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La sculpture en France
L'art sculptural n'a jamais été développé chez les Gaulois : on n'en a conservé que quelques statuettes en terre cuite, recueillies dans les musées ou les collections particulières. On en voit, au musée de Sèvres, une qui est fort grossièrement dessinée. Les monuments de l'art grec dans la Gaule sont également très rares; on peut citer la Diane qui se trouve aujourd'hui à Rome, dans la galerie Albani. Pendant la domination romaine, un Gaulois nommé Zénodote, qui sculptait de petites figures et des vases avec une minutieuse délicatesse, éleva dans la ville des Arvernes un Mercure colossal, et l'empereur Néron fit venir l'artiste à Rome pour lui commander sa propre statue.

Pendant le Moyen âge, les statuaires qui ont travaillé à l'ornementation des églises ont tiré leurs sujets de l'histoire religieuse, et l'on peut voir dans certains monuments quelle place importante fut donnée à cet art : les statues, grandes on petites, se comptent par milliers dans les cathédrales. Les scènes le plus fréquemment représentées, outre celles que fournit la vie de J.-C., sont le Pèsement des âmes, le Jugement dernier, les Peines de l'Enfer; ou bien les sculpteurs ont figuré la généalogie de la Vierge par la série des rois de Juda, les sept péchés capitaux, les Vierges sages et les Vierges folles, toutes sortes de légendes empruntées à la Vie des Saints, les principaux traits de l'histoire des saints patrons; ils ont fait les statues des rois et reines, des seigneurs et nobles dames qui avaient fondé les édifices ou en avaient été les bienfaiteurs; ils ont donné la série des évêques et des abbés. La statuaire, aussi bien que la peinture sur verre, servait à l'enseignement des idées religieuses; ses types, en quelque se sorte traditionnels, généralement déterminés, contribuaient â l'instruction du peuple, et étaient connus et compris des plus ignorants.

Il y a lieu de distinguer plusieurs périodes dans l'histoire de la statuaire au Moyen âge. Jusqu'à la fin du XIe siècle, on trouve deux types très différents : l'un, court et rond, dépourvu de noblesse et de beauté, est l'oeuvre d'ouvriers ignorants, qui imitent l'art romain dégénéré, ou qui s'abandonnent à leur grossier instinct; l'autre, qu'on nomme le type byzantin, se reconnaît aux proportions géométriques des figures, aux plis comptés et parallèles des draperies, au fini des détails, aux yeux saillants, fendus, relevés vers leur extrémité extérieure. Au XIIe siècle, un nouveau type domine : les personnages s'allongent hors de toute proportion; ils conservent pourtant le mérite d'expression et d'exécution qui caractérise le type byzantin. Les plus beaux modèles des XIe et XIIe siècles sont le tympan de la cathédrale d'Autun, où un artiste du nom de Gilbert a représenté le Jugement dernier, ceux des abbayes de Vézelay et de Moissac, et les statues du portail occidental de la cathédrale de Chartres.

Le XIIIe et le XIVe siècle constituent le plus bel âge de la statuaire religieuse, et l'on en trouve les oeuvres les plus complètes à Notre-Dame de Paris, à la cathédrale d'Amiens, aux portails latéraux de celle de Chartres, à la Sainte-Chapelle de Paris (les statues statues des apôtres), à la façade occidentale des cathédrales de Reims, d'Auxerre et de Lyon. Alors on possède l'art de donner au corps ses proportions véritables, à la physionomie une expression et un jeu naturels, de déterminer avec précision les mouvements des membres, de draper avec simplicité, de fixer les rapports des divers personnages d'un groupe, de mettre une certaine harmonie dans l'ensemble et ans les détails. Avec le XVe siècle le caractère religieux de la statuaire est altéré par l'invasion du naturalisme : les artistes ont fait des progrès considérables pour la pureté du dessin, pour l'exactitude des formes et des muscles; mais ils ont de l'exagération, quelque chose de tourmenté, dans les poses et les draperies. Un des plus beaux spécimens de cette période est le monument appelé Puits de Moïse, à Dijon; c'est l'oeuvre des frères Claux, qui ont exécuté dans la même ville les magnifiques tombeaux des ducs de Bourgogne, Philippe le Hardi et Jean sans Peur.

Pour embrasser dans son ensemble la sculpture du moyen âge, il faut ajouter à la statuaire monumentale : 

1° les oeuvres en bas-relief; 

2° les dalles funéraires ou pierres tombales, ornées de sculptures en creux; on en compte encore aujourd'hui, dans la cathédrale de Châlons en Champagne, 526, dont 251 entières, et les cathédrales de Noyon et de Laon, l'église Saint-Urbain à Troyes, en sont pavées en entier; 

3° une très grande quantité d'ouvrages en bronze;

4° l'infinie variété d'objets sculptés en bois, stalles, chaires, retables, diptyques, buffets, dressoirs, bahuts, portes, etc.; 

5° l'ivoirerie ou sculpture en ivoire; 

6° la ciselure, qui s'appliqua à décorer les armures, les coffret, les croix, les reliquaires, les châsses, etc.;

7° une foule de morceaux de petite sculpture, objets de luxe et de toilette, exécutés par les huchiers, tabletiers, ébénistes et tourneurs.

Souvent les statues et les bas-reliefs étaient peints. II existe encore des exemples remarquables de cette sculpture polychrome; tels sont les bas-reliefs du choeur dans les cathédrales de Paris et d'Amiens, et les statues de l'église d'Avioth (Meuse).

Bien peu de noms de sculpteurs au Moyen âge sont parvenus jusqu'à nous. Sous le règne de Charles V, on cite Jean Ravy, qui travailla à Notre-Dame de Paris, Raymond du Temple, Jean de Saint-Romain, Jean de Launay, Guy de Dammartin, Jacques de Chartres, Jean de Liège, Pierre Auguerrand, Guillaume Jasse, Philippe de Foncières. Le silence de l'histoire s'explique peut-être par ce fait, que la sculpture fut simplement au moyen âge une annexe de l'architecture pour la décoration des monuments. Ce n'était pas dans la statuaire que pouvaient s'opérer les plus grands progrès, parce que rien ne lui était peut-être moins favorable que ces niches resserrées où l'on ne pouvait placer que des figures droites et roides : mais le style ogival était très favorable à la sculpture d'ornement, par la variété et la multiplicité qu'il permettait.
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Soubassement du tombeau des ducs d'Orléans, à Saint-Denis
Bas-reliefs ("Martyrs") du soubassement du monument des ducs d'Orléans
dans la basilique de Saint-Denis.

La Renaissance du XVIe siècle amena une transformation de l'art : la sculpture abandonna les traditions nationales et chrétiennes, pour adopter le style italien et antique. Dés le règne de Louis XII, le cardinal d'Amboise envoya un artiste de Tours, Jean Juste, étudier en Italie les oeuvres des maîtres : puis, François Ier appela en France Benvenuto Cellini et Paul Ponce Trebatti. L'un sculpta le bas-relief en bronze de la Nymphe couchée que l'on voit à la salle des Caryatides au vieux Louvre; l'autre travailla aux ouvrages de stuc du palais de Fontainebleau, fit le tombeau du prince Alberto Pio de Carpi qu'on a placé au musée du Louvre, sculpta la chambre de Henri II au même palais, et la façade orientale des Tuileries. Parmi les sculpteurs employés dans !es châteaux royaux sous la direction des Italiens le Rosse et le Primatice, on cite François Libon, François Saillant, Jean Pometart, Gentil de Troyes, Marin Lemoyne, Claude de Paris, Simon Leroy. La sculpture française du XVIe siècle n'a pas seulement pour caractère l'imitation de l'Italie; elle cesse, en outre, d'être presque exclusivement monumentale, pour devenir individuelle et produire des oeuvres isolées. 
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Sculptures du tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne.
Sculptures du tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Au premier plan, la Prudence, une des quatre vertus cardinales placées aux angles. (Basilique de Saint-Denis).
© Photos : Serge Jodra, 2011.

A cette période appartiennent : Jean Juste, qui sculpta le mausolée de Louis XII dans la basilique de Saint Denis, et exécuta, avec son frère Antoine, l'ornementation du château de Gaillon; François Marchand, d'Orléans, auteur de 9 bas-reliefs à la frise de ce château; Jean Rupin, l'un des sculpteurs des stalles de la cathédrale d'Amiens; Roulland Leroux, qui fit le mausolée du cardinal d'Amboise dans la cathédrale de Rouen; Michel Columb, de Tours, auteur du tombeau de François II, duc de Bretagne, dans la cathédrale de Nantes; Pierre Bontemps, qui sculpta les bas-reliefs du tombeau de François Ier et les statues de Louis XII et d'Anne de Bretagne au mausolée de Louis XII, dans la basilique de Saint Denis; Jacques d'Angoulême, dont les oeuvres, fort estimées de ses contemporains, ont péri; Pilon, dit l'Ancien, qui commença les Saints de Solesmes, réunion de plus de 50 statues représentant la sépulture du Sauveur et l'histoire de la Sainte Vierge; Germain Pilon, qui acheva ce travail, sculpta les grandes flgures du tombeau de François Ier, et produisit encore un chef-d'oeuvre, le groupe des trois Grâces (au musée du Louvre); Jean Goujon, à qui l'on doit les caryatides de la tribune des Suisses au vieux Louvre, les sculptures de l'attique du même palais, la Diane à  la biche du musée du Louvre (que d'autres attribuent à Germain Pilon), les sculptures de la fontaine des Innocents, les portes sculptées de l'église Saint-Maclou à Rouen; Cochet, auteur du mausolée élevé à Jean de Bourbon dans la chartreuse de Gaillon; Richard Taurigny, de Rouen, qui sculpta les stalles de Ste-Justine à Padoue et celles de la cathédrale de Milan. On peut mentionner encore Bachelier de Toulouse, Philippe de Chartres, Roland Maillart, Michel Bourdin d'Orléans, Richier de St-Mihiel, Jean de Douai dit de Bologne, Francovelle ou Francheville, Biard, Barthélemy Prieur, etc. La sculpture en bois produisit de fort belles oeuvres pendant la Renaissance,  entre autres, les boiseries de l'église d'Orbais et du château d'Anet, les stalles de Saint-Bertrand de Comminges, et une foule de retables, portes, meubles, etc.
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Saint Bertrand de Comminges : sculptures des stalles de la cathédrale.
Sculptures des stalles de la cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne).

Les principaux sculpteurs de l'époque de Louis XIII furent : Simon Guillain, chef d'une nombreuse école; Jacques Sarrasin qui sculpta les grandes caryatides du pavillon de l'horloge dans la cour du Louvre, et le tombeau de Henri de Condé; François Anguier, auteur du mausolée du duc de Montmorency; Michel Anguier, à qui l'on doit les bas-reliefs de la porte St Denis. 

Pendant le règne de Louis XIV, les artistes abandonnent les traditions italiennes, et se livrent avec plus d'indépendance à l'essor de leur génie. Pierre Pujet donne le Milon de Crotone qu'on voit au musée du Louvre. Théodon sculpte la Métamorphose de Daphné, conservée aux Tuileries, et le groupe de l'hôtel de St-Ignace dans l'église des Jésuites à Rome. Pierre Legros réside presque constamment à Reine, dont il orne les diverses églises par un grand nombre de beaux ouvrages. Girardon sculpte le tombeau du cardinal de Richelieu, à la Sorbonne. Desjardins est auteur de la statue de Louis XIV qui orna d'abord la place des Victoires. Antoine Coysevox exécute les chevaux de la grille du jardin des Tuileries sur la Concorde. On doit à Nicolas Coustou la statue en bronze de la Saône qui est à l'hôtel de ville de Lyon, le Voeu de Louis XIII à Notre-Dame de Paris, et plusieurs statues aux Tuileries. Parmi les artistes qui, sous la direction et souvent d'après les dessins de Lebrun, ont décoré Versailles et les Tuileries de statues, de groupes et de vases, on remarque Tuby, Van Clève, P. Lepautre, Lehongre, Raon, Marsy, Regnauldin, Buyster, etc. Quelques-uns se distinguèrent dans la sculpture en bois, tels que Blanet et Lestocartt.

Au XVIIIe siècle, la sculpture française, s'éloignant de plus en plus de l'antique et des principes académiques, produisit une foule de charmants ouvrages; si elle manqua de grandeur et tourna souvent au maniéré, elle eut beaucoup de grâce dans les petits sujets de genre. A cette nouvelle période appartiennent : Adam, qui travailla au bassin de Neptune dans le parc de Versailles; G. Coustou; Falconnet, qui a fait la statue colossale de Pierre le Grand, à Saint-Pétersbourg; Pigalle, fameux par la statue de Voltaire qu'on voit à l'Institut; Bouchardon, auteur de la fontaine de la rue de Grenelle; Caffieri, qui a exécuté un grand nombre de bustes et de statuettes; Pajou, dont la Psyché est au musée du Louvre; Houdon, auteur de la Frileuse et de la statue de Voltaire sous le péristyle du Théâtre-Français; Moitte, J.-B. Lemoyne, Slodtz, Legros, Julien, Monnot, etc.

La révolution opérée par David dans la peinture eut son contre-coup dans la sculpture, qui devint également grecque et romaine avec Lesueur, Ramey, Martin, Foucou, Desenne. La manie d'imiter l'antique fit commettre les plus étranges contre-sens; on voit, par exemple, au musée de Versailles, le général Dugommier costumé et armé comme un soldat romain, et néanmoins s'appuyant sur une pile de boulets de canon. Bien qu'engagée dans cette fausse voie, la sculpture produisit de grands artistes pendant le premier Empire et le gouvernement de la Restauration, Cartellier, Chaudet, Clodion, Dupaty, Félix Lecomte, Lemot, Roland, Callamard, Bosio, etc.

Sous le Premier Empire, en 1806, lors de l'érection de l'arc de triomphe du Carrousel et de la colonne triomphale de la place Vendôme, les artistes, ou plutôt les ordonnateurs, se rappelant qu'un monument doit être comme une page de pierre ou de marbre de l'histoire de son temps, voulurent que ceux-ci en portassent tous les caractères; ainsi, à l'arc du Carrousel, non seulement les personnages des bas-reliefs ont le costume de leur temps, mais aussi les statues, à l'aplomb des colonnes, représentent, avec une fidélité rigoureuse, un type des principaux corps de l'armée de Napoléon Ier

Sur l'immense bas-relief de la colonne Vendôme, les personnages français ou étrangers sont aussi représentés dans les costumes et avec les armes du temps. Le même système, applique en grand sur le piédestal de la colonne, par d'habiles artistes, produit le plus heureux effet, dit bien à l'oeil et à l'esprit ce qu'il doit dire, sans que l'art y perde rien car ce piédestal rivalise de beauté avec celui de la célèbre colonne Trajane. On n'avait guère d'exemples de cette innovation que pour de très petits bas-reliefs, par exemple, ceux d'un ou deux tombeaux de la basilique de Saint-Denis.

On peut dire que la porte St-Denis et la porte St-Martin n'ont aucune valeur historique; sur la première, la défaite des Hollandais est rappelée par des trophées d'armes, de casques, de cuirasses des Daces ou des Cimbres; et sur la seconde, la conquête de la Franche-Comté se trouve exprimée par un amphigouri mythologique où Louis XIV apparaît en Hercule, nu et la massue à la main. La même faute a été répétée dans les 4 grands groupes plaqués sur les faces orientales et occidentales de l'arc de l'Étoile, monument essentiellement hétéroclite, où la vieille mythologie antique hurle à côté de scènes d'un style vrai et dans le genre moderne.

En 1830, l'idée du vrai dans la sculpture monumentale se réveilla avec une certaine vivacité; on proscrivit l'antique, c. -à-d. l'expression de l'idée moderne par des compositions et des figures de convention étrangères à nos moeurs, qui ne sont pas païnnes, et sortes d'hiéroglyphes que la foule ne comprend guère. David d'Angers se mit à la tête de cette nouvelle école, mais n'en donna pas un beau modèle dans le fronton de Sainte-Geneviève (Panthéon). Ce genre moderne est bien plus difficile que l'ancien, parce qu'il ne procède que de lui-même, et qu'il faut une très heureuse réussite pour qu'il ait du style, de l'élégance, et rende le vrai sans tomber dans le vulgaire. Les artistes qui depuis lors, indépendamment  de tout  système, et dans des genres différents, ont conquis un nom dans la sculpture, sont : Lemaire, Duret, Dumont, Pradier, Cortot, Étex, Barye, Foyatier, Petitot, Dantan, Seurre, Clesinger, Debay, Cavelier, Rude, etc.  (B.).

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