.
-

Boucher

François Boucher est un peintre français, né à Paris le 29 septembre 1703, mort le 30 mai 1770. Son père, Nicolas Boucher, « maître peintre, dessinateur de broderies, de fortune médiocre  »,  fut sans doute son premier maître. Il reçut ensuite des leçons de Lemoyne, entra chez le père de Cars, le graveur, qui faisait commerce de «  thèses », et qui l'employa à composer des dessins d'encadrement pour diplômes de franc-maçons, armoiries on souvenirs de première communion, culs-de-lampes, frontispices, fleurons, emblèmes, etc.

En 1722, il était chargé de faire les dessins d'une nouvelle édition de l'Histoire de France, du Père Daniel, et, en 1723, il remportait le prix de peinture à l'Académie, sur ce sujet : Evilmerodach, fils et successeur de Nabuchodonosor, délivrant Joachim des châines dans lesquelles son père le retenait depuis longtemps. En 1725, il exposait  «  plusieurs petits tableaux » à l'Exposition de la jeunesse, place Dauphine; il était, en outre, engagé par M. de Julienne à collaborer à l'Oeuvre d'Antoine Watteau, gravé d'après les tableaux et dessins originaux tirés du cabinet du roi et des plus curieux de l'Europe et, en 1721, il partait pour Rome (mais non pas, comme on l'a dit, à titre de pensionnaire de l'Académie), où Wleughels, directeur de l'Académie, le « fourrait dans un petit trou de chambre », hospitalité gracieuse souvent offerte à de jeunes artistes externes et même étrangers. 

On ne sait presque rien de ce séjour; il est probable qu'il en profita pour étudier l'Albane et Pietro da Cortone, à qui on l'a si souvent comparé, plutôt que Raphaël ou Michel-Ange. Il faut signaler pourtant un Recueil des différents caractères des têtes tirées de la colonne Trajane, dessiné par Boucher et édité par Hutin. Les critiques du temps trouvent que « les tableaux qu'il peignit en revenant d'Italie sont pleins de beautés mâles et vigoureuses ». Il est difficile de dire quels étaient ces tableaux; peut-être le Mariage des enfants de Dieu avec les enfants des hommes, Rachel et Jacob, Eliezer et Rebecca, les Jésuites martyrs au Japon, dont Laurent Cars publia de très belles estampes et dont les originaux ont disparu. Le 24 novembre 1731, il était agréé à l'Académie comme peintre d'histoire et, en 1732, il peignit Vénus commandant â Vulcain des armes pour Enée. Comme dans la Naissance et la Mort d'Adonis qui sont de la même époque, c'est surtout l'influence de Lemoyne qui se fait sentir dans ce tableau.

Ses biographes répètent à l'envi qu'il était né « sensible, aimable et voluptueux ». Il faut reconnaître en tout cas qu'il sut ménager dans sa vie de plaisir une large place au travail et suffire à une production énorme. Le 21 avril 1733, il épousait à l'église Saint-Roch Marie-Jeanne Buseau, dont Latour a fait un pastel et qui a gravé dans l'atelier de son mari quelques pièces signées : Uxor ejus sculpsit

Le 30 janvier 1734, il fut reçu académicien pour le tableau Renauld et Armide; la même année, il peignait, pour la chambre de la reine, à Versailles, les quatre grisailles de la Charité, l'Abondance, la Fidélité, la Prudence, tandis que paraissait la grande édition de Molière, en 6 vol. in-4, dont il avait fait les illustrations gravées par Cars, et successivement une série d'estampes et de recueils tels que les Cris de Paris, les Livres de sujets et Pastorales, les Éléments, les Saisons, les Groupes d'enfants, etc. Le 2 juillet 1735, il fut nommé, avec Carle Vanloo et Natoire, adjoint à professeur.
-

Boucher : le bain de Diane.
Diane sortant du bain, par François Boucher (1742).

Oudry, directeur depuis 1734 de la manufacture de Beauvais, lui demanda des sujets pour ses ouvriers; c'est ainsi que furent faits l'Ariane abandonnée, la Fête de Bacchus, la Balançoire, etc. Le 7 juillet 1737, il fut nommé professeur titulaire à l'Académie et il envoyait à l'exposition intime qui précéda l'élection « trois tableaux de fantaisie, de figure et de paysage faits pour le roy », et au Salon, qui rouvrit le 18 août, après une longue interruption, quatre tableaux chantournés, représentant divers sujets champêtres et les Quatre Saisons « pour le Roy ». Aux Salons de 1737 à 1740, parut la série des peintures qu'il avait été appelé à exécuter pour l'hôtel de Soubise (aujourd'hui palais des Archives nationales) avec Parrocel, Carle Vanloo, Natoire, Trémolières et Restout : ce sont l'Education de l'Amour par Mercure, l'Aurore et Céphale, Vénus entrant au bain. Il commençait en même temps à exposer ces paysages, « où paraît un moulin », vrais décors d'opéra-comique.

Il arrivait alors à la maturité et entrait dans la pleine possession de son talent et de la faveur publique. Il devenait le peintre par excellence d'une société avide de divertissements, d'un siècle qui fit un art du plaisir et de la volupté. Il fournit à la manufacture de Beauvais, aux marchands d'estampes et de chinoiseries, nouvellement mises à la mode, aux amateurs et à la cour, des cartons, des dessins, des tableaux - dont quelques-uns, tels que la Naissance de Vénus (1740) (aujourd'hui au musée de Stockholm); la Poésie épique (1741) et l'Histoire (1742) pour la bibliothèque du roi (l'Eloquence et l'Astronomie ne furent faits que plus tard).  Diane sortant du bain et la Pastorale sont de sa meilleure manière. 

La Femme couchée (1745), de la collection Rothan, la Toilette (1746), au musée de Stockholm, la Pastorale (pensent-ils aux raisins?), également aumusée de Stockholm, les décorations pour l'Opéra, les panneaux pour le grand cabinet du dauphin (1747), le tableau pour la chambre à coucher du roi à Marly, Vénus priant Vulcain de forger des armes pour Enée, l'Enlèvement d'Europe (1747), le But, aujourd'hui au Musée du Louvre, etc., ne suffisaient pas à remplir tout son temps, où les plaisirs et les coulisses de l'Opéra tenaient une grande place. Depuis 1743, il était décorateur en titre de l'Opéra où il avait succédé à Servandoni et où il présida « aux décors et costumes de plusieurs ballets », sans parler des décors pour le théâtre de la foire Saint-Laurent et pour les scènes de Bellevue ou des « petits appartements » que dirigeait la nouvelle favorite, sa protectrice et son élève, Mme de Pompadour

La critique commençait à mêler à ses louanges pour « l'Anacréon de la peinture » quelques réserves; son travail ne pouvait plus être, en effet, qu'une improvisation hâtive. Les commandes affluaient de tous côtés. Les comptes des bâtiments sont remplis, pour les années 1746 et suivantes, de mémoires de tableaux exécutés par lui pour le chancelier où le garde des sceaux, pour les manufactures royales, pour les chambres de Fontainebleau, de Choisy, de Bellevue, pour le cabinet de la reine ou la chapelle de la Pompadour... Il trouvait cependant encore le temps de s'appliquer quelquefois et, en 1754, il peignait la Réunion des génies des arts, du musée d'Angers; Latone dans l'île de Délos, de la collection Belle, à Tours ( « un des plus beaux Boucher », dit Paul Mantz); en 1753, le Soleil qui commence son cours et chasse la Nuit (un de ses chefs-d'oeuvre) pour le palais de Fontainebleau, le Lever et le Coucher du soleil; il obtenait une pension et un logement au Louvre; il était, à l'apogée de la faveur et de la renommée.

En 1757, il exposait le portrait de Mme de Pompadour (collection Rothschild), pour laquelle il venait de peindre la Muse Erato et la Muse Clio; le Repos en Egypte (musée de l'Ermitage), et l'Enfant Jésus avec saint Jean-Baptiste (1758) (musée des Offices); en 1759, une Nativité que Diderot aurait bien voulu accrocher chez lui, en dépit « de son coloris faux et du lit à baldaquin ridicule »; la Prédication de saint Jean-Baptiste (église Saint-Louis, à Versailles) et les Trois Grâces portant l'Amour (galerie Lacaze), une vive et charmante esquisse. La mort de Mme de Pompadour (15 avril 1764), lui enleva une puissante protectrice; mais Marigny lui resta fidèle et, malgré le déclin de sa faveur, il lui fit obtenir, à la mort de Carle Vanloo, la place enviée de premier peintre du roi (8 août 1765). Mais déjà vieux et usé, dérouté par le commencement de la réaction classique, Boucher ne devait plus retrouver ses anciens succès ni son aimable génie. On le voit figurer pourtant à tous les Salons, où Diderot le maltraitait de plus en plus durement; on le voit même reparaître à l'Opéra où il monte Castor et Pollux (1764), Thétis (1765), Sylvia (1766), Titon et l'Aurore (1768), mais sa main s'alourdissait. « Le peintre des grâces » n'avait pas le droit de vieillir!...

Le Salon de 1769 fut sa dernière exposition; il y envoyait une Caravane de bohémiens « dans le goût de Benedetto Castiglione ».  « Le vieil athlète n'a pas voulu mourir sans se montrer encore une fois sur l'arène », écrivait Diderot. Il mourait peu après et fut enterré à Saint-Germain-l'Auxerrois. Sa réputation déclina rapidement après sa mort et, pendant la réaction classique, il fut mis au ban de l'Ecole française; on le signala comme un corrupteur de la jeunesse, qui  « n'avait aiguisé ses crayons et broyé ses couleurs que pour charmer les yeux du vice ». Ses meilleurs tableaux ne trouvaient pas d'acquéreurs dans les ventes publiques... On est revenu aujourd'hui de ces injustes rigueurs; on lui a rendu la place qui lui appartient parmi les « petits maîtres» du XVIIIe siècle. On le considère, à bon droit, comme un des plus charmants décorateurs de cette époque. Le mot de David (qui, chose remarquable, prit toujours sa défense, se rappelant, sans doute, les services qu'il en avait reçus dans sa jeunesse) reste vrai : «-N'est pas Boucher qui veut! » (André Michel).

.


Dictionnaire biographique
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

[Pages pratiques][Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2006 - 2011. - Reproduction interdite.