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| Dictionnaire | |
| Quiétisme.
- Le mot même de quiétisme est entendu en deux sens nettement
distincts : au sens large, on désigne souvent par là une
conception
commune à la philosophie de l'Inde, au néo-platonisme
alexandrin Le quiétisme apparaît assez brusquement dans la seconde moitié du XVIIe siècle, et disparaît presque aussitôt, frappé par la condamnation de Rome. Ce n'est pas l'oeuvre personnelle d'un homme; MoIinos lui-même ne l'a pas inventé; mais de nombreux religieux, par leurs écrits ou leurs prédications, exposent presque en même temps les idées principales de la doctrine. Elle répond en effet à une double tendance, très puissante à ce moment précis : d'une part, un sentiment mystique exalté qui veut épurer l'amour divin en le dégageant de tout calcul égoïste; d'autre part et surtout la préoccupation pratique de faciliter l'oraison, de rendre accessible à tous la plus haute piété, de sorte que « l'oraison extraordinaire », jusque-là réservée à quelques âmes d'élite; devienne le commerce habituel des âmes avec Dieu. Les principaux ouvrages qui défendent
ces idées et qui posent les bases du quiétisme sont : une
lettre du P. Falconi, de l'ordre de N,-D, de la Mercy, imprimée
à Madrid Pour dégager les idées principales du quiétisme, il nous faut rassembler des théories éparses dans les différents ouvrages que, nous avons cités, et plus ou moins nettement formulées. C'est ce qu'ont fait et la cour de Rome pour les condamner et Bossuet pour les discuter. Voici les points essentiels : 1° Les quiétistes rejettent la plupart des formes de l' « oraison ordinaire », telles que la méditation, la demande , etc., pour y substituer la, seule contemplation « passive ou unitive », dans laquelle l'âme s'unit intimement à Dieu, objet de son amour, et atteint ainsi à la plus haute perfection et béatitude possible. Mais l'examen des conditions de cette contemplation unitive conduit à rejeter toutes les voies discursives. Il faut arriver à l'intuition pure; comme l'esprit humain ne peut que parcourir successivement les termes d'une diversité, c'est donc l'unité seule de Dieu qu'il doit contempler. D'où le caractère « confus, général et indistinct » de la vue qu'on a de Dieu (Bossuet, Instr. sur les états d'oraison). On évitera d'attacher sa pensée sur les personnes de la Trinité, sur les attributs de Dieu, surtout sur les idées trop concrètes qui se rattaclient à Jésus-Christ, l'incarnation, la résurrection, etc., pour ne considérer qu'une idée synthétique, nécessairement confuse, de la divinité. La contemplation unitive exige l'absolue simplicité de l'idée de Dieu. De là, deux graves difficultés : d'abord, au point de vue chrétien, le quiétisme néglige, comme le dit fortement Bossuet, les idées qui appartiennent proprement au christianisme, et il tend à un vague théisme ; d'autre part, du point de vue rationnel, il semble qu'il méconnaisse les conditions mêmes de la connaissance et de la pensée, et, pour échapper au raisonnement discursif, il tend au suicide de la raison.Cette théorie soulève des difficultés au point de vue chrétien, Dieu étant le principe de toute perfection ne peut être aimé indépendamment de notre propre bien; ensuite, au point de vue rationnel, est-il possible d'imaginer un amour totalement dégagé de toute idée du bien ou de la perfection; enfin, au point de vue pratique - et cela semble surtout ici avoir inquiété Bossuet - c'est beaucoup trop raffiner et éloigner de la religion les âmes simples, peu capables d'une telle perfection. 3° L'âme, une fois parvenue à la contemplation unitive de Dieu, conserve indéfiniment, sans nouvel effort, la perfection et la béatitude qui y sont attachées. Dans les actes de la condamnation des quiétistes (Œuvre compl. de Bossuet, Besançon, 1841, t. XIV, p. 266), cette doctrine est très nettement expliquée : « La contemplation ou l'oraison de quiétude consiste à se mettre en la présence de Dieu par un acte de foi obscure, pure et amoureuse; et ensuite, sans pousser plus avant et sans écouter ni raisonnement, ni image, ni pensées aucunes, à demeurer ainsi oisif : parce qu'il est. contre la révérence qu'on doit à Dieu de réitérer le premier acte; lequel aussi est d'un si grand mérite et valeur qu'il contient en soi à la fois, et même encore avec un plus grand avantage, les actes de toutes les vertus et dure tout le temps de la vie pourvu qu'il ne soit point rétracté par un acte contraire: d'où vient qu'il n'est pas nécessaire de le réitérer ».En somme, au point de vue catholique, ce qui fait l'intérêt du quiétisme, c'est d'avoir voulu purifier l'amour divin de tout sentiment intéressé et d'avoir cherché dans les « voies intérieures » le moyen d'élever l'âme au plus haut degré de perfection et. de bonheur. Bossuet semble avoir très profondément compris qu'une telle doctrine menait au protestantisme Mais il semble qu'an point de vue rationnel et philosophique le quiétisme soulève des difficultés non moins graves. Les conditions réelles de la connaissance, du sentiment et de l'activité n'y sont-elles pas constamment méconnues? Aussi la plupart des cartésiens firent-ils cause commune avec Bossuet. Malebranche, Régis prirent nettement parti contre le quiétisme, et Leibniz, dans des lettres à Th. Burnet et à Nicaise, le condamne presque dans les mêmes termes que Bossuet (Fr. Bouillier, II, XV). Il faut pourtant signaler qu'en Hollande, sous l'influence de la philosophie de Spinoza (la théorie de l'intuition n'est pas sans rapports avec la doctrine quiétiste de la contemplation unitive), une secte théologique assez voisine du quiétisme fut fondée par un disciple de Spinoza, Van Hattern (Fr. Bouillier, I, XIX). ( G. Beauvalon). |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.