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La grande quantité
des objets découverts par les archéologues permet d'affirmer
que l'ameublement de la Gaule
était le même que celui de l'empire romain ,
dont elle partagea le sort jusqu'à l'invasion
des Barbares. Pendant la période longue et désastreuse
des luttes successives contre les Huns, les
Goths,
les Alamans et les Burgondes,
toute trace de culture artistique s'éteignit et les efforts des
rois francs furent impuissants pour tirer
leurs Etats de l'anarchie et rétablir une administration régulière.
Charlemagne
appella de Constantinople
des ouvriers byzantins
pour décorer le palais d'Aix-la-Chapelle;
mais l'influence de cette colonie artistique, établie sur les bords
du Rhin
dans la Lotharingie ( Lorraine ),
fut plus profitable à l'Allemagne
héritière de l'empire romain reconstitué, qu'à
la France
où la faiblesse des successeurs de Charlemagne ne lui permit pas
de se développer.
Il faut arriver au XIe
siècle pour apercevoir en France la lueur, faible au
début, d'une rénovation artistique. A ce moment, le pays
délivré des incursions des Vikings,
des guerres intérieures et, peut-être en certains lieux, de
la crainte superstitieuse de la fin du Xe
siècle ( Chiliasme),
reprenait confiance en elle-même. Un grand courant fanatique entraînait
la féodalité vers la conquête
de la Palestine
et facilitait le rétablissement d'un pouvoir central assez fort
pour protéger les intérêts généraux.
Jusqu'alors les lettres et les arts n'avaient eu que les monastères
pour asile; l'organisation des communes vint apporter un nouvel élément
de civilisation basé sur l'association municipale. Les corporations
laïques, héritières des traditions élaborées
dans les établissements religieux, s'affranchirent des formules
trop étroites qui ne suffisaient plus à leur esprit novateur.
L'étude de mouvement qui détermina
le large épanouissement de l'architecture
française sous les règnes de Philippe-Auguste
et de saint Louis est indispensable à
faire lorsqu'on veut saisir le caractère monumental qui distingue
toutes les oeuvres de la menuiserie au Moyen âge .
Malgré l'activité extraordinaire qui régnait dans
toutes les branches de la production artistique, l'ameublement aux XIIe
et XIIIe siècles,
était simple et peu varié. La bourgeoisie, encore trop nouvelle
pour s'être enrichie par le commerce, habitait des maisons étroites
qui ne se prêtaient pas au développement du luxe. Plus important,
le mobilier des seigneurs les suivait dans leurs nombreux déplacements.
Jusqu'au XVe siècle,
en effet, les châteaux ne contenaient
pas de meubles fixes, et, lorsque le suzerain changeait de résidence,
on transportait sur des chariots ou à dos de mulet, les lits,
les bancs et les tables
nécessaires à son installation.
-
Armoire
de l'église d'Aubazines.
Corrèze,
XIIe siècle.
Les manuscrits
retracent dans leurs miniatures l'intérieur
des habitations pendant le Moyen âge .
Ils donnent les renseignements les plus précieux sur la forme et
le décor de la plupart des ustensiles qui étaient alors en
usage. On sait également par les récits des chroniqueurs
que les lits et les bancs étaient garnis de coussins que l'on tirait
des coffres, en même temps que l'on tendait
les murailles de toiles peintes et de tapisseries,
et que l'on jetait sur le pavé des tapis ou à leur défaut
des plantes odoriférantes et de la paille. Le luxe consistait principalement
en pièces d'orfèvrerie que
l'on disposait sur des tables ou sur des buffets mobiles à gradins.
Ces habitudes persistèrent jusque vers le règne de Charles
V, où l'on peut constater un progrès sensible dans le
luxe somptuaire.
Les plus anciens spécimens conservés
du mobilier de cette époque avaient une destination religieuse.
Ils ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui garnissaient l'intérieur
des demeures où vivaient nos ancêtres. L'art ancien ne connaissait
pas la différence qui existe actuellement entre la charpenterie
et la menuiserie. Les charpentiers-huchiers, après avoir
exécuté les portes, les fenêtres
et souvent même les murailles des maisons, étaient chargés
d'assembler les panneaux des meubles qui devaient les garnir. C'est à
cette direction unique dans tous les détails de la construction
que l'on doit les grandes qualités de style qui caractérisent
les oeuvres artistiques du Moyen âge
dans ses manifestions diverses. Jusqu'au XIIIe
siècle, les meubles sont de véritables oeuvres
de charpenterie; le bois y est employé
sans aucune ornementation et revêtu de peintures
sur toile ou sur cuir, avec appliques de ferronnerie formant la partie
principale de la décoration. Ils firent bientôt place à
des pièces moins massives dans lesquelles un rôle plus important
était réservé à la sculpture.
Au XIVe
siècle, la corporation des charpentiers-huchiers était
devenue insuffisante pour les diverses branches d'industrie qu'elle renfermait.
On en détacha un nouvel essaim qui prit le nom de huchiers-menuisiers,
tandis qu'on laissait les charpentiers en possession de travail du bâtiment
(1371). Les menuisiers-huchiers de
Paris
habitaient principalement le cimetière Saint-Jean, près de
l'église de Saint-Gervais .
Les cours de Charles
V et de ses frères déployèrent une somptuosité
qui ne s'accordait plus avec la disposition des donjons
et des forteresses obscures de la féodalité.
Le roi abandonnant l'ancien palais de la Cité fit construire les
résidences du Louvre,
de Vincennes
et de Beauté ,
où des galeries vastes et bien éclairées permettaient
de recevoir une suite nombreuse. Cet exemple fut imité par les princes
de sa famille et l'on retrouve dans les comptes de cette époque
les traces des nombreuses commandes faites pour la décoration intérieure
de ces résidences. Malgré les progrès du luxe, les
nouveaux appartements du Louvre ne renfermaient ni chaises,
ni sièges mobiles. Dans la chambre du
roi et dans celle de la reine, les tables étaient
montées sur des tréteaux, et l'on n'y voyait que des bancs,
des formes (bancs à plusieurs places) et des fauteuils
de bois sculpté. Les chaises du roi et des princes étaient
couvertes de velours ou d'étoffes revêtues de peintures et
d'armoiries. Les lambris des chambres étaient ornés de peintures
représentant des tournois ou d'appliques de rosette en étain
blanc.
-
Coffre
du XIVe
siècle
(musée de Cluny).
Le principal élément de décoration
consistait dans les tentures de tapisseries
qui garnissaient les appartements et dont chacune représentait des
histoires tirées de la mythologie
ou des romans de chevalerie ( La littérature
médiévale ).
Ces tentures, que l'on changeait à chaque saison et qui étaient
suspendues à l'aide de crochets, portaient, par extension, le nom
du sujet qui y était figuré. On disait la chambre aux
Croix, aux Livres, des Neuf-Preuses, de la reine Penthésilée,
pour désigner les différentes tapisseries qu'on exposait
dans ces appartements. A l'une des parois de la chambre à coucher
s'adossait le lit recouvert d'une courtepointe
et s'appuyant sur un dossier que recouvrait un ciel garni de courtines.
Plus tard, le lit tendit à former une chambre fermée par
des panneaux de menuiserie. Au bas du lit s'étendait une seconde
courtepointe pour les pieds. Les rideaux étaient brodés et
semés d'armoiries et d'étoiles. Non loin du lit se dressait
un demi-ciel où se faisait la toilette du roi. Autour de la chambre
étaient placés des carreaux (coussins) où s'asseyaient
les officiers et les courtisans.
Au XVe
siècle, l'ameublement commença à devenir
moins mobile et des armoires établies
dans chaque pièce se prêtaient à renfermer les ustensiles
et les objets de toilette. Mais le meuble le plus important était
le dressoir qui, de gradin provisoire pour
l'orfèvrerie, s'était transformé en motif fixe de
décoration. II servait à exposer les nefs de parement et
les hanaps que cette époque fabriquait en si grand nombre et dont
la majeure partie a été détruite. La disposition de
ces meubles était variée suivant la position sociale de leur
propriétaire et le nombre des degrés du dressoir était
soumis à une étiquette formelle. En même temps se développait
le goût des objets délicats de tabletterie, des coffrets et
des tableaux sculptés en ivoire, genre
dans lequel la ville de Paris excellait depuis le XIIIe
siècle, mais que les malheurs de la guerre de Cent ans
firent émigrer en Flandre ,
sous la protection plus assurée des ducs de Bourgogne .
(A. de Champeaux). |
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