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Octave Auguste
Octave, le caméléon
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Octave avait été envoyé vers 45 il fut envoyé par Jules César dans la ville d'Apollonie en Illyrie, pour y compléter ses études. C'est là qu'il apprit la mort de son oncle et protecteur en mars 44. Il était alors dans sa 19e année. A ce moment commence son rôle historique. L'effet qu'il produisit tout d'abord sur ses contemporains, Julien l'a fort bien décrit dans sa Satire des Césars :
« Octave se présenta. A voir les couleurs se succéder sur son visage, vous l'eussiez pris pour un caméléon, pâle d'abord, ensuite rouge, puis noir, brun, sombre; enfin, il prenait un air serein et gracieux : il se piquait d'avoir les yeux brillants comme le Soleil, et ne pouvait souffrir qu'on le regardât fixement. - Sans mentir, s'écria Silène, voilà un animal bien changeant; vint-il nous jouer quelque mauvais tour? »
C'est là, en effet, ce qu'Octave allait faire en se jetant dans la mêlée politique : « jouer des mauvais tours»  à tous ses contemporains, aussi bien à ses amis qu'à ses rivaux.

Octave jusqu'au triumvirat

A la fin d'avril ou au commencement de mai 44, Caius Octavius arriva à Rome. On connaissait déjà le testament de César : il le constituait son héritier principal et son fils adoptif. Cela lui suffisait pour jouer un rôle. Octave prit sur-le-champ le nom de son père, Caius Julius Caesar, auquel il se borna à ajouter, suivant la règle, son nom de famille transformé, Octavianus (Octavien), et déclara hautement qu'il se chargeait de l'exécution de toutes les volontés de César. Dès lors, il était candidat à l'héritage politique du premier souverain de Rome.

En face de lui était Antoine, l'ancien confident, ami et collaborateur de César, et en même temps le chef officiel de I'Etat, en sa qualité de consul. Dans le courant de mai, Octavien alla rendre visite à Antoine et lui demanda d'être mis en possession de l'héritage de Jules César. Antoine hésitant, le jeune homme montra dès lors ce qu'il devait être toute sa vie, un homme d'action, de décision et de bon sens : il fit ce qu'il y avait à faire, et sans faiblir. Pour remplir les engagements de celui dont il avait reçu le nom et accepté l'héritage, il vendit ses biens, et emprunta à ses amis, se ruinant ainsi en quelques jours, mais se créant une popularité et un renom de droiture et de désintéressement. Antoine essaya d'entraver son oeuvre, lui intentant une action au sujet de son adoption, le rendant responsable des sommes enlevées par César au trésor public, le faisant même arracher de la tribune par ses licteurs : tout cela ne fit du tort qu'au consul. Octave, aux yeux du peuple, représente de plus en plus la volonté et la personne du dictateur, et un grand nombre de sénateurs, froissés du ton et des manières d'Antoine, se réunissent autour de lui et lui constituent un puissant parti. 

Pris entre deux ennemis, les meurtriers de César en Campanie, et Octavien à Rome, Antoine transigea avec ce dernier (fin juillet). Mais ce fut, pour Antoine, un simple moyen d'endormir l'activité de son rival. Il s'arrangea de manière à lui fermer l'accès aux magistratures et, par là, à lui interdire tout rôle politique par les voies légales; en même temps, les légions de Macédoine débarquaient à Brindes, appelées par le consul. Octave semble avoir un instant songé à de violentes mesures : on l'accusa d'avoir voulu recourir au poignard pour se débarrasser de son rival. Mieux conseillé, ou plus sage, il se borna à dévorer ses affronts en silence, et à fortifier lentement et sûrement son parti. ll gagnait par ses flatteries et ses séductions les vieux sénateurs, comme Cicéron; il envoyait des agents dans toutes les colonies de l'Italie, où se trouvaient des vétérans de son père; il cherchait même à gagner les légions de Brindes. 

Le 2 septembre, la lutte commençait à Rome entre Antoine et le Sénat, et Cicéron lançait sa première philippique. Antoine répondit le 19 par un acte d'accusation contre Cicéron. Tandis, qu'on se querellait, Octave agissait : le 3 octobre, Antoine dut aller à Brindes pour arrêter la défection de ses légions travaillées par les menées d'un «-enfant téméraire », comme il appelait son rival. Pendant ce temps, Octave levait 10000 vétérans en Campanie. La guerre était donc imminente entre les deux rivaux. Antoine revint à Rome, s'y sentit mal vu, craignit de nouvelles défections dans ses légions, et alla définitivement se mettre à leur tête à Rimini (novembre). Il marcha, contre Décimus Brutus, gouverneur de la Cisalpine, province qu'il s'était fait donner par un sénatus-consulte, et l'assiégea dans Modène. 
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Octave Auguste.
Octave jeune
(musée du vatican).

Octave était le maître de la situation; il fut modéré, sage, réservé; et s'abrita avec soin derrière le Sénat, que dirigeait Cicéron. Du reste, Cicéron et le Sénat lui donnèrent plus qu'il n'avait souhaité  : un siège au Sénat parmi les consulaires, la dispense de toutes les lois relatives aux magistratures, le commandement légal de l'armée qu'il avait réunie, le soin de diriger la guerre contre Antoine, conjointement avec les deux consuls alors en charge, Hirtius et Pansa. Cicéron fit du jeune César (5e philippique) un éloge enthousiaste, et s'engagea en son nom qu'il ne tenterait jamais rien contre la République : 

« Il n'a rien de plus à coeur que le bien de l'État, que l'autorité du Sénat.-» 
On a peine à comprendre une aussi naïve confiance et un tel aveuglement : on confiait à cet ambitieux de vingt ans des pouvoirs presque souverains, et on se portait garant de son éternelle obéissance aux lois. Peut-être, on l'a supposé, Cicéron a voulu tromper et endormir Octave, et se débarrasser des deux rivaux l'un par l'autre. Cela n'est pas prouvé et il semble bien que la dupe dès ce moment était bien le Sénat. En tout cas, Cicéron devait payer chèrement ou sa crédulité, ou sa diplomatie.

Il n'y avait pas un an qu'Octave était arrivé inconnu à Rome, et il était déjà un des deux souverains de l'empire. Dès lors, la décision ne lui fit pas un instant défaut. Sous sa direction, la guerre fut vivement conduite. Elle commence en mars 43 et dure un mois à peine. Rejoint par Hirtius, puis par Pansa (les deux consuls de l'année), il attaque les troupes d'Antoine à la hauteur de Bologne, le 16 avril. On se battit dix jours de suite (guerre dite de Modène). Le 28 avril, Antoine prenait la fuite vers les Alpes. Non seulement l'armée d'Octave était victorieuse, mais, par un merveilleux hasard, les deux chefs de l'État, les consuls Hirtius et Pansa, étaient morts : on l'a accusé d'avoir fait tuer l'un et empoisonné l'autre (Suétone, § 11) : ce n'est pas impossible. En tout cas, la mort des deux consuls demeura toujours enveloppée d'un mystère (Tacite, Annales, I,11) : elle prouvait au moins que les dieux étaient avec Octave contre le Sénat, avec le prétendant de la tyrannie contre les lois. L'armée des deux consuls se joignit à celle d'Octave, désormais chef légal des soldats comme propréteur. Il ne lui manquait qu'un titre plus solennel pour joindre l'autorité civile au commandement des troupes, celui de consul. 

Mais alors le Sénat, soit que la crainte lui fût tardivement venue, soit qu'il voulût mettre à exécution un plan conçu d'avance, le Sénat essaya de faire bon marché de ce général improvisé par lui. On donna la direction de la guerre à Décimus Brutus. On chercha à débaucher les troupes de César, à en licencier une partie. Octave leva le masque et passa le Rubicon avec huit légions, comme son père adoptif l'avait fait, en demandant, malgré les lois sur l'accès aux magistratures, le consulat. Ce fut comme la répétition de ce qui avait été fait par le premier César, et comme une seconde fin de la République. Les ambassades successives envoyées par le Sénat n'arrêtèrent pas Octave. Il entra à Rome et se fit proclamer consul (22 septembre 43) par une assemblée populaire. Le Sénat se fit humble, Cicéron rendit visite à son ancien protégé. Le procès des meurtriers de César commença. Octave était le maître absolu à Rome. Mais il ne tenait que la tête de l'empire. Dans la Gaule Transalpine, Antoine, réuni à Lépide, avait sous ses ordres vingt-trois légions, et reprenait l'offensive contre Décimus, à qui il ne resta bientôt d'autre salut que la fuite. En Orient, Brutus et Cassius avaient vingt légions. Octave ne pouvait se laisser broyer entre deux ennemis. Il  n'y avait qu'un parti à prendre : à la fin d'octobre, Octave, Antoine et Lépide signèrent un accord dans une île du Reno, auprès de Bologne; on trouva un tribun pour transformer cet accord en loi. Le 27 novembre 43, les trois complices furent nommés par une loi du peuple, triumvirs reipublicae constituendae, et, par ce titre, investis d'une magistrature extraordinaire, d'un pouvoir absolu, sans limites et sans appel, d'une véritable tyrannie qui les mettait au-dessus des magistrats, des citoyens, du Sénat, du droit et des lois. La légalité des lois était suspendue, la res publica, en quelque sorte, supprimée et dissoute.-

Octave triumvir

Il avait suffi, pour voter le plébiscite du 27 novembre, de quelques hommes, et d'un tribun. Les triumvirs étaient déjà dans la ville avec une vingtaine de mille hommes. Rome était dans une morne stupeur. Ce coup de théâtre avait bouleversé les esprits, et cette première catastrophe en présageait une autre, tout autrement sanglante et épouvantable. Dans la nuit du 27 au 28, un édit horrible fut affiché, proscrivant cent trente noms :

« Que les têtes nous soient apportées, écrivaient les triumvirs : les noms des ,justiciers et des révélateurs seront tenus cachés. » 
Le 28, les meurtres commencèrent. Ce qu'on versa de sang se devine quand on songe qu'en tête de la première liste se trouvaient le frère de Lépide, l'oncle d'Antoine et le tuteur d'Octave. Les triumvirs montraient qu'ils sauraient sacrifier tout, parentés, amitiés et scrupules, à leur domination. Rarement, dans l'histoire, l'ambition humaine ne s'est étalée avec plus d'impudeur, de cruauté, de monstruosité. Et pendant qu'on égorgeait les victimes, Cicéron en tête, les triumvirs, par un édit, ordonnèrent de fêter joyeusement, sous peine de mort, le 1er janvier de l'année nouvelle (42).

Des contributions furent mises sur tous les citoyens de Rome et de l'Italie (1/10 des biens et le revenu d'une année). César fut placé au rang des dieux, et on punit de mort quiconque refusa de se vouer à lui. Antoine et Lépide prirent le consulat; on se partagea les provinces. On décida que la Gaule Cisalpine serait réunie à l'Italie et cesserait de dépendre d'un gouverneur. Puis, quand tout l'Occident (sauf la Sicile, où le fils de Pompée, Sextus, était le maître avec ses flottes) fut soumis, quand l'Italie fut domptée, Rome terrifiée, le Sénat décimé, la caisse des triumvirs pleine et leurs légions réunies, laissant derrière eux la terreur et la mort, ils partirent pour la Grèce afin de venger le meurtre de César.

Brutus et Cassius étaient alors les maîtres de tout l'Orient. Ils avaient mis à profit la guerre de Modène et les querelles de Rome. En ce moment, ils représentaient le parti sénatorial, presque la légalité. Les deux armées se rencontrèrent à Philippes en Macédoine (Heuzey, Mission de Macédoine). Cassius était opposé à Antoine, Octave à Brutus. Les adversaires se valaient, soldats et chefs. Les républicains pénétrèrent jusque dans le camp d'Octave, et crurent un instant la bataille gagnée: mais Antoine avait écrasé Cassius qui s'était tué de désespoir. Le premier combat n'eut pas de résultats. La situation des triumvirs devenait d'autant plus pénible que leurs ennemis étaient les maîtres de la mer. Il fallait pour eux en finir : tout retard leur était fatal. Une seconde bataille fut engagée et, cette fois, les défenseurs de la République succombèrent. Brutus vaincu se tua. « Vertu, tu n'es qu'un mot », s'écria-t-il à l'heure suprême : car il sentait que, lui mort, c'en était fait en somme dans le monde romain, non pas seulement de toute liberté, mais de toute vertu et de toute justice. L'empire était désormais assuré « à ce monstre à trois têtes, à cette trinité d'ambitieux scélérats-», tels que les triumvirs devaient paraître à bon droit aux yeux du dernier général de la République (novembre 42).
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Monnaie du Triumvirat.
Têtes accolées des triumvirs
Antoine,  Lépide et Octave
sur une monnaie de bronze d'Ephèse.

Du reste, déjà « le monstre » se déchirait lui-même. On oublia Lépide, que l'on confina plus tard dans la province d'Afrique. Les deux vrais chefs, les anciens rivaux de Modène, « le vieux soldat et l'enfant téméraire » de 44, se partagèrent le monde comme deux complices un butin volé. L'Orient fut confié à Antoine, qui fut chargé de le soumettre et de le pacifier, Octave prit l'Occident, l'Italie comprise. C'était la part la plus difficile : il fallait, en Italie, distribuer des terres aux vétérans et recommencer les proscriptions. Mais Octave ne reculait pas devant des difficultés, et, en se faisant le maître de l'Italie et de Rome, il avait chance de passer aux yeux du monde comme le maître légal de l'empire. Ce fut une première duperie dont Antoine fut victime, et c'est ainsi que commença la seconde lutte entre les deux rivaux. 

De retour à Rome, Octave se mit hardiment à l'oeuvre, déployant une activité surhumaine, tandis que son rival se laissait lentement amollir par les charmes de l'Orient, et faisait la connaissance de Cléopâtre, qui lui révélait les mystères de la vie inimitable. Octave distribua les terres de seize villes à 170 000 vétérans, sans écouter le cri de désespoir et de misère qui s'éleva des Alpes au détroit de Sicile. C'est alors que Virgile, Horace, Properce et bien d'autres furent dépouillés de leurs biens :

Impius haec tam culta novalia miles habebit!
Mais on rendit à Virgile son bien, et Virgile remercia le triumvir en rappelant un dieu :
O Melibœe, Deus nobis haec otia fecit.
Déjà, on le voit, se formait la légende de l'Octave divin, doux et clément : les poètes salariés ou gagnés par l'habile personnage oubliaient aisément la parole qu'il avait prononcée il y avait trois mois à peine quand on lui demandait la sépulture pour les vaincus de Philippes : 
« les vautours y pourvoiront ».
En même temps qu'Octave s'assurait l'Italie, il se créait une sorte de prestige moral, même parmi ceux qu'il avait dépouillés. 

Toutefois, les difficultés matérielles grandissaient de jour en jour, et il eut peine un instant à satisfaire à la tâche qu'il s'était assumée. Quelques vétérans réclamèrent; les Italiens dépossédés s'armèrent; le frère d'Antoine, Lucius, et sa femme Livie, se plaignirent de ce qu'Octave parût agir sans cesse en son propre nom. Tous ces mécontents s'unirent, et quand, en l'an 41, Lucius Antoine inaugura le consulat et eut un titre officiel qui lui permit de parler au nom de la république, ils n'eurent pas de peine à s'en faire un chef. Lucius prétendit agir pour le compte de la liberté contre les triumvirs : il affirmait que son frère était prêt à renoncer à l'autorité extraordinaire, et il finit par prendre les armes pour l'État. Il avait dix-sept légions, Octave dix. Mais Octave n'avait que de vieux soldats, Lucius que de jeunes. La guerre ne fut qu'une échauffourée (guerre de Pérouse). Rome fut perdue et reprise par Octave qui finit par enfermer son rival dans Pérouse. Le siège dura près d'une année (jusqu'en février 40), et fut tristement célèbre dans l'Antiquité par la stérile cruauté que déploya Octave.

« A ceux qui imploraient sa clémence ou tentaient de s'excuser, il ne répondait que par ces mots : Il faut mourir. » 
Mais, dès lors, il était le maître absolu et incontesté de Rome et de l'Italie. Sa politique change à partir de ce moment. « Le caméléon », comme disait Julien, le caméléon se montre, Octave fait peau neuve. Plus de cruauté, plus de meurtres, plus de réponses sanglantes comme celles de Pérouse et de Philippes. Le misérable meurtrier est devenu un homme doux et affable. Le rédacteur de l'édit du 27 novembre se laisse chanter par Virgile (1re églogue). Il est humain, plus que cela, divin. C'est un administrateur émérite, un chef pacifique, un amoureux de liberté et de tolérance. Il ne désire qu'une chose, rendre la paix au monde, et, après la paix, l'indépendance. Il n'a plus de mauvais tour à jouer : 
« En moins de rien, dit Julien,  il devient un homme sage et modéré. C'est maintenant un souverain sans défaut ».
Octave commence la pacification du monde immédiatement après L'exécution de Pérouse : un nouveau traité qu'il conclut à Brindes avec Antoine (40) lui laissa les mains entièrement libres en Occident. La grande affaire était la guerre contre Sextus Pompée, qui se taillait en Sicile comme une principauté maritime et dont les vaisseaux affamaient Rome. On traita avec lui à Misène (39), et on lui laissa la Grèce, la Sicile, la Sardaigne et la Corse. Mais ce n'était qu'un répit qu'Octave se donnait à lui-même pour préparer une flotte et des marins. Dès qu'il se crut en état de le combattre, il se fit déclarer la guerre par Pompée (38). Antoine le laissa sans secours. Lépide prépara des légions en Afrique. La guerre dura deux ans (37 et 36). Elle débuta par la trahison de Ménas, un des principaux officiers de Sextus Pompée, qui livra à Octave la Corse, la Sardaigne et trois légions. Malgré ce premier succès la lutte fut pénible : une première bataille demeura indécise et fut suivie de la destruction de la flotte d'Octave par la tempête (37). Agrippa, désormais la grand homme de guerre des triumvirs, sauva la situation, créa dans le lac Lucrin un port qui lui permit de construire et de faire manoeuvrer une flotte en toute sûreté, et, après de longs mois d'exercices et de préparations, la lança contre la Sicile. Une entrevue entre Octave et Antoine, à Tarente (36), avait laissé au premier sa liberté d'action. Il commanda une des trois escadres, mais fut arrêté par la tempête, de même que Taurus, le chef d'une deuxième escadre. Mais le principal détachement, Lépide à la tête, put débarquer, assiéger et prendre Lilybée. Octave revint, fut encore battu, mais cette fois par l'ennemi. Il revint une troisième fois et enfin put descendre en Sicile et réunir 40 000 hommes sous ses ordres, mais les légions ne furent pas d'une grande utilité dans la grande bataille qui s'engagea : Pompée ne voulut combattre que par mer (bataille de Myles, 3 septembre 36). Il fut écrasé. Les huit légions se réunirent à celles de Lépide, qui, se trouvant à la tête d'une armée considérable, essaya un instant de parler en maître et de revendiquer la Sicile. Octave lui débaucha ses troupes et le relégua à Circei. Le monde n'avait plus que deux maîtres. Et de ces deux maîtres, l'un, Octave, se trouvait le possesseur incontesté de la moitié de l'empire; il commandait à Rome et à l'Italie, il venait d'acquérir l'immense prestige de la victoire et de la paix rendue aux mers, - tandis que l'autre, Antoine, se laissait battre par les Parthes et captiver par Cléopâtre (35-34). L'issue de la lutte inévitable entre les deux rivaux n'était pas douteuse.

Pour préparer la victoire et pour se donner en même temps le beau rôle dans la rupture, Octave passa ses trois ans (36-33) à flatter et à séduire les Romains, le Sénat, les provinces, par la sagesse de son gouvernement et les souplesses de sa politique. Il joua admirablement son rôle. Au retour de la guerre de Sicile, il réunit le peuple de Rome et lut un merveilleux discours dans lequel il rendait compte de tous ses actes depuis la loi du 27 novembre. Il justifia les proscriptions par la nécessité, il se porta garant du retour, non pas seulement de la paix, mais de la liberté. Il brûla les lettres écrites à Pompée par des sénateurs. Il alla jusqu'à supprimer des impôts et remettre des arrérages, Et enfin, il promit que, dès qu'Antoine aurait pacifié l'Orient comme il avait fait l'Occident, ils renonceraient tous deux au triumvirat. Il annonçait déjà ce qu'il devait faire en réalité, neuf ans plus tard. En même temps, Mécène et Agrippa, désormais ses meilleurs collaborateurs, commencèrent, par leurs travaux et leurs constructions, à réparer les ruines amoncelées à Rome et en Italie par les guerres civiles. Des aqueducs s'élèvent, des routes sont tracées (édilité d'Agrippa, 33). Quelques heureuses expéditions sont faites contre les barbares des Alpes. Le bien-être revient en Italie. Le blé diminue de prix à Rome. Virgile achève ses Bucoliques. Une nouvelle ère commence. Mais une dernière guerre était encore indispensable. 

La rupture eut lieu en janvier 32. Antoine se plaignit au Sénat de ce qu'Octave n'eût rien donné aux soldats d'Orient, n'eût point partagé avec leur chef les provinces de Pompée. Octave répondit en rappelant l'Égypte et l'Orient abandonnés à Cléopâtre, Antoine méprisant la toge, la langue et le nom de Rome, et visant à la succession d'Alexandre et à la royauté orientale. Aussitôt, les derniers amis d'Antoine, les derniers partisans du régime républicain quittaient Rome, pour rejoindre le rival d'Octave; il sembla que la lutte qui commençait était la répétition de celle de Philippes. Une année tout entière se passa en préparatifs (32). On hésitait avant d'en venir aux mains dans cette lutte définitive. Enfin, à la fin de 32, Octave, au nom du Sénat, déclara la guerre, - non pas à Antoine, mais à la reine d'Égypte; et, comme le triumvirat expirait à ce moment, il ne fut pas renouvelé, et Octave parut conduire l'armée de la république en qualité de consul :

« Ce n'est pas Antoine ni les Romains que nous allons attaquer, mais cette femme, qui, dans le délire de ses espérances et l'enivrement de sa fortune, rêve la chute du Capitole et la ruine de l'empire. »
La bataille décisive s'engagea à Actium, le 2 septembre 31. Ce fut la lutte de l'Orient contre l'Occident, et, pour quelques-uns, celle de la monarchie et de la république. Les vaisseaux d'Octave, petits, légers, rapides, eurent aisément raison des masses lourdes et gigantesques que présentaient les vaisseaux d'Antoine. Mais la défaite de ce dernier fut hâtée et accentuée par le brusque départ de Cléopâtre, qui entraîna le malheureux avec elle vers l'Égypte : les soldats, abandonnés de leur chef, se défendirent jusqu'à la dernière heure et finirent par se rendre. Une sorte de fatalité pesa jusqu'à la fin sur les ennemis d'Octave, et les dieux semblèrent vouloir les aveugler et les perdre. La conquête de l'Orient fut facile à Octave. Après une courte apparition en Italie (janvier 30), il revint en Grèce, puis passa en Asie et en Syrie, et pénétra en Égypte par l'isthme de Suez. On combattit quelque temps autour d'Alexandrie : Octave fut battu par la cavalerie d'Antoine. Mais Cléopâtre, abandonnant une seconde fois son mari, livra à l'ennemi les galères et fit battre les soldats. Cléopâtre, songeait à conquérir Octave, comme César, comme Antoine, et à se sauver une fois encore d'une catastrophe par le triomphe. Mais Octave n'était pas un homme. 
« Le héros avait des faiblesses, le soldat des vices : tous deux succombèrent. Le politique devait rester froid et implacable. » (Duruy).
Il faut ajouter aussi, pour diminuer le mérite d'Octave, que Cléopâtre avait singulièrement vieilli. Laissant Antoine se tuer, elle demanda à Octave de la venir voir. Elle n'épargna aucune séduction, pleurant, rappelant le souvenir de César, montrant ses lettres, se tordant et souriant à la fois : Octave ne répondit rien, si ce n'est « bon courage! », et partit. Le lendemain, Cléopâtre était morte (15 août 30), et Octave prit pour lui la royauté d'Égypte.

En août 29, il revint à Rome et célébra par trois jours de triomphe la conquête de l'Orient. Désormais, il était bien le maître  incontesté de l'empire. Qu'allait il se passer? Comment allait-il le gouverner? Depuis le 1er janvier 31, le triumvirat avait pris fin au moins légalement. En fait, Octave continua à exercer l'autorité suprême comme détenteur des pouvoirs que la loi du 27 novembre 43 lui avait conférés, et jusqu'en janvier 27, pendant quatre ans, il ne changea rien à l'ordre de choses établi par cette loi; peut-être même continua-t-il à prendre le titre de triumvir. (Camille Jullian).

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Dictionnaire biographique
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