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| Les
Grandes compagnies
Les compagnies étaient des troupes d'aventuriers, soldées par les princes en temps de guerre, et vivant de pillage et de rançons en temps de paix ou de trêve. Au Moyen âge, elles apparurent dès que les suzerains, ne trouvant plus les ressources humaines suffisantes dans leurs contingents féodaux, commencèrent à payer des bandes de soudoyers, formées par le hasard, la misère, l'habitude des guerres privées ou le goût des aventures. Les premières
bandes de ce genre, en France, sont signalées par Suger
à l'époque de la croisade
de Louis VII, au milieu du XIIe
siècle. Ce sont des Aragonais Les grandes guerres
du XIVe
siècle virent reparâtre les
bandes errantes : ce fut surtout pendant la longue lutte de la France contre
l'Angleterre, dite guerre de Cent ans.
A la faveur des invasions anglaises, des soudoyers au compte d'Edouard
III occupèrent un grand nombre de lieux fortifiés du plat
pays de France. De plus, le 1er août
1359,
le roi de Navarre, Charles le Mauvais,
s'allia au roi d'Angleterre contre
Jean II;
des bandes navarraises se joignirent désormais aux bandes anglaises.
Lorsque la paix fut faite à Brétigny S. Luce (Hist.
de Bertrand Du Guesclin, ch. x) a décrit l'existence ordinaire
de ces compagnies du XIVe
siècle. Elles étaient composées
des éléments les plus variés, gens d'origine et de
nationalité différentes, ignorants et grossiers, cruels envers
les prisonniers qui ne pouvaient payer rançon, aimant le luxe, les
habits grotesques, les pays plantureux; leurs plaisirs étaient les
repas copieux, le viol et la lutte. La compagnie faisait un tout complet
avec ses équipages, ses ouvriers, clercs, médecins, cuisiniers,
brocanteurs. Lorsque les chefs étaient fatigués de leur vie
incertaine et vagabonde, ils entraient au service du roi de France, comme
l'archiprêtre Arnaud de Cervole. Parmi les chefs les plus fameux,
on peut citer les Anglais Robert Knolles, Jean
Jouël, Jean Hakwood, le Wallon Eustache d'Auberchicourt, etc. Les
pays où ils séjournaient de préférence étaient
les pays riches où les pâturages étaient beaux et le
vin abondant : Normandie Ces compagnies restèrent presque toutes dans le royaume tant que dura la paix (1360-1369). En Normandie, les bandes installées dans les abbayes fortifiées et les châteaux furent vivement attaquées et poursuivies par Bertrand du Guesclin, qui finira par en venir à bout, au moins pour quelque temps. Avant qu'il n'y parvienne, cependant, en Bourgogne et en Lyonnais, plusieurs compagnies se réunirent sous le nom de Grande-Compagnie de Tard-Venus. Les Tard-Venus.
Ils formèrent
la plus connue des Grandes Compagnies, composée de plusieurs bandes,
dont l'effectif s'éleva jusqu'à 15 000 hommes. Sous la conduite
de Séguin de Badefol, seigneur gascon, et de Petit Meschin, aventurier
de basse naissance, ils prirent Joinville (25 décembre 1360),
envahirent la Bourgogne, le Forez, le Lyonnais, s'emparèrent du
Pont-Saint-Esprit, menacèrent le pape à Avignon
et parcoururent encore tout le pays de Lyon
à Tarascon et de Tarascon à Perpignan Le comte de Tancarville,
lieutenant général du roi dans les pays de Champagne C'est de cette époque
que datent aussi les premières tentatives pour détourner
les Compagnies vers d'autres pays. Déjà en 1361,
le marquis de Montferrat avait ainsi voulu en appeler quelques-unes en
Italie; ce furent les mêmes qui, en Provence, reconnurent pour roi
de France le Siennois Giannino Gucci, prétendu fils de Louis
X (Jean Ier).
et, en 1362,
le maréchal d'Audreliem signa un traité à Glermont
avec don Enrique de Trastamare, bâtard d'Alonzo VI et prétendant
au trône de Castille Bertrand
du Guesclin fut plus heureux : avec l'aide et l'argent du roi, il réunit
à Châlons des compagnies de Normandie Des faits analogues
se produisirent lorsque, pendant les trêves qui occupèrent
la première partie du règne de Charles
VI, un grand nombre d'hommes d'armes demeurèrent sans ressources
sur le plat pays. Durrieu (Les Gascons en Italie) a raconté
avec vivacité les efforts faits par des chefs gascons, Jean III
et Bernard d'Armagnac, Bernard de la Salle, pour entraîner les nouvelles
bandes en Italie et les utiliser dans les guerres perpétuelles que
se faisaient les papes, les Visconti Milan,
les républiques de Sienne et de Florence
ou les prétendants au royaume de Naples La Compagnie blanche.
« Ardents et cupides, familiarisés au meurtre et à la rapine, ils étaient prompts à saisir le fer, car ils se souciaient peu de leurs personnes; mais, quand il s'agissait de combattre, ils s'empressaient d'obéir à leurs chefs, bien que dans les campements, à cause de leur audace imprudente, ils se dispersassent sans ordre, de manière à recevoir facilement de gens courageux dommage et honte.Telle était la bande anglaise dont Acuto devint le chef quand Bogardo, qui s'était unie à elle, s'entendit avec Sterz pour former une autre compagnie sous le nom de Compagnie de l'Etoile. Sous la direction d'Acuto, la Compagnie blanche, qui avait déjà détruit cinquante-trois forteresses, devint une bande de furieux, pillant et saccageant les villes ennemies et souvent aussi les villes alliées, violant les femmes et égorgeant jusqu'aux enfants qu'ils embrochaient avec leurs lances et qu'ils portaient ainsi au milieu des cités terrifiées. Comme les autres chefs de bandes, Acuto vendait ses services au plus offrant et trahissait celui qui le payait quand un autre venait lui proposer une somme plus forte. En 1363, on le trouve secondant Barnabas Visconti et se faisant accorder la main de Donnina Visconti. La Compagnie blanche comprenait alors cinq cents cavaliers et deux mille fantassins. A leur tête, Acuto, que Barnabas Visconti avait envoyé au secours de Pise que les Florentins bloquaient, dévasta la campagne, s'avança jusque sous les murs de la ville ennemie et fit pendre devant ses portes trois ânes avec les noms de trois magistrats florentins. Mais, malgré tous ses efforts, il ne parvint pas à s'emparer de la ville, et fut même obligé de s'enfuir. De retour à Pise, ne pouvant obtenir des magistrats pisans la dernière solde due à ses compagnons, il fit promettre à Jean Agnello de leur compter le montant de l'arriéré et le fit proclamer doge. La paix signée, Acuto ne tarda pas à se brouiller avec les Visconti qui avaient plusieurs fois tenté de le faire assassiner. En 1371, trouvant l'occasion de se venger d'eux et de piller encore, il s'engage dans la ligue du pape Grégoire Xl contre les Visconti et les bat sur le Penaro (5 janvier 1372) et à Chiesi (8 mai 1372); puis, poussé par le pape, il dévaste la Toscane, pillant tout sur son passage. Trahissant la cause du pape, il vend aux Florentins 130 000 florins son inaction et refuse de marcher contre eux; ne pouvant lui offrir une pareille somme pour l'amener à rentrer en Toscane, Grégoire XI lui confie la pacification de la Romane qui vient presque tout entière de se déclarer contre lui. Acuto donne à sa compagnie le nom de Sainte et dévaste la Romagne sous couleur de religion. En 1376, l'évêque d'Ostie l'appelle à son secours et le charge de résister à Manfred, mais en lui déclarant ne pouvoir le payer par avance; Acuto se fâche, fait arrêter trois cents des principaux citoyens de Faenza, en bannit onze mille autres, et abandonne les femmes et la ville aux soldats. Ces excès commis, Jean Acuto vendit la ville au duc d'Este, moyennant 40 000 florins, puis la lui reprit pour la donner à Manfred qui, moyennant la possession de Faenza, Bagnocavallo et Castrocaro, s'engageait à servir le pape. Mais le pape rêvait d'écraser Florence. Il lance de nouveau la Compagnie blanche en Toscane et donne à Acuto deux compagnons dignes de lui, le légat Robert de Genève et le Breton Malestroit. De nouveau les villes sont mises à feu et à sang; on égorge les habitants de dix cités et le viol est commis sur les places, à la vue des soldats ivres et fous, puis les victimes sont pendues. Césène devint la proie des flammes et les femmes, nues, souillées, mourant de faim, sont exposées à la fureur des aventuriers. Acuto, pris de pitié, parlait de faire cesser le massacre, mais le légat, refusant, s'écriait : « Du sang, je veux du sang! égorgez tout le monde sans épargner personne! »Les troubles de Naples lui offrirent un nouveau champ à exploiter. C'est, dit-on, par les conseils d'Acuto que Charles III laissa se fondre d'elle-même, par la famine, l'armée du compétiteur que le pape lui avant suscité. En 1382, nous trouvons Jean Acuto servant, conjointement avec Antoine de la Scala, la république de Venise, et portant la désolation jusqu'aux portes de Vérone « Le renard trouvera bien le moyen de sortir du piège », répondit Acuto.En effet, il découvrit un gué, marcha dans l'eau un jour entier et réussit à mettre son armée, alors forte de 6000 hommes, en sûreté. Florence lui payait alors 2000 florins par an, l'exemptait d'impôts lui et son fils, donnait de riches dots à ses trois filles et assignait un douaire à sa femme. A sa mort, qui survint en 1394, on lui fit des obsèques de prince, un mausolée lui fut érigé à Sainte-Marie des Fleurs et le roi d'Angleterre réclama ses cendres. Le portrait d'Hawkwood a été peint par Paolo Uccello, sur une des parois intérieures de la cathédrale de Florence (Sainte-Marie des Fleurs). Les Ecorcheurs.
Ces gens de guerre exercèrent dans toute la France un véritable brigandage. On pourrait sans doute donner ce nom aux bandes de mercenaires, grandes compagnies, armagnacs, routiers, qui, pendant toute la guerre de Cent ans, commirent partout les plus horribles ravages; mais il s'applique particulièrement aux aventuriers qui, de 1435 à 1445, se signalèrent par une recrudescence de déprédations et de férocité. Après le traité
d'Arras
(20 septembre 1435),
quand il fallut évacuer les places rendues au duc de Bourgogne « ils retondoient tout ce que les premiers croient failly de happer » (O. de La Marche).Ni les ordonnances royales, ni la sévérité, pourtant si redoutée, du connétable, ne purent même atténuer le mal. La résistance des écorcheurs fut, avec celle de la féodalité, le principal obstacle aux réformes militaires si ardemment réclamées par les Etats généraux de 1439, et la principale cause de la Praguerie (1440). Quand la trêve de Tours (20 mai 1444) suspendit les hostilités entre la France et l'Angleterre, le péril devint encore plus menaçant. Lorsque Charles
VII eut reconquis la plus grande partie de son royaume et son gouvernement
recouvré sa force et sa régularité, d'efficaces mesures
furent prises pour délivrer la France des compagnies. Le dauphin,
le roi lui-même, en emmenèrent une partie, l'un en Suisse,
combattre les cantons au profit de l'empereur Frédéric Ill,
l'autre tenter de soumettre Metz
révolté contre René d'Anjou L'enrégimentation
des bandes.
Brantôme a laissé du type de ces aventuriers un portrait bien connu, mais trop curieux et trop pittoresque pour que nous l'omettions ici. « Habillez plus à la pandarde vraiment, comme l'on disait de ce temps, qu'à la propreté; portants des chemises à longues et grandes manches, comme Bohêmes de jadis et Mores, qui leur duraient vestues plus de deux ou trois mois sans changer [...]. Montrants leurs poictrines velues et pelues et toutes descouvertes, les chausses plus bigarrées, dechicquetées et balafrées, usant de ces mots; et la pluspart montroient la chair de la cuisse, voire des fesses [...]. C'estoient, la pluspart, gens de sac et de corde, méchants garnements, échappez à la justice, et surtout force marquez de la fleur de lys sur l'espaule, essorillez et qui cachoient les oreilles, à dire vray, par longs cheveux hérissez, barbes horribles, tant pour ceste raison que pour se montrer effroyables à leurs ennemis.-»Pour arrêter les exactions de ces dangereux auxiliaires, François ler, dans un édit, en 1523, prononce la peine de mort contre quiconque lèvera des gens de guerre sans la permission du roi et livre à la merci de qui pourra les prendre : « ces aventuriers, gens vagabonds, oiseux, perdus, meschants, flagitieux, abandonnez à tous vices, larrons, meurtriers, faits pour nuire à chascun, lesquels sont coustumiers de manger et dévorer le peuple, battre, chasser et mettre le bonhomme hors de sa maison.-»Deux autres ordonnances sont rendues en 1527 et 1543 pour le même objet. Ces mesures sévères atteignent leur but, et Brantôme peut dire « qu'il s'est vu sortir de très bons soldats de ces goujats ». Le nom de vieilles bandes fut revendiqué par les bandes de Picardie « Un carré plein, les piquiers au centre, les arquebusiers à l'extérieur, le capitaine en avant, le lieutenant en serre-file et l'enseigne au premier rang des piquiers. Quand le combat s'engageait, les piquiers s'arrêtaient et les arquebusiers, dirigés par le lieutenant, s'éparpillaient en tirailleurs. Si l'action devenait sérieuse, les arquebusiers se retiraient derrière les piquiers, et ceux-ci soutenaient l'attaque en croisant le fer de leurs piques ou s'élançant à la charge sans rompre leurs ordonances. »Les bandes marchaient au son du fifre et, à partir de 1534, à celui du tambour. Elles possédaient comme cadre : un capitaine, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, un caporal ou cap d'escouade par 25 hommes, douze lances-pessades et quatre paiesroyales. On appelait de ces derniers noms des gentilshommes sans fortune qui ne pouvaient se fournir de ce qu'il fallait pour combattre à cheval. Ils servaient alors dans l'infanterie où ils jouissaient de certains privilèges. Bien qu'il soit question encore des bandes dans les ordonnances de 1578 et de 1598, leur existence se termine virtuellement à la fin du règne de Henri II, lorsqu'apparaissent les premiers régiments. Prolongements.
A la même époque des déserteurs
et des soldats congédiés formaient l'association des rougets
et des grisons. Sous les ordres du sieur de la Chenaye ils furent Ion temps
la terreur des environs de Paris,
et notamment de la forêt d'Orléans.
Plus célèbres encore étaient à ce moment les
trais frères Guilleri. Issus de bonne famille, après avoir
servi au temps de la Ligue, sous le duc de Mercœur, ils recrutèrent
une troupe de voleurs avec laquelle ils parcoururent le Lyonnais |
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