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| Doctrine initialement
prêchée en Inde Les livres de la collection népalaise se divisent en trois classes : les Sûtras simples, représentant le bouddhisme primitif ou du moins cette doctrine telle qu'elle fut arrêtée dans le 3e concile; les Sûtras développés, contenant les mêmes récits, mais entourés de beaucoup de circonstances merveilleuses et singulières, témoignant, en outre, par la langue dans laquelle ils sont écrits, que leur composition est d'une date plus récente; les Tantras, d'une rédaction moderne, remplis de formules magiques, contrairement à l'esprit du bouddhisme primitif, et offrant à chaque pas l'alliance de cette religion avec les cultes de Vishnu et de Shiva. C'est donc dans les Sûtras simples qu'il faut chercher la véritable doctrine du Bouddha. D'après ces livres, l'Inde, au commencement du VIe siècle av. J.-C., était divisée en un grand nombre de petits États indépendants; les guerres d'État à État, causant le ravage des champs et des villes, la misère et la ruine des familles, étaient la condition ordinaire des peuples; pour se soutenir sur le trône avec un éclat qui imposât le respect, avec des ressources pécuniaires propres à entretenir des armées, le plus souvent étrangères et stipendiées, les râjas étaient poussés non seulement à l'absolutisme, mais à la violence, au déni de justice, à l'intrigue, à la corruption des juges, en un mot, à cette absence de sécurité, le plus grand vice des sociétés orientales. La religion n'était un refuge que pour la caste privilégiée des brahmanes; des autres castes, l'une trouvait dans la guerre et dans les alliances royales deux moyens de s'enrichir et d'opprimer le peuple, et les autres, vivant de leur commerce, ne participant que fort peu aux biens de l'esprit, étaient une proie offerte à l'avidité des castes supérieures. Delà pour ces dernières un extrême relâchement des moeurs, pour les autres une vie pleine de déceptions, d'amertume, de désespoir. L'Inde, du reste, était parvenue à une civilisation avancée par ses oeuvres littéraires qu'elle avait produites et par le développement de son commerce et de son industrie le luxe avait passé des classes élevées dans les rangs inférieurs de la population libre luxe auquel la constitution des castes n'était nullement défavorable. Mais l'extérieur de la richesse ne rendant les hommes ni meilleurs ni plus heureux, les dernières de ces castes n'étaient pas moins livrées à la misère et au vice. Le Brahmanisme,
dont les hautes doctrines ne descendaient jamais dans les castes inférieures
des marchands, des laboureurs et des esclaves, ne leur offrait aucune consolation,
aucun refuge; au contraire, par la doctrine des existences successives,
admise par toutes les écoles spiritualistes de l'Inde, il leur présentait
la sévère perspective de retours sans fin dans une vie où
la malheur était leur lot principal. En effet, la plus belle de
ces théories brahmaniques, celle qui est exposée dans la
Bhagavad-gîtâ Soustraire le genre humain à cette
loi fatale de la transmigration, à ces résurrections incomplètes
qui n'étaient que des retours variés à des misères
sans cesse les mêmes; appeler à un commun et semblable avenir
toutes les castes, tous les peuples, et dans chacun d'eux tous les hommes,
telle fut l'oeuvre entreprise, par le bouddhisme. II fallut donc tout d'abord
opposer la pratique à la théorie, mais non à la manière
des écoles brahmaniques, pour qui la pratique ne pouvait être
bonne que si elle reposait sur une théorie parfaite et bien comprise
par le bouddhisme la vertu fut en quelque sorte substituée à
la science, par cette déclaration expresse, que la vertu réside
dans la pratique du bien, qu'elle est la même pour tous en théorie,
qu'elle se diversifie selon la condition de chaque homme et les circonstances
où il est placé; indépendante de la pauvreté
ou de la richesse, de la puissance ou de l'esclavage, de la peine ou du
plaisir, elle l'est encore de la science et de l'ignorance, au moins quant
à la pratique de la vie et à la préparation du salut.
Toutefois, en proclamant ainsi que tous les hommes sont égaux devant
la loi morale Le bouddhisme ne s'est pas donné dès l'abord comme un ennemi du brahmanisme : le Bouddha ne se présentait que comme un réformateur, ou plutôt comme un restaurateur des croyances brahmaniques. II admet les dieux du panthéon indien; il parle d'eux avec respect et comme d'êtres supérieurs dont il ne conteste en rien la réalité; ces déités, sortes d'anges ou de génies qui, pour les brahmanes, étaient bien inférieurs au dieu unique Brahma, le Bouddha les connaît et les adjure en mainte circonstance; elles reconnaissent elles-mêmes la sublimité de sa vertu et de sa science, et viennent lui en rendre hommage. Mais, avec le temps, les nouvelles doctrines se développant furent en hostilité avec l'ancienne croyance, et la lutte devint violente entre deux religions prêchant également la mansuétude. Jamais, toutefois, le Bouddha ne s'est donné pour un dieu, même incarné; et, s'il est vrai que, dans certaines doctrines bouddhiques presque hétérodoxes, le fondateur de la nouvelle religion soit divinisé, l'immense majorité des bouddhistes ne lui rendent qu'un culte honorifique, sans mélange de sacrifice ni d'adoration. L'image du Bouddha que l'on conserve dans un grand nombre d'édifices sacrés de l'Orient n'est pas une idole; c'est le portrait, prétendu authentique, de Çâkya-muni, que la piété des fidèles entoure de souvenirs tout humains. Quel est donc le dieu des bouddhistes? Déjà les brahmanes s'appuyant sur le Véda, avaient conçu les êtres qui composent l'univers comme consubstantiels, sans leur ôter toutefois leur personnalité, si ce n'est à la fin des temps; classés dans une immense hiérarchie., ils avaient au-dessus d'eux l'être absolu et impersonnel qui, dans son inaction primordiale, était le lien métaphysique et le principe d'unité pour l'univers : c'est Brahma. Le bouddhisme adoptait cette échelle des êtres. Il fit plus: il ajouta de nouveaux degrés au panthéon brahmanique, systématisant plus fortement encore cet ensemble déjà bien systématique; dans les degrés supérieurs des esprits célestes sont placés des êtres en qui dominent la pureté et la lumière, figures de la vertu et de la science; les déités brahmaniques, pleines de désirs et de passions, comme celles des Grecs, sont fort au-dessous de ces êtres parfaits dont la vie est toute de contemplation et tout immaculée. Au-dessus d'eux y a-t-il quelque chose d'analogue au Brahma impersonnel des temps antérieurs? Les Sûtras ne le nient pas; ils ne l'affirment pas non plus. La doctrine bouddhique a donc flotté indécise sur la question de l'unité primitive, question de théorie pure, qui n'intéresse guère la pratique; et si elle a mis, au-dessus des dieux brahmaniques, des degrés nouveaux dans sa hiérarchie des êtres, c'est qu'elle n'a pas trouvé dans ces dieux de désir, comme elle les appelle, des types suffisamment purs de la vertu et de la science. La question que nous avons posée ne peut pas se résoudre, dans une religion panthéiste, comme elle se résout chez les peuples occidentaux. Dégager de toute imperfection terrestre les êtres personnels, c'est le plus qu'une telle religion puisse faire; et elle ne peut s'expliquer touchant l'unité absolue, sans prêter à la controverse, perdre son autorité et sortir de sa voie. Aussi le bouddhisme primitif n'a-t-il pas de doctrine arrêtée sur ce point. Comment cette religion résout-elle la question de la vie future et de la destinée de l'homme? L'immortalité de l'âme ne peut pas être entendue dans les religions indiennes, c.-à-d. panthéistes, comme elle l'est chez nous. En effet, la personnalité humaine, le moi est conçu, dans les doctrines occidentales, comme caractérisant un être individuel dont la substance est non seulement distincte, mais séparée de celle des autres êtres, avec qui elle ne peut jamais s'identifier. La contemplation divine est promise aux justes comme une suite naturelle de leur identité, contemplation face à face, qui ne peut à aucun titre devenir une absorption de leur être dans l'être divin. Supposez que la conscience humaine ne soit pas reçue pour un témoin suffisant de l'identité de la substance, et que son autorité soit limitée aux seuls phénomènes internes qu'en effet elle nous révèle : la substance perd aussitôt son individualité; ou du moins rien ne peut plus l'établir, pas même le principe absolu de la raison, aussi bien applicable à la substance unique et infinie des panthéistes qu'à la multiplicité des substances des Occidentaux. Ainsi donc, l'âme étant conçue comme une manifestation passagère de la substance infinie, son immortalité n'est pas celle d'une substance individuelle et bornée : l'être individuel n'a d'existence que dans ses relations avec les autres êtres; et comme ces derniers n'ont pas dans leur fond plus de consistance que lui, il ne dure qu'autant que durent ces relations elles-mêmes; si elles se suppriment pour quelque cause que ce soit, l'âme est nécessairement anéantie. Ce principe métaphysique du bouddhisme a été récemment confondu avec le point de départ de l'épicurisme dont il diffère profondément; et l'on en a tiré cette conséquence, que le Bouddha était un disciple des sectes matérialistes et athées, conséquence inadmissible pour qui sait ce que c'est que le panthéisme. Les relations de l'être humain avec
les objets enchaînent l'âme dans les liens de la matière,
et la privent à la fois de sa science en l'éblouissant par
leurs apparitions fantastiques et mensongères, et de sa vertu en
lui inspirant les désirs nés du contact et du plaisir des
sens. Au contraire, par la pratique des six vertus transcendantes que nous
avons énumérées, vertus qui constituent l'essence
religieuse du bouddhisme, l'homme prépare et accomplit par degrés
son affranchissement; s'il n'a pu l'achever dans la vie présente,
il tenait, selon son mérite, dans une vie déjà meilleure,
et, parvenu enfin, à force de vertu et de science, à se délivrer
de la folie du monde, il échappe à la dernière relation
qui l'attachait encore à la vie, et entre dans le Nirvâna.
Cet état final, duquel on ne revient plus, est-il un anéantissement
absolu? Les diverses écoles bouddhiques n'ont pas résolu
cette question d'une manière uniforme : mais, certainement, les
plus anciens livres orthodoxes donnent le nirvâna comme la destruction
de toutes les conditions de l'existence; et comme la personnalité
est une de ces conditions, tout nous porte à croire que le bouddhisme
orthodoxe l'a considéré aussi comme une de ces illusions
qui nous enchaînent à la loi de transmigration, et qu'il en
a présenté la destruction comme le terme désirable
de la vertu et de la science.
L'Assemblée, composée de tous les hommes, égaux entre eux parce qu'ils sont tous nés de la même manière et aptes au même enseignement, n'a d'autre lien que la Loi; et la Loi elle-même est enseignée par le Bouddha. Ces trois mots : le Bouddha, la Loi, l'Assemblée, sont comme les termes sacramentels de cette religion. L'Assemblée des fidèles, où sont réunis sur le pied d'égalité tous les sexes, tous les âges, toutes les conditions, comprend des docteurs qui enseignent et un peuple qui écoute; les prédications, dont Çakya-muni avait donné le modèle, procèdent par légendes et paraboles, et, en élevant parfois très haut les intelligences, se terminent par des conclusions morales et pratiques. L'Assemblée réunit des hommes de toutes conditions; néanmoins le bouddhisme n'abolit pas l'institution politique des castes : car, à Ceylan, les castes sont florissantes au sein de cette religion. Mais la caste sacerdotale des brahmanes était, sans contredit„ compromise par la vulgarisation bouddhique de la Loi; or, la caste, se recrutant dans ses propres rangs, a pour auxiliaire indispensable le mariage; à Ceylan, pour conserver l'égalité religieuse des castes, les bouddhistes ont à la fois ouvert à toutes le sacerdoce et institué le célibat des prêtres. Le culte bouddhique est le plus simple
de tous les cultes, et sa simplicité même lui a permis de
se répandre dans de vastes contrées : il ne contient de sacrifices
d'aucune sorte. Le temple bouddhique, stûpa, rappelle le vase où
furent enfermées les reliques
du maître; il est destiné, soit à en protéger
quelque fragment, soit à contenir son image, devant laquelle on
vient déposer une offrande commémorative. Ce culte est tout
honorifique, et; dans son essence primitive, exclut toute pratique superstitieuse.
Au contraire, le culte des Dêvas, dans le brahmanisme; s'ouvrait
à toutes les folies que l'anthropomorphisme et le naturalisme peuvent
engendrer. Toutefois, dans les temps postérieurs, le bouddhisme
fit des concessions aux imaginations populaires, contracta des alliances
avec les cultes des dieux, et ouvrit la porte aux superstitions. Par ces
accommodements, la religion du Bouddha : se trouva dénaturée
et détournée de son but; car le culte extérieur, le
sacrifice, que le Bouddha avait déclaré inférieur
à la morale, reprit le dessus, et les vertus nouvelles que cette
religion avait introduites dans l'Asie furent de nouveau subordonnées
à des pratiques plus voisines de l'impiété que de
la religion. Cependant, cette transformation du culte bouddhique fut loin
d'être générale en Orient; certains pays s'y laissèrent
entraîner plus que d'autres : c'est ce que l'on remarque au Tibet En résumé, le bouddhisme, donné par son fondateur comme une réforme du brahmanisme, et appuyé par lui sur des prédications morales, sur sa vertu personnelle, sa science et ses miracles, avait pour conséquences des changements profonds dans les idées, les moeurs et les habitudes de l'Orient. II en modifiait l'état social, en prêchant l'égalité des hommes, et en instituant une loi commune, un culte universel en opposition avec les cultes naturalistes auxquels l'Asie était livrée. II modifiait les moeurs et adoucissait singulièrement les relations sociales des hommes, par cette charité universelle qu'il apportait le premier dans le monde asiatique, charité fondée, non sur une sensibilité variable et incertaine, mais sur l'idée même du devoir et sur cette pensée que le bien fait aux autres et le salut qu'on leur procure ne nous sont pas moins commandés que notre propre salut. Il modifiait, en particulier, la loi religieuse de l'Inde, en proposant aux hommes un nouveau moyen d'échapper à la loi de la transmigration, moyen praticable pour tout le monde, et non plus seulement pour les plus savants d'entre les brahmanes; la loi se trouvait ainsi vulgarisée et arrachée à la caste qui en avait le dépôt. Quant à l'état politique, dont toutes les parties reposaient sur la division des castes, le bouddhisme ne le renversait pas, mais il l'attaquait pour ainsi dire par la tête : car admettre, comme à Ceylan, des prêtres sortis des derniers rangs du peuple, et surtout les astreindre au célibat, c'était détruire et dans son essence religieuse et dans sa source naturelle la caste dominante des brahmanes. Cette dernière conséquence ne fut pas d'abord aperçue par les peuples de l'Inde, et l'on vit se ranger autour de Çâkya-muni non seulement des hommes de caste inférieure, mais des Xatriyas et des Brahmanes. La lutte des deux religions ne commença que plus tard, lorsque la loi nouvelle était déjà acceptée sur tous les points de la presqu'île cette lutte dura longtemps, puisque le bouddhisme ne fut définitivement expulsé de l'Inde qu'au Ve siècle de notre ère. Les Djaïnas forment aujourd'hui dans cette contrée une secte qui, par plusieurs fils, se rattache à la religion du Bouddha. Le bouddhisme, prêché d'abord dans l'Inde centrale par son fondateur, le prince Siddârtha, fils de Cruddhôdhana, roi de Kapilavastu, issu de la lignée solaire d'Ixwaku, prit ce nom du titre de bouddha, donné généralement à ce sage, qui, lui-même, s'était nommé Çâkya-muni ou Solitaire de la famille des Çâkyas. Retiré du monde à 29 ans, il passa dans la solitude plusieurs années où il se livra à l'abstinence et à la méditation. Revenu dans la société des hommes, il prêcha sa nouvelle doctrine dans les cités et les campagnes, où le suivait une grande foule de peuple. A sa mort, ses disciples, apôtres de ses idées, recueillirent, pour les rédiger, les actions et les événements de sa vie, ainsi que ses discours et ses enseignements; puis ils convoquèrent une assemblée de 500 religieux, qui siégèrent à Râjagriha et formèrent le premier concile bouddhique. Les principaux traits du bouddhisme furent arrêtés dans cette réunion; mais les points secondaires ne l'ayant pas été d'une manière définitive, on vit naître un grand nombre de doctrines divergentes, s'appuyant sur des récits et sur des livres imparfaitement autorisés. Pour rendre à la religion nouvelle l'unité qu'elle perdait de jour en jour, le plus ardent propagateur du bouddhisme dans l'Inde, le roi de Pâtaliputra (Palibothra des Grecs), le grand Açôka, réunit le 2e concile, composé de 700 religieux; l'Assemblée siégea en l'année 110 après la mort du Bouddha; elle fixa le dogme relativement aux premiers développements de la loi nouvelle, et dressa la liste des livres canoniques. Enfin, 18 sectes s'étant formées encore dans le bouddhisme indien, un 3e concile dut se réunir, environ 400 ans après la mort de Çâkya-muni, pour examiner leurs doctrines, les mettre d'accord, et fixer pour toujours le dogme sur tous les points. Ce fut le dernier concile bouddhique; tous trois sont antérieurs à l'ère chrétienne. La persécution des bouddhistes dans
l'Inde ne contribua pas moins que leur esprit de propagande à répandre
leur foi hors de la presqu'île. On peut attribuer à cette
lutte d'extermination qui les chassa de leur pays la conversion définitive
du Tibet Au temps où le Bouddha prêchait
sa doctrine dans les vallées gangétiques, un grand mouvement
d'idées s'opérait dans tout le monde antique; la guerre des
Perses, autant religieuse que politique, ouvrait l'Asie aux Hellènes,
et les triomphes de Salamine
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.