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Coffre

Le coffre, qui a été employé à toutes les époques, est le meuble par excellence du Moyen âge, celui qui servait à tous les usages et qui, par ses transformations, a été l'origine de la plupart des pièces qui composent notre mobilier moderne (L'art du meuble). 

Dans l'Antiquité romaine, le coffre recevait le nom d'arca  et on en a découvert plusieurs spécimens dans les ruines de Pompéi. Il consistait alors en panneaux longitudinaux de bois revêtus de bandes de fer ou de clous de bronze, disposés de manière à former un dessin géométral. Les bas-reliefs assyriens nous montrent différents coffres qui sont ornés de bandes en bronze ciselé où sont figurés des personnages et des animaux

Au Moyen âge, le coffre était souvent désigné sous les appellations diverses de bahut, d'arche, de met et enfin de huche. Cette fabrication entraîna l'établissement de la corporation des huchiers, ouvriers menuisiers chargés de tailler et de sculpter ces meubles. Nous avons déjà dit que le bahut était un coffre en osier recouvert de peau, destiné surtout à contenir les objets nécessaires au voyage et qu'il se distinguait du coffre proprement dit, que son poids plus considérable rendait moins mobile. Les coffres suivaient partout les grands seigneurs pendant les déplacements continuels de l'époque féodale. On y renfermait les objets de literie, les vêtements, et dès que le cortège s'arrêtait, ils étaient transformés en sièges, en tables et souvent même en lits. Le coffre, exhaussé sur quatre supports et ouvert par le devant, est devenu le dressoir, de même que deux coffres superposés ont formé l'armoire et le buffet. On y retrouve également les éléments primordiaux du cabinet et du coffre de mariage. Les plus anciens spécimens de coffre qui nous soient parvenus remontent au XIIIe siècle. Le travail du bois y est primitif et la décoration en est formée par des pentures de fer admirablement forgé et d'un beau dessin qui les recouvrent. La surface du bois était dissimulée sous une enveloppe de peau ou de toile peinte marouflée qui n'a pu résister à l'action du temps. Plusieurs églises de France, d'Angleterre et d'Allemagne conservent encore des exemples de ces reliques du mobilier ecclésiastique. Au XIVe siècle, la sculpture envahit tous les ustensiles de la vie civile intérieure. Les pentures de fer forgé sont remplacées par des arcatures de bois sculpté, au milieu desquelles sont placées des figures de guerriers. Plus souvent encore, chacune de ces divisions architecturales sert de cadre à une végétation variée à l'infini ou à un fenestrage emprunté aux verrières éclairant les églises. A mesure que la richesse progresse, on place au milieu de ces arcatures des écus seigneuriaux représentant les armes du souverain ou ceux des grands dignitaires et des abbayes qui se partagaient la propriété du territoire national.

Les coffres ouvrés en Italie pendant le XVe siècle, diffèrent absolument de ceux de la France et de l'Allemagne. La Péninsule avait alors adopté un mobilier ou l'or et la peinture prédominaient, sans que la sculpture en fût absolument proscrite. Les surfaces des bahuts italiens étaient ornées de tableaux en formes de frise, sur lesquels étaient représentées des scènes de mariage ou des allégories amoureuses. Les meilleurs peintres ne dédaignaient pas de consacrer leurs pinceaux à ce mobilier d'un caractère tout artistique. Un grand nombre de ces pièces étaient revêtues de stucs peints et
dorés ou de pâtes rapportées d'un travail tout particulier. On connaît également des coffres italiens en bois sculpté, contemporains de ces peintures.
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Coffre.
Coffre aux armes du Dauphin
XVIe siècle (Cluny).

Vers les premières années du XVIe siècle, les villes de Florence et de Venise sculptèrent à profusion de beaux coffres de mariage qui portent encore les devises et les armoiries des nobles familles auxquelles ils étaient destinés. Le style de la Renaissance italienne vint donner aux menuisiers-huchiers de France des éléments nouveaux dont ils surent tirer un admirable parti, et ils ne tardèrent pas à surpasser leurs maîtres dans la répétition des motifs qu'ils leur avaient enseignés. C'est sur les bords de la Loire, où Charles VIII avait établi les ouvriers habiles ramenés par lui d'Italie, et au château de Gaillon, où plusieurs de ces artistes allèrent travailler, que l'on voit apparaître ces délicates arabesques qui semblent copiées sur les tombeaux en marbre de la Toscane et de la Lombardie. Les coffres de cette époque, que l'on a découverts en Touraine et en Normandie, sont des chefs-d'oeuvre de goût. Rien ne surpasse la délicate efflorescence qui décore leurs panneaux. Les sculpteurs y introduisirent bientôt des médaillons représentant des guerriers casqués, imitation des bas-reliefs antiques de Rome, dont la vogue était alors universelle.

L'Auvergne est aussi l'une des provinces françaises où l'art du bois a produit ses plus belles oeuvres. Les chaires et les coffres qui en proviennent ont toute la grâce de ceux qui sont éclos sur les bords de la Loire, mais on remarque dans les médaillons et dans le contour des arabesques une vigueur toute particulière qui rappelle les bas-reliefs profondément fouillés dans la lave dure du pays. Le Lyonnais et la Bourgogne ont produit relativement peu de coffres se distinguant par leur importance artistique, comparativement aux armoires, aux buffets, aux tables et aux chaires qui sortaient en si grand nombre des ateliers de Lyon et de Dijon. On connaît cependant plusieurs coffres d'une charmante exécution qui ont été découverts dans des villes des bords du Rhône. Il existe également à Toulouse quelques-uns de ces meubles travaillés « à l'antique », suivant l'expression adoptée alors, qui reproduisent les belles arabesques de l'école de Bachelier. Les grands travaux entrepris à Paris et dans toutes les résidences royales de Fontainebleau, de Saint-Germain et de Villers-Cotterets, dotèrent l'île-de-France d'une école de sculpture qui devint sans rivale.

Il serait téméraire d'attribuer à Jean Goujon ou à Germain Pilon l'exécution de meubles dont l'origine n'est établie par aucun document, mais il en existe qui sont dignes de leur ciseau et qui ont dû être terminés par des artistes vivant auprès d'eux et s'inspirant aux mêmes sources. La Normandie prit part au mouvement esthétique de l'île-de-France, tant en raison de son voisinage immédiat que du séjour à Rouen de Jean Goujon et de plusieurs artistes qui vinrent ensuite à Paris. Les coffres de cette école sont ornés dans leur partie centrale d'un médaillon ovale ou d'un cadre rectangulaire dans lesquels sont représentés soit une figure de fleuve ou de naïade, soit une scène empruntée à la mythologie. Des trophées et des cariatides complètent cette décoration tout architecturale, dont tous les détails sont richement ornementés de broderies ciselées dans le bois. Le coffre en bois expira sous le règne d'Henri IV. Il n'eut plus alors de clients que dans les campagnes où son usage se conserva longtemps encore. Les derniers exemples qu'on en retrouve sont d'une simplicité toute rudimentaire; les sculptures en ont disparu et le meuble n'est plus qu'un travail de menuiserie entrepris sans modèle par des ouvriers éloignés de toute préoccupation artistique.

La magnificence du règne de Louis XIV ranima, pendant un moment, les derniers souffles de cette fabrication expirante. Le grand ébéniste C.-A. Boulle créa de superbes coffres de mariage (peut-être n'étaient-ils que des cassettes fort à la mode alors?) qu'il incrustait de cuivre sur fond d'écaille et qu'il ornait de bronzes dorés largement modelés, en les faisant reposer sur des consoles d'un même travail. Ce mobilier était trop luxueux pour convenir à d'autres qu'à un souverain ou à des grands seigneurs; aussi cette tentative de rénovation ne fut-elle pas de longue durée. De nos jours le coffre n'est plus, en général, qu'une caisse d'usage domestique, où l'on renferme le bois et d'autres matières encombrantes; aussi son aspect ne présente plus aucun caractère artistique. 

On appelle aussi coffre une sorte de caisse à couvercle fixé par une charnière et fermée avec une serrure. La grandeur et la forme des coffres varie suivant les usages auxquels on les destine. Le bahut, la malle sont des coffres. Fabriqué avec du bois mince, le coffre sert à renfermer des chiffons, des chapeaux; de petites dimensions, en bois précieux, appelé coffret, il est destiné à contenir des bijoux. (Champeaux / L. Knab).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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