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Ninive.
- La capitale de l'empire d'Assyrie, en assyrien Ninua et Nina,
en grec Nenos, dans les Septante ( Bible )
Nineue,
en hébreu Nineveh. Les textes cunéiformes représentent
cette ville par un idéogramme indiquant un vase
contenant un poisson ;
nous n'avons jusqu'ici aucune donnée pour expliquer ce caractère
qui, sans doute, se fonde sur une légende antique. La fondation
de cette grande cité est très ancienne. Elle se perdrait
même dans la nuit des temps d'après la Genèse
(X), qui raconte que ce fut Assur ,
le fils de Sem, qui sortit de la Chaldée ,
du pays de Sannaar, et qui fonda Calach (représenté aujourd'hui
par les ruines de Nimroud), Ninive, et Resen entre les deux : c'était
Resen qui était qualifiée de "grande ville". La ville
de Resen, qui ne joua plus un grand rôle dans les époques
connues de nous, semble s'identifier avec les ruines actuelles de Selamiyah.
Les Grecs attribuent la fondation de Ninive au roi Ninus,
époux de Sémiramis, ce qui paraît
être une fable perse; le fils de Ninus et de Sémiramis, l'incestueux
Ninyas, retrace encore mieux le nom de la cité. La légende
de la Genèse insiste sur le caractère sémitique
de la fondation de Ninive, car Assur, le fils de Sem, sortit de la tétrapole
de Nimrod, la personnification de la peuplade non sémitique de la
Susiane ,
qui avait occupé les villes de Babel, Erech, Accad et Chalné.
Au final, on sait seulement qu'au second millénaire avant notre
ère Ninive figurait déjà dans la listes des possessions
d'Hammourabi et que vers 1500 elle appartenait au royaume du Mitanni.
Ninive paraît avoir eu dans les temps
antiques une importance secondaire. Les premiers rois de la grande dynastie
assyrienne résidaient surtout à Calach et à Ellassar
(Alya-Assur), aujourd'hui représenté par les ruines de Caleh-Saargath,
plus en aval du Tigre et non loin des frontières de la Chaldée .
Les inscriptions provenant de Calach prouvent qu'à cette époque
Ninive était l'une des grandes capitales de l'Assyrie; néanmoins,
sur le sol même de Ninive, on n'a jusqu'ici trouvé presque
aucune oeuvre d'art, aucune ruine qui soit antérieure à Sennachérib
(705 à 681 av. J.-C.). La ville semble avoir été détruite
et les palais royaux saccagés vers 1100 et surtout en 792 av. J.-C.,
probablement par une guerre contre les Chaldéens et les Mèdes,
qui, pendant un laps de temps, près d'un siècle, fit disparaître
la prépondérance de l'antique capitale. Teglathphalasar III
(745-726), Salmanassar V (726-721), habitèrent. Calach, et Sargon
quitta cette derniers ville pour s'établir dans une cité
fondée par lui et portant son nom : Sargonville, Dure Sarkia, aujourd'hui
Khorsabad, à 20 kilomètres au Nord-Est de Ninive. A partir
de Sennachérib, Ninive redevint la cité principale sous les
rois et ses descendants, Assarhaddon, Sardanapale V (Assur-ban-abab), Assur-edil-el
IV et Sinsar-iskun, qui, probablement, fut le dernier roi de Ninive. La
grande cité fut attaquée par les Mèdes, sous Cvaxare,
et les Babyloniens ,
sous Nabopalassar, et fut définitivement détruite.
Plan
de Ninive et de ses environs (fin du XIXe
siècle).
Les palais furent ensevelis sous les décombres,
la ville fut saccagée, ainsi que la prophétie de Nahum l'explique
dans ses éloquentes paroles vengeresses, et elle disparut définitivement
de la face du monde. Même son nom fut oublié. Xénophon,
qui en traversa les ruines, ne cite pas même son nom, des historiens
d'Alexandrie
semblent, ne pas s'être souvenus de cette grande cité, car
la désignation de la bataille d'Arbelles
ou plutôt de Gaugamelle ,
livrée non loin de Ninive, paraît indiquer que le nom même
avait disparu. Les Romains, quand ils prirent possession de cette contrée,
y fondèrent une colonie, Claudia-Ninus, qui rappelle le nom de l'antique
cité.
La légende grecque, suivant, les
récits des Perses, a fait de Ninive, dont on ne se souvenait plus,
une ville démesurément grande. Ctésias,
et ceux qui ont suivi cet historien, attribuent à la ville une étendue
d'un rectangle de 150 stades de long sur 90 de large, ce qui donnerait
une étendue d'environ 500 kilomètres carrés, plusieurs
fois plus grande que la surface de Paris .
Les murs de l'enceinte, hauts de 60 m, auraient été si larges
que trois chars pouvaient aisément courir l'un à côté
de l'autre. Ces renseignements ne sont nullement confirmés par l'archéologie
et l'étendue des ruines existantes.
Bien des voyageurs avaient signalé
l'existence de ces ruines, surtout Rich et Ainsworth
les avaient visitées et y avaient reconnu les restes de la grande
capitale assyrienne. Paul-Emile Botta, consul de
France à Mossul, fit en 1843 les premières recherches sur
le sol même de Ninive, qu'il quitta bientôt pour inaugurer
ses grandes découvertes à Khorsabad. Layard
entreprit, en 1848, de fouiller le sol de Ninive, et Loftus et Rassan lui
succédèrent dans cette tache. En 1875, Georges Smith y fit
quelques explorations. Par la suite, le site a été complètement
négligé jusque dans les années 1930 (sondages de Mallowan
au tell Koyoundjilk). Vers 1950, on a entrepris des fouilles sur les sites
du Nebbi Yunes (ou Nebi Yunus) et du palais de Sennacherib. De nouvelles
fouilles ont encore eu lieu les années 1980, qui ont été
interrompues à l'aube de la première Guerre du Golfe (1991).
Les ruines de Ninive proprement dites sont
renfermées dans une enceinte encore conservée, d'une forme
irrégulière, oblongue et contenue par cinq lignes droites;
le côté ouest était baigné jadis par le Tigre,
sur une longueur de 6 kilomètres; au Nord se détache, du
Sud-Ouest au Nord-Est, en angle droit, un côté de 3 kilomètres
environ, et du côté Est court une longue circonvallation se
rapprochant du côté Est; ces côtés opposés
sont rejoints par une ligne de 2 kilomètres au plus, qui forme la
limite méridionale.
On peut nommer ce terrain de 6 kilomètres
carrés la cité royale; il renferme; entre autres ruines
considérables, surtout deux immenses tumulus. Celui du Nord, et
de beaucoup le plus grand, s'appelle Koyoundjilk (= petit agneau); à
une distance d'un kilomètre environ se trouve un autre, nommé
aujourd'hui Nebbi Yunes (= prophète
Jonas ),
et qui perpétue dans la légende musulmane
le souvenir du séjour à Ninive de ce prophète. Malheureusement,
cette circonstance en rend difficile l'excavation, qui est entravée
par une coupole érigée en l'honneur du prophète. Les
palais de Sennachérib et Assarhaddon s'élevèrent ici
tandis que le grand tumulus du Nord, ce grand amas de débris, a
une surface de 16 hectares environ; c'est là que se trouvaient les
palais de Sennachérib et de ses successeurs. Presque tous les bas-reliefs
de Ninive proprement dite proviennent de ce site : c'est là que
furent découvertes les archives de Sardanapale et les débris
de la bibliothèque en briques fondée par ce roi (668 à
630? av. J.-C.).
En dehors de la cité royale, la
ville de Ninive s'étendait encore à une distance de quelques
kilomètres dans le pourtour desquels on trouve les tumulus, appelés
aujourd'hui Kara Kuch, Kara Tepeh, Yarendjeh, Tepeln Simbel, et peut-être
l'emplacement de la ville actuelle de Mossoul, située vis-à-vis,
sur la rive occidentale du Tigre, faisait-il partie de la grande cité.
Plusieurs de ces localités, assez distantes les unes des autres,
portèrent des noms et eurent des quartiers spéciaux. Mais
bien des villes entouraient la grande capitale, autour de laquelle elles
gravitèrent : ce sont les ruines actuelles de Karamlès, Balawat,
Cherirkan, qui formaient des centres assez considérables de population,
s'étendant jusqu'au champ de bataille de Gaugamelle
et le mont Victorieux. Et de toute cette splendeur passée il ne
reste aujourd'hui que les ruines des palais émergeant jusqu'au premier
étage, des sculptures
variées et en très grand nombre, une porte dans le côté
Nord de la circonvallation, datant de Sennachérib, et des oeuvres
d'art témoignant de la haute culture artistique de ce peuple gouverné
par de féroces souverains.
Roi
de Ninive revenant d'une bataille.
La population de la ville de Ninive a été
évaluée à 800 000 ou 900 000 âmes; c'est ce
qui indique le passage, qui doit bien évidemment être pris
avec beaucoup de précaution, de la fin de la prophétie de
Jonas, et qui attribue à Ninive 120 000 êtres ne sachant pas
distinguer leur main droite de leur gauche; si l'on admet 4 enfant sur
7 habitants, on arrive à cette évaluation. Cette population
était formée par l'élément indigène
et par la quantité d'esclaves que la guerre y avait amenés.
Nulle part, dans l'Antiquité, il paraît y avoir existé
autant de fonctionnaires de toute sorte; nulle part, d'ailleurs, on ne
rencontre un aussi grand nombre de personnages officiels. Le sacerdoce,
les charges de la cour en absorbaient une grande partie; il y eut ensuite
beaucoup de charges militaires et des emplois judiciaires. Toute cette
agglomération était dirigée par des lois très
minutieusement élaborées et différentes sous bien
des points de celles de la Chaldée ;
les formules de droit étaient distinctes et les coutumes assez dissemblables.
Les sciences n'étaient pas méprisées à Ninive,
quoiqu'elles semblent avoir été dépendantes de celle
de Babylone ;
en dehors des jurisconsultes et des grammairiens, il y avait des astrologues ,
des astronomes, des géographes savants; mais ils n'avaient pas,
selon les rois, assez de science pour connaître les noms de toutes
les contrées que ces monarques avaient conquises. Des castes spéciales
ne semblent pas avoir divisé les habitants comme à Babylone;
les gens de Ninive avaient d'autres préoccupations que les Babyloniens,
et la différence peut se résumer comme celle qui sépara
Sparte d'Athènes. Chose remarquable, le culte de la parenté,
qui s'impose à chaque pas à Babylone, manque presque complètement
à Ninive. C'étaient les mêmes dieux ( La
Religion mésopotamienne ),
mais dirigés par le dieu national Assur ,
inconnu au panthéon chaldéen, avant, du moins, que le culte
de ce dieu ne cède la place à celui d'Astarté .
(J. Oppert).
-
Le
site archéologique de Ninive,
aujourd'hui
encastré dans les faubourgs de Mossoul.
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