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On donne
le nom de Guerres de Véndée à des guerres à
la fois civiles et religieuses qui, pendant la Révolution,
ensanglantèrent non seulement le département de la Vendée,
mais les districts limitrophes de la Loire-Inférieure (Loire-Atlantique),
de la Mayenne, du Maine-et-Loire, des Deux-Sèvres : non sans se
rattacher plus ou moins, en vertu des instructions du comte de Provence
et du comte d'Artois, à d'autres conspirations
royalistes en Bretagne
et dans le Midi, et surtout aux plans d'invasion et de diversion des monarchies
coalisées contre la République.
La vraie cause de
l'insurrection fut le fanatisme'
catholique
des populations du Bas-Poitou : fanatisme surexcité depuis le XVIIe
siècle par la persécution
et la destruction du protestantisme,
par la « mission » de Grignion de Montfort, béatifié
depuis, et par la prédication permanente des moines de Saint-Laurent-sur-Sèvre.
Dès que la constitution civile du clergé, la nouvelle organisation
des diocèses, les élections ecclésiastiques, etc.,
eurent donné au clergé une raison ou un prétexte de
résistance dogmatique, les paysans de l'Ouest, sur la foi des curés
auxquels ils étaient habitués et qui les gouvernaient en
toute chose, considérèrent la religion comme perdue s'ils
consentaient à recevoir en leur place les curés élus,
les « jureurs », les « intrus » comme ils les appelaient,
et dont le nombre fut loin, d'ailleurs, de suffire au service des paroisses.
Confirmés
dans ces dispositions par les brefs de la cour de Rome ,
ils furent de coeur avec Louis XVI, quand celui-ci
refusa de sanctionner les décrets de la Législative
contre les prêtres fonctionnaires qui avaient refusé ou rétracté
le serment civique. A leurs yeux, le roi fut un martyr de la religion catholique
et romaine. A la réserve de la Vendée maritime, qui pouvait
craindre les Anglais et fut constamment
« patriote », le Bas-Poitou (Marais et Bocage), le pays de
Retz, les Mauges, les « Marches communes » ou Bas-Maine, l'Anjou
en partie, furent le théâtre de nombreux troubles locaux,
assez vite apaisés, très significatifs toutefois, durant
les quatre premières années de la Révolution.
Le soulèvement de Saint-Ouen-les-Toits, commandé par le bûcheron
Jean Cottereau, dit Chouan (août
1792),
est l'origine du nom de chouannerie, qui s'est appliqué d'abord
aux insurrections de la rive droite de la Loire. L'habileté de Dumouriez,
maréchal de camp, qui fit toute la besogne du lieutenant général
de Verteuil, la journée du Dix-Août, les victoires de Valmy
et Jemmapes ,
la mort accidentelle du conspirateur La Rouërie qui tenait les fils
de l'Association royaliste de Bretagne ,
ne firent que retarder une explosion que prévoyaient et qu'annonçaient
depuis longtemps, et les prêtres constitutionnels, autour desquels
on faisait le vide ou qu'on molestait, et les administrateurs des départements
et districts, les « bourgeois » des petites villes, acquéreurs
de biens nationaux, moins populaires, en tant que parvenus et nommés
souvent par des minorités, que maintes familles de nobles vivant
sur leurs terres, chassant et buvant avec leurs métayers. La levée
des 300.000 hommes décrétée par la Convention
le 24 février 1793
détermina un soulèvement général, et parce
que les populations de l'Ouest ne voulaient plus de « tirement »,
et surtout parce qu'elles étaient convaincues que les « bons
prêtres » ne reviendraient, que Louis
XVII ne recouvrerait son « héritage » que par la
victoire des étrangers et l'anéantissement des « Bleus
».
L'insurrection eut
de suite un caractère d'atrocité (martyre du président
de district Sauveur, à La Roche-Bernard; massacres de Machecoul,
10 mars; soulèvement de 3.000 jeunes gens, à Saint-Florent-sur-Loire
, contre la réquisition militaire). Les «-brigands
du Marais » prirent pour chef, après le féroce Souchu,
un ex-officier de marine, Athanase Charette,
qui du moins préserva la vie des femmes de Machecoul. Dans le Bocage ,
les nobles mirent en avant un brave paysan, laborieux et de bonnes moeurs,
mais aveuglément dévoué aux prêtres, Cathelineau,
qui, de concert avec un garde-chasse nommé Stofftet,
s'empara de Chollet (15 mais) où l'ex-marquis de Beauvau se fit
tuer pour la République : les insurgés,
qui étaient 15.000 contre un millier de bourgeois, commirent de
grandes cruautés. Là comme partout, les prêtres constitutionnels
furent massacrés. Parmi les prisonniers, les uns étaient
confessés, puis fusillés; les autres obligés de marcher
à la tête des colonnes victorieuses, afin de subir le premier
feu. Les nobles se mirent de la partie quand ils virent se dessiner le
succès de cette sainte jacquerie : ce furent de Bonchamps, de Lescure,
d'Elbée, Henri de La Rochejacquelein.
A Chantonnaye (19 mars), les paysans usèrent instinctivement de
l'ordre dispersé devant les quelques troupes de ligne ou de garde
nationale amenées de La Rochelle
par le vieux de Marcé, et remportèrent un succès éclatant.
Mais les gens du Marais vinrent se heurter contre l'héroïque
résistance du petit port des Sables-d'Olonne (29 mars) dont l'occupation
leur eût permis de donner la main aux Anglais.
A Nantes ,
le directoire du département avait pris des mesures de salut public
: avec cette ville, Bordeaux ,
Brest ,
Angers ,
purent expédier quelques secours aux « patauds » (patriotes)
avant que les royalistes eussent organisé ou accepté une
direction unique. Machecoul fut délivrée, et Souchu fusillé
le 22 avril. Mais 1700 hommes de troupes hétérogènes,
venues d'Angers, furent rompues après le passage de la Loire, et
battues à Vibiers et aux Aubiers (25 avril) : les insurgés
prirent Bressuire et Thouars (5 mai). Comme les prélats émigrés
de Poitiers ,
Luçon, La Rochelle, se gardaient de reparaître dans leurs
diocèses, les chefs de bande agréèrent, s'ils n'inventèrent
pas pour les besoins de la cause, un prétendu évêque
d'Agra (Guyot de Folleville) qui joua jusqu'au bout son rôle avec
sérieux et même avec courage, bien que son rival Bernier,
ex-curé de Saint-Laud à Angers, l'eût dénoncé
à Pie Vl et qu'un bref pontifical eût démasqué
l'imposture.
C'est alors que se
généralisa le signe de ralliement des soldats de «l'armée
catholique et royale», un « sacré-coeur » en étoffe
rouge et surmonté d'une croix, porté sur la poitrine. Avec
2000 hommes d'élite, le général Chalbos repoussa deux
fois les Vendéens à La Châtaigneraie (13 et 16 mai);
mais toutes les bandes coordonnèrent leur attaque contre le chef-lieu
de la Vendée, Fontenay, qui succomba le 25. Les archives furent
saccagées, mais il n'y eut pas de massacre, grâce à
Lescure; le 30, la ville fut évacuée, les Vendéens
songeaient à la Basse-Loire. Le 19 mars, la Convention avait voté,
sur la proposition du gallican Lanjuinais, les mesures les plus rigoureuses
contre les rebelles, leurs fauteurs, les prêtres réfractaires,
les nobles et les familles des nobles; les commissions militaires et les
tribunaux criminels devaient fonctionner, dans l'Ouest, comme le tribunal
révolutionnaire à Paris .
A la proclamation plutôt conciliante du 23 mai, où la Convention
rappelait à leurs devoirs de citoyens les paysans égarés
et protestait qu'on n'en voulait pas à leur culte, le « Conseil
supérieur de l'armée catholique et royale » répondit
par un arrêt de proscription contre les républicains, il proclama
Louis XVII, annula la vente des biens d'Église,
interdit le culte protestant, et fit
fabriquer des assignats faux. Après la prise de Saumur (9 juin),
Cathelineau fut élu généralissime
par les nobles, qui entendaient bien le conduire. Il concerta avec Charette,
qui était rentré à Machecoul, une attaque sur Nantes ;
environ 40.000 hommes du Bocage descendirent la rive droite de la Loire
par Angers (17 juin) et Ancenis; Charette, sur la rive gauche, en amenait
12.000. Nantes avait 10.000 soldats et gardes nationaux au dehors, dont
quatre compagnies bien dressées de canonniers parisiens. Cette ville
abjura devant le danger ses sentiments girondins.
Le vieux maire, Baco,
organisa la résistance; un héros, le ferblantier Meuris,
défendit un jour et une nuit (28-29 juin), contre 4.000 Vendéens,
le passage de l'Erdre, à Niort : il revint avec 40 hommes sur 500.
Sur la route de Rennes ,
Cathelineau, d'abord repoussé par l'artillerie républicaine,
osa pénétrer avec ses plus intimes compagnons, par les ruelles
et les jardins, jusqu'à la place de Viarmes : là, il fut
blessé à mort, d'une mansarde. La « grande armée
», découragée, remonta la Loire, et même revint
dans le Bocage ,
les hommes tenant avant tout à leurs clochers, et entraînant
leurs chefs : le nouveau général d'Elbée fut deux
fois repoussé de Luçon par le général Tuncq.
Mais tandis que l'habile Caudaux, à la tête de l'armée
de Nantes (dite des côtes de Brest), ne recevait aucun secours du
ministère de la guerre, celui-ci, où les Hébertistes
dominaient, comblait de ses faveurs deux intrigants incapables, Rossignol,
commandant en chef de l'armée de Saumur (dites des côtes de
La Rochelle )
et son chef d'état-major Ronsin. Goupilleau (de Montaigu) et Bourdon
(de l'Oise), représentants en mission, furent indignés de
leur conduite et de leurs plans d'extermination. Ils suspendirent Rossignol
: mais la Convention le rétablit
(28 août) : toutefois, le ministre de la guerre, Bouchotte, rassura
les habitants, de Cholet et Parthenay, villes patriotes qui n'avaient pas
été en état de repousser l'ennemi, et que les «
enragés » entendaient brûler pour ce crime. Le comité
de Salut public et le conseil de la guerre, libres d'envoyer sur la
Loire les « Mayençais » de Kléber,
préférèrent le plan habile et modéré
de Canclaux aux insanités de Rossignol. Malgré Charette et
d'Elbée, Canclaux fut rejoint par Kléber, Aubert-Dubayet
et les représentants Merlin (de Thionville)
et Rewbell.
A Legé, il
délivra 1200 prisonniers patriotes; il reprit Montaigu le 16 septembre;
Ronsin, qui devait le joindre pour attaquer la position centrale de Mortagne,
ordonna soudain de rétrograder à ses trois colonnes parties
de Fontenay, Luçon et les Sables la dernière, seule, commandée
par Mieckowski, désobéit, et se contenta de s'arrêter.
Mais cet ordre, que Rossignol, malade à Saumur, révoqua trop
tard, découvrait Canclaux; malgré l'héroïsme
de Kléber à Torfou (19 septembre)
et l'intervention du général Beysser, Canclaux dut se replier
sur Nantes
: Ronsin, furieux d'avoir vu rejeter ses plans, avait par un acte de haute
trahison jeté le désarroi et la défaite dans l'armée
de son rival. Il fit exterminer ses propres troupes dans le chemin creux
qui traverse le village de Coron, Dénoncé hautement par Phillippeaux,
Ronsin obtint cependant gain de cause contre Aubert-Dubayet et Canclaux
qui perdirent leur commandement; Rossignol, transféré au
commandement des côtes de Brest, eut pour successeur en Vendée
l'inepte Léchelle. Le jour même de sa révocation, Canclaux
(avec Kléber) remporta la victoire de Saint-Symphorien (6 octobre).
Chalbos, avec les corps de Saumur, prit Châtillon (9 octobre) et
repoussa les Vendéens à Bressuire (11 octobre). Le 14, l'armée
dite de Mayence, où Kléber est le chef véritable (Léchelle
le chef nominal), est renforcée par la colonne de Luçon que
conduisait Marceau : victorieuse à Saint-Christophe,
elle fit, à Cholet, sa jonction avec Chalbos.
Les républicains
occupaient le coeur même de la Vendée; Lescure avait été
blessé à mort le 15 octobre, Charette
avait regagné le Marais. D'Elbée proposa, après s'être
saisi de deux points sur la Loire (comme moyen de retraite), de tenter
une grande bataille. Ce fut celle de Cholet (17 octobre), où tombèrent
d'Elbée et Bonchamps : après quatre heures de lutte acharnée,
les Vendéens cédèrent sur tous les points et vinrent
s'entasser à Saint-Florent (où, grâce à un ordre
formel de Bonchamps qui se mourait, 5000 prisonniers républicains
furent épargnés). Le 18 et le 19, par suite de la désorganisation
du commandement dans l'armée de Saumur, ils franchirent la Loire
à Varades afin de soulever l'Anjou ,
la Bretagne
: mais ils emmenaient avec eux une masse de femmes , d'enfants qui entravaient
leur marche. Ils parvinrent encore à se dégager des coups
de Kléber près de Laval (27 octobre);
ayant reçu de vagues avis qu'ils recevraient des secours de Jersey
s'ils parvenaient à se saisir de Granville ,
ils essayèrent, mais vainement, de surprendre ce petit port (14
novembre). Savary compare alors leurs évolutions à la course
furieuse d'un sanglier blessé qui ne fait de mal qu'aux chasseurs
peu adroits. Rossignol, qui avait remelacé Léchelle, se fit
battre encore à Antrain (22 novembre); mais Angers leur résista,
et ils refluèrent sur Le Mans ,
où l'audace impétueuse de Westermanni les démoralisa
(12 septembre) : ils furent enfin écrasés à Savenay
(23 décembre).
La « grande
guerre » était finie, bien que Stofflet
et La Rochejacquelein eussent repassé
la Loire, et que Charette tint bon dans
le Marais. Les noyades de Nantes
( Carrier),
les cruautés du général Turreau et de ses «
colonnes infernales » ranimèrent seule le parti vendéen.
Après thermidor, la Convention
revint à des voies plus politiques, plus modérées.
Mais cette fois elle pécha par faiblesse, amnistia au hasard, conclut
avec Charette, dont on exagérait l'importance, la « pacification
» de La Jaunaye (février 1795),
bientôt acceptée également par Stofflet, donna à
ces chefs de rebelles, et de l'argent et des commandements locaux. Aussi
quand les Anglais se décidèrent enfin à débarquer
les émigrés à Quiberon ,
Charette et Stofflet reprirent les armes. Le comte
d'Artois trompa leur espoir : Stofflet, pris en février 1796,
fut fusillé à Angers ;
Charette subit le même sort à Nantes (29 mars).
La Vendée
une fois domptée, il s'agissait de la pacifier, de la rassurer avant
tout sur la liberté du culte catholique
: ce fut l'oeuvre de Hoche, officiellement terminée
le 15 juillet 1796
(proclamation du Directoire).
Sous le Consulat, il y eut encore à
l'époque du complot de Cadoudal, quelques
mouvements que réprima Brune : ils servirent
d'argument à Bonaparte comme à
l'abbé Bernier pour hâter la signature du Concordat. Pendant
les Cent-Jours, le général Lamarque
eut aisément raison d'un nouveau soulèvement : la Vendée
n'était plus la même « physiquement»; Napoléon
lui avait donné un vrai chef-lieu (Napoléon-Vendée,
aujourd'hui La Roche-sur-Yon) et des routes. Le voyage de la duchesse de
Berry, en 1828,
consacra en quelque sorte, aux yeux des royalistes, la gloire de la Vendée,
et après juillet 1830,
on sait que la mère du « roi légitime » crut
pouvoir compter encore sur les populations de l'Ouest : ni sa présence,
ni sa captivité ne déterminèrent de prise d'armes.
(H. Monin). |
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