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L'histoire de la Corée
L'histoire de la Corée, telle qu'elle est donnée à connaître par les annales chinoises, et commence à s'écrire dès le VIe siècle avant notre ère, et révèle un pays divisé en plusieurs royaumes. Après une période au cours de laquelle ceux-ci sont unifiés, on a une nouvelle division, vers le Ier siècle av. J.-C, en trois entités : au Nord et au Nord-Est, le royaume de Kao-li; à l'Ouest celui de Pe-tsi, et au Sud-Est, celui de Sin-la (Sin ra ou Shilla ou Silla). C'est ce dernier royaume qui a été souvent en lutte avec le Japon, et paraît avoir eu le plus souvent la suprématie sur les autres. Il prédominait en tout cas au Xe siècle, quand le roi de Kao-li, Ouang-kien, soutenu par la Chine, s'empara des deux autres royaumes et constitua l'unité de la Corée. 

La période qui s'ouvre ainsi, et qui est celle de la dynastie régnante des Koryô (d'où dérive le nom du pays) ou Oang, va bientôt être marquée par les conflits avec les voisins Toungouses de la dynastie Kin ou Jin (Les Khitans), par la soumission à ceux-ci en 1126, puis par l'arrivée des Mongols,  (1231), bientôt placés sous Koubilaï Khân. La  domination mongole, à la fois sur la Chine et la Corée, durera jusqu'en 1368. La Corée tente alors de résister aux Ming désormais au pouvoir en Chine, et y parvient jusqu'en 1392, date à laquelle les Koryô sont renversés au profit des Li (ou Yi), conduits par un certain Li-tan ou Taï-tso, et inféodés au puissant voisin. Après que les Ming aient supplanté les Youen, une nouvelle dynastie coréenne, celle des Yi, règnera sur le pays à partir de 1392 à 1910

Entre-temps, la Corée aura été l'objet de nombreuses convoitises. D'abord de la part du Japon avec lequel elle n'a cessé d'avoir des guerres (notamment celle de 1592-1615), puis, surtout à partir du XIXe siècle, des Occidentaux, intéressés par la position de ce pays jugé le plus vulnérable de la région, et qui est envisagé par eux comme une base de pénétration en Asie Orientale. Ce sera cependant le Japon qui l'emportera à la fin, jetant son emprise sur le pays entre 1910 et 1945. Ensuite la Corée, coupée en deux, a eu encore à subir la logique de la guerre froide et un conflit entre ses deux composantes du Nord et du Sud entre 1950 et 1953

Dates clés :
668 av. J.C. - Dynastie de Silla.

918 - Dynastie des Koryô. La Corée est unifiée.

1392 - Dynastie des Yi, protégée par les Ming.

1910 - Annexion par le Japon.

1945 - Division en deux États.

1950-53 - Guerre de Corée.

1987 - Début de la démocratisation de la Corée du Sud.

Le « Pays du matin calme »...

Les Trois royaumes.
Les livres chinois, dans lesquels on a longtemps puisé les seules indications disponibles sur l'histoire ancienne de la Corée, ensuite aidés (et souvent contredits) par les données de l'archéologie permettent de se faire une idée d'un passé, qui pour les plus lointains vestiges humains remonte au Paléolithique, mais dont l'histoire (sans doute imbibée de légende) ne peut être écrite qu'à partir du VIIe siècle av. J. C. A cette époque, le pays, qui est déjà celui du « matin calme » (Chôsen), selon les textes, apparaît comme un vassal de la Chine, divisé en plusieurs royaumes. Les royaumes de Ko rye, de Paîk tjyei et de Sin ra (en chinois : Kao li, Pe tsi et Sin la) seront les plus importants. Au Ier siècle de l'ère chrétienne, ses Trois royaumes, comme on les appelle, partageaient la péninsule coréenne. Le royaume de Ko rye et celui de Pâik tjyei avaient été fondés par des tribus venues du Pou ye et étaient situés : le premier, au Nord et au Nord-Est de la péninsule; le second, à l'Ouest, sur la mer Jaune. Quant au Sin ra, il occupait le Sud-Est et appartenait aux Sin qui formaient près de trente tribus. L'histoire nous montre ces trois Etats rivaux, luttant entre eux et avec les pays voisins, pendant les neuf premiers siècles de l'ère chrétienne le Ko rye eut surtout à s'attaquer à la Chine sous la suzeraineté de laquelle il resta presque toujours, ainsi que le Pâik tjyei; le Sin ra, au contraire, fit plutôt la guerre au Japon, avec lequel il eut, d'ailleurs, des alternatives de succès et de revers.

Dès le début du IIIe siècle, l'impératrice japonaise Zin-gou, opérant une descente dans le Sin ra, aurait défait les troupes de ce royaume et celles du Pâik tjyei; mais le règne fabuleux de cette princesse ne peut être considéré comme historique qu'avec de grandes réserves : quoiqu'il en soit, pendant deux siècles environ, les souverains de ces deux petits Etats offrirent périodiquement un tribut à la cour du Japon et firent ainsi pénétrer dans ce pays, en même temps que l'industrie, leur civilisation, leur littérature et les doctrines philosophiques et religieuses qu'ils tenaient eux-mêmes de la Chine. Les historiens chinois et japonais sont unanimes à mentionner, par ordre de dates, les différents envois qui furent faits au Japon c'est ainsi qu'en l'an 283 le Pâik tjyei y envoya, comme tribut, des couturières et des brodeuses; en 285, le lettré Wa-ni, du même royaume, vint y apporter le Lûn-yû ou Dissertations philosophiques de Confucius; en 300, le Sin ra y délégua des constructeurs de jonques et plus tard, en 453, des musiciens; en 552 et 577, des sculpteurs, des architectes et des livres bouddhiques furent envoyés par le Pâik tjyei; en 588, des peintres et des potiers; puis, en 602, des hommes versés dans le calendrier, l'astrologie et la magie; en 606, le Ko rye envoya également de nombreuses espèces d'animaux; en 612, ce furent des hommes connaissant l'art des jardins, qui vinrent du Pâik tjyei, et, en 616, des statues de Bouddha, offertes par le Sin ra.

Le Sin ra commença à saisir la suprématie et à annexer les Etats voisins au moyen d'alliances ou de guerres, vers le milieu du VIe siècle; profitant habilement des secours de la Chine, alors gouvernée par les Tang, il conquit, en 660 et 668, le Pâik tjyei et le Ko rye; la Corée put jouir dès lors, jusqu'à la fin du IXe siècle, d'une grande prospérité. Mais, en 904, le royaume de Ko rye secoua le joug, ressaisit son autonomie et, en 935, s'empara à son tour du Sin ra et du Pâik tjyei : c'est de cette époque que date l'application géographique du nom de Ko rye dont les Européens ont fait Corée. Toutefois, ce n'est qu'à la fin du XIe siècle, sous Oang-Kien, que l'unité de la Corée sera définitivement constituée.

Le temps des Koryô (Oang).
On a donné le nom de Koryô ou Oang à  la dynastie qui a régé sur la Corée de 918 à 1392. Sa capitale principale sera à Syong to ou Kai kyeng (Kai syeng, à 60 km environ au Nord de Seoul), et près de la ville, on voit encore les tombes de la plupart de ses rois; capitale secondaire à Sye kyeng ou Ho kyeng (Hpyeng yang). Le fondateur de cette dynastie, Oang Ken, d'une origine obscure, était né à Syong ak (Syong to) en 877. Dans les troubles qui déchiraient le royaume de Sin ra, il entra au service de Koung yei, membre de la famille royale, l'un des principaux rebelles; il se distingua comme général, aida son chef à se rendre maître du Nord et du Nord-Est du pays et fut mis à sa place, lorsque le peuple eut tué Koung yei, détesté pour sa cruauté (918). Il donna à son royaume le nom de Ko rye ou Ko ryô (d'où Corée), peut-être en souvenir d'un des anciens Etats de la péninsule (Trois Royaumes). Il soumit (935) Tjin Houen qui s'était rendu indépendant dans le Sud-Ouest (royaume de Paik tjyei postérieur, 892-935); il persuada Kyeng syoun, roi légitime du Sin ra, d'abdiquer en sa faveur, il lui donna une riche dotation et épousa sa fille (935). Dès 918, il avait reconstruit Hpyeng yang abandonné depuis 668; il avait élevé d'autres citadelles encore plus au Nord et étendu son pouvoir jusqu'à l'Ap rok kang (Ya lou) et au Tou man kang par des alliances avec les populations Nye tjin et Keni tan ; l'île de Quelpaërt paya tribut en 938 : à cette date, la Corée unifiée atteignait à peu près ses limites contemporaines. A l'intérieur, le roi, connu depuis sa mort sous le nom de Htai tjo, s'efforça d'organiser une société nouvelle à la place de l'aristocratie du Sin ra, et il s'appuya surtout sur les bonzes et sur ses compagnons d'armes.

Ses fils Hyei tjonq (943-45), Tyeny tjong (945-49), Koang tjong (949-75) régnèrent après lui; les deux premiers s'adonnèrent au luxe et aux grandes constructions, exemple que suivirent presque tous leurs successeurs ;le pouvoir fut tyranniquement exercé pendant plusieurs années par Oang Kyou, beau-père de Hyei tjong, qui joua le rôle d'un maire du palais et dont Tyeng tjong ne sut se débarrasser que par l'assassinat. Koang tjong gouverna par lui-même, poursuivit l'oeuvre de la défense des frontières septentrionales et fonda des examens littéraires imités de ceux de la dynastie chinoise des Tang (958).

Après son fils Kyeng tjong (975-81), un autre petit-fils de Htai tjo, Syeng tjong monta sur le trône (981-97); il déploya une grande activité, organisa l'administration civile, institua des préfets et des sous-préfets, maintint dans le respect du pouvoir les bonzes toujours prêts à abuser de la faveur royale. C'est lui qui fit graver les planches pour l'impression du Tripitaka complet. Il eut à lutter contre les Keui tan (Khitan) qui avaient fondé un empire sous le nom de Liao, étaient devenus voisins du Ko rye en détruisant le royaume de Pal hai (Po hai, 925) et réclamaient le Nord de la Corée jusqu'à Hpyeng yang; vainqueur (993), Syeng tjong maintint sa frontière à l'Ap rok kang, mais consentit à se servir des noms d'années des Liao et envoya des Coréens apprendre la langue keui tan.

Le règne de Mok tjong, fils de Kyeng tjong, fut marqué par les débauches et les conspirations de la reine mère (997-1009) ; le roi fut déposé et remplacé par Hyen tjong, petit-fils de Htai jo. De 1011 à 1020, les Keui tan envahirent plusieurs fois la Corée, occupèrent la capitale, chassèrent le roi vers le Sud; les principaux fonctionnaires militaires, se croyant indispensables, se rendirent, par leur arrogance, insupportables aux fonctionnaires civils et à la cour : ils furent massacrés (1015). Des discordes du même genre, avec les incursions des Nye tjin, tantôt soumis, tantôt révoltés, remplirent les règnes de Tek tjong (1031-34) et de Tjyeng tjong (1034-46), tous deux fils de Hyen tjong. Dès le règne de ce dernier, on avait commencé de donner aux Nye tjin (Niu tchen) et à d'autres tribus septentrionales des terres situées à l'intérieur du royaume et dont on formait de nouveaux districts; cette politique s'accentua sous les règnes suivants, surtout sous Moun tjong (1046-83), également fils de Hyen tjong. Ce prince reprit (1071) les relations avec la Chine, qui étaient interrompues depuis plus de cinquante ans; en effet, la puissance des Keui tan était déjà sur son déclin. Moun tjong montra la plus grande partialité pour les bonzes : des districts entiers furent exemptés d'impôts et consacrés à la corvée pour la construction de la bonzerie de Heung oang, qui fut élevée sur un plan grandiose, magnifiquement ornée et somptueusement inaugurée en 1067; trois ans plus tard, les bonzes obtinrent de la fortifier. Syoun tjong, fils du précédent, ne régna que quelques mois; Syen tjong (1083-94), également fils de Moun tjong, institua des examens spéciaux pour les bonzes (1084). Syouk tjong (1095-1105), troisième fils de Moun tjong, força son neveu Hen tjong (1094-95) à lui céder le trône; il forma une importante collection de livres, dont une partie subsistait au XVe siècle; il jeta les premières fondations d'une nouvelle capitale (1099) qui est devenue Séoul.

C'est sous son règne et sous celui de son fils Yei tjong (1105-22) que s'établit la puissance des Nye tjin : le premier chef important de ces barbares, Yeng ka, envoya une ambassade en Corée (1102); une défaite infligée par son successeur, O a syok, aux Coréens (1104), fut vengée par le massacre de quatre cents chefs invités à un banquet (1107), d'où résulta la pacification de la frontière du Nord pour quelques années. En 1114, A kol hta (Agouta), chef d'une branche plus septentrionale, parent de Yeng ka et descendant d'un bonze coréen et d'une femme nye tjin se révolta contre les Liao et fonda l'empire des Kin. Il y eut entre le nouvel empire et la Corée quelques difficultés de frontières : mais le royaume accepta la suzeraineté des Nye tjin (1116) et eut moins à souffrir de leur part que de celle des Koui tan.

Les règnes de Yei tjonq, de son fils In tjong (1122-46), de ses petits-fils Eui tjong (1146-70), Myeng tjong (1170-97), Sin tjong (1197-1204), ceux de Heui tjong (1204-11), fils du précédent, de Kong tjong (1211-13), fils de Myeng tjong, et les premières années de Ko tjong (1213-59), fils de Kong tjong, furent calmes à l'extérieur. Mais à l'intérieur ils furent marqués par les prodigalités et le luxe des rois et par l'affaiblissement continu du pouvoir royal : rivalités sanglantes entre militaires et civils (1110, 70), pouvoir de Ri Tja kyem, beau-père des rois Yei tjong et In tjong (1122), révoltes des bonzes (1126-35, etc.), un roi déposé en 1170, mis à mort en 1173, un autre détrôné en 1196, un autre en 1211, tels sont les événements les plus saillants de cette période. A partir de 1170, le pouvoir appartint uniquement aux fonctionnaires militaires qui se réservèrent presque toutes les charges; ce n'est qu'en 1275 que les fonctionnaires civils reprirent quelque influence. D'ailleurs, la tyrannie des grands chefs militaires fut telle qu'un personnage peu important, Tchoi Tchyoung hen, réussit à les renverser (1196) et fut considéré comme un sauveur : il s'empara de tout le pouvoir, nomma et destitua les fonctionnaires, réorganisa l'administration à son profit. Il fit d'ailleurs preuve de hautes capacités et d'une grande énergie et devint une sorte de maire du palais; son fils Tchoi Ou (1218), son petit-fils Tchoi Hang (1249), son arrièrepetit-fils Tchoi Eui (1257), héritèrent de son autorité et de ses dignités, c'est par l'assassinat de ce dernier (1258) que s'éteignit cette dynastie comparable à celles des shoguns japonais. Il faut encore noter pendant cette période la réunion au royaume de l'île de Quelpaërt transformée en sous-préfecture (1168) et la composition du Sam kouk sa keui, le plus ancien ouvrage d'histoire coréenne qui soit parvenu jusqu'à nous : il fut présenté au roi par son auteur Kim Pou sik (1145).

Les quarante dernières années de l'administration des Tchoi (1218-58) furent signalées par une lutte opiniâtre contre l'invasion mongole, plus terrible que celles des Koui tan et des Nye tjin. En 1231, soixante-douze résidents mongols furent installés en Corée, le pays dut, payer tribut, donner des otages, fournir un million d'hommes à l'armée du khan; mais l'année suivante, Tchoi On emmena la cour dans l'île de Kang hoa et prescrivit au peuple de se retirer dans les îles et dans les montagnes pour continuer la résistance. Après la mort de Tchoi Eui, le prince héritier fut envoyé à la cour du khan pour traiter (1259), et la première condition posée fut que le roi revint sur la terre ferme. A son retour, le prince héritier monta sur le trône (Ouen tjong, 1259-74). Désormais, la Corée ne fut plus qu'une province mongole, gouvernée par des rois indigènes : ceux-ci étaient mariés à des princesses mongoles qui prenaient le pas sur eux dans les cérémonies publiques; des conseillers mongols dirigeaient leur politique; ils étaient appelés à Pékin, exilés; déposés, remis sur le trône suivant les caprices du khan; fils de mères mongoles, ils parlaient la langue de celles-ci, portaient des noms mongols, étaient privés d'une partie des honneurs posthumes rendus jusqu'alors à leurs ancêtres. Telle fut la situation de Tchyoung ryel (1274-98 et 1298-1308), fils de Ouen tjong; de son fils Tchyoung syen (1298 et 1308-13), qui abdiqua pour vivre à Pékin, avec des lettrés; de Tchyoung syouk (1313-30 et 1332-39), fils du précédent; de Tchyoung hyei (1330-32 et 1339-44); fils du précédent; de Tchyoung mok (1344-48) et de Tchyoung tyeng (1348-51), tous deux fils de Tchyoung hyei.

Pour la politique extérieure, les mongols firent de la Corée leur base d'opérations contre le Japon; malgré des préparatifs considérables (depuis 1270), Mongols et Coréens réunis furent plusieurs fois repoussés par les tempêtes et par le courage des Japonais après un dernier échec (1280), le khan Koubilaï renonça à son projet. Mais ces expéditions avaient appauvri la Corée d'hommes et de grains et. avaient ajouté de nouvelles inimitiés à celles qui existaient déjà entre la péninsule et le Japon.

Grâce à l'affaiblissement de la puissance mongole, le roi Kong min (1351-74), fils de Tchyoung syouk; jouit de plus d'indépendance que ses prédécesseurs. Il tomba sous la domination des bonzes, particulièrement de Pyen syo, ou Sin Ton; celui-ci sut persuader le roi que Sin Ou, son propre fils, devait la naissance au roi lui-même. Sin Ou (1374-88), puis Sin Tchyang (1388-89), fils de Sin Ou, succédèrent donc à Kong min; ils s'attachèrent à la fortune des Mongols qui venaient d'être chassés de Chine. Ri Syeng kyei, principal chef de la noblesse, fut le général chargé de marcher contre les Chinois (1388); il refusa d'obéir, déposa le roi et le remplaça par Kong yang (1389), descendant de Sin tjong; peu d'années après, il se sentit assez fort pour régner lui-même : il déposa Kong yang et fonda une nouvelle dynastie (1392).

Outre les événements rapportés ci-dessus, il faut noter que, sous cette dynastie, la noblesse territoriale du Sinra ra a graduellement disparu et qu'une nouvelle aristocratie, une « noblesse de pinceau », s'est peu à peu formée; elle était constituée dès le XIe siècle avec les principaux traits qu'elle a conservés. En même temps est apparu un régime de castes qui a laissé des traces jusqu'au XXe siècle. D'autre part, les formes extérieures de l'administration ont été de plus en plus empruntées à la Chine. 


Le point sur les Yi.
Bénéficiant de la protection de la dynastie chinoise des Ming, restée au pouvoir jusqu'au début du XXe siècle, les Yi en ont profité pour régner eux aussi de leur côté jusqu'à la même époque. Les Yi ont installé leur capitale sur le site de l'actuelle Séoul et ont favorisé le confucianisme (Confucius) au détriment du bouddhisme, dont le clergé a été déchu de ses principales prérogatives . Ils ont également mis en place un système d'administration copié sur celui de la Chine.  La protection chinoise avait ses inconvénients (la Corée a importé les divisions politiques de son voisin...) et ses limites. Ainsi, elle n'épargna pas aux successeurs de Taitso de nombreuses guerres avec le Japon. En 1592, le célèbre Taï-ko-sama envoya une formidable armée en Corée, qui s'empara de presque tout le pays et l'aurait définitivement gardé sans la mort de Taï-ko-sama, arrivée en 1598... et au réveil (tout de  même) des Ming. En 1615, la paix fut signée entre la Corée et le Japon, qui gardait le port de Fou-san et recevait un tribut. Depuis 1636, époque à laquelle le roi de Corée, pourtant partisan des Ming, fut attaqué par les Mandchous, qui s'emparèrent de Séoul, et lui imposèrent, par un traité signé en 1637, des conditions de vasselage beaucoup plus humiliantes, la Corée, quoique souvent déchirée par des luttes intestines, n'a plus eu de guerre étrangère pendant plus de deux siècles et demi. En 1905, cependant, le Japon réussit à imposer son protectorat sur le pays, qu'il annexa en 1910
 

... et des après-midis agités

Les marins et les curés.
Les étrangers n'ont guère connu de la Corée tout d'abord que l'île de Quelpaert; en 1653, un navire hollandais, l'Epervier (Sperwer) parti de Batavia à destination de Formose et du Japon, fit naufrage sur la côte de cette île; des soixante-quatre hommes d'équipage, trente-six seulement furent sauvés et recueillis par les habitants; ils furent conduits en Corée, où ils restèrent en captivité pendant treize ans et vingt-huit jours; en 1666, sur seize survivants, huit réussirent à s'échapper et à regagner leur patrie en 1668. Le récit de cette longue captivité a été fait par Hendrick Hamel, de Gorcum. Il est probable que ces Hollandais n'étaient pas les premiers étrangers qui arrivaient en Corée, et on peut supposer avec raison que les établissements arabes de Si-Iâ au Xe siècle étaient ceux de Corée (Sin-la). 

Plus tard, le père Régis donna au XVIIIe siècle des observations géographiques et une histoire de la Corée. En 1832, le missionnaire protestant Karl Gützlaff fit à bord du Lord Amherst, appartenant à l'East India Company, un voyage sur les côte de Chine, de Formose (Taïwan), de Corée et des Liou-chou (Ryu-kyu). Le 10 août 1847, les Français ont perdu sur les côtes de Corée deux vaisseaux, la Gloire et la Victorieuse. En 1851, le Narval, baleinier français, se perdit sur les îles de la côte Sud-Ouest de Corée, dans la nuit du 2 au 3 avril; l'équipage à l'exception d'un homme ayant échappé au naufrage, le second du navire se rendit à Chang-haï (Shanghaï) : dans une des chaloupes du baleinier prévenir le consul de France, Montigny, qui équipa un lortcha, et, accompagné de son interprète, le comte Kleczkowski, alla chercher lui-même ses compatriotes. 

En réalité, la première intervention sérieuse des étrangers fut celle des Français en 1836, à la suite du massacre des missionnaires catholiques. II est possible que l'invasion de Taï-ko-sama, au XVIIe siècle, ait laissé en Corée des germes de christianisme; mais, en réalité, l'introduction officielle de cette religion remonte à l'époque du père Jacques Tsiou, venu de Pékin, qui pénétra en Corée en 1794 et fut martyrisé en 1801. En 1831, la Corée était détachée du vicariat apostolique de Pékin, pour former un vicariat indépendant confié à Mgr Bruguière, de la Société des Missions étrangères, évêque de Capse, coadjuteur du vicaire apostolique de Siam, qui, d'ailleurs, n'arriva pas à destination. Dès 1839, trois missionnaires en Corée, Mgr Imbert, Maubant et Chastan furent décapités; le vicariat, dirigé ensuite par Mgr Ferréol, puis par Mgr Berneux, vit se renouveler, en, 1866, la terrible persécution de 1839; au mois de mars 1866, Mgr Berneux et son coadjuteur Mgr Daveluy et les abbés de Bretenières, Beaulieu, Dorie, Pourthié, Petitnicolas, Aumaître et Huin furent martyrisés; trois prêtres seulement échappèrent au massacre, Féron, Calais et Ridel. Ces derniers se rendirent à Tien-tsin pour annoncer ce désastre à l'amiral français Roze; le 18 septembre 1866, la corvette le Primauguet, l'aviso le Déroulède, et la canonnière le Tardif partaient de Tche-fou pour la Corée. Cette flottille s'engageait dans le détroit de Konghoa, et remontait le Han-kang jusqu'en vue de la capitale où elle arrivait le 25. Cette reconnaissance effectuée, les vaisseaux français étaient de retour le 3 octobre à Tchefou. Quelques jours plus tard, l'amiral se remettait en route. On ne peut mieux faire que de transcrire ce passage du rapport officiel : 

« Parti de Tche-fou le 11 octobre avec la frégate la Guerrière, les corvettes à hélice le Laplace et le Primauguet, les avisos le Déroulède et le Kien-chan, les canonnières le Tardif et le Lebreton, le contre-amiral Roze mouillait le 13, avec sa division, devant l'île Boisée, à dix-huit milles de Kang-hoa. Le lendemain, les canonnières remontèrent la rivière Salée (détroit de Kang-hoa), remorquant les embarcations qui portaient les compagnies de débarquement de la Guerrière et des corvettes, ainsi qu'un détachement des marins fusiliers du Yokohama. A peine débarqués, nos marins occupèrent les hauteurs sans rencontrer la moindre résistance, et campèrent à 5 kilomètres de Kang-hoa. Le 15, une reconnaissance fut exécutée par une colonne commandée par M. le capitaine de frégate comte d'Osery; arrivée près d'un fort qui domine la ville, elle fut accueillie par un feu bien nourri de mousqueterie et par celui de deux canons de petit calibre. Après un engagement de quelques minutes, le fort fut occupé, et les Coréens s'enfuirent, laissant un drapeau entre nos mains. » 
Le 16, la ville était prise, le 9, l'amiral Roze recevait une lettre du roi de Corée, à laquelle il répondit en faisant connaître les satisfactions qu'il réclamait. Dans un engagement qui eut lieu le 17 novembre, près de Kang-hoa, il y eut plusieurs hommes blessés; quelques jours plus tard, l'amiral Roze, ne recevant pas de réponse du roi de Corée et craignant à l'entrée de l'hiver des difficultés dans la navigation, se décida à retourner en Chine. La destruction de Kang-hoa, qui est le seul événement important de cette expédition, fut loin de produire en Corée l'impression qu'en attendait l'amiral Roze; les Coréens devinrent plus insolents et se préparèrent à repousser d'autres attaques étrangères.

Il n'y en aura pas pour tout le monde...
L'occasion se présenta bientôt : un navire à voiles américain le General Sherman, envoyé en Corée, fut détruit par les habitants et l'équipage massacré (1866). En 1867, le navire de guerre américain Wachusett fut envoyé en Corée par l'amiral Rowan pour faire une enquête sur cette affaire, enquête qui n'aboutit pas. En conséquence, le contre-amiral Rodgers, commandant en chef de l'escadre asiatique, sur le vaisseau Colorado, avec les corvettes Alaska et Benicia, les canonnières Monocacy et Palos, se rendit en Corée; au 1er juin 1871, pendant qu'on faisait des sondages dans la rivière Salée, entre l'île de Kang-hoa et la terre ferme, les Coréens commencèrent le feu sans avertissement préalable; en conséquence, les Américains s'emparèrent le 10 juin de trois forts dans l'île de Kanghoa, où ils perdirent l'un de leurs meilleurs officiers, le lieutenant Mckee; L'amiral Rodgers n'avait pas d'instructions qui lui permissent d'aller au delà; il ne pouvait prendre Séoul, il revint donc vers Tche-feu, où il arriva le 5 juillet. 

Ce que n'avaient pu faire ni les Français, ni les Américains, les Japonais l'entreprirent avec succès le 20 septembre 1875, le bâtiment de guerre l'Unyokuwan fut reçu à coups de canon, pendant qu'il se livrait à des travaux hydrographiques dans les eaux coréennes; le succès qu'ils avaient déjà remporté contre la Chine, devant Formose (Taiwan), rendait les Japonais redoutables; ils forcèrent les Coréens à signer à Kokwa un traité le 26 juillet 1876. Ce traité, au point de vue international, a une importance considérable, car, ainsi que les traités de la Birmanie et de l'Annam, il a été conclu sans l'intervention de la Chine, pays soi-disant suzerain. Une nouvelle convention fut conclue le 30 août 1882 entre le Japon et la Corée, et ratifiée le 30 septembre de la même année. Le Japon, représenté, à Séoul depuis 1877, par un ministre résident, obtenait tour à tour l'ouverture des ports de Fou-san (1879) de Yuen-san (1880) et de Tche-moul-po (1882). L'exemple du Japon était suivi par les différents peuples étrangers : États-Unis, 22 mai 1882, par le commodore Schufeldt; Grande-Bretagne, 6 juin 1882, par l'amiral Willes; Allemagne, 30 juin 1882, par von Brandt; Italie, la 26 juin 1884; Russie, 7 juillet 1884. De nouveaux traités furent signés par la Grande Bretagne, représentée par sir Harry Parkes, et l'Allemagne, représentée par Zappe, le 26 novembre 1883. La France (1886), l'Autriche (1892) et la Belgique (1901) suivirent.

Le XXe siècle.
Mais aucune de ces manoeuvres n'empêcha, comme on l'a dit plus haut, le Japon d'imposer durement sa domination sur le pays quelques années plus tard, avec l'annexion officialisée le 29 août 1910. Malgré la forte résistance des Coréens, le Japon s'est maintenu ainsi jusqu'à sa capitulation au lendemain de la seconde guerre mondiale (1945). Avant même cela, lors de la conférence de Yalta, les vainqueurs, Soviétiques et Américains, partagèrent le pays en deux zones d'influence, limitées par le 38e parallèle. La Corée subit ainsi de plein fouet la logique de la Guerre Froide. Une offensive, lancée par la Corée du Nord le 25 juin 1950, enclenchera la « Guerre de Corée », qui se termine en 1953 sur un satu quo et la persistance de dictatures tant au Nord qu'au Sud. La Corée du Sud se démocratisera à partir de 1987, alors que la Corée du Nord, malgré la disparition de l'Union soviétique en 1991, et son émancipation, reste sous la coupe d'un régime autoritaire.(H. Cordier / M. Courant / A. Thomas).


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