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Architecture
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| Cheminée.
- Ce mode de chauffage des habitations, composé d'un foyer disposé
pour recevoir le combustible avec, au-dessus, un tuyau servant à
l'évacuation de la fumée, relève, par ses dispositions
principales et l'ornementation qu'elles
comportent, de l'architecture et de la décoration. En effet, les
jambages
et le manteau, les plaques et les intérieurs de cheminées,
le chambranle qui leur sert de cadre et,
suivant les circonstances, la hotte qui les surmonte et la partie apparente
des tuyaux de fumée qui s'en dégage, ont affecté des
formes et reçu des moulures qui ont
varié avec le style général de l'époque et
qui ont fait largement contribuer les cheminées à l'ensemble
architectural et décoratif des habitations. De plus, les cheminées
ont souvent offert de riches motifs de sculpture
parfois peints et dorés, et les matériaux entrant dans leur
composition ont souvent aussi, par leur choix, leur éclat et leur
variété, fourni d'heureux exemples de polychromie
naturelle.
Mais si de nombreux passages des auteurs
anciens ne laissent aucun doute sur l'existence, en Grèce et à
Rome, de cheminées assez semblables à celles que nous construisons
encore de nos jours, si même des vestiges signalés dès
la Renaissance Au XIIe
siècle, les cheminées offrent en plan un renfoncement circulaire,
polygonal ou barlong, ménagé dans l'épaisseur du mur;
leur manteau fait une grande saillie sur ce renfoncement et les jambages
ou pieds-droits de la cheminée se
terminent en pilastres ou en colonnettes avec chapiteaux
regagnant la saillie du manteau par des consoles formant encorbellement
et parfois d'une certaine richesse de moulures.
La hotte conique ou pyramidale qui surmonte le manteau aboutit à
un tuyau cylindrique ou rectangulaire dont la demi-épaisseur fait
souvent saillie à l'extérieur du mur contre lequel est adossée
la cheminée, et ce tuyau est prolongé assez haut au-dessus
du comble et terminé par une lanterne que couronne un petit clocheton
conique ou pyramidal. Telle la belle cheminée sculptée que
l'on peut voir encore aujourd'hui dans un bâtiment dépendant
de la maîtrise de la cathédrale
du Puy-en-Velay ( Sauval (Histoire
et Antiquités de Paris, Il, p. 279) nous a conservé la
description des cheminées de deux chambres à coucher du roi
Charles V; l'une, à l'hôtel Saint-Pol,
avait pour ornements de grands chevaux de pierre; l'autre, au château
du Louvre « était chargée de douze grosses bêtes, et de treize grands prophètes qui tenaient chacun un rouleau; de plus, terminée des armes de France, soutenue par deux angesUne gravure de Ducerceau (Des plus excellents bastiments de France) reproduit la cheminée, elle aussi détruite, de la salle des Preuses du château de Coucy -
Figure 1. - Cheminée de la grande salle du Palais des Comtes, à Poitiers. Le dessus du manteau de cette cheminée
porte une tribune adossée à la fenêtre,
tribune à laquelle on arrive par deux petits escaliers
à vis situés dans les angles; les trois travées de
la fenêtre, divisées chacune en quatre parties, ont deux de
ces parties aveuglées par le passage des tuyaux de fumée
correspondant aux trois foyers en lesquels l'âtre est séparé
par des jambages décorés de colonnettes, enfin, tout l'ensemble,
avec les dix degrés formant estrade au devant de la cheminée,
est d'un effet grandiose et peut-être unique dans l'art du Moyen
âge Avec la Renaissance
Figure 2. - Cheminée du XVIe siècle; Hôtel d'Alluys, à Blois. Cette cheminée, où la pierre,
le marbre et le bois sont alternés, a été exécutée
après 1528 par un artiste bressan, Guyot de Beaugrant, et probablement
en souvenir de la bataille de Pavie L'architecture et la sculpture des cheminées
conservèrent encore une importance réelle pendant tout le
XVIIe siècle; mais, avec le XVIIIe
siècle et le grand développement pris par les glaces d'appartement,
avec le style contourné de décoration des intérieurs
sous Louis XV, les cheminées se virent,
pour ainsi dire, réduire à l'état de meubles, de tablettes
saillantes sur lesquelles vinrent se placer des bronzes d'art, des pendules,
des vases, des bibelots, et le dessus de leur
manteau fut surtout appelé à encadrer une glace prenant chaque
jour plus d'ampleur. Enfin, après un retour à des formes
plus simples et plus architecturales à la fois, sous les règnes
de Louis XVI et de Napoléon
Ier, c'est
surtout la deuxième moitié du XIXe
siècle et l'éclectisme de ses tendances artistiques qui,
en reproduisant des modèles de tous les âges précédents
et en s'inspirant de tous les styles, même de ceux de l'extrême
Orient, a rendu aux cheminées des édifices publics et des
riches habitations une importance relative. Nous citerons, pour terminer,
comme exemples de riches cheminées de palais élevées
à cette époque, les cheminées des salons de réception
des appartements du préfet de la Seine au premier étage de
l'aile sur le quai de l'Hôtel de ville
Figure 3. - Cheminée de l'Hôtel de Ville de Paris II faut ajouter que, à côté
de ces cheminées qui constituent une rare exception par leur grandeur
et leur richesse notre époque voit, dans de nombreux hôtels
privés, en aménager beaucoup, certainement plus simples,
mais étudiées en harmonie avec le style des pièces
auxquelles elles sont destinées et enfin, jusqu'à nos jours
comme au Moyen âge Construction.
Figure 4. On garnit ordinairement la face antérieure
du foyer d'un encadrement en cuivre et d'un tablier ou rideau en tôle,
qui s'élève ou s'abaisse à l'aide d'un contrepoids
P suspendu à une chaînette sur poulie et dissimulé
dans l'épaisseur d'un des côtés de la cheminée.
La disposition du foyer indiquée ci-dessus, avec côtés
verticaux, ébrasements à 45° et rétrécissement
de l'orifice supérieur, fut imaginée par Rumford
au commencement du XIXe siècle et
se désigne souvent sous son nom. Lhomond ajouta le tablier mobile
qu'on abaisse pour activer le tirage et faciliter l'allumage en forçant
toute la colonne d'air à affluer par la grille; Descroisille remplaça
le tablier plein par un rideau en toile métallique, qui produit
le même effet sur le tirage sans ôter la vue du feu, disposition
souvent employée maintenant par les constructeurs.
Figure 5. Dans les cheminées les mieux aménagées, on a introduit diverses dispositions ayant pour objet de réchauffer au contact d'une enveloppe métallique, interposée dans le foyer ou constituant ses parois, l'air appelé directement du dehors par une prise spéciale. Parmi les principales dispositions employées à cet effet, nous citerons les appareils Fondet, Cordier, Giraudeau et Jalibert, Joly, Gaillard et Maillot qui dérivent, d'ailleurs, du type primitif créé par Leras et Fondet. L'air pris extérieurement est amené, en dessous de l'âtre, dans une rangée de tubes, surmontant un coffre en fonte qui forme le fond du foyer et aboutissant à un tuyau horizontal dont les deux extrémités vont déboucher de chaque côté des montants de la cheminée par des orifices garnis de bouches de chaleur; l'air échauffé au contact des tubes, autour desquels circulent la flamme et les produits de la combustion évacués par un conduit supérieur, se répand dans la pièce et contribue ainsi à produire une utilisation plus complète de la chaleur dégagée par le combustible. |
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© Serge Jodra, 2005. - Reproduction interdite.