Aperçu |
C'est
à Kepler que remonte la remarque qu'il
existait un hiatus dans le groupement des planètes, une lacune entre
Mars
et Jupiter .
Il y supposa une hypothétique planète, mais cette idée
fut rapidement oubliée. Du moins jusqu'en 1782,
quand Titius, donna dans sa traduction en allemand
de la Contemplation de la Nature de Charles
Bonnet, une série particulière de nombres, pour montrer
que les distances des planètes au Soleil
sont soumises à une loi, dont l'invention a été à
tort attribuée à Bode. Cette série,
aujourd'hui appelée loi de Titius-Bode ,
est représentée par la progression géométrique
de 0, 1, 2, 4, 8, etc., chacun de ces termes étant, à partir
de zéro, multiplié par 3, et le produit augmenté de
4. On obtient alors la série de nombres : 4, 7, 10, 16, 28, 52,
100, etc., qui représente assez bien les distances moyennes (en
dixièmes d'unité astronomique (UA) )
qui séparent les différentes planètes principales
au Soleil. La Terre
correspondait ainsi à 10 (ou 1 UA), Mars
à 16 (1,6 UA), Jupiter
à 52 (5,2 UA), etc. Restait le nombre 28, qui suggérait qu'une
planète eut pu circuler à la distance de 2,8 UA.
Persuadés
par ce seul argument de l'existence d'une planète intermédiaire
entre mars et Jupiter, vingt-quatre astronomes s'associèrent en
Allemagne sous la présidence de Schroeter
pour se mettre à sa recherche. Lalande
s'intéressa lui-même vivement à cette association.
Mais cela n'amena aucun résultat. La planète supposé,
dont le baron de Zach avait vainement essayé
de calculer les éléments, se présenta un jour (ou
plutôt la nuit du 1er janvier 1801)
d'elle-même au bout de la lunette de Piazzi,
qui ne la cherchait pas, et qui la baptisa Cérès .
Beaucoup d'autres corps seront ensuite découverts, dans les années,
les décennies suivantes, et encore jusqu'à nos jours où
les découvertes sont devenues quotidiennes, sur des orbites
proches de celle-là.
C'est ainsi que débute
donc la découverte de la grande ceinture d'astéroïdes
que l'on trouve entre Mars et Jupiter. Il n'y avait donc pas là
une planète, mais une poignée de planètes naines,
et une foule immense de petits corps rocheux aux contours irréguliers.
Les astronomes croiront dans un premier temps qu'il s'agit de fragments
d'une ancienne planète qui se serait désintégrée.
Aujourd'hui, c'est plutôt l'option inverse qui est adoptée
: les astéroïdes se comprennent plutôt comme les briques
qui auraient pu servir à former une planète, si les perturbations
engendrées par Jupiter et que subissent leurs orbites ne les avaient
pas empêché de s'agglomérer au moment de la formation
du Système solaire.
Dates
clés :
1782
- Titius énonce la loi qui suggère l'existence d'une planète
entre Mars et Jupiter.
1801
- Piazzi découvre Cérès, premier astéroïde
connu, circulant entre Mars et Jupiter.
c.1850
- Prise de conscience de l'existence d'une "ceinture d'astéroïdes".
Kirkwood propose d'y voir les fragments d'une ancienne planète.
1918
- Hirayama montre que les astéroïdes se regroupent en familles.
1991
- Gaspra est le premier astéroïde survolé et photographié
par une sonde spatiale (Galileo).
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Jalons |
Cérès ,
le premier astéroïde, et aussi le premier objet connu dont
l'orbite est comprise entre celles de Mars
et de Jupiter
a été découvert le 1er janvier
1801, c.-à-d. le premier jour du
XIXe
siècle, par l'astronome Giuseppe
Piazzi, à Palerme, d'une manière toute fortuite : en
construisant le catalogue
d'étoiles qui porte son nom, cet astronome voulait observer une
étoile placée dans sa collection, par Wollaston,
sous le nom 87 Mayer, bien que cette étoile ne figure pas dans le
catalogue de Mayer. Par suite d'une faute de copie
ou de calcul, faute fui a eu les conséquences les plus heureuses,
Wollaston l'avait changée de zone, et Piazzi ne la trouvant pas
à la place assignée, observa soigneusement toutes les petites
étoiles de la région indiquée. Le 1er
janvier 1801, il en nota une de couleur rougeâtre, de septième
grandeur, qui lui parut avoir changé de place le lendemain et les
jours suivants; jusqu'au 23 janvier. Elle avait un mouvement diurne et
rétrograde de 4' en ascension droite, et de +3,5' en déclinaison.
C'était la première des petites planètes dont l'ensemble
comble la lacune signalée autrefois par les astronomes Képler
et de Zach entre Mars et Jupiter. Le baron de Zach,
admettant sans réserve la loi de Bode avait même publié
à l'avance dans l'Almanach de Berlin les éléments
de la planète supposée. Il aperçut Cérès
le 7 décembre 1801,
à la place que lui avaient assignée les calculs d'Olbers,
Burckhardt
et Gauss, basés sur les observations de
Piazzi, communiquées à Bode et à Oriani
dès le 24 janvier; mais il n'avait pas été possible
à ces astronomes d'observer Cérès, qui se tenait au-dessus
de l'horizon pendant le jour et se trouvait ainsi perdue dans les rayons
du Soleil .
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Le nom de
Cérès
Dans
un premier temps, Piazzi donna au nouvel astre le nom de Cérès
Ferdinandea, du nom de l'ancienne divinité, protectrice de la
Sicile, et de celui du roi Ferdinand de Naples
et de Sicile, qui était l'employeur de Piazzi. On lui fit vite valoir
que la planète portait déjà depuis une quinzaine d'années
un nom en Allemagne, où on l'appelait Héra
ou Junon ,
et c'était aussi le choix fait par Laplace.
Cela remontait à une proposition faite par le Duc de Gotha, à
l'époque où Zach avait entamé les premières
recherches d'un objet entre Mars et Jupiter. A la découverte de
l'astéroïde, d'autres noms seront encore proposés, comme
Cupidon
ou Vulcain ,
avec des justifications mythologiques plus ou moins artificielles. Lalande
proposa de l'appeler la planète de Piazzi, ou simplement Piazzi.
Mais Piazzi tint ferme, et Bode, d'abord partisan
du nom de Junon, fut le premier à se ranger au choix du découvreur.
Maskelyne
rallia ensuite ce camp. Suivit enfin le ralliement de Zach, ce qui mit
fin à la controverse.
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Article
- Clifford J. Cunningham, The Great asteroid nomenclature
controversy of 1801, in Asteroids, Comets, Meteors, 1991. |
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La lacune ainsi comblée
par la découverte de Cérès, personne ne pensa qu'il
pouvait exister là d'autres planètes, et si Piazzi l'avait
supposé, il aurait peut-être pu découvrir coup sur
coup une douzaine des petits corps qui flottent dans cette région.
Un astronome de Brême, Olbers, observait la nouvelle planète
dans la soirée du 28 mars 1802,
lorsqu'il aperçut dans la constellation de la Vierge
une étoile de 7e grandeur qui n'était
pas marquée sur la carte de Bode, dont il se servait. Le lendemain,
il la trouva changée de place et reconnut par là en elle
une seconde planète. Mais il fut beaucoup plus difficile de lui
donner droit de cité qu'à son aînée, parce que,
la lacune étant comblée, on n'en avait plus besoin; et elle
était plus gênante qu'agréable. On la regarda donc
comme une comète (refuge tout trouvé) jusqu'au jour où
son mouvement prouva qu'elle gravitait dans la même région
que Cérès. On lui donna le nom de Pallas.
Les découvertes
inattendues de Cérès et de Pallas portèrent les astronomes
à réviser les catalogues d'étoiles et les cartes célestes
afin d'y reconnaître les planètes errantes qui passeraient
par le zodiaque. Harding était du nombre
de ces réviseurs zélés. Il ne tarda pas à être
récompensé de sa peine. Le 1er
septembre 1804,
à 10 heures du soir, il vit dans la constellation des Poissons
une étoile de 8e magnitude qui,
le 4 septembre suivant, avait sensiblement changé de place : c'était
une nouvelle planète. Elle reçut le nom de Junon, resté
disponible depuis la controverse de 1801.
Après ces
trois découvertes, Olbers remarquant que les orbites de ces petits
astres se croisent dans la constellation de la Vierge, émit l'hypothèse
qu'ils pourraient bien n'être autre chose que les fragments d'une
grosse planète brisée. La mécanique montre que, dans
ce cas, les fragments doivent repasser chaque année, c'est-à-dire
à chacune de leurs révolutions, par l'endroit où la
catastrophe s'est opérée. Il se mit dès lors à
explorer attentivement cette constellation et y trouva, en effet, le 29
mars 1807,
une quatrième petite planète, à laquelle il donna
le nom de Vesta .
Sa distance n'est que de 2,36 UA, et sa révolution n'est que de
1326 jours,. C'est la plus brillante des petites planètes, et on
la voit quelquefois à l'oeil nu (quand on sait où elle est)
comme une petite étoile de 6e magnitude.
On peut s'étonner
qu'après ces brillants débuts on soit resté ensuite
pendant trente-huit ans sans découvrir une seule petite planète,
car ce n'est qu'en 1845
que la cinquième, Astrée, fut découverte par Hencke,
pendant qu'il construisait une carte d'étoiles. La raison principale
doit être attribuée précisément au manque de
bonnes cartes d'étoiles, car, pour trouver ces petits points mobiles,
le premier soin est d'avoir une carte très précise de la
région du zodiaque que l'on observe pour reconnaître si l'une
des étoiles observées est en mouvement.
Ces petites planètes
sont toutes invisibles à l'oeil nu, à l'exception de Vesta
et quelquefois de Cérès, que de bonnes vues parviennent quelquefois
à distinguer; elles sont de 7e,
8e, 9e,
10e, 11e
magnitude, et même encore plus petites, et c'est aussi pour cette
raison qu'un si grand intervalle de temps s'est écoulé entre
la quatrième et la cinquième découverte. Il est probable
que toutes les petites planètes de quelque importance sont connues
actuellement, mais qu'il en reste encore un grand nombre, plusieurs centaines
peut-être, à découvrir, dont l'éclat moyen ne
surpasse pas celui des étoiles de 12e
ordre, dont le diamètre n'est que de quelques kilomètres
ou dont la distance est considérable. Le diamètre de la plus
grosse, celui de Vesta, est évalué à 400 kilomètres.
Hencke trouva successivement
la 5e et la 6e
en 1845
et 1847;
Hind,
la 7e et la 8°
en 1847;
Graham,
la 9e en 1848;
de Gasparis, la 10, et la 11, en 1849
et 1850, et ensuite
sept autres; Hind en découvrit encore huit autres; Goldschmidt,
en a découvert quatorze de 1851
à 1861,
les premières de sa fenêtre, à l'aide d'une petite
lunette qu'il avait achetée d'occasion. A l'Observatoire de Paris ,
Paul
et Prosper Henry en ont découvert quatorze. Les découvreurs
les plus féconds out été l'astronome
C.-H.-F.
Péters, des États-Unis (il en a découvert trente-quatre
à lui seul),. et l'astronome
Palisa, de
l'Observatoire de Vienne, qui en a découvert quarante! Maintenant
on ne se contente plus de les chercher indirectement en construisant des
cartes; on les cherche exprès. et comment ne pas remarquer que le
mouvement astronomique opéré à dater de 1845
dans la découverte des petites planètes, a été
fait, non par les observateurs de l'État, mais par de simples amateurs.
Hencke était maître de poste à Berlin, Hind était
un étudiant attaché à l'Observatoire d'un amateur;
Goldschmidt était peintre de paysages, etc. A la même époque,
Schwabe,
magistrat à Dessau, découvrait la périodicité
des taches solaires, et ce n'est qu'avec dédain que les Astronomische
Nachrichten publiaient ses observations, encore ne le faisaient-elles
que parce que leur éditeur, Schumacher,
s'était engagé à publier toutes les observations inédites.
(C. F. / G.E.).
A l'exemple des paléontologistes,
qui reconstituent, avec des fragments de squelettes, des animaux entiers
d'espèces disparues, Daniel Kirkwood
tenta, d'après une communication présentée, dès
1850,
à l'Association britannique pour l'avancement, des sciences, de
reconstituer avec ces astéroïdes jusqu'alors connus (au nombre
de 10), la planète brisée, et il fut conduit à lui
assigner un diamètre surpassant de beaucoup celui de Mars. L'hypothèse
des débris planétaires pour expliquer l'origine des astéroïdes
a eu une grande longévité, même si elle est aujourd'hui
abandonnée. D'autres idées de Kirkwood restent en revanche
toujours d'actualité. Ainsi l'astronome a-t-il proposé en
1861
que les météorites
qui bombardent la Terre soient, comme on le croit toujours, des objets
expulsés de la ceinture d'astéroïdes. En 1867,
Kirkwood a également remarqué qu'il existe au sein de la
grande ceinture des zones pratiquement vides, des orbites possible, mais
que les astéroïdes semblent éviter, et que l'on appelle
depuis les lacune de Kirkwood.
L'explication (complexe)
de ces lacunes, fournie au XXe
siècle, et dont la corroboration
repose en grande partie sur des simulations numériques, fait appel
à l'action perturbatrice de Jupiter et secondairement des autres
planètes importantes. On comprend aussi par cette approche pourquoi
ces petits objets n'ont jamais pu se regrouper pour former une planète,
et pourquoi encore, certains d'entre eux peuvent être expulsés
de leur orbite d'origine et venir circuler sur des orbites très
éloignées de celles de la grande ceinture, à l'instar
de celles des circastéroïdes, tels Éros ,
découvert par Witt en 1899,
qui s'approchent - parfois dangereusement - de la Terre. Parfois les changements
d'orbites des astéroïdes conduisent à des collisions
entre eux, et de petits fragments (qui pourront éventuellement devenir
des météorites) sont formés. De cela, les astronomes
estiment en avoir les indices, depuis 1918,
grâce aux travaux d'Hirayama, qui a montré l'existence de
familles d'astéroïdes, des objets de même compositions
minéralogique, et dont la ressemblance de certains de leurs éléments
orbitaux révèle qu'ils circulaient non seulement sur une
même orbite, mais appartenaient à un seul et même corps.
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Les planètes
intramercurielles
En
s'occupant des Tables de Mercure, Le Verrier
s'aperçut que l'orbite de cette planète éprouve un
déplacement beaucoup plus grand qu'il ne devrait l'être d'après
l'action calculée des forces connues (question connue sous le nom
de problème de l'avance du périhélie de Mercure).
Pour expliquer cette anomalie, il eut recours à une hypothèse,
analogue à celle qui lui avait permis de prédire l'existence
de Neptune
à partir de l'étude des inégalités du mouvement
d'Uranus
: il supposa qu'il existait entre le Soleil
et Mercure ,
soit un anneau d'astéroïdes, soit une ou plusieurs petites
planètes, à découvrir.
Ces
masses troublantes, comme on disait alors, devaient, si elles existaient,
se montrer de temps à autre sous forme de points noirs sur le disque
lumineux du Soleil. Diverses observations de ce genre furent effectivement
faites vers le milieu et la fin du XVIIIe
siècle, (notamment par Messier,
qui signala le passage de "globules" devant le disque solaire le 17 juin
1777)
sans qu'on eût rien pu en tirer de concluant (les "globules" de Messier,
furent par exemple interprétés par Vallot comme de simples
grêlons...).
Le
Verrier vint, le 2 janvier 1860,
annoncer à l'Académie des sciences que Lescarbault,
explorant la surface du Soleil, avait observé, le 26 mars 1859,
le passage d'un point noir, parfaitement rond, dont il estimait le diamètre
au quart de celui de Mercure. On crut aussitôt à la découverte
d'une nouvelle planète, qui reçut le nom de Vulcain.
Au rapport de Lescarbault, la planète Vulcain devait se montrer
assez fréquemment sur le disque solaire, à la fin du mois
de mars et au commencement d'octobre. Mais, malgré, le plus actives
recherches, aucun astronome n'a pu la retrouver.
Rien
ne dit encore aujourd'hui qu'il n'existe pas des petits corps circulant
sur des orbites intramercurielles. De fait, on connaît une famille
de fragments de noyaux cométaires (groupe de Kreutz) qui s'écrasent
régulièrement sur le Soleil. Mais les inégalités
constatés par Le Verrier dans le mouvement de Mercure ne sont plus
attribuées désormais à l'action d'un corps perturbateur.
L'avance du périhélie de Mercure se comprend désormais,
comme l'a montré Einstein, dès
1917,
comme un effet gravitationnel inaccessible à la théorie newtonienne
de l'attraction universelle sur laquelle se fondaient les calculs classiques,
et qui peut seulement être abordé dans le cadre de la théorie
de la relativité générale. |
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Les études
radar, le développement, à partir des années 1980
de l'astronomie infrarouge, et surtout l'exploration spatiale ont encore
amélioré la connaissance des astéroïdes. Les
premiers a avoir été survolés par une sonde spatiale
et à avoir ainsi montré des détails de leur surface
ont été Gaspra ,
approché par la sonde Galileo en 1991,
au cours de son voyage en direction de Jupiter, et Ida ,
frôlé au cours de la même expédition, en 1996.
Ida s'est avéré posséder un satellite, Dactyl, caractéristique
que l'on sait, depuis, être relativement commune. Ida et Gaspra sont
des astéroïdes de la ceinture principale, mais il en est aussi
de plus proches, et c'est vers le premier connu de ces circastéroïdes,
Éros, qu'a été envoyée la première sonde
destinée à se satelliser autour d'un de ces corps. Il s'agissait
de la sonde Near, qui a approché Éros le 14 février
2000,
et en a transmis pendant plusieurs mois (avant de s'écraser, après
ce qui apparaît comme une tentative d'atterrissage un peu improvisée
par la Nasa et finalement manquée) des images et des données. |
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