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Comtes et marquis de Salisbury

Le titre de comte de Salisbury appartint d'abord aux Longespée ou Lungespée.

Guillaume de Longespée, fils naturel de Henri ll, épousa en 1198, Ela, comtesse de Salisbury, qui lui apporta ce titre. Guillaume, qui avait d'importants domaines en Normandie (notamment Pontorson), joua un très grand rôle à la cour d'Angleterre. Il détruisit en 1213 une partie de la flottille que Philippe de France avait rassemblée dans l'intention de tenter une invasion en Angleterre et l'obligea ainsi à renoncer à ce dessein. En 1216, il passa au service de la France qu'il abandonna bientôt (1217). Après avoir pris part à la croisade et au siège de Damiette (1219), où il accomplit des prodiges de valeur, après être intervenu dans les affaires du Poitou, après avoir accompagné Richard de Cornouailles dans son expédition en Gascogne (1225), il faillit périr au retour dans les parages de l'île de Ré fut, dit la légende, miraculeusement sauvé par la Vierge à qui il avait une dévotion spéciale, mais mourut (7 mars 1226), peu après son arrivée, empoisonné, dit-on, par Robert de Burgh, qui ambitionnait la main de sa femme pour son neveu. La comtesse Ela, qui mourut en 1261, entra en religion et passa le reste de sa vie à fonder des monastères.

Guillaume de Longespée, fils du précédent, né vers 1212, mort en 1250, accompagna lui aussi Richard de Cornouailles à la croisade (1240-1242), puis Henry III en Gascogne, se croisa de nouveau en 1247, rejoignit Louis IX à Damiette en 1259 et accomplit force prouesses. Il se querella fort avec Robert d'Artois, et saint Louis n'ayant pu rétablir l'ordre, il se sépara de lui et se retira à Saint-Jean-d'Acre. Une réconciliation s'ensuivit, puis survinrent de nouvelles querelles. Guillaume périt bravement dans un combat contre les Arabes, près de Mansourah (les chroniques de Mathieu Pâris, de Joinville, etc.).

Le titre de comte de Salisbury passa, en 1337, à William (Guillaume) de Montacute, né en 1301, mort en 1344. Ce Montacute; grand favori d'Édouard ll, participa à l'arrestation de Mortimer, qu'il saisit dans les appartements de la reine mère au château de Nottingham. il guerroya en Écosse, accomplit diverses missions diplomatiques dans le but de liguer les États d'Allemagne et des Pays-Bas contre la France (1337); se battit en Flandre et fut fait prisonnier à Lille en 1340. Remis en liberté après le siège de Tournai (1341) il revint en Angleterre, enleva l'île de Man aux Écossais fit une incursion en Bretagne; prit Vannes, assiégea Rennes, partit ensuite en ambassade en Castille et perdit la vie dans un tournoi. Quelques historiens ont prétendu qu'Édouard III était amoureux de la comtesse de Salisbury et que c'est pour elle qu'il fonda l'ordre de la Jarretière.

 William Montacute, 2e comte, fils du précédent, né le 23 juin 1328, mort le 3 juin 1397, commanda une partie de l'armée du prince de Galles à la bataille de Poitiers (1356), combattit encore en France de 1357 à 1373 et ravitailla notamment Brest assiégée par Du Guesclin. Ambassadeur au congrès de Bruges (1375), il participa aux négociations de 1377 pour la paix avec la France et encore à celles de 1389 et 1392.

John, 3e comte, né vers 1350, mort en 1400, neveu du précédent, fut un des conseillers les plus écoutés de Richard III. Il eut une part importante aux négociations de la paix avec la France et du mariage du roi avec Isabelle. Par contre, il fut très impopulaire. Il contribua largement à la chute de Gloucester et de Warwick. Encore ambassadeur en France en 1399, il empêcha le mariage de Henry, duc de Hereford, avec la fille du duc de Berry. A l'avènement de Henri IV, il fut emprisonné à la Tour, mais fut relâché en 1397, malgré les clameurs des habitants de Londres qui réclamaient son exécution. Il prit aussitôt part à un complot contre le roi, mais avec Kent et Lumley il fut saisi par la foule à Cirencester et immédiatement décapité, Sa tête fut exposée sur le pont de Londres. Salisbury, fort attaché à Richard Il, grand admirateur des écrivains français, fut en horreur aux Anglais. Les historiens cléricaux l'ont peint sous les plus noires couleurs et l'appellent communément  « le partisan des lollards, le contempteur des sacrements et de la religion ».

Thomas, 4e comte, fils du précédent, né en 1388, mort en 1428 eut une fille, Alice, qui épousa Richard Neville auquel passa en 1428 le titre de comte de Salisbury. Ce titre vint ensuite dans la famille Cecil, auquel il fut conféré en 1605 par Jacques Ier en la personne de Robert Cecil.

Le premier marquis de Salisbury (créé le 18 août 1789) fut James Cecil, né le 14 septembre 1748, mort le 13 juin 1823. 

Le 2e marquis fut James Brownlow William Gascoigne Cecil, né 17 avril 1791, mort le 12 avril 1868, garde du grand sceau dans le cabinet Derby de 1852 et président du conseil privé de 1858 à 1859. 

Robert Arthur Talbot Gascoigne-Cecil, marquis de Salisbury, né le 3 février 1830, mort en 1903 fils du précédent. Brillant élève d'Oxford, il fut élu membre de la Chambre des communes par Stamford en 1853. Il s'appelait alors lord Cecil, nom qu'il porta jusqu'en 1865, il prit ensuite et jusqu'à la mort de son père le titre de vicomte Cranborne. Conservateur décidé, collaborateur zélé des principaux  périodiques, en particulier de la Quarterly Review, il ne tarda pas à se faire un nom par les consultations qu'il donna sur les grandes questions politiques du temps, surtout sur celles qui avaient trait aux intérêts de l'Église anglicane. En 1866, il fut nommé secrétaire d'État pour l'Inde dans le cabinet Derby. Démissionnaire le 2 mars 1867, parce qu'il ne pouvait s'associer aux vues de ses collègues sur la réforme parlementaire, il devint le 12 novembre 1869 chancelier de l'Université d'Oxford. Il reprit en 1874 les fonctions de secrétaire pour l'Inde dans le ministère Disraeli, puis fut désigné pour accomplir  une ambassade spéciale en Turquie (1876), au moment où des complications se produisirent dans la question d'Orient. Salisbury dirigea les débats de la conférence de Constantinople (1877-1878). À son retour; il fut nommé ministre des affaires étrangères (2 avril 1878). Il représenta l'Angleterre au congrès de Berlin avec Beaconsfield qu'il remplaça après sa mort (9 mai 1881), comme leader des conservateurs à la Chambre des lords. Salisbury opposa la plus énergique résistance à la politique de Gladstone. Il combattit notamment I'Irish Land Act de 1881 (L'histoire de l'Irlande) et la politique suivie en Égypte. Après la chute de Gladstone (juin 1885), il devint premier ministre, et tomba en janvier 1886 sur la discussion de l'adresse. Mais les unionistes l'ayant emporté aux élections générales, Salisbury reprit le gouvernement. Il se rapprocha de la Triple Alliance et comprima avec une grande dureté l'agitation irlandaise. 
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Salisbury.
Lord Salisbury.

Parmi les mesures les plus importantes qu'il proposa, il convient de signaler le projet de réforme de la Chambre des lords (1888), et la création de la pairie à vie. Ses grandes qualités d'homme d'État étaient fort estimées, même à l'étranger, et l'empereur d'Allemagne, pendant son séjour en Angleterre, lui fit une visite qui fut remarquée et commentée (1891). Après le succès éphémère des libéraux gladstoniens en 1892, il se retira le 13 août, mais les unionistes et les conservateurs reprirent le dessus aux élections d'octobre 1895, et lord Salisbury, appuyé sur une majorité imposante, constitua un nouveau cabinet dans lequel l'ancien radical Chamberlain, chargé des colonies, prit un rôle prépondérant. Les difficultés intérieures passèrent au second plan, et la politique étrangère occupa presque seule l'opinion publique. Salisbury se rapprocha des États-Unis à l'occasion de leur guerre contre l'Espagne (1898). Dans le Levant, il s'associa à la politique expectante de la Russie lors des massacres d'Arménie et des affaires de Crète où l'attitude de l'Angleterre fut assez effacée. Mais il obligea la France à reculer dans l'affaire de Fachoda (1898)  (L'histoire de la Nubie et du Soudan oriental)et à abandonner à l'Angleterre le bassin du Haut-Nil. Le fait capital de son ministère est la guerre de conquête entreprise contre les Boers du Transvaal et de l'État libre d'orange (1899-1901) (L'histoire de l'Afrique Australe). Malgré les échecs du début, l'opinion anglaise, gagnée aux idées « impérialistes », manifesta son approbation de la politique suivie, et aux élections générales d'octobre 1900, les conservateurs maintinrent exactement leurs positions, leur majorité demeurant de 130 voix environ. Lord Salisbury en profita pour remanier le cabinet en augmentant la part d'influence des conservateurs proprement dits, de manière à restreindre celle de Chamberlain, dont il ne semble pas approuver les exagérations, Lui-même abandonna le ministère des affaires étrangères à son ami lord Lansdowne pour se consacrer à la direction générale du ministère. Dans les affaires de Chine, l'Angleterre, paralysée par la guerre du Transvaal, eut un rôle secondaire. Après avoir revendiqué pour sa sphère d'influence le bassin du Yang-Tsé-Kiang (Yangzi Jiang), elle y reconnut des droits égaux à l'Allemagne et dut se borner à soutenir sur le papier l'intégrité de l'Empire chinois. (R. S.).

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Dictionnaire biographique
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