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Chaise

La chaise est la transformation moderne de la cathedra antique qui a servi d'origine aux dénominations successives de chaire, chaière ou caière et enfin de chaise (L'art du meuble).

Pendant tout le Moyen âge et la première période de la Renaissance, la chaire était surtout le signe distinctif de la prédominance seigneuriale, le siège d'honneur réservé aux vieillards, aux personnes de distinction et au maître de la maison. Elle était fixée et adossée au mur, entre la cheminée et le lit. La plupart des chaires qui nous sont parvenues, se composent : d'un coffre étroit et mobile, dont le couvercle sert de siège; d'un dossier vertical à dais ou à entablement sculpté et mouluré, et de deux accoudoirs latéraux. Le siège de la chaire étant assez élevé au-dessus du sol, on y juxtaposait un marchepied en bois. L'ameublement des châteaux comportait des chaires à plusieurs places que l'on appelait formes et devant lesquelles on montait sur des tréteaux la table des banquets. Ces formes réservées aux souverains, étaient également accompagnées de marchepieds ou d'emmarchements.
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Chaise égyptienne.
Chaise égyptienne
(musée du Louvre).

Le mobilier de la plupart des églises comprenait deux rangées de stalles destinées aux chanoines et aux membres du clergé qui garnissaient les parties latérales du choeur. Ces sièges choraux étaient généralement désignés sous le nom de chaires. Il en existait également dans les salles de chapitres qui y étaient disposés de chaque côté de la triple forme occupée par l'abbé et par les prieurs. 

Les premières chaires de l'ameublement civil rappelaient, par leur simplicité, les chaises curules dont se servaient les sénateurs romains, et dans lesquelles des licteurs les transportaient à la curie. L'antiquité égyptienne nous offre des modèles de sièges très variés, qui sont figurés sur des bas-reliefs ou des manuscrits. Quelques-uns de ces meubles nous ont été conservés et l'on voit au Louvre, au British Museum et dans d'autres collections publiques, des tabourets et des chaises de forme élégante, en bois peint et sculpté, décorées de marqueterie, qui portent encore les débris des lanières de cuir dont était formé le siège. Les bas-reliefs de Nimrod et de Khorsabad représentent des trônes et des sièges à pieds en toupie, qui sont portés par les officiers des monarques assyriens. 

Les fouilles de Pompéi ont rendu à la lumière tout l'ameublement romain, et le musée de Naples possède un grand nombre de sièges en bronze d'un admirable travail. Les uns, allongés et à deux places, portaient le nom de bisellium, tandis que ceux qui n'en pouvaient recevoir qu'une s'appelaient sella. Les Grecs et les Romains faisaient un grand usage de chaises à dossier renversé dont les courbes élégantes nous sont révélées par les peintures des vases antiques; ce fragile mobilier de bois n'a pas résisté à l'action du temps. 

On voit à Ravenne et à Rome des chaires décorées de plaques d'ivoire qui sont attribuées à l'époque byzantine, mais ces monuments, dont le second est conservé à la basilique de Saint-Pierre, ont été remaniés à plusieurs reprises. On ne saurait regarder comme plus authentique la chaise curule attribuée au roi Dagobert, qui du trésor de Saint-Denis a passé au cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale. Ce siège de bronze possède la majeure partie de ses parties anciennes, mais elles ont été redorées et complétées par des adjonctions plus récentes.
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Chaire de Saint-Pierre.
Chaire de Saint-Pierre
(basilique de Saint-Pierre, Rome).

Les meubles antérieurs au XIIIe siècle (L'art du meuble au Moyen âge) sont rares dans les collections, et la plupart de ceux que l'on connaît avaient une destination religieuse. On sait par les peintures des manuscrits que le mobilier de ce temps était très sommaire et se composait principalement de coffres sur lesquels on s'asseyait. Il faut arriver au XIVe siècle pour trouver la chaire proprement dite. Quelques-unes étaient en fonte de cuivre et sortaient sans doute des ateliers de Dinant et des Pays-Bas. Le plus souvent les sièges d'apparat, que l'on commençait également à appeler des faudesteuils, étaient de bois recouvert de riches étoffes aux armes du roi et des seigneurs. Les manuscrits enluminés pour Charles V montrent le monarque assis sur un trône de ce genre, et cette disposition persista jusqu'au siècle suivant. Girard d'Orléans et d'autres artistes furent souvent chargés de peindre les draperies recouvrant les chaires du roi, et celles notamment du sacre de Charles VI

En même temps, la corporation nombreuse des charpentiers-huchiers créait un mobilier moins banal, et qui répondait mieux au développement de la sculpture. Ils commencèrent à fabriquer des chaires monumentales à coffre et à bras, dont le dossier et le soubassement étaient décorés des mêmes fenestrages ogivaux que l'on admirait sur les sièges choraux des églises. Bientôt les huchiers français acquirent dans ces travaux une supériorité qu'ils conservèrent jusqu'à la fin de la Renaissance. Les chaires du XVe siècle présentent des formes identiques à celles du XIVe, mais les lignes de l'ornementation en deviennent chaque jour plus compliquées et moins simples. Les meubles revêtirent un caractère nouveau par la profusion des détails exécutés avec une habileté merveilleuse.

L'imitation des maître italiens qui avaient repris les traditions antiques oubliées depuis de longs siècles, vint troubler pendant un moment la production de l'école française, mais au bout de peu d'années, les menuisiers français s'étaient assimilé ces nouveaux modèles, et l'art du bois brillait en France d'un éclat qu'il ne connaissait pas en Italie. Les chaires contemporaines des règnes de Charles VIII et de Louis XII réunissent les caractères évidents de deux courants se dirigeant en sens contraire, puis finissant par se mélanger. Les unes accusent le style national très prononcé, tandis que les autres sont très sensiblement influencées par les principes étrangers; les dernières pièces appartiennent à une école sûre d'elle-même, qui connaît l'Antiquité, mais sans la copier servilement. 

Plusieurs des provinces françaises acquirent une véritable célébrité en ce genre, et produisirent des chaires dont on ne peut assez admirer les proportions harmonieuses et la délicatesse de la sculpture. La Bourgogne et le Lyonnais, si habiles dans l'art de tailler le bois, en ont ouvré de très remarquables, mais elles sont surpassées par l'Auvergne qui semble s'être fait une spécialité des chaires à hauts dossiers enrichis d'arabesques et de médaillons traités avec un ciseau souple et vigoureux.

En même temps qu'il sculptait ces chaires, le XVIe siècle fabriquait des chaises légères destinées à tous les usages et présentant les formes les plus différentes. Les unes étaient à bras et constituaient des sortes de fauteuils; d'autres étaient sans accoudoirs et à trois pieds. Il y en avait qui servaient pour la table, ou pour se placer devant la cheminée; d'autres étaient réservées aux femmes ou aux enfants. On en rencontre dont le siège est soutenu par un pivot qui permettait à l'occupant de se tourner. Sur le bois de ces chaises, les délicats plaçaient des coussins moelleux; certaines étaient garnies en cuir ou en étoffes cloutées. 

La forme et le travail en différaient suivant les contrées d'où elles provenaient, l'Italie avait la spécialité des chaises étroites dont le dossier, disposé en éventail, était soigneusement sculpté et enrichi de dorures. On connaissait les chaises fabriquées à Caen; celles faites à la façon de Pise ou de Marseille et qui étaient ployantes. La ville de Lyon était renommée pour la confection des caqueteuses ou carquetoires, sorte de fauteuil étroit dont le siège, appuyé sur quatre montants verticaux, était relié par deux bras à un dossier rectangulaire, brodé d'arabesques gracieusement dessinées. La forme des vêtements de femme avait amené l'invention de chaises à vertugadin, qui permettaient d'étaler librement les plis des robes. 

L'ameublement devint plus sobre d'ornements au XVIIe siècle, et les chaises que l'on voit dans les estampes d'Abraham Bosse, si précieuses à consulter pour l'étude du mode de vie sous le règne de Louis XIII, se composent d'un dossier droit et sans bras, qui surmonte un siège supporté par quatre montants ronds, terminés par des boules. On se servait parfois, sous Louis XIV, de chaises à bras, entièrement revêtues de velours ou de riches étoffes qui dissimulaient le bois; cette décoration rappelait les sièges identiques que les portraitistes de la cour des Valois ont placés auprès de leurs personnages. L'usage des chaises se multiplia à mesure que le luxe s'introduisait dans les palais et dans les habitations. La sculpture de ces meubles adopta alors les formes les plus gracieuses, et les encadrements rectilignes des montants et des dossiers, furent remplacés par des courbes ornées de fleurons et de coquilles d'une fantaisie délicieuse. Les sièges de l'époque de la régence et du commencement du règne de Louis XV ont un grand caractère d'élégance.

Bientôt on les couvrit de tapisseries de la manufacture de Beauvais, exécutées sur les dessins de François Boucher et de son école. La même préciosité d'exécution se remarque dans les chaises du règne de Louis XVI, mais les lignes de leurs bois sculptés et dorés devinrent plus régulières. Rien de plus attrayant que de parcourir les modèles de recueils de meubles dus à De Lalonde et à Boucher fils, qui nous ont conservé les noms et la variété de forme des sièges, vers la fin du XVIIIe siècle. Le style du Premier empire était marqué d'un cachet de lourdeur trop accentué pour que les chaises ne devinssent pas des imitations maladroites du style antique. La décadence artistique alla en s'accroissant jusqu'aux dernières années du XIXe siècle, laissant la production industrielle se courber sous un joug d'uniformité banale. Le renouvellement de l'esthétique au XXe siècle  permettra cependant l'apparition de chaises dont une sculpture délicate vient compléter des formes très originales et bien comprises. (A. De Champeaux).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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