Les gens

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Bonnet (Charles), philosophe et naturaliste né à Genève le 13 mars 1720, mort à Genève le 20 juin 1793, d'une famille française réfugiée dans cette ville. Il étudia  d'abord la  jurisprudence et fut reçu docteur en 1743, mais il ne tarda pas à renoncer à cette science aride pour étudier la nature; dès lors toute sa vie fut consacrée à cette étude. De 1752 à 1768, il fut membre du Grand Conseil, puis se retira à sa propriété de Genthod sur le lac de Genève.

C'est séduit par la lecture du Spectacle de la nature de Pluche, de la Bible de la nature de Swammerdam, et des magnifiques recherches de Réaumur sur les insectes, que Bonnet se prit d'un amour si ardent pour l'histoire naturelle. Dès l'âge de dix-huit ans, il découvrit un fait extrêmement curieux, à savoir que les pucerons sont féconds pendant plusieurs générations sans accouplement; ce fait a reçu le nom de parthénogenèse. En 1741, ayant lu, d'après Abraham Trembley, que le polype d'eau douce présentait la singulière propriété de régénérer les parties qu'on lui a coupées, il répéta ces expériences, les multiplia et les étendit à un grand nombre de vers et d'insectes. Un an après, il reconnaissait que les stigmates des insectes sont les orifices de leurs organes respiratoires; il étudiait et décrivait avec soin le taenia. 

Le Traité d'insectologie, ou observations sur les pucerons (Paris, 1745, 2 vol. in-8, avec 4 pl.) renferme la plupart des curieuses observations de Bonnet. Nous devons encore citer de lui Rech. sur l'usage des feuilles dans les plantes, etc. (Goettingen, 1754, in-4), remarquable travail de physiologie végétale, et considérations sur les corps organisés (Amsterdam, 1762 ou 1768, 2 vol, in-8), ouvrage dans lequel se trouvent réunies et comparées les notions les plus certaines sur l'origine et la reproduction des êtres. 

Malgré sa modestie, Bonnet ne put échapper aux sarcasmes du philosophe de Ferney (Voltaire). Membre d'un grand nombre de sociétés savantes, il ne fut admis que tardivement parmi les membres de l'Académie de Paris qui lui pardonnait difficilement certaines attaques victorieuses contre les idées de Buffon. (Dr L. Hn.).

Célèbre à vingt ans, Bonnet se vit arrêté, dans ses études positives, par la faiblesse de ses yeux qu'avait fatigués l'usage du microscope, et il se tourna vers la psychologie, la philosophie des sciences et la métaphysique :

 « On reconnaît toujours, dit avec raison Cuvier, dans les écrits de cette seconde période, aux faits dont ils sont partout nourris, au soin avec lequel l'auteur évite de se perdre dans les systèmes fondés sur l'abus des termes abstraits, le philosophe entré dans la métaphysique par le chemin de l'observation. » 
Bonnet prit pour guides, dans ses nouveaux travaux, Malebranche et surtout Leibniz, mais aussi Locke et Hartley. Avec Malebranche il admet la préexistence des germes, qu'il place dans les femelles, et les idées qu'il développe à ce sujet dans les Considérations sur les corps organisés sont acceptées et appuyées par Spallanzani et Haller. Dès 1748, il lit la Théodicée de Leibniz; cet ouvrage, qu'il appelle plus tard une vaste forêt où l'on a trop négligé de pratiquer des routes, fut alors pour son esprit une espèce de télescope qui lui découvrit un autre univers; il y recueillit les oracles de la sagesse, s'efforça d'en pénétrer le sens profond, sans se lasser d'admirer la sublimité et la fécondité des principes qu'ils enveloppaient. Aussi le disciple de Réaumur en vint-il à mépriser les nomenclatures fastueuses qu'osent donner, pour le système de la nature, des savants pareils à des écoliers qui voudraient faire l'index d'un gros in-folio dont ils n'ont lu, et mal lu, que la tête et les premières pages.

Dans la Contemplation de la nature (1764-65, 2 vol.), un des livres éminemment propres, selon Cuvier, à inspirer aux jeunes gens le goût de l'étude et le respect pour la Providence, Bonnet s'attache à la proposition de Leibniz que tout est lié et que la nature ne fait point de sauts, il l'applique non seulement aux événements successifs, mais encore aux formes des êtres, à la gradation de leur  nature physique et morale. Ramenant tous les êtres terrestres à quatre classes, les êtres bruts ou inorganisés, les êtres organisés et inanimés, les êtres organisés et animés, les êtres organisés, animés et raisonnables, il ne voit aucun caractère distinctif, d'une valeur absolue, entre l'animal et le végétal, entre le chat et le rosier; il indique dans une échelle fameuse, l'orang-outang et le singe, l'autruche et les poissons volants, les serpents d'eau et les limaçons, les teignes, les sensitives et les ardoises, comme les degrés qui nous permettent de passer de l'homme aux quadrupèdes, de ceux-ci aux oiseaux, puis aux poissons, aux serpents, aux coquillages, aux insectes, aux plantes et aux pierres. Peut-être y a-t-il des mondes où il n'existe que des êtres inorganisés et inanimés, peut-être y en a-t-il où les rochers sont organisés, où les plantes sentent, où les animaux raisonnent, où les hommes sont des anges, 

« Quelle est donc, dit Bonnet allant de la philosophie à la théologie, l'excellence de la Jérusalem céleste où l'ange est le moindre des êtres intelligents !»
Avant d'aborder la philosophie des sciences, Bonnet avait publié un Essai de psychologie (1754), qu'il compléta six ans plus tard par un Essai analytique sur les facultés de l'âme, dans lequel il imaginait, comme Condillac l'avait fait dans  le Traité des sensations dès 1754, une statue qu'il animait par degrés, afin de montrer comment l'homme, par l'exercice des sens et la réflexion, acquiert les idées les plus simples et crée les idées les plus abstraites, même celle de Dieu dont l'existence est tirée de la contemplation des faits, dont les attributs sont déduits des traits de puissance, de bonté, de sagesse que nos sens perçoivent en ce monde. Dans cette psychologie, la physiologie a, comme chez Hartley, une grande part. Accusé de matérialisme et de fatalisme, Bonnet se disculpa dans sa Palingénésie philosophique (1770, 2 vol.), où il traita en outre de la renaissance, de la résurrection, de l'état futur des hommes et des animaux, en reprenant et développant les idées exposées déjà dans ses précédents ouvrages.

Il y a des germes invisibles et indestructibles, presque aussi compliqués que les animaux adultes qui, créés tous ensemble, ont été enfermés dans des corps vivants où ils sont emballés les uns dans les autres en attendant leur tour de croître et de se développer : l'apparition d'un nouvel être vivant n'est donc pas le produit dune génération, mais celui de l'évolution d'un germe préexistant, Les animaux qui ont précédé la révolution décrite dans la Genèse, étaient différents de ceux qui existent actuellement; ceux qui habiteront la terre, après la révolution nouvelle qu'a annoncée la Bible, seront composés d'une matière dont la rareté et l'organisation les mettront à l'abri des altérations qui, survenant aux corps grossiers, tendent continuellement à les détruire. L'homme occupera, dans la vie nouvelle, une place déterminée par les progrès qu'il aura réalisés ici-bas dans la science et la vertu; il se développera en lui des organes nouveaux, en rapport avec le nouveau séjour qu'il doit habiter, et son âme sera ainsi associée à un corps nouveau, déjà en germe dans le corps actuel.

Bonnet a eu, comme philosophe, des disciples et des successeurs, Lesage, Prévost, Dumont, Bodmer, qui ont conservé ses doctrines en tout en partie; Cabanis le proclamait un grand naturaliste et un grand métaphysicien, M. de Biran l'étudiait et l'admirait. Son nom restera, dans l'histoire de la philosophie, celui d'un émule de Condillac, d'un des précurseurs de la psychologie physiologique et des théories transformistes, mais d'un transformisme à part, mêlé de leibnizianisme et de christianisme. (F. Picavet).



En bibliothèque - Bonnet, Oeuvres complètes - Neufchâtel; 10 vol.
in-4 ou 18 vol. in-8. 1779.1783. - Jean  Trembley, Mémoire pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de Bonnet, 1754. - Cuvier, Recueil des éloges historiques, vol. I.- Papillon, Histoire de la philosophie, vol. II. - Albert Lemoine. Bonnet philosophe et naturaliste. E. Perrier, la Philosophie zoologique avant Darwin.
Bonnet (Pierre Ossian). - Mathématicien  né en 1819, ancien élève de l'École polytechnique, ancien répétiteur et ancien directeur des études à la même école, professeur à la Sorbonne, membre, à partir de 1862, de l'Académie des sciences. Les nombreux travaux de ce savant concernèrent l'algèbre, la mécanique rationnelle, la physique mathématique, l'astronomie, mais surtout la géométrie pure et, en particulier, la théorie des surfaces. La plupart ont été publiés dans le Journal de mathématiques; ils renferment souvent des résultats d'une remarquable élégance. On peut citer, par exemple, l'expression de la plus courte distance de deux tangentes infiniment voisines d'une courbe gauche : Bonnet trouve qu'elle est égale au sixième du produit de l'arc par l'angle de contingence et par l'angle de torsion. On peut citer aussi un théorème d'après lequel toute surface réglée qui se déforme en restant réglée conserve les mêmes génératrices rectilignes (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1864), etc.
Bonnet (Théophile). - Médecin de Genève, 1620-1689, fut un des créateurs de l'anatomie pathologique. Dans son traité intitulé : Sepulchretum seu anatomia practica (Genève, 1679, 2 vol. in-fol.), il rend compte de beaucoup d'ouvertures de cadavres; cet ouvrage traça la route à Morgagni. On lui doit aussi le Phare des Médecins, où il indique les écueils, et un des premiers dictionnaires de médecine, sous le titre de Mercurius compilatus, 1682.

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