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Barthez

Paul Joseph Barthez est un médecin philosophe, né à Montpellier le 11 décembre 1734, mort le 15 décembre 1806. Son père est connu comme savant et comme écrivain; son frère aîné, dont Rousseau parle dans ses Confessions, se consacra à la littérature et composa un roman, une tragédie, etc. Paul Barthez étudia la médecine à Montpellier, de 1750 à 1753. Il vint à Paris en 1754; Falconet le mit en rapport avec l'abbé Barthélemy, Hénault, Mairan, d'Alembert. Nommé médecin militaire et envoyé à Coutances, il observa l'épidémie du camp de Granville et consigna le résultat de ses observations dans un Mémoire communiqué à l'Académie. des sciences. En 1757, il était de retour à Paris et nommé censeur royal; il collaborait au Journal des Savants et à l'Encyclopédie méthodique. En 1759, il concourut avec succès pour une chaire de professeur à la faculté de Montpellier; les cours qu'il y professa furent très suivis et l'on ne peut dire que l'homme contribua aux succès du professeur, car ceux qui l'ont admiré le plus s'accordent à lui attribuer un caractère violent et hautain, un amour-propre excessivement irritable. 

En 1773, il fut nommé coadjuteur du chancelier et désigné pour lui succéder après sa mort. Il publiait en 1772 un Discours en latin sur le Principe vital de l'homme; en 1774, la Nouvelle doctrine des fonctions du corps humain. Ces deux opuscules contiennent en germe les théories développées dans les Nouveaux Éléments de la science de l'homme, qui parurent en 1778. L'ouvrage obtint un succès immense et fut traduit dans presque toutes les langues de l'Europe. En 1780, Barthez se fait recevoir docteur en droit et achète une charge de conseiller à la cour des aides de Montpellier. Mais il ne peut s'entendre avec ses nouveaux collègues et quitte Montpellier pour revenir à Paris. Il est nommé médecin consultant du roi et premier médecin du duc d'Orléans. Il jouit, comme praticien, d'une grande célébrité, on vient le consulter de toutes les parties de la France et même de l'Europe; membre de l'Académie des sciences et de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, il fait partie de presque toutes les sociétés savantes de l'Europe.

La Révolution lui fit perdre cette situation privilégiée. A la réorganisation des écoles de médecine il fut nommé professeur honoraire et prononça, pour l'inauguration du buste d'Hippocrate, un discours remarquable, dans lequel il nommait Hippocrate le fondateur de la médecine le modèle des observateurs, l'inventeur des vrais principes, le créateur de la médecine pratique. Il publia en 1798 la Nouvelle mécanique des mouvements de l'homme et des animaux, qui fut traduite en allemand par Sprengel; en 1802, le Traité des maladies goutteuses que traduisit de même Bischof. Il donna en 1806 une seconde édition des Nouveaux Éléments, dans laquelle les notes, destinées à commenter l'ancien texte, forment presque la moitié. de l'ouvrage. En 1807, on fit paraître son Traité sur le Beau, en 1810 et 1820 ses Consultations de médecine.

Le nom de Barthez, dit Bouchut, restera toujours attaché à l'histoire des doctrines médicales (L'histoire de la biologie) à cause de ses travaux sur le vitalisme. Nous pouvons dire, en nous plaçant à un point de vue plus large, que son nom restera attaché à l'histoire de la philosophie naturelle, parce qu'il a posé d'une manière originale l'une des questions les plus importantes qu'a cherché traditionnellement à résoudre la philosophie des sciences. Stahl avait considéré l'âme comme le principe de la vie, comme la force active qui est présente dans toutes les parties vivantes. Mais quoiqu'il ne se servit du mot âme que pour réunir les observations qu'il avait déjà faites et les inductions qu'il en avait tirées, on pouvait s'y méprendre et on pouvait voir en lui un métaphysicien, absorbé dans la contemplation de l'abstrait et plus désireux d'expliquer comment l'âme peut être la cause de tous les phénomènes physiologiques que d'étudier ces phénomènes pour en déterminer les lois. Or, l'on sait que le XVIIIe siècle a été amené, par les progrès de la méthode expérimentale et les merveilleuses découvertes qu'avait faites, grâce à elle, le siècle précédent, à abandonner la recherche des causes et des essences pour se renfermer dans l'étude des phénomènes et des lois qui les régissent. 

La physiologie suivit la voie dans laquelle l'avaient précédée l'astronomie et la physique. Bordeu et Lacaze inclinent déjà à ne voir dans la doctrine de Stahl que l'unité de conception de tous les phénomènes de la vie; mais c'est surtout Barthez qui a transformé sur cette question la doctrine de Montpellier. Dans le Discours préliminaire qui précède les Nouveaux Éléments, Barthez insiste d'abord longuement, comme pourrait le faire Voltaire ou Hume, sur la difficulté et même l'impossibilité où est l'homme de connaître les causes; c'est seulement après avoir fait ces réserves qu'il rapporte à un seul principe les lois de la vie telles que nous les donnent l'observation et l'induction. Il peut ainsi soutenir que sa doctrine n'a aucune ressemblance avec celles de Stahl et de Bordeu qui sont, si l'on met à part la théorie des causes, ses vrais prédécesseurs. 

Qu'est-ce donc que le principe vital pour Barthez? C'est, dit-il, la cause qui produit tous les phénomènes de la vie. On pourrait la désigner par d'autres noms; s'il préfère celui de principe vital à l'impetum faciens d'Hippocrate, c'est qu'il trouve au premier de ces termes un sens moins limité. Le principe vital constitue-t-il une substance? Mais le mot de substance est obscur; Barthez ignore d'ailleurs si ce principe est une substance ou seulement un mode du corps humain. En un mot, s'il emploie l'expression de principe vital pour désigner la cause des phénomènes physiologiques, c'est; d'un côté, qu'il ne veut faire appel ni à l'âme, dont la nature et les facultés n'ont été définies que par des notions purement métaphysiques ou théologiques, ni à la matière dont on ne peut concevoir l'essence; de l'autre, qu'il a ainsi une formule commode pour classer les faits et leurs lois : 

« Dans tout le cours de cet ouvrage, dit-il, je personnifie le principe vital de l'homme pour pouvoir en parler d'une façon plus commode. Cependant, comme je ne veux lui attribuer que ce qui résulte immédiatement de l'expérience, rien n'empêchera que dans mes expressions qui présenteront ce principe comme un être distinct de tous les êtres et existant par lui-même, on ne substitue la notion abstraite qu'on peut s'en faire comme d'une simple faculté vitale du corps qui nous est inconnue dans son essence, mais qui est douée de forces motrices et sensitives. » 
Et dans la seconde édition de son ouvrage, il précise encore le sens de sa doctrine en prenant à son compte la phrase suivante, tirée d'un ouvrage imprimé en 1800 : 
« La chose qui se trouve dans les êtres vivants et qui, ne se trouve pas dans les morts, nous l'appellerons âme, archée, principe vital, x, y, z, comme les quantités inconnues des géomètres. »
Mentionnons encore, dans le grand ouvrage de Barthez, les études sur le tempérament propre de chaque individu, sur les modifications que produit dans les forces vitales l'habitude des choses non naturelles, sur les moeurs et l'état physique, sur l'influence des climats modifiant les forces vitales ou les moeurs, sur l'influence des âges, les causes prochaines de la mort, etc.

La doctrine capitale de Barthez a été souvent présentée d'une façon fort inexacte. Lordat le considère comme le chef des doctrines spiritualistes de Montpellier. Mais si l'on interprète la théorie de Barthez dans le sens qu'il indique fréquemment lui-même, on ne verra en lui ni un spiritualiste, ni un matérialiste, mais un savant, qui se borne à l'étude des phénomènes et de leurs lois sans aborder le domaine métaphysique. Si, au contraire, on veut prendre à la lettre, en dépassant les limites d'une critique impartiale, les phrases fort nombreuses dans lesquelles il matérialise le principe vital, celles où, par exemple, il dit que ce principe est affecté de maladies graves, qu'il est affaibli, qu'il doit se réunir après la mort au principe de l'univers, etc., on sera forcé d'en faire toute autre chose qu'un spiritualiste. On lui a, en outre, reproché de n'avoir pas fait connaître la nature de ce principe : 

« Son principe vital, dit Cuvier, qui n'est ni matériel, ni mécanique, ni intelligent, est précisément ce qu'il fallait expliquer. » 
Mais c'est justement ce que Barthez a refusé de faire, parce qu'il croyait que la science doit observer les phénomènes, en induire les lois, réunir sous une formule commode, bien qu'elle soit peu claire et peut-être inexacte métaphysiquement, les résultats obtenus, avant d'en chercher les causes, dont la connaissance nous est refusée en tout on en partie.

En résumé, Barthez a fait pour la physiologie ce que les savants du XVIIe et du XVIIIe siècle ont voulu faire pour l'astronomie, la physique, la psychologie et il n'avait pas tout à fait tort de se comparer à Newton. Son influence s'est exercée, concurremment avec la leur, sur les philosophes, sur les savants de la fin du XVIIIe siècle et du commencement du XIXe. Laplace a développé ses vues sur le calcul des probabilités appliquées à la vie humaine. Cabanis, qui avait eu pour maître Dubreuil, un des admirateurs de Barthez, peut être considéré, dit avec raison Guardia, comme ayant donné dans ses Rapports du physique et du moral, le complément de l'ouvrage de. Barthez. De même, Maine de Biran s'inspire fréquemment de Barthez dans la première phase de sa philosophie, quand il est disciple de Cabanis et de Destutt de Tracy ; il le combat au contraire quand il abandonne, sous des influences diverses et multiples, la doctrine de ses premiers maîtres et il montre bien, dans les deux cas, qu'il ne voit pas en Barthez un spiritualiste. (F. Picavet).

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