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Jacques-René
Hébert
est un journaliste et homme politique français, né à
Alençon
le 15 novembre 1757, mort à Paris
le 24 mars 1794. Il était le fils de « maître Jacques
Hébert, marchand orfèvre, ancien premier juge consul, échevin
et lieutenant de la bourgeoisie d'Alençon ». Il fit ses études
au collège de cette ville et il y était encore, quand il
composa et afficha un pamphlet burlesque contre un notable personnage d'Alençon
: de là un procès qui ruina sa famille. Il entra ensuite
comme « clerc en pratique » chez un procureur d'Alençon.
On connaît mal sa vie entre 1780 et 1790. On sait seulement que,
quittant Alençon pour toujours, il séjourna quelque temps
à Rouen,
puis vint se fixer à Paris. Il y lutta longtemps contre la misère,
et on lui reprocha, au tribunal
révolutionnaire ,
d'avoir mis au Mont-de-Piété des effets que lui avait prêtés
un de ses amis. Il songea un instant à aller chercher fortune en
Chine .
De 1786 à 1788, il fut contrôleur
et chargé de la location des loges au théâtre
des Variétés. Camille Desmoulins
l'accusera plus tard d'avoir été chassé de ce théâtre
pour cause de vol : mais cette accusation ne repose sur aucune preuve.
En 1790, empruntant au vicomte de Mirabeau le titre d'un de ses écrits,
il publia son premier pamphlet politique,
la
Lanterne magique ou Fléau des Aristocrates, des pamphlets périodiques,
le Petit Carême, le Chien et le Chat, etc. Il rédigea
un Journal du soir. Il épousa, vers la fin de 1791, Marguerite-Françoise
Goupil, ex-religieuse du couvent de la Conception Saint-Honoré,
dont il eut une fille le 7 février 1793.
Le 17 juillet 1791, il signe la fameuse
pétition du Champ de Mars .
Il est alors membre du club des
Cordeliers, où il fera sa fortune politique, mais moins comme
orateur que comme journaliste. Son Père Duchesne parut de
1790 à 1794, et forme environ 385 numéros in-8. Il y eut
d'autres Père Duchesne, notamment celui de Lemaire, qui était
conçu dans un esprit tout différent. La bibliographie fort
complexe de cette feuille excéderait les limites de cet article;
nous renvoyons aux travaux spéciaux de Ch. Brunet, Hatin et Mater.
Disons seulement qu'Hébert, dans son journal, soutint avec une verve
insolente et cynique les idées les plus avancées, ou plutôt
qu'il y fit (sauf au début) une opposition de parti pris à
toute politique modérée. Il émaillait son style de
b... et de f..., qu'il semble avoir ajoutés après
coup, quand il avait achevé d'écrire son article. Si grossier
qu'il soit, il ne manque ni d'esprit, ni même de goût : il
s'inspire des pamphlétaires du XVIe
siècle et du Voltaire des Facéties.
Il n'a, au fond, ni opinion, ni caractère, et c'est avec cynisme
qu'à propos des souscriptions qu'il obtint de Bouchotte et du comité
de Salut public, il avoua la nécessité de se procurer
« de la braise pour ses journaux ». Mais, au point de vue historique
et littéraire, son journal a une grande importance.
-
Hébert
(1753-1794).
(D'après
un dessin de Bonneville).
Hébert composa d'autres pamphlets,
à l'occasion des principales journées révolutionnaires,
où il glorifiait les instincts sanguinaires et le goût de
la vengeance.
Hébert siégea à la
Commune insurrectionnelle du 10 août
où il fut envoyé, dans la nuit du 9 au 10, par la section
Bonne-Nouvelle. Il approuva hautement (mais sans y participer) les massacres
de septembre ,
dans une brochure intitulée Grand Détail de tous les conspirateurs
et brigands détenus dans la prison de l'Abbaye ,
etc. Le 22 décembre 1792, il fut élu second substitut du
procureur de la Commune .
Il prit violemment parti contre les Girondins,
et, en avril et mai 1793, les désigna à la fureur du peuple.
Le 24 mai, la commission des Douze, nommés par la Convention
pour faire une enquête sur les actes de la Commune, fit arrêter
Hébert, en même temps que Marineau, Brichet et Varlet. La
Commune le réclama : il y eut un mouvement menaçant des sections
et on dut céder : le 27 mai, la Convention ordonna la mise en liberté
des quatre détenus. Dès lors, la popularité d'Hébert,
sans égaler celle de Marat, fit de lui un
des chefs de la Révolution.
Le nom d'Hébert est inséparable
du mouvement de déchristianisation qui marqua la fin de l'année
1793. Il est, avec Chaumette, un des principaux organisateurs du culte
de la Raison, dont il fit l'éloge dans son journal, mais avec moins
d'audace philosophique qu'on ne l'a cru : c'est lui qui, tout en attaquant
le catholicisme, faisait l'éloge
du «-pauvre sans-culotte Jésus
». Chaumette et lui reculèrent et se désavouèrent
à demi, quand Robespierre, aux Jacobins,
eut fulminé contre l'athéisme
(1er frimaire an II). C'est dans ce club,
lors du scrutin d'épuration, qu'Hébert fit cette déclaration
(21 frimaire) :
«
On m'accuse d'athéisme : je nie formellement l'accusation [...].
Je déclare que je prêche aux habitants des campagnes de lire
l'Evangile. Ce livre de morale me paraît excellent, et il
faut en suivre toutes les maximes pour être parfait jacobin : le
Christ me semble le fondateur des sociétés populaires. »
Mais ses amis et lui méditèrent
contre Robespierre et la Convention
un coup de force analogue à la journée du 2 juin 1793. Le
14 ventôse, au club des Cordeliers,
Hébert dénonça violemment la politique modérée
de Robespierre, réclama la tête des 73 Girondins
détenus, attaqua le ministre de l'intérieur Paré et
le ministre des affaires étrangères Deforgues, qu'il appela
ministre étranger aux affaires et stigmatisa la «-faction
» qui, en se refusant à guillotiner les 73, voulait anéantir
les droits du peuple. Il n'y a, dit-il, qu'un moyen de s'en délivrer,
c'est l'insurrection.
«
Oui, l'insurrection, et les Cordeliers ne seront point les derniers à
donner le signal qui doit frapper à mort les oppresseurs. »
Et on voila le tableau des Droits de l'homme
dans la salle du club. Mais Paris
ne soutint pas les Cordeliers, et ils se sentirent perdus. En vain Hébert
se rétracta aux Jacobins, le 22 ventôse. A la suite d'un foudroyant
rapport de Saint-Just, Hébert et ses
amis furent arrêtés dans la nuit du 23 au 24 ventôse.
Leur procès devant le tribunal révolutionnaire commença
le 1er germinal. On avait « amalgamé
», selon le mot du temps, des accusés fort divers : Ronsin,
Hébert, Momoro, Vincent, Cloots, Proly,
Dubuisson, Pereira, le général Laumur, le banquier hollandais
Koch, etc. Tous furent condamnés, par un jugement inique, comme
agents de la conspiration de l'étranger. Ils furent guillotinés
le 4 germinal an Il. Le peuple regarda cette exécution avec
indifférence, sauf quand ce fut
le tour d'Héhert : alors tous les chapeaux se levèrent et
on cria : Vive la République!
La femme d'Hébert fut également
traduire au tribunal révolutionnaire et guillotinée, en même
temps que Gobel et Chaumette le 24 germinal an II. (F.-A.
Aulard). |
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