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Dictionnaire des idées et méthodes
I
I. - En logique classique, la lettre i sert à désigner les propositions particulières affirmatives; exemple : quelques hommes sont sages.

En mathématiques, i est le nombre tel que i² = -1; aucun nombre réel ne répond à cette définition. C'est un nombre dit imaginaire.

Iatrochimie, iatromathématique, iatromécanique (histoire de la biologie), du grec iatros = médecine. - Chacun de ces trois mots sert à désigner une école, qui expliquaient les phénomènes de la vie d'après les lois de la chimie, de la statique ou de l'hydraulique. Des auteurs d'une grande valeur ont imaginé on propagé ces différentes doctrines; ainsi Borelli, Bellini, Boerhaave, Pitiarn, Hamberger, puis J. Müller, Lehmann en Allemagne. Cependant ces idées ont été généralement combattues par les physiologistes à la tête desquels on peut citer Chaussier, Bichat, etc (Principe Vital).

Les êtres vivants, a dit Milne-Edwards, ne sont pas soustraits à l'action des forces générales de la nature, mais ils sont soumis en même temps à l'influence de la vie, qui est aussi une force et qui leur appartient en propre [...]. Il ne faut pas croire que dans la machine vivante tout puisse s'expliquer par le jeu de ces forces, et je dois attacher non moins d'importance à bien mettre en lumière ce qui dépend de l'influence de la puissance vitale, force sans laquelle aucun être organisé ne pourrait même commencer à exister. (Introduclion aux leçons sur la physiologie).
Ichtyologie (zoologie), du grec ichthys, ichthyos; poisson; et logos; discours. - Partie de la zoologie qui s'occupe de l'étude des Poissons.

Icône. - Symbole graphique, une représentation visuelle ou une image qui est largement reconnue et associée à une personne, un lieu, un objet ou un concept particulier. Le philosophe et sémioticien américain Charles Sanders Peirce a introduit le concept d'icône dans sa théorie sémiotique. Selon Peirce, une icône est un signe qui ressemble à l'objet qu'il représente. Par exemple, une photographie est une icône car elle ressemble à l'objet réel qu'elle capture. Dans ce contexte, l'icône est l'un des trois types de signes définis par Peirce, les deux autres étant l'index et le symbole. Certains philosophes ont utilisé le terme icône pour discuter de la nature de la perception visuelle et de la façon dont les images visuelles représentent le monde. Les discussions peuvent porter sur la manière dont les images visuelles fonctionnent comme des icônes, reflétant ou représentant le monde d'une certaine manière.

Idéal (Idealis, de idea = forme, idée). Terme qui se réfère à ce qui est considéré comme parfait, excellent, ou conforme à une norme élevée. -   a) Pris adjectivement, ce mot implique l'idée de parfait. - b) Pris substantivement, c'est un type de beauté parfaite conçu par l'imagination créatrice. 

Idéale (sécante). - Lorsque deux courbes algébriques dont les équations sont à coefficients réels se coupent, leurs intersections sont des points réels ou des points imaginaires conjugués deux à deux. La droite qui joint deux points d'intersections conjugues est réelle, elle est ce que l'on appelle une sécante idéale. Deux cercles extérieurs ou intérieurs ont une sécante idéale qui est leur axe radical.

Idéal (mathématiques). - Sous-ensembles spécial d'un anneau qui possède certaines propriétés : il doit être fermé sous l'addition, et si n'importe quel élément de l'anneau est multiplié par un élément de l'idéal, le résultat doit appartenir à l'idéal. Un idéal maximal est un idéal qui n'est proprement inclus dans aucun autre idéal, à l'exception de l'anneau lui-même. Dans d'autres termes, un idéal maximal ne peut pas être étendu tout en restant un idéal propre. Un idéal premier est un idéal qui, si le produit de deux éléments appartient à l'idéal, au moins l'un des éléments doit appartenir à l'idéal.

Idéal-réalisme. - Tendance philosophique qui s'est exprimées au sein de l'Idéalisme allemand du XIXe. En particulier chez Fichte et  Schelling, qui chacun à sa façon a tenté de concilier ou de transcender la dichotomie entre l'idéalisme et le réalisme. Pour Fichte, la réalité tient son existence du processus dynamique du moi absolu. Dans cette perspective, l'idéalisme et le réalisme peuvent être vus comme interconnectés, car la réalité est générée par le moi absolu. Schelling, qui a développé une philosophie de la nature et a insisté sur l'unité fondamentale entre la nature et l'esprit, a tenté de son côté de surmonter la dualité entre l'esprit et la nature présente dans l'idéalisme transcendantal. On peut voir là un effort de médiation entre l'idéalisme et le réalisme en intégrant des éléments des deux perspectives.

Idéalisme (de Idéal) : 1°) Sens général : système de ceux qui ramènent toute réalité à l'idée et au sujet pensant. Leur formule est celle-ci : Esse es percipi. - 2°) Formes variées : Idéalisme dans l'origine des idées (Berkeley, Malebranche). - Idéalisme : a) immatérialiste (Berkeley); - b) critique (Kant).; - c) absolu (Fichte); - d) phénoméniste (Hume, Stuart Mill); - e) métaphysique (Lachelier, Bergson).

Idéalité (de Idéalis, idéal). - Ce qui existe dans la pensée. - Kant (Critique de la raison pure) affirme l'idéalité du temps et de l'espace. Selon lui, l'espace et le temps, conditions nécessaires à la possibilité de toute expérience, ne sont pas des caractéristiques objectives du monde en soi, mais plutôt des formes a priori de la sensibilité humaine. Ce sont des structures innées de notre esprit, des cadres préexistants à travers lesquels nous percevons et organisons notre expérience du monde. 

Idéat. - Ce mot n'est guère employé que par Spinoza : il signifie objet de l'idée, mais c'est surtout son objet interne ou l'idée elleméme, quand on fait abstraction de l'activité d'esprit qui la produit.

Idéation (de Idée) : activité par laquelle l'esprit produit les idées. les physiologistes ont appelé quelquefois ainsi l'activité du cerveau qui est censée produire la connaissance ou former les idées. C'est la cérébration consciente, par opposition à la cerébration inconsciente.

Idée (Idea = forme, idée, de idein = avoir vu) : c'est a) la forme intellectuelle qui exprime l'objet de la connaissance; -  b) le principe immédiat de la connaissance, par lequel on connaît. 

• Théorie des Idées-images. - Les idées-images seraient des sortes d'images (superficies légères) qui se détacheraient, pour ainsi dire, des corps, selon Epicure, et agiraient sur les sens et l'esprit.
• Théorie des idées représentatives : théorie de la connaissance d'après laquelle les idées sont les images des objets et servent d'intermédiaires entre eux et le sujet pensant. Cette théorie demande à être expliquée. Elle a été combattue par Reid, Royer-Collard, Cousin.
Idée-force. - Concept élaboré par Alfred Fouillée  (1838-1912) qui a des implications dans divers domaines de la pensée du philosophe. Pour Fouillée, l'idée-force est une notion directrice qui possède une puissance dynamique; c'est un guide et un moteur. Elle est à la fois une idée et une force agissante qui peut influencer la pensée et l'action. Il considère que l'idée-force est à la base de la connaissance. Elle agit comme un principe organisateur, permettant de structurer la compréhension du monde et de guider la pensée. Fouillée affirme que l'idée-force morale est la recherche du bien suprême, et cette idée-force guide les individus vers la réalisation de valeurs morales élevées. Selon lui, la morale est basée sur l'idée-force du progrès moral et social.  Dans le domaine politique, Fouillée applique l'idée-force à la construction d'une société idéale. Il suggère que l'idée-force politique est celle de la solidarité, de l'unité sociale et de la coopération. Cette idée-force devrait guider les institutions politiques et sociales pour promouvoir le bien commun. Fouillée étend également le concept d'idée-force à la métaphysique où elle est celle de l'unité et de l'harmonie universelle. Cette idée-force donne une direction à la recherche métaphysique et guide la pensée vers la compréhension d'une réalité ultime et cohérente.

Identification. - Action de reconnaître deux choses comme identiques. L'identification se rapporte notamment à la question de l'identité personnelle. Comment définir ce qui rend une personne identique à elle-même à travers le temps malgré les changements physiques et psychologiques  Locke, Hume et Derek Parfit ont abordé cette question en analysant les concepts de mémoire, de continuité et de conscience. L'identification peut aussi se rapporter aux questions liées à l'appartenance à des groupes sociaux, culturels ou politiques. Charles Taylor a ainsi étudié les questions d'identité culturelle et de multiculturalisme, soulignant l'importance de la reconnaissance et de l'identification culturelle dans la société. L'identification peut encore être liée à la connaissance et à la perception : comment identifions-nous et reconnaissons-nous des objets, des concepts ou des entités dans le monde? Stuart Mill, par exemple, a étudié les processus de classification et d'identification dans cette perspective.

Identique (du latin scolastique Identicus = le même, de idem = le même, de is = il, ce) : ce qui reste essentiellement le même. - Locke a donné le nom de propositions identiques à celles dont l'attribut n'ajoute rien au sujet parce qu'il est contenu dans le sujet. Elles correspondent donc aux jugements analytiques de Kant. Quand on dit : tous les corps sont étendus, on fait une proposition purement identique ou explicative, parce que, selon Locke, l'idée de corps contient, implique l'idée d'étendue.

Identitarisme. - Conception politique et sociale, associée aux mouvements d'extrême-droite, qui met l'accent sur l'identité culturelle, nationale, ethnique ou religieuse d'un groupe spécifique. Les identitaristes revendiquent généralement la préservation, la protection et la promotion de l'identité et des caractéristiques distinctives de leur groupe, perçues comme menacées par des influences extérieures, notamment l'immigration, la mondialisation et le multiculturalisme.

Identité( (Identitas, de idem =  le même). -  Propriété de l'être qui demeure conforme à lui-même. Considérée dans des choses différentes, l'identité est comme l'unité dans leur fond et leur nature. - Distinctions : Identité générique, spécifique, numérique. La première appartient aux êtres du même genre; la seconde, aux êtres de même espèce ; la troisième est celle des individus avec eux-mêmes. 

• Philosophie de l'identité, idéalisme panthéiste de Schelling, Hegel, etc. (Monisme, Dualisme). Ce système a pour base l'identité originelle de l'idéal et du réel, de la matière et de l'esprit. Elle est opposée à la philosophie de l'analogie.

• Contestation de l'identité du moi  chez Condillac, Hume, Th. Ribot, Taine. 

Les différents courants philosophiques contemporains abordent le concept d'identité en intégrant des éléments notamment de philosophie de l'esprit, de métaphysique, d'éthique et de philosophie sociale. Certains philosophes contemporains se concentrent sur l'identité personnelle en étudiant la continuité narrative : ils soutiennent que notre identité individuelle est constituée par les récits que nous racontons sur nous-mêmes et par notre capacité à relier ces récits dans une continuité cohérente. Certains autres se concentrent sur le rôle de l'altérité, sur la façon dont l'interaction avec l'autre influence notre propre identité et comment nous percevons et comprenons l'autre. Le multiculturalisme philosophique examine comment les individus et les groupes maintiennent leur identité culturelle tout en coexistant dans des sociétés diversifiées. Ce courant, ainsi que  les féministes, s'attachent également au concept d'intersectionnalité et examinent comment différentes dimensions de l'identité se chevauchent et interagissent, influençant l'expérience individuelle et sociale. La philosophie contemporaine s'intéresse également à la relation entre l'identité et le corps. Des débats ont lieu sur la façon dont le corps influence notre identité personnelle, en particulier dans le contexte de la technologie, de la santé et du handicap. Avec l'avènement des technologies numériques, des philosophes étudient l'identité dans le contexte virtuel et numérique, et se penchent sur les questions liées à l'identité en ligne, à l'anonymat, à la vie privée et aux défis posés par les réseaux sociaux. Le post-modernisme, quant à lui, conteste les notions traditionnelles et fixes d'identité en soulignant la fragmentation, la pluralité et la relativité des identités. Il remet en question les grands récits universels et met en avant la diversité et la fluidité de l'identité.

Identité (théories de l'). - Théories qui analysent la manière dont les individus définissent et comprennent qui ils sont. Plusieurs  théories de l'identité ont  été proposées dans le cadre du descriptivisme, qui se concentrent sur la manière dont nous décrivons et identifions les objets, les personnes ou d'autres entités. 

Identité personnelle et le téléporteur (L'). - Expérience de pensée utilisée par Derek Parfit pour étudier les problèmes de l'identité personnelle, de la continuité du soi et de l'individualité : imaginez que vous entrez dans un téléporteur, une machine qui décompose votre corps à un endroit et le reconstruit exactement à un autre endroit. Cependant, avant que la reconstruction ne se produise, une copie exacte de vous est créée à l'autre endroit. La question est de savoir si la copie est vraiment "vous".

Idéologie (de Idea = forme, idée; logos = discours) : partie de la philosophie qui traite des  idées (au sens général de faits de conscience, comme on dit : association des idées), de leur origine et de leurs caractères. 

Ce mot a été mis en circulation par Destutt de Tracy. (Projet d'éléments d'idéologie, Paris, an IX) : il donné ce nom à l'analyse de l'esprit humain. Les idéologues ou idéologistes se rattachent à Locke, qui faisait dériver toutes nos idées de la sensation et de la réflexion, et à Condillac, et qui voulant borner la philosophie à l'analyse des sensations et à la question de l'origine des idées, proscrivaient la métaphysique. . Les idéologues sont psychologues, logiciens, grammairiens, mais ils proscrivent la métaphysique. Leur psychologue est Condillac, leur logicien Destutt de Tracy, leur physiologiste Cabanis. On ajoutera les noms de Volney et Daunou. Maine de Biran fut idéologue au début de sa carrière philosophique.

Idéologue s'est dit quelquefois dans un sens défavorable de doctrinaire rigide ou de rêveur philosophique et politique, qui néglige les faits pour se repaître d'idées creuses.

Idéologique (de Idéologie) : Karl Marx oppose idéologique à économique : pour rendre compte de la société il n'a recours qu'aux faits économiques, rejetant toute explication qui s'appuie sur les idées religieuses, philosophiques ou morales.

Idiosyncrasie (idios =, propre à; chrasis = mélange, tempérament). - Disposition en vertu de laquelle un individu est affecté d'une manière qui lui est propre ou personnelle par les causes qui agissent sur lui dans l'état de santé ou de maladie. C'est donc le tempérament individuel.

Idole (Idolum, eidôlon = image, fantôme). - Notion développée par Francis Bacon dans son Novum Organum, publié en 1620, lorsqu'il examine les obstacles qui entravent la quête de la vérité et de la connaissance scientifique. Ainsi Bacon appelle-t-il idoles les apparences que nous substituons aux réalités et qui sont les principes de toutes nos erreurs. Il en distingue quatre espèces :

• Idoles de la tribu (Idola Tribus), ou erreurs qui dérivent de la constitution même de l'esprit humain. Ces idoles proviennent des tendances naturelles et universelles de la pensée humaine. Les êtres humains ont des préjugés inhérents et des modes de pensée qui peuvent conduire à des erreurs de raisonnement. Par exemple, les gens ont tendance à voir des schémas là où il n'y en a peut-être pas, à généraliser à partir de quelques exemples, ou à projeter leurs propres sentiments et expériences sur les autres.

• Idoles de la caverne (Idola Specus), ou erreurs qui ont leur origine dans nos préjugés et nos préventions. Les idoles de la caverne sont les biais qui résultent des caractéristiques individuelles de chaque personne, y compris ses expériences personnelles, ses croyances et ses perspectives. Ces influences subjectives peuvent altérer la façon dont nous percevons et interprétons le monde.

• Idoles du forum (Idola Fori), qui proviennent du langage qui sont donc les erreurs qui découlent de la communication humaine. Elles résultent de la manière dont les gens utilisent le langage pour exprimer leurs idées et communiquer avec les autres. Les ambiguïtés, les malentendus, les jeux de mots et les erreurs linguistiques peuvent tous contribuer à la confusion et à la mauvaise interprétation.

• Idoles du théâtre (Idola Theatri) , qui résultent de l'esprit de système. Les idoles du théâtre se réfèrent aux biais qui découlent des systèmes de croyances, des philosophies et des idéologies préconçues qui peuvent influencer la pensée et la perception. Les idées fausses ou les théories dépassées qui sont acceptées sans remise en question peuvent empêcher la découverte de nouvelles vérités.

Ces expressions métaphoriques doivent s'entendre ainsi : la caverne (allusion à la caverne de Platon) est une atmosphère de préjugés qui nous cachent la réalité; le forum est le lieu où les humains s'assemblent pour se communiquer leurs idées à l'aide du langage; et les philosophes à système sont assimilés à des auteurs dramatiques : le public applaudit ou siffle la pièce, rarement il la juge.

Ignorabimus : cette expression de E. Dubois-Reymond (Ueber die Grenzen des Naturerkenntiss, Leipzig, 1872), peut servir d'épigraphe à l'Agnosticisme, qui pense que le métaphysicien est condamné à ignorer perpétuellement la nature des choses.

Ignorance (Ignorantia, de ignoro = ignorer, de in-gnarus = qui ne sait pas; racine gna, d'où gnoscere, noscere  = connaître) : absence de connaissance. L'ignorance n'a donc rien de positif et se distingue ainsi de l'erreur qui est une fausse connaissance. On connaît le mot de Socrate : « Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien », mais c'est la une ignorance savante, c'est la science des limites de notre intelligence.

Les logiciens appellent ignorance du sujet un sophisme qui consiste à prouver autre chose que ce qui est en question et qu'on veut prouver.

Ignorance (docteDocte ignorance.

Ignorance du sujet, Ignoratio elenchi : sophisme qui consiste à s'écarter du sujet , à prouver autre chose que ce qui est en question ou ce que personne ne conteste, à prêter à l'adversaire une opinion qui n'est pas la sienne. Ce sophisme est le vice habituel des discussions : pour l'éviter, il faut s'attacher au point précis de la question, bien définir le sujet, et fixer le sens des termes. Dans l'Horace (acte. IV, sc. 2 ) de Corneille, il y a ignorance du sujet, et, par suite, méprise, entre le vieil Horace, qui croit que son fils a fui par peur devant les Curiaces, et Valère, qui ne parle que d'une fuite simulée pour mieux assurer la victoire. L'argumentation de J.-J. Rousseau contre Molière, dans sa Lettre sur les spectacles, repose sur un sophisme du même genre.

Illumination (Illuminatio, de illuminare = in-luminare = éclairer, de lumen = lumière) : opération de l'intellect actif.

Illuminisme, Illuminés (Illuminatus, participe passé de illuminare = in-luminare = éclairer):  les illuminés sont des mystiques qui croient a une révélation intérieure ou à une illumination spéciale de leur intelligence par leur union avec Dieu ou avec des génies qui leur parlent et les instruisent. De ce nombre furent Swedenborg, Weishaupt, Saint-Martin. - L'Illuminisme est le système des illuminés.

Illusion (Illusio = moquerie, erreur, de illudere = in-ludere, se jouer contre, railler). - Transposition de la réalité par l'imagination, une perception altérée ou erronée. L'illusion diffère de l'hallucination en ce sens l'illusion résulte d'une interprétation déformée d'un stimulus réel, tandis que l'hallucination implique une perception sans stimulus externe correspondant.

image (de Imaginem = image) : sensation renouvelée et affaiblie. Strictement parlant, l'image est l'objet de la vue ou de l'imagination.

Imagination (Imaginatio, imagination, vision, de imago = image) : faculté de reproduire ou de combiner. -  L'imagination conserve et reproduit les représentations ou images des choses. Elle diffère ainsi de la mémoire qui conserve et reproduit les idées, mais elle n'en diffère que partiellement et on l'appelle quelquefois mémoire imaginative.

Il y a une autre forme de l'imagination qu'on appelle imagination créatrice ou poétique : celle-ci ne
se contente pas de reproduire les images, elle les combine; elle produit des fictions ou crée les types
dans les oeuvres d'art. On ajoute qu'elle représente l'idéal par le réel, l'intelligible par le sensible, l'invisible par le visible.

L'imagination s'appelait encore fantaisie et était classée, chez les scolastiques, parmi les sens intérieurs.

Imitation. - Action de reproduire quelque chose de déjà existant.  Dans la République, Platon exprime une méfiance envers l'art qui représente le monde sensible, car cela crée une imitation d'une imitation. Platon souligne que les artistes ne font que copier les apparences sans atteindre la véritable réalité des Formes. Aristote, contrairement à Platon, valorise l'imitation artistique dans sa Poétique. Il reconnaît que l'artiste imite la nature, mais il considère que cette imitation peut apporter une catharsis émotionnelle et contribuer à la compréhension humaine. Pendant la Renaissance, la notion d'imitation a été réévaluée. Les artistes de cette période ont souvent cherché à imiter la nature de manière réaliste, et l'imitation a été considérée comme une forme de compréhension et d'émulation des modèles classiques. Rousseau, dans son oeuvre Émile, ou De l'éducation, souligne l'importance de l'éducation naturelle et critique l'imitation excessive dans l'éducation. Il préconise un apprentissage basé sur l'expérience directe plutôt que sur l'imitation formelle. Kierkegaard, dans La répétition, examine la notion de répétition par opposition à l'imitation. Il suggère que la véritable compréhension et appropriation de soi ne peuvent pas être atteintes par une simple imitation des autres, mais plutôt par une répétition créative et authentique. René Girard a développé une théorie de la mimésis, qui analyse la nature de l'imitation et de la rivalité. Selon Girard, les désirs humains sont souvent façonnés par l'imitation des autres, créant ainsi des conflits mimétiques. Guy Debord a critiqué la société du spectacle de nos jours,  où l'imitation des images médiatiques peut éclipser la réalité, entraînant une aliénation et une perte de la véritable expérience.

Immanent : en termes scolastiques, ce qui reste en dedans (manere in) d'une chose ou d'une idée, et n'en sort jamais. Spinoza appelait Dieu la cause immanente du monde, pour faire comprendre que, par son essence, il ne diffère point du monde. Kant parle d'un emploi immanent de la raison; il entend par là un emploi de la raison qui ne dépasse pas les limites du monde visible, par opposition à un emploi transcendant de la raison, dépassant ces limites. Une méthodeimmanente est celle qu'on peut déterminer par l'objet même de la recherche. Un savoir immanent est un savoir qui est approfondi dans le sujet même. En théologie, un acte immanent est celui qui demeure dans la personne qui agit, sans avoir d'effet au dehors : Dieu a engendré le Fils et le St Esprit par des actions immanentes, tandis qu'il a créé le monde par une action transitoire.

Immanentisme; philosophies de l'Immanence . - Le mot immanent (de Immanent, de immanens = in-manere = demeurer dans) signifie proprement : qui demeure toujours présent, enveloppé dans autre chose. C'est aussi bien le sens que ce mot a retenu en philosophie. On a, en effet, appelé philosophies de l'immanence les philosophies qui soutiennent que le principe de l'univers est enfermé dans l'univers même, qu'il ne lui est ni extérieur ni supérieur. Ces philosophies s'opposent à la philosophie de la transcendance qui admet l'existence d'un Dieu, principe extérieur de l'univers. Ainsi le panthéisme qui absorbe Dieu dans le monde est une philosophie de immanence, de même le monisme qui prétend que le monde est le produit de l'évolution d'une force ou d'une matière primitives.

Immatérialisme (de Immaterialis, immatériel, de in, négatif; materialis, de materia = matière). - Ce mot pourrait être considéré comme synonyme d'idéalisme, si l'on entend, comme on le fait quelquefois, par idéalisme la doctrine philosophique qui nie la réalité objective du monde extérieur. Toutefois, immatérialisme est proprement la négation de la matière, et c'est souvent le nom que l'on donne au système de Berkeley. En effet, Berkeley prétend conserver au monde extérieur toute sa réalité : les objetsque nous percevons par nos sens existent aussi réellement que nous-mêmes, et ils sont bien tels que nous les percevons, car ils ne font qu'un avec nos perceptions. Ce qu'il nie formellement, c'est l'existence d'une entité qui serait, pour ainsi dire, cachée derrière ces objets et que nos perceptions nous désigneraient sans la contenir, substance étendue, inerte et cependant active, puisqu'on suppose qu'elle agit sur notre esprit et détermine en nous des sensations.

Rien n'existe que ce qui perçoit ou ce qui est perçu, esse est percipere aut percipi. Or, ce qui est perçu, ce n'est pas la prétendue matière, car personne n'a jamais vu ni touché les atomes de Démocrite et d'Epicure, non plus que l'étendue pleine et indivise de Descartes, ce sont les corps, les objets extérieurs, avec toutes leurs propriétés de couleur, d'odeur, de saveur, etc., lesquelles ne sont que nos propres idées ou sensations; et ce qui perçoit, c'est l'esprit; de sorte que les deux moitiés de l'Être sont inséparables, et qu'en définitive l'esprit, avec tout ce qu'il enferme en lui-même, est la seule réalité.

On a quelquefois aussi appelé immatérialisme la doctrine de Stuart Mill. Dans son Examen de la philosophie de Hamilton, Stuart Mill déclare que le monde extérieur se réduit à l'ensemble de nos sensations actuelles et possibles, et il le définit « une Possibilité permanente de Sensations », ce qui revient à dire que la matière, si on entend par là une substance indépendante de nos perceptions, n'existe pas. (E. Boirac).

Immatérialité. - Ce mot s'emploie surtout dans l'expression immatérialité de l'âme et signifie spiritualité. Toutefois il ne désigne que les attributs négatifs de la spiritualité, c'est-à-dire l'unité, la simplicité, l'absence de toute étendue locale. Spiritualité dit davantage et désigne l'activité pensante et ses lois innées.

Immédiat (Immediatus, de in, négatif; mediatum, supin de mediare = partager en deux, de medius =qui est au milieu). Ce qui se fait ou agit sans intermédiaire= (ex. : perception immédiate de la conscience; perception immédiate du monde extérieur). - On entend par données immédiates ce que l'esprit connaît directement, sans intermédiaire : par exemple, les données de la conscience; ces données immédiates sont appelées primitives ou ultimes, parce qu'on ne peut pousser plus loin l'analyse. - S'oppose à médiat.

Immensité (Immensus, lmmensitas, de in, négatif; mensum, supin de metiri = mesurer) : ce qui est sans mesure, sans bornes. L'immensité ne peut donc être une étendue, une grandeur, et les métaphysiciens en font un attribut de Dieu agissant sur tous les points de l'espace, « par l'extension de sa puissance, non par l'expansion de sa substance », dit saint Thomas. -  Newton et Clarke parlent de l'mmensité de l'espace.

Immoral (de In, négatif et moral, de moralis, relatif aux moeurs, de mos, mores = usage, manière d'agir, moeurs) : ce qui est contraire à la loi morale ou aux règles de conduite suivies à une époque donnée. - S'oppose à moral, amoral.

Immoralisme (de Immoral) : ce mot est dû à Nietzsche-: selon lui, comme selon Max Stirner, la morale, au sens usuel du mot, est malfaisante; aussi prétend-il la remplacer par une doctrine, où les jugements de valeur sont en oppositionn, sur presque tous les points, avec la morale strandard.

Immuable, Immutabilité (Immutabilis, de in, négatif; mutabilis = sujet au changement de mutare = changer) : ce qui n'est pas sujet au changement. - Attribut de l'être qui ne change pas, parce qu'il est éternel et parfait et que l'éternité exclut la distinction de l'avant et de l'après, comme la perfection exclut la possibilité de changer en mieux ou en mal.

Impartialité (de Impartial, de in, négatif et du bas latin partialis, de pars = partes = parti, faction) : absence de parti pris. - Qualité d'un bon observateur, d'un bon historien.

Impassibilité, Impassible (Impassibilitas, Impassibilis, de in, négatif; passibilis = susceptible de souffrance, de passum, supin de pati, passus sum = subir, souffrir) : calme intérieur, insensibilité - Idéal des Stoïciens.

Impénétrabilité (de Impénétrable, Impenetrabilis, de in, négatif; penetrabilis = pénétrable, de penetrare = introduire, pénétrer dans, de penus qui signifia d'abord le fond de la maison où les vivres sont conservées) : qualkité première des corps, selon Locke, propriété qui fait que deux corps ne peuvent naturellement occuper en même temps le même lieu dans l'espace. 

Impératif (Imperativus, de imperatum, supin de imperarer = commander) : ce qui a le caractère du commandement. 

Impératif catégorique. - Kant désigne par ces mots la loi morale. C'est un impératif : elle commande, ordonne, oblige, sans pourtant contraindre; il est catégorique parce qu'il exclut toute condition ou restriction. Il y a d'autres impératifs qui ne sont que conditionnels ou hypothétiques : Ne mens pas, si tu ne veux pas être humilié. La loi morale n'est pas de ceux-là : Tu ne dois pas mentir; - telle est la forme catégorique qu'elle donne à ses commandements. L'art a ses règles, dit Kant, la sagesse a ses maximes : la moralité a sa loi et donne des ordres absolus qui se reconnaissent à ce signe qu'on peut toujours ériger la maxime de l'action morale en loi universelle.

Implication (Implicatio = entrelacement, de implicatum, supin de implicare = mettre l'un dans l'autre, envelopper; de in = dans, plicare = plier) : relation logique consistant eu ce qu'une chose en enveloppe une autre. Par exemple, dans dans les jugements analytiques l'attribut est impliqué dans le sujet.

Implicatures conversationnelles. - Concept  introduit par  H. Paul. Grice, qui a élaboré la théorie des actes de langage. Les implication conversationnelles sont les interprétations que l'on peut faire d'un discours.
Elles sont généralement utilisées pour comprendre le sens implicite d'une énonciation ou d'un discours plutôt que son sens littéral. 

Implicite (Implicitus = enveloppé, de in =dans; plicitus = plié, de plicitum, supin de plicare) : se dit d'une idée ou d'un jugement, qui est contenu, enveloppé dans une autre idée ou dans un autre jugement; la définition ne fait que l'expliciter,  - S'oppose à explicite, formel, exprès.

Impossible. - L'impossible est ce qui enveloppe ou implique une contradiction : c'est l'impossibilité logique ou métaphysique.

Est impossible physiquement ce qui est contraire aux lois de la nature, mais comme ces lois ne sont que des faits généralisés, et qu'un fait bien établi ne saurait jamais contredire un autre fait, cette manière de comprendre l'impossibilité est des plus arbitraires.

Un fait nouveau, extraordinaire, invraisemblable même, ne doit pas être légèrement taxé d'impossibilité.

Impression (in = sur; premere = presser). - L'impression résulte du contact immédiat ou médiat des objets extérieurs sur nos organes et des modifications physiologiques qui en résultent et que les nerfs transmettent au cerveau.

L'impression est donc l'antécédent de la sensation et de la perception sans être ni l'une ni l'autre. On pourrait dire qu'elle résulte immédiatement de l'excitation : ce dernier mot est employé pour désigner l'action des corps extérieurs sur le nôtre.

Le mot impression s'emploie par analogie dans un sens différent : impression du sublime ou du beau.

Hume donnait au mot impression un sens qu'il faut remarquer : il divisait toutes les perceptions de l'esprit humain en impressions et en idées. Les impressions ne différaient des idées que par un plus haut degré de force et de vivacité et comprenaient « toutes nos sensations, passions et émotions considérées lorsqu'elles font leur première apparition dans l'âme ».

Impulsion (impellere = pousser). - Ce mot s'emploie quelquefois comme synonyme de désir et de passion.

Imputabilité. - La responsabilité implique l'imputabilité-: dire que nous sommes responsables de nos actions ou dire que nos actions nous sont imputables, c'est dire une seule et même chose. Nous devons rendre compte de nos actions.

In abstracto (In = dans; abstractus, participe passé de abs-trahere, abstractum =détacher) : locution employée par les Scolastiques pour dire que l'on considère une chose en dehors de ses conditions concrètes : ex. : l'humain in abstracto est l'humain réduit aux idées générales d'animalité et de rationalité. - S'oppose a In re, In concreto.

In adjecto (In = dans; adjectus, participe passé de ad-jicere = ad-jacere, adjectum = jeter sur, mettre auprès) : la contradiction In adjecto est celle qui ressort du rapprochement même des termes : par exemple, un cercle carré.

In alio ( = en un autre ou dans un autre, en latin). - Expression utilisée pour décrire quelque chose qui existe en relation avec autre chose, en référence par exemple à des relations ou des dépendances, indiquant que l'existence ou la réalité de quelque chose dépend de son lien avec un autre.

In se ( = en soi ou en lui-même, en latin). - Expression utilisée pour décrire quelque chose qui existe ou qui a une réalité intrinsèque indépendamment de toute relation externe. Elle est souvent associé à des caractéristiques ou des propriétés qui appartiennent essentiellement à l'objet lui-même.

Inceptif (de Inceptum, supin de incipere = commencer, de in =dans; capere = prendre). -  L'aspect inceptif se rapporte au début ou au commencement d'une action ou d'un état.  - Une proposition inceptive est une proposition composée, qui énonce qu'une chose a commencé d'être telle à telle époque. Logique de Port-Royal, Part. II, Ch. X, § 4. - Inceptif s'oppose à désitif ou terminatif.

Inclination (Inclinatio = inclinaison, inclination, de inclinatum, supin de inclinare, de in =sur et de l'archaïque clinare = faire pencher). - Les inclinations ou penchants sont les tendances naturelles qui nous portent vers les objets. Elles ne diffèrent des passions que par un moindre degré de vivacité ou de véhémence et sont toutes susceptibles de se transformer en passions. - Les inclinations relatives au corps prennent quelquefois le nom d'appétits. On distingue des inclinations personnelles ou égoïstes, sociales ou altruistes, et morales (amour du vrai, du beau, du bien).

Inclusion (mathématiques). - Relation entre deux ensembles, où un ensemble est contenu dans un autre. On dit que l'ensemble A est inclus dans l'ensemble B si chaque élément de A est également un élément de B. On utilise souvent le symbole  pour représenter l'inclusion. Par exemple, si A est l'ensemble des nombres pairs et B est l'ensemble des entiers, alors A est inclus dans B car chaque nombre pair est aussi un entier. L'inclusion est une relation d'ordre (elle est donc réflexique, antisymétrique et transitive).

Inclusion stricte (notation :). -  Relation similaire à l'inclusion, mais dans laquelle l'ensemble A est inclus dans l'ensemble B de manière stricte, ce qui signifie que A est un sous-ensemble de B, mais A n'est pas égal à B. Formellement, A est strictement inclus dans B si, et seulement si, A est inclus dans B, mais A n'est pas égal à B. L'inclusion stricte n'est pas une relation d'ordre.

Inclusivité. - Action d'inclure et de considérer toutes les personnes, sans distinction de sexe, d'origine, d'orientation sexuelle, d'âge, de capacité, ou d'une caractéristique sociale ou individuelle. Cela signifie créer un environnement où chaque individu se sent accepté, respecté et valorisé, et où ses besoins, perspectives et contributions sont pris en compte. L'inclusivité peut être appliquée dans divers domaines tels que l'éducation, l'emploi, les politiques publiques, les médias, etc.. Elle vise à éliminer les discriminations, les préjugés et les obstacles qui peuvent marginaliser certaines personnes.
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Incommensurable, Incommensurabilité (Incommensurabilis, de in, négatif, cum = avec, mensurare = mesurer) : est incommensurable ce qui n'a pas de mesure commune avec un autre terme : par exemple, la circonférence et diamètre.

Incompatible, Incompatibilité (In, négatif : cum = avec; patibilis = supportable, de patior = supporter) : ce qui ne peut s'accorder, se concilier avec autre chose. - Deux idées sont incompatibles quand leur compréhension se contredit.

Incomplétude. - Contraire de la complétude. Un système formel est dit incomplet s'il existe des énoncés vrais qui ne peuvent pas être prouvés dans ce système à l'aide de ses règles et de ses axiomes. L'incomplétude signifie qu'il y a des vérités qui échappent à la capacité du système à les démontrer. L'exemple le plus célèbre d'incomplétude se trouve dans le (premier) théorème d'incomplétude formulé par Kurt Gödel. Ce théorème montre qu'aucun système formel suffisamment puissant pour exprimer l'arithmétique des nombres entiers naturels n'est complet. Cela signifie qu'il existe des énoncés mathématiques vrais, mais indémontrables dans ce système. L'incomplétude est un concept important en mathématiques, en logique et en philosophie, car elle a des implications profondes sur les limites de la connaissance et de la démonstration formelle.

Incomplexe (de in, négatif; complexus, participe passé de plecto = embrasser, de cum = avec; plecto = plier, tresser) : se dit du sujet ou de l'attribut qui n'a pas de complément. Les propositions et les syllogismes sont dits incomplexes, quand ils sont composés de pareils sujets ou attributs. - S'oppose à Complexe.

Incompréhensible, Incompréhensibilité (Incomprehensibilis = qui échappe à l'étreinte, de in, négatif; com-prehendere,  com-prehensum = envelopper, comprendre) : ce qui est au-dessus des prise de la raison.

Inconcevable, Inconcevabilité (de In, négatif; concevable, de concevoir, concipere, conceptum = saisir, concevoir) ce que l'esprit ne peut se représenter à cause de la contradiction des termes.

In concreto : locution employée par les Scolastiques  pour dire qu'on considère une chose telle qu'elle se présente dans la réalité; ex. : tel homme en particulier. - S'oppose à In abstracto.

Inconditionné (de In = négatif; conditionné, de condition, de conditio, condicio, de cum = avec, dicio, dicionis = autorité, puissance, de dicere = exprimer par des paroles) : ce qui ne dépend d'aucune condition. - Caractère de l'absolu.

Inconnaissable (de In, négatif; connaissable, de connaître) : ce qui, quoique réel, ne peut être atteint par l'esprit. - Dans le positivisme, notamment celui de Spencer, l'inconnaissable c'est d'abord Dieu. ce sont aussi les substances, les essences, les natures, tous les objets de la métaphysique (Agnosticisme).

Inconscience, inconscient (de In, négatif; conscientia, de con-scius, de cum = avec; scire = savoir) : a) ce qui ne possède aucune conscience (ex. : la pierre  est inconsciente); -  b) ce qui ne tombe en aucune manière sous la conscience. - c)  conscience faible ou affaiblie, obscure ou obscurcie : une moindre conscience. On dira, par exemple, que l'action réflexe est inconsciente.

Pour Leibniz, l'inventeur des infiniment petits psychologiques, il y a dans l'âme des perceptions, simples modifications internes, et des aperceptions, modifications internes accompagnées de la conscience réflexive; les premières représentent l'inconscient des philosophes contemporains.

Les « petites perceptions », trop faibles ou trop confuses pour être perçues à part, jouent un grand rôle dans notre vie sensible, intellectuelle et morale : la passion ne connaît pas ses mobiles; l'intelligence ne perçoit pas tous les intermédiaires par lesquels nous passons d'une idée à une autre idée, d'un jugement à un autre jurement; la volonté ignore souvent les motifs qui la déterminent et ne les connaît jamais tous.

N. Hartmann appelle inconscient le principe universel de la nature qui pousse les êtres à réaliser leurs formes et à poursuivre leurs fins. La philosophie de l'inconscient de  Hartmann est, au fond, une théorie de la conscience universelle.

Chez Freud et dans la psychanalyse, l'inconscient est le domaine du refoulé; c'est ce qui ne peut arriver au niveau de la conscience du fait de l'existence d'une censure intérieure.

Inconcient collectif.- Concept hasardeux introduit par Carl Gustav Jung (1875-1961) en marge de la psychanalyse, et qui donne à l'inconscient une dimension collective partagée par l'ensemble de l'humanité. En son coeur se trouvent ce que Jung appelle des archétypes, qui sont des structures mentales innées et universelles susceptibles de se manifester sous diverses formes (symboles, schémas comportementaux, etc.). Selon Jung, les archétypes de l'inconscient collectif (parmi les plus connus, on trouve l'ombre, l'anima, l'animus, le héros, le sage, le rebelle....) ont une influence profonde sur la psyché individuelle. Ils peuvent être activés et se manifester dans les rêves, les fantasmes, les croyances religieuses, les comportements, les choix professionnels et les relations interpersonnelles. Jung croyait que les mythes et les symboles présents dans différentes cultures du monde partageaient des thèmes similaires en raison de l'inconscient collectif. Par exemple, des motifs tels que le héros, la mère nourricière, le sacrifice et la résurrection se retrouvent dans de nombreuses traditions culturelles, reflétant ainsi les archétypes universels. Selon lui, la confrontation avec les contenus de l'inconscient collectif et l'intégration des archétypes sont des éléments clés du processus d'individuation, qui est le cheminement vers la réalisation du soi authentique et complet. Jung croyait que ce processus permettait à l'individu de devenir pleinement conscient de lui-même. La notion d'inconscient collectif a eu un impact significatif sur la psychologie analytique, la psychologie des profondeurs, la psychologie des religions, la mythologie comparée et d'autres domaines de la psychologie et des sciences humaines. Son influence se fait également sentir dans des domaines artistiques et culturels, tels que la littérature, l'art et la spiritualité.

Incorporelles (entités). - Réalités qui n'ont pas de forme physique ou matérielle. Elles sont souvent considérées comme immatérielles et ne peuvent pas être perçues par les sens de la même manière que les objets physiques. Les concepts et les idées sont des entités incorporelles. Par exemple, la liberté, la justice, ou la beauté ne sont pas des objets physiques, mais ce sont des concepts qui existent dans l'esprit humain. Les nombres et les concepts mathématiques sont aussi considérés comme des entités abstraites et incorporelles. Par exemple, le nombre trois n'a pas de réalité physique en soi. Le langage, en tant que système de signes et de symboles, est une entité incorporelle. Les mots, les idées exprimées par le langage existent dans le domaine de l'abstraction. De même, les oeuvres artistiques, comme la musique, la littérature ou la peinture, peuvent être considérées comme des entités incorporelles. Bien qu'elles puissent être matérialisées sous forme de partitions, de livres ou de toiles, l'essence artistique existe au-delà de leur forme matérielle.

Incorruptible, Incorruptibilité (Incorruptibilis, Incorruptibilitas, de in, négatif; corruptum, supin de corrumpere = cum-rumpere = détruire) : D'après les Anciens et les Scolastiques, la matière céleste était incorruptible.

Indécidable. - Un problème est dit indécidable s'il n'existe pas d'algorithme ou de méthode générale qui puisse répondre à toutes les instances du problème. Le problème de l'arrêt, par exemple, est un problème indécidable en informatique, ce qui signifie qu'il n'y a pas d'algorithme qui puisse décider de manière générale si un programme informatique donné s'arrêtera ou entrera dans une boucle infinie pour toutes les entrées possibles.

Indécomposable (de ln, négatif; décomposable, de décomposer, de la particule latine disjonctive dis et composer, de cum =  avec; poser, de pausare, faire  une pause, d'où faire reposer, placer) : ce qui ne peut se résoudre en éléments plus simples.

Indéfini (Indefinitus, de in, négatif; definitus = délimité, participe passé de de-finire = délimiter) : ce qui, étant actuellement fini, peut croître ou diminuer sans limites assignables.  L'indéfini n'est pas le contraire de l'infini, mais du défini. Descartes appelle les choses indéfinies plutôt qu'infinies afin de réserver à Dieu seul le nom d'infini. L'indéfini n'est pas sans limites, mais, quelles que soient les limites qu'on lui assigne, l'esprit peut toujours dépasser la conception qu'il s'en forme actuellement : c'est l'infini en puissance.

Indémontrable. - Qualificatif de quelque chose qui ne peut pas être démontré ou prouvé de manière concluante. Certains énoncés mathématiques peuvent être postulés comme indémontrables dans le cadre d'un système formel. Par exemple, les axiomes de la géométrie, tels que les postulats d'Euclide,  indémontrables dans le cadre de la géométrie euclidienne. Certains principes logiques de base, tels que le principe de non-contradiction, peuvent aussi être considérés comme indémontrables. Toute tentative de démontrer ces principes utiliserait implicitement ces mêmes principes dans le processus de démonstration. Certains axiomes ou  principes fondamentaux de la philosophie peuvent  également être considérés comme indémontrables. Par exemple, dans la philosophie cartésienne, le cogito est souvent considéré comme indémontrable, car toute tentative de démonstration impliquerait déjà l'existence du penseur. Même chose pour les aspects de la foi religieuse, qui  reposent sur des convictions personnelles ou des dogmes et ne peuvent pas être démontrés de manière empirique.

Indépendant. - Qui est libre, qui n'est pas conditionné par autre chose. En philosophie, ce terme sert à décrire quelque chose qui existe ou agit de manière autonome, sans dépendre d'autres entités. Par exemple, l'existence d'une réalité indépendante par rapport à notre perception. En mathématiques, le concept d'indépendance est souvent associé à la théorie des ensembles. Par exemple, on peut parler d'une proposition ou d'une hypothèse indépendante par rapport à un ensemble d'axiomes. Un énoncé est dit indépendant si sa véracité ou fausseté ne peut pas être déterminée à partir des axiomes existants. En statistiques, l'indépendance définit l'absence de corrélation entre deux variables. Deux variables sont dites indépendantes si la connaissance de la valeur de l'une ne fournit aucune information sur la valeur de l'autre.

Indétermination, Indéterminé (de In, négatif; déterminé, de de-terminare = délimiter, de terminus = borne) : ce qui manque de limites précises. - En termes de mathématiques, on appelle quantité indéterminée ou variable, celle qui peut changer de grandeur, et qui, n'ayant pas de bornes prescrites, peut être prise aussi grande ou aussi petite que l'un veut.

Un problème indéterminé est celui qui peut admettre une infinité de solutions. Ainsi, par exemple, si l'on demande de trouver un nombre qui soit divisible par 3, 4 et 5, on comprend que tous les produits tels que 60, 180, etc., que l'on peut faire à l'infini de ces nombres, satisferont à cette question. On donne le nom d'analyse indéterminée à cette partie des mathématiques qui traite de la solution des problèmes indéterminés.

Enfin, on nomme méthode des indéterminées, une méthode analytique de former des séries ou suites, par laquelle on prend une série arbitraire ou plutôt indéterminée, qu'on suppose égale à celle qu'on cherche, et dont on détermine tous les termes par cette supposition. Cette méthode, entrevue par Viète, fut développée par Descartes, qui en fit l'application aux équations du quatrième degré.

Indéterminisme (de In négatif; déterminé de de-terminare = délimiter) : a) doctrine qui implique l'absence de détermination dans la volonté. - b) doctrine qui admet que des phénomènes puissent échapper au déterminisme, c'est-à-dire à l'enchaînement des causes.

Index ou indice. - Dans la théorie sémiotique de Peirce, signe lié à son objet par une connexion directe, souvent causale. Il signifie quelque chose en vertu d'une relation observable entre le signe et ce qu'il désigne. C'est l'un des trois types de signes de base, avec les icônes et les symboles. Une icône est un signe qui ressemble ou imite ce qu'il signifie. La relation entre le signe et son objet repose sur la similitude (par exemple, une image ou une carte). Un symbole est un signe qui représente son objet en vertu d'une convention ou d'un accord social. La relation entre le symbole et son objet repose sur une compréhension partagée au sein d’une communauté (ex. : les chiffres, le panneaux de signalisation). Un index est un signe directement connecté à son objet par une relation physique ou causale. Il ne s’agit pas d’une connexion de similitude (comme dans les icônes) ou de convention arbitraire (comme dans les symboles), mais plutôt d’une corrélation ou d’une implication directe. La fumée, par exemple, est un index (indice) d’incendie car sa présence est causée par l’existence d’un incendie.

Index (théorie des) = contextualisme linguistique. - Approche en philosophie du langage selon laquelle le sens des expressions linguistiques dépend du contexte dans lequel elles sont utilisées. L'idée est que les mots et les énoncés n'ont pas de significations fixes et universelles, mais obtiennent leur signification spécifique dans un contexte particulier.  Contrairement à certaines théories sémantiques qui attribuent des significations fixes aux mots, la théorie des index souligne la flexibilité sémantique. La signification des termes n'est pas fixée une fois pour toutes, mais qu'elle peut être modifiée en fonction des index contextuels. La signification d'un terme peut varier, pa exemple, en fonction de  l'emplacement, le moment, les participants à la conversation, etc.  Par exemple, le sens d'un pronom comme "il" peut dépendre de l'identité de la personne ou de l'objet auquel il fait référence dans un contexte donné. 

Indexicalité. - Concept qui concerne la nature des expressions linguistiques, notamment des indexicaux. Les indexicaux sont des mots, des phrases ou des éléments du langage dont le sens dépend du contexte dans lequel ils sont utilisés. Les expressions indexicales sont des termes qui renvoient à des éléments spécifiques du contexte de communication, comme le lieu, le temps, le locuteur, l'auditeur, etc. L'indexicalité montre que la signification d'une expression linguistique n'est pas entièrement contenue dans le mot ou la phrase elle-même, mais dépend du contexte dans lequel elle est utilisée. Les expressions indexicales soulignent également l'importance de la perspective individuelle et de la subjectivité dans la communication. Charles Sanders Peirce a développé une théorie sémiotique de l'indexicalité, tandis que Ludwig Wittgenstein a étudié le rôle des indexicaux dans sa philosophie du langage. En linguistique, les indexicaux sont souvent étudiés en relation avec la pragmatique et la sémiotique pour comprendre comment le sens est construit et interprété dans le discours.

Indifférence (de Indifférent, de Indifferens, de in, négatif; diferre = dis-ferre =  porter de côté et d'autre, différer) : 

a) Etat de ce qui ne tend pas vers une chose plutôt que vers une autre  (par exemple, l'inertie de la matière). 

b) Indétermination : on appelle liberté d'indifférence le pouvoir de se déterminer sans motifs : ce serait, disait Descartes, le plus bas degré de la liberté. Un tel pouvoir est illusoire, car nous ne pouvons jamais affirmer que des motifs inconscients n'agissent pas sur la volonté.La liberté d'indifférence était, symbolisée par I'âne de Buridan, qui se laisse mourir de faim entre deux bottes de foin parce qu'il n'a pas de motifs pour choisir l'une plutôt que l'autre.

c) État psychologique sans plaisir ni douleur : sensations indifférentes.

Indirect. - Qualifie quelque chose qui use de détours ou d'intermédiaires. Ce terme prend des significations particulières dans les doctrines de Kierkegaard et de Frege. Kierkegaard (1813-1855) utilisait souvent le concept d'indirect pour discuter de l'approche de la communication religieuse. Indirect lui servait à décrire une forme de communication qui n'exprime pas directement des vérités religieuses, mais qui utilise des histoires, des paraboles ou des personnages fictifs pour amener les individus à découvrir des vérités spirituelles par eux-mêmes. Dans Crainte et Tremblement, par exemple, il utilise l'histoire d'Abraham et Isaac pour aborder des thèmes religieux et éthiques de manière indirecte. Chez Frege (1848-1925), l'utilisation du terme indirect renvoie à ses discussions sur la référence et la sémantique, où le discours indirect implique que le sens d'une phrase dépend de la manière dont les objets référents sont liés dans le contexte. Par exemple, dans le discours direct, la proposition "Pierre est malade" affirme directement la maladie de Pierre. En revanche, dans le discours indirect, la proposition "Pierre pense que Jean est malade" n'affirme pas directement la maladie de Jean mais rapporte la croyance de Pierre.

Indiscernables (Principe des). - Leibniz le formule ainsi:  Il n'y a pas deux êtres identiques. Deux gouttes d'eau, deux atomes, deux monades ne sont jamais absolument identiques, et cela en vertu du principe de raison suffisante : on ne trouve aucune raison pour que l'un des indiscernables soit ici, l'autre là, l'un dans un temps, l'autre dans un autre, en un moi, pour qu'ils soient deux. Chaque monade, dit Leibniz, exprime (représente) l'univers à son point de vue et ces points de vue sont nécessairement différents.

Individu (Individuus = indivisible, de in, négatif; di-viduus, divisé, de dividere, séparer, de dis, préfixe indiquant division, et viduus = privé de) : a) C'est un être un et tout entier en soi. - Les individus sont indéfinissables. L'individu, malgré l'étymologie du mot, doit s'entendre, non de ce qui est absolument indivisible, mais de ce qui ne peut être divisé sans perdre ses qualités distinctives et le nom qui les représente dans leur unité. Individuel s'oppose à universel l'individuel est concret, l'universel abstrait. L'individualité chez l'humain se distingue de la personnalité : celle-ci implique conscience de soi, liberté morale ; celle-là résulte des circonstances de temps ou de lieu qui s'ajoutent à la personnalité et la déterminent. - b) En Logique classique : c'est le terme inférieur d'une série de terme, disposés hiérarchiquement. - c) En Sociologie : l'unité dont se composent les sociétés.

Individualisme (de Individu) : a) Tendance à s'affranchir de tout esprit de solidarité. - b) Tendance opposée à l'esprit d'association. - c) Doctrine visant à à réduire (Individualisme de Spencer) ou à supprimer les fonctions de l'Etat (Individualisme anarchiste) au profit de l'initiative privée. - c) En sociologie, c'est la méconnaissance des solidarités sociales. Est opposé au collectivisme, au socialisme, comme un excès à l'excès contraire.

Individualisme méthodologique. - Approche qui considère l'individu comme l'unité analytique de base pour comprendre les phénomènes sociaux. Cette perspective donne un rôle central à l'individu dans la compréhension des actions, des choix et des interactions au sein d'une société. L'individualisme méthodologique est associé aux travaux de Max Weber (1864-1920), qui a montré l'importance de comprendre le sens subjectif que les individus donnent à leurs actions, et a prumu l'analyse des motivations individuelles pour comprendre les structures et les phénomènes sociaux.

Individualité (du latin individuum, chose qui ne peut être divisée), ensemble des propriétés qui distinguent un être de tous les êtres de son espèce. Le mot individuel désigne ce qui appartient à un objet d'une manière indivisible et inséparable, de telle sorte qu'on ne peut l'en détacher sans détruire sa nature en tant qu'être particulier. L'individuel ne peut être reconnu que par l'observation, tandis que le général se détermine par la comparaison et la réflexion.

Individuant (du latin scolastique Individuare = rendre individuel) : les Scolastiques appellent notes individuantes les caractères accidentels qui distinguent chaque individu.

Individuation (du latin scolastique Individuare, rendre individuel) : le principe d'individuation est la raison intrinsèque qui distingue entre eux les individus. Pour les Thomistes, c'est la matière en tant qu'elle est affectée d'une certaine quantité (materia signata quantitate). - D'après les Suarèsiens, les êtres sont individualisés par leur entité même, c'est-à-dire par le fait, même qu'ils sont. - Selon les Scotistes, les êtres sont individualisés par une entité spéciale (appelée haeccéité) qui s'y ajouterait pour les déterminer. Voir Eccéité.

Inducteur, Induit (de Induction, de Inductum, supin de in-ducere = introduire) : dans une association d'idées, on nomme terme inducteur celui qui suggère l'association; terme induit, celui qui est suggéré.

Induction (Inductio, action d'introduire, de inductunn, supin de in-ducere = introduire). - L'induction est un raisonnement qui va du particulier au général. Par l'induction, l'esprit s'élève de la connaissance des faits à celle des lois qui les régissent.

Aristote a décrit l'induction formelle qui conclut d'après l'énumération complète des faits et par conséquent se borne à les résumer sous une forme collective (Épagogique).

L'induction scientifique ou baconienne conclut d'un nombre limité de cas observés à tous les cas semblables en s'appuyant sur le principe sous-entendu, mais constamment supposé, que la nature a des lois ou, sous une autre forme, que les lois de la nature sont stables et uniformes. C'est le principe d'induction, garantie de la science expérimentale.

Le problème de l'induction est celui de la légitimité d'une conclusion que les prémisses, logiquement, n'autorisent pas. Or l'induction a pour objet véritable l'application de l'idée de loi et de l'une quelconque des « catégories », notamment de celle de cause, à deux termes que l'expérience a permis à l'esprit d'associer. L'association, toute subjective, ne suffit pas; il faut l'affirmation d'un rapport nécessaire. La question du fondement de l'induclion a été traitée à fond par Lachelier.

Stuart Mill a ramené à quatre règles ou canons toute la méthode inductive : concordances, différences, résidus et variations concomitantes.

C'est, sous une forme plus savante et plus complète, la théorie des trois tables de Bacon, tables de
présence, d'absence et de variations quand deux faits sont tels que la présence de l'un amène toujours celle de l'autre, que l'absence de l'un fasse toujours disparaître l'autre, que l'un et l'autre dans les mêmes circonstances varient dans les mêmes proportions, ces deux faits sont liés entre eux par une loi de la nature, puisqu'ange telle loi n'est que la manière invariable et constante dont un phénomène se produit.

On appelle, dans les traités de logique, sophisme d'induction le sophisme d'énumération imparfaite qui consiste à conclure d'un nombre insuffisant de cas observés à tous les cas semblables.

Induction mathématique = récurrence mathématique. - Méthode de démonstration utilisée pour prouver qu'une proposition est vraie par une extension de proche en proche à partir d'une relation reconnue comme vraie pour des termes initiaux . Une approche prend sa source dans l'arithmétique (étude des entiers naturels). La méthode repose sur deux étapes : la base de l'induction et l'étape d'induction elle-même.

• Base de l'Induction. - La première étape consiste à montrer que la proposition est vraie pour un certain entier naturel, souvent pour n=0 ou n=1. 

• Étape d'Induction. - Ensuite, on montre que si la proposition est vraie pour un entier naturel quelconque k, alors elle doit également être vraie pour k+1. Cela établit une implication de la forme "Si la proposition est vraie pour k, alors elle est vraie pour k+1".

Giuseppe Peano a formulé les axiomes qui portent son nom et qui définissent les entiers naturels. Ces axiomes ont fourni une base formelle pour la méthode de l'induction mathématique. Henri Poincaré a contribué à l'utilisation de l'induction mathématique en particulier dans le contexte de la théorie des nombres et de la topologie.

Inductivisme. - Position selon laquelle la confirmation découle de l'accumulation d'observations ou de données spécifiques qui soutiennent une généralisation. 

Inertie (Inertia, de iners = inactif, de in, négatif; ars= combinaison, invention. Racine ar = adapter). - Principe d'inertie : il consiste en ce que des points matériels, s'ils ne subissent aucune force, conservent indéfiniment la même vitesse en direction et en intensité. 

In esse, in posse. - Ces expressions latines sont quelquefois employées, pour désigner l'existence actuelle et potentielle (In fieri).

Inexistence. - Le propre de ce qui n'existe pas. Pendant une grande partie de l'histoire de la philosophie,  la question de l'existence et de l'inexistence a été principalement liée à des débats métaphysiques et théologiques. Par exemple, les scolastiques pouvaient discuter de l'existence ou de l'inexistence de certaines entités, telles que les universaux (idées générales partagées par plusieurs individus). Ces débats étaient souvent influencés par les idées d'auteurs classiques comme Aristote. Franz Brentano (1838-1917), dont la pensée a été associée à la phénoménologie, a discuté, pour sa part, de l'inexistence en relation avec les objets mentaux. Par exemple, il soutient que même si certains objets peuvent ne pas exister dans le monde physique, ils peuvent exister en tant qu'objets mentaux dans la conscience (une licorne, bien que n'ayant pas d'existence réelle, peut exister en tant qu'objet mental si nous en avons une représentation dans notre esprit). Brentano a également distingué entre les actes mentaux et les états mentaux. Les actes mentaux sont dirigés vers des objets, tandis que les états mentaux peuvent avoir une existence mentale même si l'objet auquel ils sont dirigés n'existe pas réellement (par exemple, notre amour pour une personne peut exister comme un état mental même si la personne n'est plus présente ou n'existe plus).

In facto esse : expression scolastique qui indique qu'une chose est faite. S'oppose à In fieri.

Inférence (de Inférer, de in-ferre = porter dans) : terme générique désignant l'opération par laquelle l'esprit admet une proposition en vertu de sa connexion avec d'autres propositions tenues pour vraies. - Ce mot est d'un usage fréquent chez les philosophes anglais : Stuart Mill notamment parle de l'inférence du particulier au particulier.

Inférentialisme. - Théorie épistémologique qui  place l'inférence au centre de la signification et la compréhension. Elle soutient que le sens d'un terme ou d'une expression est déterminé par son utilisation et les inférences qu'il permet et par la façon dont il s'intègre dans un réseau d'inférences.

Inférieur (Inferior, comparatif de inferus, qui est en bas) : en logique classique, se dit de tout terme dont l'extension est moindre que celle d'un autre. - Signifie en général : tout ce qui, comparé à un ordre d'idées, ne qui est pas jugé préférable. Comte a dit que le matérialisme est l'explication du « supérieur par l'inférieur).

In fieri ( = En train d'être fait) : signifie, en langage scolastique, le devenir, le passage de la puissance à l'acte. - S'oppose à In facto esse.

Infini (Infinitus, de in, négatif : finitus = fini, participe passé de finire, finitum = borner) : ce qui n'a pas de bornes. - L'infini des métaphysiciens n'est pas l'infini relatif des mathématiciens. C'est un des noms de la perfection ou de l'absolu, mais il en diffère en ce qu'il est d'un ordre déterminé : l'étendue infinie, l'intelligence infinie. Spinoza indique bien la portée de cette distinction en disant que Dieu, c'est-à-dire l'être parfait, la substance unique, possède une infinité d'attributs infinis. Malgré la forme négative du mot infini, les métaphysiciens déclarent qu'il a un sens éminemment positif et que le fini ne se comprend que par l'idée d'infini, n'offrant ainsi qu'un sens purement négatif ou privatif. - L'infini des mathématiciens est ce qui est plus grand que toute quantité assignable : c'est l'indéfini des métaphysiciens, le pouvoir qu'a l'esprit de dépasser sans cesse sa conception actuelle. - Pouvons-nous réellement penser l'infini? Un infini actuellement réalisé est-il possible? Ce sont la des controverses métaphysiques qu'il y aurait quelque outrecuidance à résoudre par une simple définition ou affirmation.

Infiniment (de Infini) : infiniment grand, infiniment petit signifient : plus grand, plus petit que toute quantité donnée. - Du point de vue mathématique, on nomme grandeur infiniment petite toute grandeur variable dont la limite est zéro.

Infinitésimal (de Infinitesimus, mot créé par Leibniz, de in, négatif; finitum, supin de finire = limiter) : ce qui concerne les quantités infiniment petites. - Signifie également : plus petit que toute quantité donnée; ou même, dans le langage courant : très petit.

Infinitésimale (analyse). - L'analyse ou calcul infinitésimal est le calcul des quantités infiniment petites et comprend le calcul différentiel et le calcul intégral.  Leibniz, qui l'inventa, l'expose dans si Nova Methodus pro maximis et minimis (1684). Cet algorithme  comprend toutes les opérations mathématiques qui ont pour objet d'établir des relations entre grandeurs finies par la considération de quantités infinitésimales : mesure des grandeurs finies considérées comme limites; détermination des grandeurs finies considérées comme rapport de deux quantités infinitésimales (calcul des dérivées); détermination des grandeurs finies considérées comme somme d'un nombre infiniment grand de quantités infiniment petites (calcul intégral). » (Bulletin de la Société française de Philosophie, août 1909). 

Information (Informatio = action de façonner, de informatum, supin de informare = façonner) : dans le langage scolastique, c'est l'acte par lequel une forme substantielle ou accidentelle s'applique à une matière et la détermine, S'informer signifie aussi : a.) prendre la forme des choses, les connaître. Théorie de l'assimilation des Scolastiques; - b) ce que l'on cherche à connaître : sources d'information de la psychologie.

Information (philosophie de l'). - Domaine interdisciplinaire qui étudie les concepts, les théories et les questions philosophiques liées à l'information (nature, la signification, la production, la transmission, la réception et l'utilisation de l'information).  Certaines études s'interrogent sur  la définition et la nature de l'information, que ce soit en termes de structure, de contenu, de signification, de représentation ou de processus. D'autres se concentrent sur les questions liées à la connaissance, la croyance, la vérité et la justification en relation avec l'information, à la manière aussi dont l'information contribue à notre compréhension du monde. D'autres encore abordent les aspects éthiques de la collecte, du stockage, de la distribution, de l'accès et de l'utilisation de l'information (confidentialité, propriété intellectuelle,  désinformation et problèmes de pouvoir liés à l'information). Enfin, certains travaux en philosophie de l'information étudient comment elle est liée à la réalité et aux objets du monde, ainsi que les structures sous-jacentes qui permettent la représentation et la manipulation de l'information. Ce qui conduit à se pencher sur la signification et la manière dont l'information acquiert du sens. Les aspects esthétiques et artistiques de l'information (la manière dont l'information est présentée, interprétée et perçue d'un point de vue esthétique et artistique) les impacts philosophiques de la technologie de l'information (intelligence artificielle, les réseaux sociaux, informatique quantique, etc), sur la société, la connaissance et l'existence humaine relèvent eux aussi de ce domaine.

Informatique. - Discipline qui englobe le traitement de l'information à l'aide de systèmes électroniques. 

Infrastructure. -  a) Au sens propre, base matérielle et technique nécessaire pour le fonctionnement d'une société, d'une économie ou d'une organisation. - b) dans un sens métaphorique, fondements, structures, ou conditions préalables nécessaires à certains aspects de la pensée ou de la réalité.

Inhérence, Inhérent (Inhaerens, de in = dans : haerere= être attaché à) : est inhérent à un sujet donné tout ce qui lui est essentiel; ou, dans un sens moins strict, toute manière d'être, constante ou non, qui est intrinsèque à ce sujet. - Rapport de l'accident à la substance, de la qualité au sujet. - Un jugement d'inhérence est celui qui affirme qu'une qualité appartient à un sujet : cet homme est savant.

Inintelligible (de In, négatif; intelligible, de intelligibilis = perceptible, qui peut être compris, de intelligere = inter-legere = percevoir, remarquer, connaître) : ce qui ne satisfait pas aux principes de Ia raison, donc qu'elle ne peut comprendre. - S'oppose à Intelligilligible.

Injection. Fonction pour laquelle chaque élément de l'ensemble source est associé à un unique élément de l'ensemble de destination, ce qui signifie que deux éléments différents de l'ensemble source ne sont jamais associés au même élément de l'ensemble de destination. Cette propriété prend le nom d'injectivité.

Innatisme, innéisme, ou théorie de l'innéité (de Inné). - Système, perspective ou théorie philosophique ou psychologique qui affirme que certaines idées, concepts, connaissances, notions, lois de la pensée,  ou inclinations sont innés, c'est-à-dire présents dès la naissance, plutôt que d'être acquis par l'expérience sensorielle ou l'apprentissage.

Inné (Innatus = inné, naturel, de innatum, supin de in-nasci = naître dans) : est inné ce qui fait partie de la nature d'un être, par opposition à ce qu'il a acquis depuis sa naissance.

Innées (Idées). - a) Connaissances, concepts ou principes supposés présents dans l'esprit humain dès la naissance, plutôt que d'être acquis par l'expérience. - b) Idées qui n'ont d'autre origine que la réflexion sur nous-mêmes : elles naissent de notre propre fonds et, dans ce sens, existent virtuellement avant que la réflexion s'y arrête actuellement. Voilà pourquoi Leibniz a pu dire que l'arithmétique et la géométrie sont innées en nous. - c) On désigne quelquefois par ce mot de simples tendances ou dispositions natives qui peuvent venir de l'hérédité et l'on dit également, dans un sens large, que les instincts sont innés.

In obliquo (de In = dans; obliquus = qui est ou va de côté, de travers) : d'après les Scolastiques, une idée est posée in obliquo, quand elle n'appartient pas à la définition d'un être, mais est seulement liée avec l'un de ses éléments constitutifs; ex. : la risibilité est dite de l'homme in obliquo; de même la faculté de parle. - S'oppose à In recto.

Innovation. - Création ou introduction de quelque chose de nouveau ou de novateur (nouveaux produits, services, idées, processus, méthodes, ou approches qui apportent des changements significatifs par rapport à ce qui existait précédemment). L'innovation implique la capacité de penser de manière nouvelle, originale, mais aussi un certain degré de risque. Elle  implique  généralement un changement ou une amélioration par rapport à l'existant. Mais des questions se posent aussi sur la manière dont elle façonne notre relation au monde. Elle interroge sur la responsabilité des innovateurs envers la société, en particulier en ce qui concerne les implications sociales, économiques et environnementales de leurs créations. Pour les philosophes se posent encore des questions, par exemple, sur la manière dont on peut définir quelque chose de "nouveau", sur la manière dont de nouvelles idées émergent, et quel est le rôle de l'intuition, de l'imagination et de la sérendipité dans ces processus.

Inquiétude. - Etat émotionnel caractérisé par un sentiment d'appréhension, d'anxiété ou de préoccupation face à des événements futurs incertains.

In re (de In = dans; res = bien, propriété, chose) : les Scolastiques disent que l'universel est fundamentaliter in re; c'est l'universel direct. - S'oppose à formaliter in mente. - S'emploie aussi pour indiquer qu'on considère un objet tel qu'il existe dans la réalité. - S'oppose à In abstracto.

In recto (de In = dans; rectus = droit, de rectum, supin de regere = diriger) : d'après les Scolastiques, une idée est posée in recto, quand elle rentre dans la définition d'un être; ex. : raisonnable, dans la définition d'homme. - S'oppose à In obliquo.

Inscription. - Fixation ou représentation de quelque chose dans une forme matérielle ou symbolique, que ce soit à travers l'écriture, la langue, la symbolique, ou d'autres moyens de représentation. Plusieurs philosophes ont réfléchi sur cette notion :

• Charles Sanders Peirce, par exemple, a développé une théorie sémiotique dans laquelle les signes sont des triades composées d'un représentamen ( = le signe lui-même, qui peut être de type icône ou relation basée sur la ressemblance, de type index ou relation de contiguïté, ou de type symbole ou relation conventionnelle), d'un objet ( = ce à quoi le signe se réfère), et d'un interprétant ( = ce qui interprète le signe). L'inscription est dans ce contexte le processus par lequel un représentamen, manifesté dans l'un de ses types, est matérialisé.

• Rudolf Carnap  s'est intéressé à la syntaxe formelle, notamment dans le contexte de la logique. Pour lui, l'inscription est liée à la syntaxe, c'est-à-dire à la manière dont les symboles sont combinés pour former des expressions bien formées dans un langage formel. L'inscription suit des règles syntaxiques strictes pour garantir la validité des expressions; c'est le processus de représentation formelle des énoncés et des propositions.

• Michel Foucault s'est, pour sa part, intéressé  aux façons dont les individus s'inscrivent eux-mêmes dans des systèmes de savoir et de pouvoir,. Il a souligné comment les pratiques d'inscription contribuent à la construction de l'identité individuelle et collective.

• Roland Barthes, enfin, a étudié l'esthétique de l'écriture et la manière dont l'inscription de la langue peut avoir des qualités esthétiques.

Inscrite (figure). - On appelle polygone inscrit dans une ligne un polygone dont les sommets sont situés sur cette ligne. Un polyèdre est inscrit dans une surface quand ses sommets sont sur cette surface.  La circonférence du cercle inscrit à un triangle a pour équation en coordonnées normales :

(ax (p - a)) + (by (p- b)) + (cz (p - c)) = 0, 

a, b, c désignant les côtés du triangle, p le demi-périmètre et la fonction racine carrée.

Instance (Instantia = le fait d'être imminent, assiduité, insistance, de instare = se tenir sur, d'où presser, menacer. Aristote dit enstasis = action de se
dresser contre, d'où opposition, objection, de enistèmi)-: c'est un nouvel argument fait pour insister ou pour réfuter la réponse donnée à un premier argument. - F. Bacon appelle instances (instantiae, en anglais, instances) des exemples typiques, des faits privilégiés.

Instant (Instans = présent, pressant, menaçant, de in-stare = se tenir sur) :  a) sens usuel : très courte durée; b) en philosophie et en physique, c'est la limite entre deux sens successif, ce qui sépare un temps d'un autre temps qui lui succède immédiatement; l'instant est au temps ce que le point en géométrie est à la ligne.

Centre instantané. - Lorsqu'une figure plane occupe successivement deux positions A1 et A2, on peut toujours l'amener d'une de ces positions à l'autre au moyen d'une rotation effectuée autourd'un certain point qui porte le nom de centre instantané quand les positions A1 et A2 sont infininient voisines. Quand une figure plane se déplace d'une manière continue (sans se déformer), il y a, à chaque instant, un nouveau centre instantané qui décrit un lieu dans le plan fixe et un lieu dans le plan (mobile) de la figure mobile les normales aux trajectoires des points de la figure mobile passent toutes par le centre instantané. Le lieu des centres instantanés dans le plan fixe et dans le plan mobile sont deux courbes qui roulent l'une sur l'autre sans glisser.
Instinct  (Instinctus =  excitation, impulsion, de instinctum, supin de instinguere, de in = contre; stinguere = piquer). - L'instinct est une stimulation intérieure qui porte l'animal à des actes nécessaires à sa conservation ou à celle de l'espèce. Il diffère de l'intelligence en ce qu'il est aveugle, n'impliquant pas la réflexion, et de l'habitude en ce qu'il est inné tandis qu'elle est acquise. On lui donne généralement pour caractères l'ignorance du but, la perfection immédiate, l'infaillibilité, la spécialité, l'uniformité et l'absence de progrès, mais ces caractères sont loin d'être absolus et inflexibles : par exemple, certains instincts se perfectionnent, soit dans l'individu, soit dans l'espèce, sans pouvoir toutefois rivaliser avec notre intelligence; de même l'instinct a beau être spécial et uniforme, c'est-à-dire ne provoquer que des actes spéciaux et toujours les mêmes, l'animal fait preuve d'une certaine plasticité et d'une certaine initiative en adaptant sa conduite aux circonstances, et l'on sait que presque tous les animaux sont éducables.

Instrument. -  Moyen d'action. On appelle quelquefois cause instrumentale, non pas une véritable cause, mais une condition indispensable pour agir, la plume pour l'écrivain, le pinceau pour le peintre. La main, a-t-on dit, est l'organe des organes ou l'instrument des instruments.

Instrumentalisme. - Position philosophique et épistémologique qui considère que les théories, les concepts, ou les idées sont des outils pratiques ou des instruments utiles pour atteindre un certain objectif particulier, plutôt que de refléter une vérité objective ou une réalité intrinsèque. Les concepts et les théories sont évalués en fonction de leur capacité à atteindre des objectifs spécifiques. Si un concept ou une théorie fonctionne bien pour résoudre un problème ou atteindre un certain but, il est considéré comme utile et valable dans ce contexte : un concept peut être utile dans un domaine particulier mais moins utile dans un autre. Cette approche partage des similitudes avec le pragmatisme, une philosophie qui met l'accent sur l'importance de l'action, de l'expérience et de la conséquence pratique dans la formation des croyances et des théories. L'instrumentalisme s'oppose en revanche à d'autres positions philosophiques comme le réalisme ou le rationalisme en ne soutenant pas que les théories reflètent une vérité objective et universelle sur le monde. Il se montre d'ailleurs souvent sceptique quant à la possibilité d'atteindre une vérité absolue. 

Intégral (calcul) (de Integratum, supin de integrare = rétablir dans l'état primitif, renouveler). 

a) Intégrer s'emploie pour dire : faire entrer dans un tout, concentrer, classer. 

b) Spencer entend intégration dans un sens particulier. Il lui oppose Désintégration.

c) On désigne sous le nom de calcul intégral la branche de l'analyse mathématique qui traite des procédés à l'aide desquels on peut trouver une quantité telle que sa différentielle soit une quantité donnée. Newton appelait ce calcul méthode inverse des fluxions, et donnait la nom de fluente à la fonction qu'il s'agissait d'obtenir. Leibniz, au contraire, appliquait à cette fonction le nom de Somme ou d'Intégrale, et cette dénomination, généralement adoptée sur la continent, a fini par prévaloir en Angleterre.

La méthode par laquelle on peut trouver l'intégrale d'une quantité différentielle proposée n'est pas ordinairement susceptible de se réduire à des règles fixes et générales. Lorsqu'une intégrale est proposée, on peut toujours trouver sa différentielle au moyen de règles générales; mais on n'a pas de procédé direct pour revenir de la différentielle à l'intégrale. Tout ce que peut faire l'analyste, c'est de comparer l'expression différentielle qu'il veut intégrer avec les différentielles de quantités connues et d'inférer, au moyen de cette comparaison, la forme du l'intégrale correspondante. L'artifice principal employé dans le calcul intégral consiste à transformer les fonctions proposées en expressions qui sont connues comme étant les différentielle de quantités données. (A19).

Intégrité. - Qualité ou vertu d'être honnête et moralement droit dans ses actions, décisions et comportements.  L'intégrité implique d'être honnête et sincère dans ses paroles et ses actions. Cela signifie dire la vérité, ne pas tromper les autres et ne pas mentir délibérément. C'est une qualité souvent associée à la confiance, au respect et à la crédibilité. 

Intégrationisme. - Théorie linguistique qui s'intéresse à la façon dont les mots et les concepts sont reliés entre eux dans une langue. Selon cette théorie, le sens n'est pas seulement lié au mot en lui-même, mais également à sa relation avec d'autres mots de la langue. Les intégrationistes considèrent que la signification d'un mot est un produit de l'interaction entre le mot et son contexte linguistique, culturel et social.

Intellect (Intellectus, de intellectum, supin de intellegere, intelligere = interlegere = percevoir, remarquer, connaître). - Synonyme d'intelligence. On dit quelquefois l'intellect passif, l'intellect actif : ces expressions, qui viennent d'Aristote, désignent la connaissance sensible, reçue passivement par le moyen des sens, par la réceptivité, et la connaissance organisée par le moyen des principes de la raison qui lui donne la forme scientifique ou philosophique.

Intellection (de Intellect) : acte de l'intelligence proprement dite, comme l'abstraction, le jugement, le raisonnement.

Intellectualisme (de Intellectualis = intellectuel, de intellectus = intelligence, de intelligere, intellectum = percevoir, remarquer, connaître) : ce mot assez mal défini se prend en plusieurs sens : 

a) Doctrine selon laquelle l'intellectuel et le réel sont inséparables au fond des choses, sans exclure toutefois la volonté. Telle est la tendance de la philosophie de Platon, de Spinoza ,de Hegel. 

b) Doctrine qui ramène les faits psychologiques à des faits intellectuels, représentatifs. On découvre cette tendance chez Descartes : théorie du plaisir. 

c) Doctrine qui donne le primat à l'intelligence : tel le système thomiste par opposition au système scotiste qui est volontariste.

Intellectuel (Intellectualis, de intellectus, intelligence, de intelligere, intellectum = percevoir, remarquer, connaître : ce mot se prend dans un : 

a) Sens large : pour désigner tout fait de connaissance ; il s'oppose alors à affectif, Volitif.

b) Sens strict : pour indiquer les opérations conceptuelles; il s'oppose alors à Sensitif.

c) Sens péjoratif : on appelle intellectuels, ceux qui accordent une préférence exclusive à la pensée, au détriment de la vie pratique et de la valeur morale. Bacon les appelle intellectualistes et les cancres disent les intellos

d) Sens sociologique : les Intellectuels forment une partie de la population, une classe, dont la réflexion est au centre de leur activité.

Intelligence (Intelligentia, de Intelligere = inter-legere, intellectum, percevoir, remarquer, connaître) : faculté générale de connaître. Connaître, c'est former des idées, porter des jugements, faire des raisonnements.

A ceux qui soutiennent que rien n'est dans l'intelligence qui n'ait été d'abord dans les sens, Leibniz répondait : excepté l'intelligence elle-même, c'est-à-dire les idées innées et les principes rationnels.

On rapporte généralement a l'intelligence les facultés d'acquisition, de conservation et d'élaboration des idées : les premières sont la perception externe ou les sens, la perception interne ou la conscience, et la raison, faculté des principes; les deuxièmes sont la mémoire avec sa loi essentielle, l'association des idées et l'imagination sous ses deux formes, reproductrice et créatrice; enfin l'élaboration des idées se fait par les opérations intellectuelies, l'attention, l'abstraction, la généralisation, le jugement et le raisonnement.

Intelligence artificielle ( = IA). - Domaine de l'informatique tourné vers le développement de systèmes capables d'effectuer des tâches qui nécessitent ordinairement l'intelligence humaine. Par exemple, la résolution de problèmes, l'apprentissage, la reconnaissance de la parole, la prise de décision, la compréhension du langage naturel et la vision par ordinateur, etc. On n'attend pas des systèmes d'intelligence artificielle qu'ils fonctionnent comme l'esprit humain - et, de fait, ils en sont très loin, et le terme d'intelligence est ici très trompeur - mais seulement qu'ils accomplissent certaines tâches dont la réalisation requiert chez eux un recours à leurs capacités cognitives.

En fonction de ses capacités des systèmes d'intelligence artificielle, on distingue notamment : 

• L'IA faible ( = IA étroite) est conçue pour effectuer une tâche spécifique. Ces systèmes ne possèdent pas de compréhension ou de conscience générale et sont limités à la tâche pour laquelle ils ont été conçus. Exemples : les chatbots ou agents conversationnels (à l'image de ChatGPT), les systèmes de conduite des véhicules autonomes, les systèmes de recommandation et les moteurs de recherche.

• L'IA forte (= IA Générale), encore à l'état de projets (2023), vise à créer des systèmes qui peuvent comprendre, apprendre et performer de manière similaire à un être humain dans une grande variété de tâches intellectuelles. Ce niveau d'IA implique une conscience de soi et une compréhension du monde qui dépassent la simple exécution de tâches spécifiques.

Il n'est pas besoin d'attendre la mise au point d'une IA forte pour de nombreuses questions se posent dans ce domaine. Par exemple, quelles sont les implications morales et éthiques de créer des machines intelligentes? Comment les décisions éthiques sont-elles prises par les systèmes d'IA ? Qui est responsable en cas de préjudice causé par des systèmes d'IA? Comment attribuer la responsabilité lorsque des décisions autonomes sont prises par des machines intelligentes? Les machines doivent-elles être considérées comme autonomes et responsables de leurs actions? Des questions concernent aussi la transparence et l'explicabilité de ce ce type d'outil. Comment rendre les décisions des systèmes d'IA compréhensibles pour les humains? Et d'ailleurs, la transparence et l'explicabilité sont-elles véritablement nécessaires pour garantir une utilisation éthique de l'IA, en particulier dans la santé, la justice ou la finance?  Quel va être l'impact de l'IA sur le marché du travail et l'économie? Comment la société doit-elle faire face à la transition vers une utilisation accrue de l'IA dans les processus de production et de services?

La quête d'une intelligence artificielle forte pose encore d'autres défis (La Singularité technologique). Que peut-on attendre d'une IA capable de rivaliser avec l'intelligence humaine dans toutes les tâches intellectuelles? Pourra-t-on attribuer une forme de conscience ou de subjectivité aux systèmes d'IA générale? Quelle est la nature de la compréhension qu'une machine pourrait avoir de son propre état ou de son environnement? Quels risques cela fait-il courir à l'espèce humaine (s'il y a des risques)? Comment minimiser les menaces potentielles posées par des systèmes d'IA puissants et autonomes? Quels pourraient être les impacts sur la compréhension de nous-mêmes et de notre place dans le monde si une telle IA était créée? Comment l'interaction avec des machines intelligentes modifierait-t-elle notre conception de l'humanité? 

Intelligible (Intelligibilis, perceptible, de intelligere = inter-legere, intellectum, percevoir, remarquer, connaître).

a) Ce qui ne peut être connu que par l'intelligence; ex. : les idées et les relations abstraite. Se dit par opposition au sensible

b) Ce dont l'intelligence peut se rendre compte. S'oppose à Inintelligible. - Caractère intelligible (Kant, Schopenhauer). S'oppose à Empirique.

c) Pour les Scolastiques, l'espèce intelligible c'est l'idée. Le monde intelligible, c'est le monde des idées. - Axiomes : L'intelligible en acte est l'intelligent en acte (Intelligibile in actu est intelligens in actu), c'est-à-dire que l'idée est à la fois l'effet de l'objet et l'effet de la faculté de connaître, déterminée par l'objet; l'objet et la faculté s'unissent dans leur acte. - Tout être est intelligible (Omne ens est intelligibile), c'est-à-dire, en d'autres termes, que tout être est vrai. 

Les Modernes donnent à ce principe le nom de principe d'universelle intelligibilité. Il  se confond avec celui que Leibniz nommait principe de raison suffisante (rien n'existe qui n'ait sa raison suffisante d'exister) et qu'on peut formuler ainsi tout ce qui est réel est rationnel, c'est-à-dire peut être ramené aux lois de notre raison ou du moins d'une raison capable de tout embrasser.

Intemporel. - Ce qui est exempt du temps, qui ne dépend pas de l'évolution temporelle et qui est considéré comme éternel ou immuable. En philosophie, l'intemporalité est associée à des idées éternelles, des vérités universelles ou des principes immuables. Dans la philosophie platonicienne, les Formes (ou Idées) sont considérées comme des réalités intemporelles et éternelles, distinctes des objets du monde sensible. Spinoza a discuté de l'éternité comme étant une réalité qui exprime l'essence éternelle de Dieu, plutôt qu'une durée infinie.

Intensif, Intensité (de Intense, de intensus = tendu, adjectif dérivé de in-tendere, intensum = étendre). - Ces mots marquent un certain degré, une certaine quantité dans la qualité, la force, etc. L'intensité est opposée à l'extension (intensivè, extensivè), qui se rapporte à la quantité. De même l'intensif est opposé à l'extensif. L'intensité croît en raison inverse de l'extension et réciproquement. Mais si les choses auxquelles on attribue l'intensité ne tombent pas sous la mesure ou la quantité proprement dite, l'intensité marque seulement une activité ou une perfection supérieure : ainsi l'intensité de la volonté, de l'attention.

Intension, intensionalité. - Manière dont le sens d'une expression ou d'un concept est défini, en se concentrant sur ses propriétés internes ou sur les conditions sous lesquelles il est vrai. L'intension du terme "chien", par exemple, inclurait des caractéristiques telles que "animal domestique à quatre pattes, carnivore, etc." qui définissent ce qu'est un chien. L'intension est mise en contraste avec le terme d'extension (l'extension du terme chien est l'ensemble réel de tous les chiens concrets que l'on peut observer dans le monde). (Compréhension).

Intention (Intentio, action de tendre vers, attention, intention, de intentum, supin de in-tendere, tendre, diriger vers).

a) Action de la volonté qui se propose un but, une fin. - Distinction : L'ordre d'intention et l'ordre d'exécution. Le premier est l'ordre des causes finales; le second est l'ordre des causes efficientes. L'ordre d'intention est donc l'inverse de l'ordre d'exécution. 

b) L'intention désigne aussi quelquefois l'acte ou l'objet de la connaissance

Intention première, intention seconde : dans la langue des Scolastiques, l'intentio (de intentum, supin de in-tendere = étendre, diriger vers) est l'acte par lequel l'intelligence tend à connaître un objet. C'est ce qu'ils appellent Intentio formalis : ils la distinguent en Intentio prima seu directa et en Intentio secunda seu reflexa

L'intention première est l'acte par lequel l'intelligence se porte directement sur un objet. tel qu'il existe eu lui-même. De là vient que les idées directes, comme l'humain, l'arbre, sont appelées intentiones primae objectiva elles constituent l'universel direct, objet de la métaphysique

L'intention seconde est l'acte réfléchi par lequel l'intelligence se porte sur l'idée elle-même, en tant qu'idée, c'est-à-dire sur un objet tel qu'il existe dans l'intelligence. De là vient que les idées réfléchies, en tarit qu'abstraites et générales, comme le genre, l'espèce, le propre, l'accident, sont appelées intentiones secundae objectivae : elles constituent l'universel réflexe, objet de la logique. L'intention seconde est ainsi nommée parce qu'elle suppose un acte antécédent sur lequel elle s'exerce.

Intentionnalité. - Capacité d'un esprit ou d'une conscience à être dirigé intentionnellement vers des objets, des états de choses ou des idées. C'est la propriété par laquelle une conscience est toujours conscience de quelque chose. Ce concept, présent de longue date en philosophie, a été repris et développé de manière significative par le philosophe et logicien Franz Brentano et est devenu une articulation centrale de la pensée phénoménologique du XXe siècle, qui considère l'intentionnalité,  qu'elle place au coeur de la relation entre le sujet conscient et le monde, comme fondamentale pour la compréhension de la conscience et de la pensée. 

Elle implique que tout acte mental ou conscient est toujours orienté vers un objet. Cet objet peut être réel, imaginaire, abstrait, passé, présent, futur, etc. L'intentionnalité établit ainsi une relation entre la conscience et l'objet vers lequel elle est dirigée. Cette relation peut être de perception, de croyance, d'émotion, de désir, de souvenir, etc. L'intentionnalité est souvent associée à la fonction de signification. Les actes intentionnels ont une signification, ils représentent quelque chose pour le sujet intentionnel.

Interculturelle (philosophie). - Domaine de la philosophie qui cherche à établir des ponts entre les différentes traditions philosophiques et cultures du monde, souvent en comparant et en intégrant des idées provenant de diverses origines. La philosophie interculturelle prend en compte les contextes culturels dans lesquels les idées philosophiques émergent et se développent. Ce qui implique de comprendre comment les valeurs, les croyances et les pratiques culturelles influent sur la philosophie. Elle cherche à identifier des thèmes et des idées philosophiques communes entre différentes cultures,  et étudie les fondements éthiques communs et les différences éthiques entre les cultures afin de promouvoir des valeurs éthiques universelles tout en reconnaissant la diversité culturelle. Voici quelques noms souvent cités dans ce contexte :

• Frantz Fanon a écrit sur la décolonisation, le racisme et les identités culturelles. Son travail a influencé la pensée postcoloniale et la philosophie interculturelle.
• Kwame Anthony Appiah s'intéresse aux questions liées à l'identité (dans une perspective racialiste), à la mondialisation et à l'éthique dans un monde interconnecté. Il encourage le dialogue interculturel et interdisciplinaire.

• Homai Sadeghi se concentre sur la philosophie comparée, l'éthique et la philosophie des religions. Elle écrit sur le dialogue interculturel et à la diversité des traditions philosophiques.

• Nikolay Milkov travaille sur les échanges philosophiques entre l'Est et l'Ouest.

ʉۢ Enrique Dussel est connu pour son travail en philosophie de la lib̩ration et pour son engagement envers la perspective interculturelle. Il ̩tudie la justice, les droits humains et les questions ̩thiques dans un contexte global.
• Raimon Panikkar a travaillé sur le dialogue interreligieux et la rencontre des cultures. Il a cherché à intégrer les connaissances et les pratiques philosophiques et spirituelles de l'Orient et de l'Occident.
• Cornel West s'intéresse à la justice sociale, à la démocratie et au dialogue interculturel dans une perspective racialiste. Il met en avant l'importance du dialogue pour surmonter les divisions et les préjugés.
Interdépendance ontologique. - Idée selon laquelle l'existence de chaque entité est intrinsèquement liée à l'existence des autres entités.

Intérêt (= Intêrest, de Interest = il importe, verbe impersonnel, de inter-esse = être entre, assister). Plusieurs nuances de sens. L'intérêt c'est :

a) ce qui est avantageux, soit par le profit qu'on en retire, soit par un avantage quelconque qu'on y trouve. 

b) ce qui touche par la part qu'on y prend, mû par sympathie, bienveillance pour les autres. 

c) ce dont l'attrait excite un sentiment personnel, ex. :. de curiosité, d'émulation. 

L'intérêt est un des motifs de nos actions et consiste dans le bonheur individuel regardé comme le but à atteindre. L'intérêt général est le bonheur de tous.

On appelle morales de l'intérêt celles qui consistent a poser l'intérêt particulier ou l'intérêt général comme règle de toutes nos actions. Plusieurs philosophes ont développé des morales de l'intérêt : 1°) Epicure; 2°) Bentham; 3°) Stuart Mill; 4°) Spencer ; 5°) Émile Durkheim; 6°) L. Bourgeois.

Les morales de l'intérêt diffèrent des morales du plaisir en ce qu'elles recommande la poursuite d'un plaisir calculé : dans ce calcul on tient compte de l'intensité, de la pureté, de la certitude des plaisirs et c'est l'objet, selon Bentham, d'une véritable arithmétique des plaisirs.

Les morales de l'intérêt semblent impuissante a expliquer le fait de l'obligation morale. Quand elles tiennnent compte de la qualité ou de la dignité des plaisirs, comme chez Stuart Mill, elles se transforme en un utilitarisme d'ordre très élevé qui les rapproche des morales du devoir au point de les confondre et de donner exactement les mêmes règles de conduite.

Internalisme. - Idée que certains critères, normes ou conditions de justification ou d'évaluation se trouvent à l'intérieur de l'esprit ou de la perspective mentale de l'individu plutôt qu'à l'extérieur. -  En épistémologie, l'internalisme est souvent associé à l'idée que la justification de la croyance doit être accessible à l'individu croyant, c'est-à-dire que l'individu doit être en mesure de fournir des raisons ou des justifications pour sa croyance en utilisant ses propres ressources mentales. Cela signifie que la justification doit être interne à la perspective mentale de l'individu. Par exemple, un internaliste épistémique pourrait soutenir que pour qu'une croyance soit justifiée, il doit exister une justification interne, comme une raison ou une évidence que l'individu peut reconnaître. -  En éthique, l'internalisme est lié à l'idée que les normes morales ou éthiques sont liées à la perspective mentale de l'individu. Un internaliste éthique soutient que les jugements moraux sont liés aux motivations, aux émotions, ou aux intentions de l'agent moral. Par exemple, un acte est moralement bon s'il est fait par un individu avec de bonnes intentions ou de bonnes motivations, même si les conséquences de l'acte sont mauvaises.

Interne. - Synonyme d'intérieur : les faits internes ou intérieurs sont les phénomènes de conscience. On appelle quelquefois les sens perception externe, et la conscience perception interne. - L'expression sens interne désigne également la conscience.

Interpolation (Interpolatio, de interpolatum, supin de interpolare, remettre à neuf, modifier, de inter = entre et polire = polir, mettre un enduit). Sens général : introduire dans un texte des éléments qui en sont absents, soit pour l'éclairer, soit pour en falsifier le sens. En mathématiques, introduire des valeurs intermédiaires entre deux valeurs connues.

Interprétation (Interpretatio, de inter-pres, interpretis = intermédiaire, interprète, de la racine pre = trafiquer. pre-tium = valeur vénale d'une chose) : action de donner une signification à une chose ou d'expliquer un sens ambigu.

Interprétationnisme (de Interprétation) : ensemble de systèmes sur la perception extérieure.

Intersection. - Opération qui permet de définir un nouvel ensemble contenant tous les éléments communs à deux ensembles donnés. Autrement dit : l'intersection de deux ensembles A et B, notée A ∩ B, est l'ensemble des éléments qui appartiennent à la fois à A et à B, soit A∩B={x|xA et xB}. Les propriétés de l'intersection sont l'idempotence :  A∩A=A; la communativité :   A∩B=B∩A; l'associativité :   (A∩B)∩C=A∩(B∩C); l'absorption par l'ensemble universel : A∩U=A (où U est l'ensemble universel qui contient tous les éléments considérés); l'absorption par l'ensemble vide : A∩= (où  est l'ensemble vide).

Intersectionnalité. - Concept et un cadre d'analyse qui a émergé pour comprendre les multiples formes d'oppression et de discrimination que les individus peuvent subir en raison de l'interaction de diverses identités que les individus se reconnaissent ou auxquelles ils sont relégués et les systèmes de pouvoir. Le terme a été forgé dans les années 1980 par la juriste et militante Kimberlé Crenshaw (née en 1959) pour décrire comment les femmes noires aux États-Unis faisaient face à des formes uniques de discrimination résultant de l'intersection du sexisme et du racisme. La notion s'est depuis élargie pour englober d'autres identités et systèmes de pouvoir, devenant un concept central dans les études sur le genre, sur les modes de marginalisation en fonction de l'origine ou de la couleur de peau, les études postcoloniales, et les luttes pour l'égalité et la justice sociale. Chaque fois, l'intersectionnalité examine comment les idéologies d'oppression (sexisme, racisme, homophobie, etc.), s'entrecroisent et aggravent mutuellement pour produire des inégalités  différentes selon les personnes.

Intersubjectivité. -  Capacité des individus à partager leurs expériences, leurs états mentaux, leurs significations et leurs perspectives avec d'autres individus. C'est la base de la communication, de la compréhension mutuelle et de la construction sociale de la réalité. Elle implique la reconnaissance de l'autre en tant qu'agent doté d'états mentaux et d'expériences distinctes. Dans la philosophie phénoménologique, l'intersubjectivité fonde la compréhension de la conscience et de l'expérience. L'intersubjectivité est également centrale dans la manière dont l'herméneutique s'occupe de la manière dont la signification est élaborée dans le dialogue et l'interaction entre les interlocuteurs.

Intertextualité. - Concept de la théorie littéraire qui désigne les relations textuelles entre différents textes. Elle se réfère à la manière dont un texte fait référence à d'autres textes, soit de manière explicite (par des citations ou des références directes), soit de manière implicite (par des allusions ou des résonances thématiques). L'intertextualité met en lumière les influences, les dialogues et les connexions qui existent entre les oeuvres littéraires, enrichissant ainsi la compréhension et l'interprétation des textes. Quelques expressions de l'intertextualité :

• Citations et références directes. - Lorsqu'un texte cite explicitement un autre texte, qu'il s'agisse de passages entiers, de phrases, ou même de mots. Par exemple, un personnage peut réciter une citation célèbre d'un autre auteur, ou un texte peut inclure une référence directe à une œuvre littéraire ou historique spécifique.

 â€¢ Allusions et références indirectes. - Lorsqu'un texte fait allusion à d'autres textes ou à des événements, des personnages, des idées, ou des symboles présents dans d'autres Å“uvres. Ces références peuvent ne pas être explicitement identifiées, mais elles enrichissent la signification du texte en reliant les thèmes et les motifs à une plus vaste tradition littéraire.

 â€¢ Réécriture et parodie. - Lorsqu'un texte réinterprète ou réécrit délibérément un autre texte, en utilisant ses éléments pour créer une nouvelle Å“uvre. Par exemple, une parodie peut imiter ou satiriser un texte célèbre, tandis qu'une réécriture peut proposer une version alternative ou contemporaine d'une histoire classique.

• Résonances thématiques et motifs. - Lorsque des thèmes, des motifs, ou des idées sont partagés entre différents textes, créant des liens thématiques ou symboliques. Par exemple, un motif comme celui de la quête du héros peut être exploré de différentes manières à travers différentes œuvres, chacune offrant une perspective unique sur le thème commun.

L'intertextualité enrichit la signification des textes en les situant dans un contexte plus large de la tradition littéraire. Les références et les connexions avec d'autres Å“uvres permettent aux lecteurs de découvrir des couches supplémentaires de sens et de profondeur dans un texte donné. Les textes intertextuels créent des dialogues et des connexions entre les Å“uvres, formant ainsi un réseau complexe d'influences et d'interactions. Cela permet aux lecteurs d'explorer les relations entre les textes et de découvrir des motifs récurrents et des thèmes partagés. L'intertextualité peut également susciter une réflexion sur la nature même de la création littéraire et sur le rôle des textes dans la construction de la signification. Les références intertextuelles peuvent inviter les lecteurs à réfléchir sur les processus de lecture, d'écriture, et d'interprétation. Les textes intertextuels s'inscrivent dans une tradition littéraire plus large et contribuent à la construction de l'identité culturelle et littéraire. Ils témoignent des influences et des échanges entre les auteurs, les époques, et les mouvements littéraires, contribuant ainsi à enrichir le patrimoine culturel commun. Exemples d'Intertextualité : 
• Ulysse, de James Joyce. - Ce roman fait référence à de nombreux textes classiques de la littérature, en particulier à l'Odyssée d'Homère. Joyce réinterprète les aventures d'Ulysse à travers une journée ordinaire à Dublin, créant ainsi un dialogue entre l'ancien et le moderne.

• Les Chants de Maldoror, de Lautréamont. - Ce texte , souvent considéré comme précurseur du surréalisme et du mouvement symboliste, contient de nombreuses références intertextuelles à des oeuvres littéraires, religieuses, et philosophiques, créant un collage.

Intervalle (Intervallum, de inter = entre; vallus = pieu) : 1- Distance entre deux temps, deux lieux, deux sons, deux actes. 2 - En mathématiques, on définit comme intervalle un sous-ensemble connexe de l'ensemble  des nombres réels. 

a) Un intervalle borné est un sous-ensemble de  dont tous les éléments se situent entre deux valeurs extrêmes, appelés borne inférieure et borne supérieure.

Un intervalle fermé est un ensemble de réels qui possède ses deux valeurs extrêmes (si la borne inférieure est notée a et la borne supérieure b, on le note [a, b]); le singleton {a} est un intervalle fermé puis qu'il peut être écrit {a} = [a,a].

Un intervalle ouvert est un ensemble de réels qui ne possède pas ses valeurs extrêmes (on écrit : ]a, b[);  l'ensemble vide est un intervalle ouvert, puisqu'on peut l'écrire par exemple :  =]a,a[. 

On parle aussi d'intervalles semi-ouverts (ou semi-fermés) dans les cas où seule une des valeurs extrêmes appartient  à l'intervalle  (on a donc, soit [a,b[, soit ]a, b]).

b) Un intervalle I centré sur un point  x0 et de rayon r est un intervalle dont les bornes sont x0-r et x0+r. Si l'on considère l'intervalle I*, qui est l'intervalle I auquel x0 a été ôté (I*=I-{x0}), on dit que I* est épointé.

c)  On  peut de la même façon définir des intervalles non-bornés (ou intervalles infinis), lorsque il n'existe qu'une valeur extrême (ici : a, qui peut appartenir ou non à l'intervalle). Bien que - et + ("moins l'infini" et "plus l'infini") ne soient pas des nombres réels, on pourra noter par convention les quatre types d'intervalles non-bornés possibles :  [a, +[, ]a, +[ ou ]-, a], ]-, a[.  On peut remarquer qu'avec cette écriture on a : =  ]-, +[.

Intime (Intimus = le plus intérieur, superlatif de l'archaïque interus, de inter, de in = dans et suffixe ter) : sens intime signifie sens intérieur : expression
employée par les philosophes écossais, Maine de Biran et les Eclectiques comme synonyme de conscience directe. Les Scolastiques disent Sensus intimus. S'oppose à Extérieur. 

Intime signifie aussi ce qui est profond, pénétrant; ex. : connaissance intime d'une question; amitié intime, intimité; union intime de l'âme et du corps. S'oppose à Superficiel.

Intimité. - Concept qui se réfère à la sphère personnelle et privée de la vie d'un individu, où il a un certain degré de contrôle sur les informations, les activités, les émotions et les interactions, et où il  peut se sentir en sécurité pour être authentique et se détendre. L'intimité est souvent présente dans les relations proches et personnelles (relations amoureuses, familiales et amicales). Elle se manifeste par la confiance, le partage ouvert, et la vulnérabilité émotionnelle. Le degré d'intimité recherché et apprécié varie d'une personne à l'autre et dépend de facteurs culturels, personnels et contextuels, mais dans tous les cas, le respect de l'intimité d'autrui est essentiel dans toutes les relations personnelles et sociales.

Intolérance (Intolerantia =  impatience, de in, négatif, et tolerantia, de tolerans, participe présent de tolerare = supporter). - Action de ne pas supporter chez les autres ce qu'on désapprouve. 

Intramondain ( = "à l'intérieur du monde"). - Terme utilisé pour qualifier des perspectives, des actions ou des valeurs qui sont enracinées dans ce monde, sans référence explicite à des réalités ou des valeurs transcendantes. C'est une perspective qui se concentre sur les affaires et les réalités de ce monde plutôt que sur des réalités supérieures. 

Intrinsèque (de Intrinsecus, de intra = dans l'intérieur, et secus = autrement, à part) : ce qui, entrant dans la nature d'un être ou la définition d'un concept, leur est intérieur. - Dénomination intrinsèque : les Scolastiques appellent ainsi une manière d'être qui convient à une substance considérée en elle-même. et non dans ses relations. En mathématiques, on appelle équation intrinsèque d'une courbe une propriété analytique qui définit cette courbe, abstraction faite de sa position; c'est ordinairement une relation entre l'arc et le rayon de courbure pour les courbes planes, deux relations entre l'arc et les rayons de courbure et de torsion pour les courbes gauches. De pareilles relations ne changent pas en effet par une transformation de coordonnés; il y a plus, les relations dont nous venons de parler sont des équations différentielles et les constantes d'intégration sont précisément les paramètres qui entrent dans les formules de transformation des coordonnées. Les propriétés intrinsèques des courbes sont celles dans lesquelles il n'est pas question de leurs relations avec le monde extérieur. Dire que dans une courbe l'arc est proportionnel à l'accroissement de la courbe, c'est énoncer une propriété intrinsèque de la courbe.

Introspection. - Terme de psychologie : observation intérieure, celle qui se fait par la conscience.

Introspection épistémique. - Processus par lequel une personne réfléchit et examine ses propres croyances, connaissances, justifications et processus de pensée. C'est une forme d'auto-observation et d'auto-réflexion spécifiquement axée sur les aspects liés à la connaissance, à la croyance et à la compréhension. Elle est  essentielle pour cultiver une pensée critique et une approche réfléchie envers la connaissance. L'introspection épistémique implique d'examiner attentivement nos propres croyances, convictions et opinions pour comprendre comment elles sont formées, quelles sont leurs bases et comment elles évoluent. Cela conduit à analyser les raisons, les arguments et les preuves qui soutiennent nos croyances. Nous évaluons si nos justifications sont solides, logiques et basées sur des données fiables. L'introspection épistémique peut alors aider à identifier les biais cognitifs et les distorsions qui peuvent influencer nos processus de pensée et nos jugements, afin de minimiser leur impact sur nos croyances. L'introspection épistémique est liée à la métacognition, qui est la réflexion sur nos propres processus de pensée. Cela implique d'être conscient de nos propres stratégies de résolution de problèmes, de notre compréhension et de notre apprentissage. Cela implique aussi de réfléchir à la fiabilité, à la crédibilité et à la validité des sources d'information que nous utilisons pour construire nos connaissances et nos croyances.

Intuition (Intuitio = action de regarder, de intuitum, supin de in-tueri = recarder attentivement). - L'intuition est la connaissance immédiate ou par simple vue.

Chez Platon, ce mot désigne la connaissance directe des idées. Connaissance par intuition et connaissance à priori sont donc à peu près synonymes. La connaissance intuitive se distingue de la connaissance discursive ou obtenue par un raisonnement.

Chez Kant, l'intuition désigne la perception : je vois un arbre, une étoile, ce sont des intuitions. Mais Kant distingue de ces intuitions empiriques les intuitions pures du temps et de l'espace. Toutefois il nie expressément l'existence d'une intuition intellectuelle qui saisirait, comme dit Schelling, l'idéal et le réel dans leur identité fondamentale. La raison, selon Kant, n'a qu'une fonction régulative et ne saurait nous donner l'intuition d'objets suprasensibles, transcendantaux la connaissance des noumènes nous est interdite et ils ne peuvent être qu'objets de foi ou de croyance.

Bergson, de son côté, a souligné le rôle central de l'intuition dans la compréhension de la réalité. Il a plaidé pour une approche intuitive de la connaissance qui dépasse la simple analyse intellectuelle. Selon lui, l'intuition permet d'accéder à la nature dynamique et fluide du réel.

Intuitionnisme (de Intuition). - 1) Système de la perception immédiate du monde extérieur. - 2) Ecole de pensée en philosophie des mathématiques, initiée au début du XXe siècle par L. E. J. Brouwer (1881-1966), et  concernée par les fondements et la nature des objets mathématiques. L'intuitionnisme est une approche constructiviste qui place au premier plan la notion d'acte constructif ou d'action pour établir la vérité mathématique. Elle s'oppose au formalisme défendu Par Hilbert, et rejette aussi le réalisme platonicien, qui affirme que les objets mathématiques ont une existence indépendante de l'esprit humain. Au contraire, il soutient que les objets mathématiques n'ont de sens que s'ils peuvent être construits de manière effective par un processus mental intuitif. Les mathématiques dans le cadre intuitionniste doivent découler d'une construction mentale concrète et effective. Une preuve mathématique doit être constructive, montrant explicitement comment obtenir l'objet mathématique en question. L'intuitionnisme rejette le principe du tiers exclu, qui stipule que pour toute proposition mathématique, soit elle est vraie, soit elle est fausse. Selon l'intuitionnisme, il existe un troisième état, le non-établi, ce qui signifie que certaines propositions peuvent ne pas être prouvables ni vraies, ni fausses. Il rejette également certaines constructions basées sur la théorie des ensembles, comme celles qui impliquent des ensembles infinis non construits. Les ensembles infinis doivent être construits progressivement, et un objet infini n'est pas considéré comme mathématiquement valide tant qu'il n'a pas été effectivement construit. Enfin, l'intuitionnisme rejette souvent aussi les preuves par l'absurde (reductio ad absurdum), car cela implique d'accepter le tiers exclu. Les preuves doivent être constructives et ne pas supposer l'existence d'objets sans les construire effectivement.

Intuitionniste (logique). -  Approche logique pfondée sur les principes de l'intuitionnisme, et qui diffère de la logique classique sur plusieurs points, notamment en ce qui concerne la nature de la vérité, la validité des lois de la logique classique, et la notion de preuve. Contrairement à la logique classique, par exemple,  la logique intuitionniste rejette le principe du tiers exclu (une proposition est soit vraie, soit fausse), cette idée. De même, elle rejette la règle selon laquelle règle selon laquelle une proposition est nécessairement équivalente à sa double négation (élimination de la double-négation). Selon la logique intuitionniste, une proposition n'a pas nécessairement à être vraie ou fausse ; elle peut aussi être ni vraie ni fausse, jusqu'à ce qu'une preuve soit fournie. (Preuve constructive; Principe de de Brouwer-Heyting-Kolmogorov).

Invariant (mathématiques). - Le mot invariant a d'abord eu dans les sciences la signification restreinte qui a été donnée au mot forme en philosophie; aujourd'hui il tend à recevoir une acception beaucoup plus étendue. En général quand on fait subir à des variables certaines substitutions, il y a des quantités qui dépendent de ces variables, sans en être forcément des fonctions et qui restent les mêmes après ces substitutions, on dit que ce sont des invariants. Ainsi par exemple le genre d'une courbe plane est un invariant relativement aux substitutions rationnelles.

Invention (Inventio = rencontre, de inventum, supin de in-venire = arriver sur, rencontrer, découvrir) : ce mot s'emploie pour indiquer une combinaison nouvelle de moyens en vue d'obtenir une fin. L'imagination est une faculté d'invention.

Inverse (Inversus = participe passé de in-vertere, inversum = retourner, renverser) : proposition inverse : celle dont les termes sont dans un ordre renversé par rapport à ceux d'une autre proposition; ex. : L'homme est l'animal raisonnable, par rapport à : L'animal raisonnable est l'homme. Quand les deux propositions sont vraies, comme ici, on dit qu'il y a conversion ou réciprocité.

Inversion (Inversio, renversement, de inversum, supin de in-vertere, retourner, renverser) : terme créé par Keynes pour signifier : « Inférence immédiate par laquelle on conclut d'une proposition donnée une autre proposition ayant pour sujet la contradictoire du sujet primitif ». 

Ionienne (Ecole). - L'école ionienne ou d'Ionie a pour caractère général de faire sortir toutes choses d'un principe physique en apparence, mais au fond suprasensible qui se transforme et produit tous les phénomènes c'est l'eau, pour Thalès; l'air, pour Anaximène; pour Héraclite, le feu. Mais l'eau, l'air, le feu, en tant que principes, ne sont pas l'eau que nous buvons, l'air que nous respirons, le feu qui brûle dans nos foyers : il vaudrait mieux traduire ces mots par principe aqueux, éthéré, igné.

Irascible (irasci = s'irriter). Les Scolastiques et Bossuet, leur disciple, distinguent l'appétit concupiscible et l'appétit irascible : au premier ils rapportent les passions « qui ne présupposent dans les objets que la présence ou l'absence» : ce sont l'amour et la haine, le désir et l'aversion, la joie et la tristesse; au second, les passions « qui ajoutent la difficulté à l'absence ou à la présence » : ce sont l'audace et la crainte, l'espérance et le désespoir, la colère.

Ironie (Ironia = action d'interroger en feignant l'ignorance, de eirôneuomai = interroger) : l'ironie socratique est la partie négative de la méthode de Socrate pour réfuter les Sophistes. Elle consistait à feindre l'ignorance et, par d'habiles interrogations, à tirer des principes admis par l'adversaire certaines conséquences absurdes ou contradictoires, que Socrate retournait contre ces principes pour les renverser, de manière à détacher peu à peu l'adversaire de ses préjugés. La partie positive et constructive s'appelait maïeutique, qui l'aidait à découvrir lui-même la vérité et à formuler la vraie doctrine, en cherchant à satisfaire toujours aux questions de son interlocuteur.

Irrationalisme. - Ce terme désigne la défiance ou même l'hostilité envers la raison.

Irrationnel (Irrationalis, de in, négatif; rationalis = ce regarde le calcul, le raisonnement, de ratio = calcul raison). - Ce qui n'est pas conforme à Ia droite raison. - S'oppose à rationnel.

Irréductible, Irréductibilité (de In, négatif : réductible, de reductum, supin de reducere = ramener) : ce qui ne peut se ramener à autre chose ou à des éléments plus simples. 

Irréel, irréalité. - Ce qui n'est pas réel,  ce qui n'a pas d'existence concrète dans la réalité. Les concepts d'irréel et d'irréalité sont souvent en relation avec les débats philosophiques plus larges sur le réalisme et l'idéalisme. Le réalisme soutient généralement que la réalité existe indépendamment de notre perception, tandis que l'idéalisme affirme que la réalité est en grande partie construite par l'esprit. Certains philosophes, en examinant la nature de la réalité, se sont interrogés sur la possibilité de l'existence de choses qui pourraient être qualifiées d'irréelles.

Irreversibilité. - Caractère irréversible d'un processus ou d'un changement : une fois qu'il s'est produit, il ne peut pas être inversé ou annulé. Ce concept est pertinent dans divers domaines et suscite des réflexions sur la nature du temps et de l'histoire, les lois de la physiques; la causalité, les évolutions biologiques ou encore les décisions humaines. 

Irréversible (de in, négatif et de reversum, supin de revertere = revenir; de re, préfixe qui marque un mouvement en arrière, et vertere = tourner). - Ce qui ne fait pas ou ne peut faire retour.

Isomorphisme. - Terme qui signifie littéralement "même forme" et implique une correspondance ou une similitude entre deux structures, systèmes ou ensembles. Pour qu'il y ait un isomorphisme entre deux structures, il doit exister une correspondance bijective entre les éléments de ces structures. L'isomorphisme préserve la structure.  En théorie des groupes, deux groupes sont dits isomorphes s'il existe une bijection (correspondance un-à-un) qui préserve la structure de groupe entre eux.  En théorie des graphes, deux graphes sont isomorphes s'ils peuvent être transformés l'un en l'autre par une permutation des noeuds. En logique modale, l'isomorphisme peut être utilisé pour décrire des modèles sémantiques qui partagent des caractéristiques similaires. En théorie des catégories, deux catégories sont isomorphes si elles peuvent être mises en correspondance de manière bijective, préservant ainsi la structure catégorique.

Italiques (Ecoles). -  On donnait autrefois le nom d'école italique à deux courants philosophiques (que l'on fondait à tort en un seul)  qui se sont développés pendant l'Antiquité en Italie :  l'école pythagoricienne, parce qu'elle eut son siège à Crotone, dans cette partie de l'Italie qu'on nommait la Grande-Grèce; et l'école éléatique, qui avaitt ses racines en Grèce, mais dont deux figures majeures, Parménide et Zénon étaient originaires d'Élée en Italie du Sud. 

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