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Auguste
s'occupa sans relâche à pacifier toutes les provinces dont
il revendiquait la responsabilité immédiate, à compléter
l'oeuvre de la conquête romaine ,
laissée imparfaite par la République, à faire de l'empire
un tout homogène et équilibré. Voyons comment il réussit.
Les
guerres
L'Espagne.
A l'extrême occident il fallait
achever la soumission de l'Espagne ,
dont les peuples du nord (Astures, Cantabres) étaient à demi
indépendants. En 29, une première expédition fut faite
dans le pays par T. Statilius Taurus. En 26, Auguste
se rendit en personne au delà des Pyrénées : mais,
tombé malade à Tarragone, il abandonna la direction de la
guerre à Agrippa : les Romains ne vinrent
à bout des montagnards qu'après de longues expéditions,
des sièges pénibles, comme ceux de Bergida et d'Aracelium.
En 25, P. Carisius guerroya contre les Cantabres. Auguste essayait de commencer
la pacification du pays en fondant des colonies destinées à
une grande célébrité, Caesarea Augusta (Saragosse ),
Augusta Emerita (Merida). Il crut pouvoir quitter alors l'Espagne (25),
mais la guerre continue les années suivantes, tantôt sourdement,
tantôt, comme en 22, d'une façon sanglante. En 20, tout est
à recommencer : il fallut envoyer de nouveau dans le pays Agrippa,
qui ne vint à bout des montagnards qu'en procédant à
une extermination en règle. Il y eut encore des révoltes
en l'an 16 : mais dès lors toute la péninsule était
romaine et la prospérité dont avait joui jusque-là
la Bétique
sous la domination latine gagna rapidement le Nord-Ouest et la haute vallée
de l'Ebre.
La Gaule.
En Gaule ,
il y eut moins à faire : César n'avait
de ce côté laissé place à aucune besogne pour
son successeur. Çà et là, il fallut réprimer
quelques révoltes, par exemple celle des Aquitains
en 38, qui fut d'ailleurs peu de chose et dont Agrippa
eut vite raison, celle des Morini (Artois ),
en 29, des Trévires la même année, peut-être
une autre des Aquitains en 28. Mais dans l'ensemble, la Gaule était
soumise, pacifiée, gagnée même à la civilisation
latine, et l'oeuvre d'Auguste dans ce pays a
été surtout une oeuvre d'organisation et d'administration,
- peut-être un peu étroite et tracassière. Agrippa
a été son principal collaborateur dans cette oeuvre, dont
les deux points principaux furent la construction de grandes routes et
l'établissement dans la colonie romaine de Lugdunum (Lyon )
du centre politique et religieux de la Gaule.
L'an 12 avant notre ère, Drusus
inaugura au confluent du Rhône et de la Saône un autel
consacré à Rome et à Auguste,
ROMAE ET AVGVSTO, qui devint dès lors pour ainsi dire le foyer de
la Gaule ,
et devant lequel se réunirent désormais chaque année
les délégués des soixante-quatre cités de la
Gaule, sacerdotes Romae et Auqusti, pour adorer l'Empereur-Vénérable
et la Déesse-Rome.
L'administration municipale de la Gaule
est en partie l'oeuvre d'Auguste, quoique en
somme il soit probable qu'il ait eu moins à changer qu'on ne croit,
et qu'il ait également laissé beaucoup à faire pour
cela à Tibère et à Claude.
Il s'occupa surtout, semble-t-il, de la Gaule du Sud-Est, qu'on commençait
à appeler, du nom de sa capitale, Gaule Narbonnaise .
Aux colonies d'Arles
et de Narbonne ,
il ajouta celles d'Aix ,
de Fréjus, de Nîmes, beaucoup d'autres encore, qui reçurent
le droit latin ou la cité romaine, si bien qu'à la fin, du
règne d'Auguste, la Narbonnaise était aussi romaine
que le Nord de l'Italie .
Il envoya à Nîmes, notamment, une colonie de soldats égyptiens ,
qui apportèrent dans la ville leurs usages, leurs lois, et jusqu'au
souvenir du crocodile
et du palmier de leur pays natal (
les monnaies nîmoises, COL NEM, d'Auguste).
-
Monnaies
de Nîmes frappées sous Auguste (bronze).
Auguste semble
avoir plus fait d'ailleurs indirectement que directement pour la Gaule ,
et les services qu'il rendit au pays résultent moins de son administration
que de ses guerres. Le grand bienfait que la Gaule lui doit c'est la pacification
de sa frontière, au Sud-Est du côté des Alpes, et au
Nord-Est. du côté du Rhin.
En 25, se place la soumission de la peuplade
alpestre des Salasses. En 15, Drusus et Tibère,
par une double vigoureuse campagne dans le Tyrol
et la haute vallée du Rhin, donnent à l'empire romain
un nouveau pays, dont on formera la province de Rhétie
et où s'élèveront bientôt les villes de Augusta
Vindelicorum (Augsbourg )
et Augusta Rauricorum (Augst). En l'an 14, la conquête des Alpes
maritimes acheva la pacification de la grande chaîne de montagnes,
et, peu après, un trophée élevé à l'extrémité
méridionale des Alpes (tropaea Augusti), sur le rocher de
la Turbie près de Monaco ,
consacra l'annexion définitive de tous les monts et de toutes les
vallées, depuis le golfe de Gênes jusqu'au fond de l'Adriatique.
La Germanie et
l'Europe centrale.
Les guerres furent plus longues et plus
périlleuses contre les Germains sur les bords du Rhin : le mérite
principal des conquêtes et des victoires est dû à Drusus,
frère cadet de Tibère. En l'an 12,
il refoula définitivement les Germains au delà du fleuve,
les suivit et procéda à la conquête régulière
de la rive droite. Les Bataves et les Frisons furent soumis, un canal fut
creusé à travers leur pays, du Rhin au Zuiderzee (canal de
Drusus). Drusus voulut créer une province de Germanie en plein pays
barbare, entre le Rhin et l'Elbe : en l'an 11, il pénètre
jusqu'au Teutoburgerwald, jusqu'au Weser. En l'an 10, il refait la même
campagne; en l'an 9, il atteint l'Elbe et la Saale, et peut-être
allait pousser plus loin encore lorsqu'il mourut. La continuation de son
oeuvre fut confiée à son frère Tibère qui,
en l'an 8 et en l'an 7, parcourait la Germanie en tous sens, sans rencontrer
de résistance. Il sembla qu'une nouvelle province venait d'être
définitivement enlevée par l'empire sur les Barbares : des
camps s'élevèrent, des flottes sillonnèrent l'Elbe,
le Weser et la mer du Nord, et Auguste put écrire
que Rome
avait pénétré sous son règne aux confins du
monde :
qua
neque terra neque mari quisquam Romanus ante id tempus adit.
Pendant une douzaine d'années, on fut
tranquille de ce côté : Auguste
en profita pour achever la conquête des vallées de la Drave
et de la Save, et pour atteindre le moyen Danube. On y arriva l'an
5 après notre ère, à Carnuntum. Cette année,
l'empire romain
voyait donc ses limites prodigieusement reculées, jusqu'à
l'Elbe, jusqu'au Danube, à cent lieues de la Gaule
et de l'Italie
: ce fut l'apogée de la gloire militaire et de l'extension romaine
sous Auguste. Mais les revers arrivèrent vite, plus rapides, plus
terribles qu'on ne pouvait le croire.
Deux royaumes se formaient dans l'ombre,
au delà du Danube et du Weser. L'an 6 de notre ère, Maroboduus
(Marbod), roi des Marcomans (dans le quadrilatère de Bohème ),
après avoir soumis les nations voisines, après avoir réuni
70000 fantassins et 4000 cavaliers, se trouvait être le plus puissant
adversaire des Romains ,
menaçant à la fois, de son carré de montagnes, la
vallée de l'Elbe et la vallée du Danube. Les Romains voulurent
en avoir raison : deux armées, l'une venant par le Main, l'autre
par le Danube, fortes ensemble de douze légions, allaient se réunir
pour marcher contre Marbod. A ce moment, derrière les légions
romaines perdues en pays barbare, toutes les provinces frontières
du centre de l'empire se soulevèrent. Il fallut traiter avec Marbod,
à conditions égales, et recommencer à nouveau la conquête.
200 000 hommes étaient révoltés. L'effroi fut grand,
à Rome même, mais Tibère sauva
la situation.
«
Il se chargea de cette nouvelle guerre, dit Suétone,
qui, depuis la guerre punique ,
fut la plus terrible de toutes les guerres antérieures. Il la fit
pendant trois ans (6-9), avec quinze légions et un pareil nombre
de troupes alliées, au milieu de difficultés de toute espèce,
et malgré la disette absolue de grains. »
Après trois années de campagnes
pénibles, incessantes, compliquées (dont le meilleur récit
se trouve chez l'historien Velleius Paterculus,
qui servit sous Tibère), tout le pays entre
l'Adriatique et le Danube, dévasté, dépeuplé,
désolé, fut soumis de nouveau et définitivement à
la loi romaine
: mais il fallut renoncer à franchir le Danube et à aller
attaquer Marbod.
Au Nord-Est, on se trouva en face d'autres
désastres, tout autrement irréparables. La province de Germanie
transrhénane était commandée par P.
Quintilius Varus, qui s'appliquait à la romaniser avec la dernière
âpreté (libido ac superbia, dit Florus). Il est probable,
cependant, qu'Auguste et les historiens romains
ont à dessein terni la mémoire de Varus comme pour se justifier
du désastre. Varus ne fit pas autre chose que ce qui était
légal et ordinaire lors de l'organisation d'une province.
«
Il osa, dit Florus, réunir des cours de justice; il rendait la justice
dans son camp, comme s'il pouvait, par la voix du héraut et les
verges du licteur, réprimer la violence naturelle aux barbares ».
Mais aucun gouverneur ne procédait
autrement; Varus a dû payer aux yeux de la
postérité son malheur et peut-être les ordres imprudents
d'Auguste. Une conjuration de princes et de peuples
allemands se formait sous la direction de Hermann
(Gaïus Julius Arminius), prince des Chérusques. Dans une marche
pénible et aventureuse vers l'Est, Varus fut brusquement enveloppé
par Arminius et ses hommes, eut ses trois légions massacrées
(XVII, XVIII, XIX), et se donna la mort (dans le Teutoburgerwald, dans
les marais de Vienne, d'après Mommsen). 20 000 hommes périrent
(septembre de l'an 9).
«
Cette défaite, dit Suétone,
faillit être funeste à l'État. Il fallut disposer des
sentinelles dans Rome pour prévenir tout désordre, et confiner
dans leur poste les commandants des provinces, afin que leurs lumières
et leur expérience retinssent les alliés dans le devoir.
Auguste
consacra de grands jeux à Jupiter
pour le rétablissement des affaires de la République. On
dit même qu'il fut tellement consterné de ce désastre,
qu'il laissa croître sa barbe et ses cheveux plusieurs mois de suite,
et qu'il se frappait de temps en temps la tête contre la porte, en
s'écriant : « Quintilius Varus, rends-moi mes légions.»
L'anniversaire de cette défaite fut pour lui un jour de tristesse
et de deuil. »
Là encore, Tibère
sauva la situation. Dès la fin de l'an 9, il est en Germanie, guerroyant
sans relâche, mais se maintenant toujours sur la défensive.
«
On combattait plutôt pour effacer la honte du désastre de
Varus que pour l'agrandissement de l'empire ou les fruits de la victoire
», dit Tacite.
On ne s'éloigne guère désormais
du Rhin, jusqu'à la mort d'Auguste, et,
comme le fait remarquer justement Florus, cette défaite arrêta
l'empire romain
sur les rivages du Rhin. Il fallait renoncer à une province de Germanie
transrhénane.
Au Nord du monde grec ,
comme au Nord de l'Italie ,
la domination romaine
avait également atteint, sous le règne d'Auguste,
les bords du Danube. En 29 av. J.-C., M. Licinius
Crassus soumit la vallée du Ciabrus (Cibritza), battit les Bastarnes
en 28, et acheva la soumission de toute la vallée rive droite du
fleuve jusqu'à l'embouchure. Il fallut défendre maintes fois
la nouvelle conquête (province de Mésie )
contre les incursions des Daces
: mais enfin il n'y eut, de ce côté de l'empire, ni grandes
victoires, ni dangereuses révoltes.
L'Orient, l'Afrique.
Tandis qu'au centre du monde méditerranéen
la marche progressive des armes romaines
continuait, en Orient la politique d'Auguste
se maintint toujours strictement sur la défensive. Il est vrai qu'il
y avait de ce côté le souvenir du désastre d'Antoine
Auguste se comporta envers les Parthes
( L'Iran antique )
comme il donna l'ordre à Tibère
de se comporter envers les Germains après le désastre de
Varus.
Même de l'an 30 à l'an 20,
pendant les troubles intérieurs qui désolaient le royaume
des Parthes
et qui en faisaient une proie facile, Auguste
ne voulut pas intervenir militairement. Il ne s'engagea que l'an 20, et
seulement en Arménie ,
en faveur de son protégé Tigrane, contre le vassal des Parthes
Artaxias. Là encore il avait recouru à Tibère.
Mais Tibère n'eut pas une longue campagne à faire : même
avant l'arrivée des Romains ,
les Arméniens se soulevèrent, tuèrent Artaxias et
acceptèrent le roi Tigrane. Le roi des Parthes, Phraates, d'ailleurs
assez mal établi sur le trône et peu populaire, profita de
l'occasion pour traiter avec les Romains, et leur rendre les étendards
enlevés à Crassus et à Antoine.
On fit plus de bruit à Rome de ce retour des étendards que
d'une grande victoire. Les poètes le chantèrent, on en inscrivit
la mention sur les médailles, on y vit la réparation des
deux grands désastres, et le Sénat éleva un autel
« à la Fortune revenue », reduci fortunae. Toutes
ces démonstrations officielles n'étaient provoquées
que pour cacher un arrêt de la conquête romaine en Orient,
que pour déguiser le désir profond d'Auguste de ne pas pousser
en avant de ce côté. Il était certain que, dans toute
l'histoire extérieure de Rome, jamais une partie plus belle ne fut
faite aux armées de l'empire, si elles avaient voulu pénétrer
dans l'extrême Orient. La Parthie et l'Assyrie eussent été
au moins aussi faciles à conquérir que la Germanie transrhénane,
et étaient des conquêtes tout autrement utiles. Mais Auguste
ne le voulut pas, non par faiblesse ou crainte, mais par politique :
«
Je pouvais, dit-il, faire de l'Arménie
une province : j'ai préféré la donner à un
ami du peuple romain » (Mon. d'Ancyre ,
V, 24).
Et ce renoncement aux affaires de l'orient
alla si loin que, lorsque, après le départ de Tibère
et la mort de Tigrane, l'Arménie
fut reprise par l'influence des Parthes ,
Auguste
ne bougea pas : ce ne fut que l'an 1 av. J.-C. qu'il envoya dans le pays
son fils adoptif, Caïus César, pour l'exercer au commandement
et pour sauver, au moins en apparence, le prestige de la majesté
romaine. Il y eut quelques faits d'armes sans importance, à la suite
desquels l'Arménie fut donnée à Ariobarzane, fils
du roi des Mèdes ( L'Iran
antique ),
et la paix fut de nouveau conclue avec les Parthes. Mais les Romains
ne pouvaient être les maîtres qu'avec une armée, et
Auguste ne voulait la guerre à aucun prix. Les Parthes revinrent
en Arménie, reprirent l'autorité : Auguste dut y envoyer
un autre prétendant, Tigrane : l'anarchie fut seule maîtresse
en Orient. Auguste se vante, dans son Index, que les Parthes acceptèrent
peu après pour roi le candidat qu'il désigna, Vononès
: cela prouve qu'il eut pu faire mieux et plus pour la gloire du peuple
romain et la vengeance de Crassus et d'Antoine.
Mais il est probable que le sort des deux triumvirs resta toujours devant
ses yeux comme un conseil de s'abstenir. D'autres campagnes, aussi peu
importantes, mais plus intéressantes, furent entreprises par Auguste
dans le reste des provinces orientales. En l'an 25-24, Caïus
Aelius Gallus, préfet d'Égypte
(?) réunit dans l'isthme de Suez 10000 hommes, s'embarqua à
Arsinoé ,
pénétra dans le pays, des Arabes (Arabia Eudoemon), et n'eut
pas de peine à s'emparer de quelques villes : l'expédition
n'eut ailleurs pas de suite si ce n'est d'éveiller la curiosité
des géographes et de délivrer la mer Rouge des pirates. L'expédition
atteignit la ville de Mariba (Marib en Arabie). Parallèle à
cette expédition, fut celle de Caïus Petronius, également
(?) préfet d'Égypte, contre les Éthiopiens
qui, vers l'an 25, sous la conduite de leur reine ( Candace),
avaient pénétré dans la Thébaïde. Petronius
pénétra jusqu'à Napata ,
près de Méroë .
Voilà tout ce qui se passa d'important
en Orient sous le règne d'Auguste. Les
autres événements consistent uniquement en déplacements
de vassaux de Rome, et modifications de territoires : en 25, à la
mort du roi Amyntas, la Galatie
fut faite province romaine; la même année, la Pamphylie
fut réunie à l'empire .
Les petits États, comme la Comagène ,
la Judée, la Cilicie ,
la Cappadoce ,
furent laissés à des princes dépendant de l'empire,
et leur organisation réglée par Agrippa
qui, durant dix années (23-13), représenta Auguste en Orient.
Enfin, en l'an 25, Auguste réunit
la Numidie
à l'Afrique, laissant la Maurétanie
au roi Juba.
Vers l'an 6, la Judée fut réunie
à la Syrie et recensée par le gouverneur de Syrie, Quirinus
: c'est lors de ce recensement que l'on a fait naître Jésus.
L'Empire
à la mort d'Auguste
En somme, malgré le recul des armées
romaines
de l'Elbe au Rhin, malgré l'abandon complet en Orient des traditions
romaines de conquête et de marche en avant, on peut regarder la politique
extérieure d'Auguste comme sa principale
réussite. Il a donné à l'empire la rive droite du
Danube, c.-à-d. qu'il a constitué au beau milieu du monde
romain, et comme à son centre d'équilibre, une province latine,
riche, puissante, fortement romaine, une sorte de colonie gigantesque.
Par cette création, l'empire cesse d'être, comme il était
demeuré jusque-là, une sorte de composé hybride de
deux moitiés disparates, l'Occident et l'Orient, une partie latine,
une partie grecque, tendant chacune à vivre de sa vie isolée,
dualisme qui avait failli déjà, au temps de la bataille d'Actium ,
conduire à la dissolution de l'empire romain. Par la conquête
de la Rhétie ,
du Norique ,
de la Pannonie ,
de la Mésie ,
Auguste souda ensemble ces deux moitiés de l'empire. Désormais,
le monde romain formait un tout, sinon homogène, du moins harmonieux
: l'isthme du centre avait disparu. Il ressemblait à une masse compacte,
solide : il avait son centre, de l'ampleur, de la solidité. Il était,
en un mot, équilibré : il pouvait vivre. Toute conquête
ultérieure ne pouvait que détruire cet équilibre.
C'est pour cela, peut-être, qu'Auguste, après le désastre
de Varus, n'a pas voulu reconquérir à
nouveau la Germanie transrhénane; c'est pour cela, sans doute, qu'il
n'a pas voulu qu'on franchît l'Euphrate, et qu'on prolongeât
ainsi indéfiniment l'extrémité de l'empire. C'est
pour cela, enfin, qu'il laissa comme conseil suprême à son
héritier, celui de ne pas déplacer les frontières
romaines. Auguste estimait donc que, sous son règne, l'empire avait
atteint son plein et entier développement, et les proportions nécessaires
à son existence normale. C'est là, en effet, le mérite
de son règne : aucun empereur ne comprit mieux qu'Auguste quelle
devait être la loi et la structure extérieure de l'organisme
romain. (Camille Jullian). |
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