup furent mis à mort, les autres rançonnés. Le soulèvement des Rouennais, qui avaient élu roi un marchand drapier et celui des Tuchins du Languedoc furent réprimés avec autant de rigueur. Mais le duc d'Anjou, après avoir enlevé en France le plus d'argent qu'il lui fut possible, s'engagea dans une expédition pour la conquête du royaume de Naples, où il trouva la mort.

Le duc de Berry fit échouer par ses retards un projet de descente en Angleterre, 1386. Enfin l'échec honteux d'une expédition contre le duc de Gueldre décida Charles VI à renvoyer ses oncles et à rappeler au pouvoir les anciens conseillers de son père, que les princes appelèrent par dérision les Marmousets, 1er novembre 1388. Dès 1385 le roi avait épousé la princesse Isabelle ou Isabeau de Bavière, alors âgée de 14 ans. Passionné pour les fêtes et les plaisirs, le roi eut au moins le mérite de laisser gouverner ses ministres, qui remirent au peuple une partie des impôts arriérés et administrèrent sagement les finances. En 1392 un noble breton, Pierre de Craon, tenta d'assassiner le connétable Olivier de Clisson, et s'enfuit auprès du duc Jean V, qui refusa de le livrer. Charles VI se dirigea vers la Bretagne; mais comme il traversait la forêt du Mans, un homme misérablement vêtu se jeta à la bride de son cheval en lui criant qu'il était trahi. Cette apparition troubla la faible raison de Charles VI. Il devint fou; les Marmousets durent s'enfuir et les oncles du roi reprirent le pouvoir pour le malheur de la France, 1392. Le roi parut un instant guéri, mais un accident survenu dans un bal, où il faillit être brûlé vif, rendit sa folie incurable. Il passait de la fureur à l'abattement, et sa belle-soeur Valentine Visconti avait seule le pouvoir de le calmer pour un instant. On prétend que les cartes à jouer furent alors Introduites en France pour distraire et apaiser Charles VI. 

Son frère, Louis d'Orléans, cher à la noblesse, disputa le gouvernement du royaume au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. Celui-ci mourut en 1401, et son fils, Jean sans Peur, plus ambitieux et plus violent, fit assassiner le duc d'Orléans au coin des rues Barbette et Vieille-du-Temple, 23 novembre 1407. Ce crime fut le signal d'une guerre civile. Valentine Visconti avait inutilement demandé vengeance pour la mort de son époux. Mais les ducs de Berry et de Bourbon étaient favorables au parti d'Orléans. Les traités de Chartres, 1409, de Bicêtre, 1410, de Bourges, 1412, n'amenèrent qu'une réconciliation apparente. Bernard d'Armagnac, beau-père du jeune duc Charles d'Orléans, arma pour sa cause la noblesse pauvre et belliqueuse du Midi. Les provinces de l'Est se déclarèrent aussi en faveur des Armagnacs, tandis que le Nord, l'Ouest et surtout Paris se prononçaient pour le parti des Bourguignons. A Paris, la corporation des bouchers, la plus riche et la plus remuante de la ville, se déclara pour Jean sans Peur, la faction des Cabochiens s'empara du pouvoir et fit rendre la fameuse ordonnance cabochienne, 1413. Les excès des bouchers effrayèrent les bourgeois, qui appelèrent les Armagnacs. Par le traité d'Arras, 1414, Jean sans Peur dut promettre de ne plus entrer dans la capitale. La domination des Armagnacs ne tarda pas à devenir plus odieuse encore que celle de leurs rivaux. Les deux partis appelaient les Anglais. Le roi d'Angleterre Henri V profita de la guerre civile pour débarquer en France, prit Harfleur après un mois de siège et détruisit à Azincourt, 21 octobre 1415, une armée presque entièrement composée d'Armagnacs. Le connétable d'Albret y fut tué, et Charles d'Orléans tomba au pouvoir des Anglais. Bernard d'Armagnac accourut à Paris, se fit nommer connétable par Charles VI, instrument docile des deux factions, et exerça dans la capitale une tyrannie si insupportable que les Parisiens regrettèrent la domination des bouchers. Perinet Leclerc ouvrit les portes aux partisans de Jean sans Peur, 1418.

Le connétable et ses partisans, entassés dans les prisons, y furent massacrés, et le duc de Bourgogne, accouru en toute hâte, tenta vainement de mettre un terme à ces excès. La prise de Rouen par Henri V réveilla le patriotisme de Jean sans Peur, qui négocia une réconciliation avec le dauphin Charles, cinquième fils de Charles VI. Mais, dans une entrevue, sur le pont de Montereau, le duc fut mortellement frappé d'un coup de hache par Tanneguy-Duchâtel, 1419. Son fils Philippe le Bon s'entendit avec la reine Isabeau de Bavière, que les Armagnacs avaient écartée de la cour, et lui fit signer avec Henri V le traité de Troyes, 20 mai 1420, par lequel Charles VI, déshéritant le dauphin, transmettait le droit à la couronne à sa fille Catherine, qui épousait Henri V. De prétendus états généraux ratifièrent ce traité, qui fut approuvé par le parti bourguignon. La noblesse de l'Anjou protesta, et, sous la conduite du sire de La Fayette, elle vainquit les Anglais à Baugé, 1421; mais Philippe le Bon comprima le soulèvement national de la Picardie à Mons-en-Vimeux, 1422. Heureusement pour la France, Henri V mourut le 31 août de la même année; Charles VI le suivit le 21 octobre. Mais l'héritier de Henri V était un enfant de neuf mois, et le dauphin Charles avait avait dix-neuf ans. 

La fin de la guerre de Cent Ans.
Le seul fils survivant de Charles VI était entouré d'indignes favoris et n'était obéi que dans le centre de la France. Le Parlement, l'Université, le duc de Bourgogne Philippe le Bon et la reine Isabeau de Bavière reconnurent pour roi l'enfant anglais, Henri VI, et les provinces au Nord de la Loire ainsi que la Guyenne lui étaient soumises. Mais Charles VII eut pour lui les discordes de ses rivaux et les haines soulevées dans le cour du peuple par l'insolence brutale des vainqueurs et par les humiliations infligées à la dynastie de saint Louis et de Charles le Sage. Le sentiment national, qui n'existait que peu ou pas au XIVe siècle, se constitua comme la face avouable de la défense d'intérêts dynastiques, et s'incarna en une exaltée mystique; Jeanne d'Arc rendit la confiance à l'armée de Charles VII et sa mort n'arrêta pas les désastres des Anglais, confrontés aussi, il vrai, à des difficultés intérieurs (guerre des Deux Roses). En 1453, Calais restait seule aux mains des ennemis de la monarchie française; la guerre de Cent ans était finie.

Cette lutte atroce laissa la France ruinée, épuisée d'hommes et d'argent, mais persuadée désormais de posséder une unité, toute factice qu'elle soit. Il existe alors une forme d'acceptation sinon commune, du moins beaucoup plus large qu'auparavant de la monarchie; au milieu de l'universelle misère, les opprimés s'unissent pour acclamer le roi; les communes en faillite acceptent sa tutelle. Charles VII lève non seulement la gabelle et l'aide, mais aussi la taille sur tout son royaume; la cour des aides est organisée. Le roi crée une cavalerie permanente et une artillerie. Par la pragmatique de 1438, il affranchit le clergé français à l'égard de la papauté, dont la captivité d'Avignon et le grand schisme d'Occident avaient affaibli le prestige. Enfin il entame la lutte contre la nouvelle féodalité. (Ch. Petit-Dutaillis).

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