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Giorgio Barbarelli,
surnommé Il Giorgione est un peintre
italien, né à Castelfranco,
entre Trévise et Venise, en 1478,
mort en 1511. Il est peu d'artistes plus célèbres et plus
mal connus. Cependant ce qui nous est rapporté suffit à donner
l'impression de cette nature ardente, et de cette vie si courte, mais si
pleinement remplie par l'art et par l'amour. Fils naturel, à ce
qu'on dit, d'une paysanne et d'un patricien de la famille Barbarelli, il
fut élevé au milieu des paysages les plus riches et les plus
majestueux, près de la cour élégante et épicurienne
de Catarina Cornaro, la reine de Chypre
détrônée. Parvenu à l'âge d'homme, il
entra dans l'atelier de Giovanni Bellini, où
il eut pour condisciple Titien, dont il devait
ensuite devenir le second maître. A Venise il fut célèbre,
non seulement par son génie précoce, mais par sa beauté,
sa force, sa distinction et son élégance, qui lui valurent
ce surnom de Giorgione, le beau Giorgio. Comme Léonard
et Benvenuto, il fut un musicien admirable. Fidèle à une
femme très belle qu'il ne voulut jamais épouser, il mourut
jeune et, si l'on en croit la légende, il mourut d'amour; car, ayant
voulu déposer un dernier baiser sur les lèvres de sa maîtresse
morte de la peste, il fut emporté
par la contagion.
Giorgione laissait des oeuvres très
admirées, rivales des plus beaux Titien,
dont beaucoup sont perdues, ou se confondent encore dans la foule des toiles
anonymes. D'abord, il avait peint des fresques,
ou plutôt des peintures à l'huile
sur le mur, au palais Soranzo, sur la place San Paolo, au palais Andrea
Loredano (plus tard palais Grimani), à la Casa Flangini (près
de Santa Maria Giobenico); toutes ces oeuvres exécutées par
un procédé malheureusement éphémère,
avaient déjà disparu au temps de Vasari,
en 1544. Giorgione avait aussi décoré de figures équestres
et d'allégories une des façades du Fondaco de' Tedeschi,
bâti en 1508 par Fra Giocondo; Titien avait été chargé
en même temps de peindre l'autre façade : de l'oeuvre des
deux peintres il ne reste plus que des vestiges informes. Parmi les tableaux
de chevalet, il est au moins possible de distinguer quelques oeuvres certaines,
qui permettent de suivre Giorgione dans le développement de sa manière.
Les deux plus anciennes sont Moïse
enfant soumis à l'épreuve du feu et le Jugement de
Salomon
au musée des Offices, provenant toutes deux du palais de Poggio
Imperiale. Les figures, de proportions très longues, sont mal groupées
et insignifiantes; mais tout le fond est rempli par un paysage
admirable, inspiré de Bellini; la couleur
riche et profonde, d'une pâte polie et comme émaillée,
rappelle Antonello. Un grand progrès se montre dans le seul tableau
dont l'authenticité soit garantie par un texte : c'est la Vierge
et l'Enfant entre saint François et saint Libéral dans
l'église de Castelfranco (demi-figures),
donné en 1504 par l'artiste à sa ville natale : Donazione
di Messer Giorgio, dipintore, comme porte le registre paroissial.
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L'Adoration
des Bergers,
par Giorgione.
L'influence de Léonard
de Vinci, très sensible dans le modelé du tableau
de Castelfranco, achève d'assouplir le talent du peintre; en même
temps, sa couleur devient de plus en plus
riche et dorée, en perdant son poli métallique dans les tableaux
suivants : les Astrologues
chaldéens (Belvédère de Vienne), qui étaient
en 1535 dans la collection du Vénitien Taddeo
Contarini; le Jugement de Salomon ,
à Kingston-Lacy, autrefois admiré par Byron
à Bologne ;
le
Portement de Croix de l'église
Saint-Roch, à Venise, que Vasari
avait, à première vue, pris pour un Titien;
le Concert, du Louvre, qui a fait partie
de la collection de Charles ler, et a été
acheté de Jabach.
Mais les oeuvres capitales, celles qui
nous montrent l'artiste dans sa pleine maturité, sont deux toiles
de dimensions médiocres, conservées l'une au palais Giovanelli
(Venise), l'autre au palais Pitti (Florence). La première est appelée
depuis longtemps la Famille de Giorgione, et si l'on considère
la tendresse avec laquelle l'oeuvre est peinte, la paix et le bonheur qu'elle
respire, il semble en effet probable qu'elle représente l'artiste
avec sa maîtresse presque nue allaitant son fils : le paysage
éclairé au fond par le soleil couchant qui laisse les premiers
plans dans la pénombre, parait bien être l'admirable vallée
de Castelfranco, traversée par
le Musone. L'autre tableau est le Concert, du palais Pitti : un
moine jouant du clavecin entre deux jeunes gens; l'artiste a mis dans l'expression
extatique des visages toute son âme de musicien. Si l'on ajoute les
portraits d'un Chevalier
de Malte
(Offices) et d'un Homme à longue chevelure noire (galerie de Rovigo),
on aura épuisé la liste des oeuvres certaines on probables.
D'après cet ensemble, il est facile
d'analyser le génie de Giorgione et de se rendre compte de son influence.
C'est avant tout un Vénitien
épris de la couleur et amoureux de
la nature. Il n'a aucun souci de la composition,
aucune force dramatique, mais une intensité et une profondeur admirables
dans l'expression des visages; de même il n'a que peu d'idées
et peu de sentiment religieux, mais il est riche en sensations voluptueuses
de la beauté féminine, de la grâce virile, de la splendeur
de la nature.
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La
Tempête, par Giorgione.
Pour la couleur, pour le paysage,
pour le portrait même, Giorgione est
le maître direct de Titien; il a eu encore
comme élèves Morto da Feltre, Sebastiano
del Piombo, Giovanni da Udine, Francesco Torbido; et pendant longtemps
sa tradition a dominé toute une école, celle de Pordenone,
des Pellegrino, des Cariano, des Pâris Bordone,
des Lotto, dont les anciens historiens d'art, Boschini ou Ridolfi, ont
mis instinctivement les oeuvres sous le nom du maître. Parmi ces
faux Giorgione, il en est qui remontent sûrement à des types
originaux : ainsi la
Sibylle ,
dont il existe des variantes à l'école communale de Pavie,
à la Pinacothèque de Munich, dans la collection Sorio à
Marostica Un Chevalier dont un page attache l'armure, dont
on voit cinq ou six répliques au Belvédère de Vienne,
à la Casa Alfieri, Turin, etc.; David
tenant la tête de Goliath .
Il en est qui n'ont aucun rapport avec
Giorgione, comme la célèbre Mise au Tombeau conservée
au Mont-de-Piété de Trévise, qui est sous l'inspiration
immédiate du Corrège, et la célèbre
Tempête
de l'Académie de Venise, attribuée par
Vasari
à Palma Vecchio. Enfin toute une série d'oeuvres continuent
souvent avec éclat la tradition du maître, et ne font pas
tort à son nom; telles sont la Sainte Famille au Donateur
(Louvre), peut-être par Pellegrina da San Danièle; Hérodias
avec la tête de saint Jean-Baptiste (Palàs Doria), par
Pâris
Bordone (?); la Rencontre de Jacob et de Rachel (Dresde), avec
l'inscription obscure G. B. F.; le prétendu Gattamelata et
son écuyer (Offices), l'Horoscope
d'un Enfant (palais Giovanelli à Venise);
Un Jeune Homme
égorgé par un sbire (Belvédère à
Vienne), attribué à Cariani. Il y eut à Brescia
toute une école de ces imitateurs de Giorgione : Romanino, Moretto,
Savoldo, etc. (E. Bertaux). |
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