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Histoire des arts décoratifs
Le style Louis XIV
Le style Louis XIV prend le nom du règne qui le voit éclore (1643-1715). L'époque culminante de la gloire du roi est le traité de Nimègue en 1678. La France domine l'Europe par le goût comme par la force, dans le domaine des arts comme sur les théâtres de la guerre. Le continent emprunte à Paris le ton et les modèles. Le château de Versailles, avec son faste pesant, est le symbole de l'esprit de l'époque. Le roi dirige tout et ses fantaisies sont des ordres. Il en vint jusqu'à s'occuper de réglementer le costume des courtisans : l'habit à brevet est considéré comme une faveur. Les vastes galeries du château royal avec les baies largement ouvertes réclament un ameublement éclatant et riche. 

Le règne de l'étiquette n'a jamais été plus despotique. Il y a toute une hiérarchie entre les divers ordres de sièges depuis le fauteuil jusqu'au tabouret ou placet. Le roi s'inquiète de favoriser les gloires qui peuvent ajouter à la sienne les artistes, les artisans sont encouragés, protégés et le ministère de Colbert accomplit l'oeuvre la plus féconde dont l'histoire de France ait jamais offert le spectacle. L'établissement de la Manufacture des Gobelins qui est un centre non seulement de tapisserie, mais d'ébénisterie, d'orfèvrerie, etc., est l'orgueil de Louis qui, nous dit un contemporain,

"Ne passe guère de semaine 
Où toute sa cour il n'y mène."
Le peintre Lebrun est mis à la tête de de la manufacture de la couronne son talent, pompeux jusqu'à l'emphase, reflète bien l'esprit de l'époque. Les plus grands artistes sont employés aux Gobelins. L'illustre ébéniste Boulle, les grands orfèvres Ballin et Delaunay, le spirituel et fécond décorateur Jean Bérain, Jean Lepautre, produisent des oeuvres merveilleuses, laissent des modèles qui sont les classiques de la décoration. L'orfèvrerie pénètre jusque dans l'ameublement : les meubles d'argent se voient à la cour. Lorsque Charles II, à son retour de son exil en France, remonte sur le trône d'Angleterre, c'est le style Louis XIV, c'est le luxe de ces meubles d'argent qui traversent la mer avec lui. Les collections royales d'Angleterre possèdent encore de ces meubles d'argent de la fin XVIIe siècle où domine une emphase massive plus caractérisée que dans l'art français.
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Tapisserie de Bérain.
Une tapisserie de Bérain.

Dès le début du règne, de grands personnages forment de superbes collections d'oeuvres d'art qui témoignent du luxe de l'époque. Le cardinal Mazarin avait amassé des richesses qui allaient plus de 100 millions. On lit dans les mémoires qu'il courait le risque de mourir sans absolution si le roi ne lui eût fait don de tout ce qu'il avait volé. Le 6 mars 1661, il reçut un brevet par lequel Louis XIV lui reconnaissait la propriété de tout ce qu'il avait acquis pendant son ministère. C'est probablement par reconnaissance que le cardinal légua à la couronne 18 gros diamants qui reçurent le nom des 18 Mazarins. La reine-mère « eut le gros diamant appelé la Rose d'Angleterre, un diamant brut pesant 14 carats et le rubis cabochon La reine reçut un bouquet de 50 diamants et le duc d'Anjou 31 émeraudes ». L'année qui précéda sa mort, le cardinal avait fait tirer chez lui une loterie entre les personnages de la cour qu'il avait reçus. Les lots, qui furent estimés alors un demi-million, se composaient de pierreries, bijoux, meubles, étoffes, chandeliers de cristal, miroirs, tables, cabinets, vaisselle d'argent, gants, rubans et éventails. Mazarin avait des collections si riches, que l'on mit près de quatre mois à dresser l'inventaire de ses objets d'art.

Les dépenses extraordinaires de Fouquet au château de Vaux, la fête qu'il donna à Louis XIV, tête superbe où « il porta l'attention jusqu'à faire mettre dans la chambre de chaque courtisan de la suite du roi une bourse remplie d'or pour fournir au jeu de ceux qui n'en avaient pas assez, ou qui en manquaient », témoignent du luxe de l'époque. Les généraux emportaient avec eux à l'armée de la vaisselle d'argent pour leur service. Versailles, qui rayonne sur l'Europe, a coûté près d'un milliard au roi : les conduites d'eau et la plomberie à elles seules montèrent à 32 millions. Marly coûta peut-être plus encore que Versailles. Lors de la réception des ambassadeurs siamois, Louis XIV était assis sur un trône d'argent : son costume était à ce point alourdi par l'or et les pierreries qu'il fut obligé de le quitter. La Manufacture des meubles de la couronne fournissait les cadeaux que la magnificence royale prodiguait aux représentants des puissances étrangères.

De grands voyageurs rapportent de l'Orient de nombreuses pierres précieuses : la mode est aux diamants. Tavernier fait six voyages aux Indes et en Perse : il vend 3 millions de diamants à Louis XIV, est anobli, publie le récit de ses voyages. Après lui, Chardin est nommé marchand du roi, publie son voyage en Perse. L'esprit public voit ainsi s'ouvrir de nouveaux horizons. Le Persan, le Turc, l'Indien sont en vogue et ainsi s'explique la place qu'ils prennent dans les arabesques que dessinera Jean Bérain.

Les malheurs de la guerre, la pénurie du trésor public amenèrent la célèbre fonte de 1689 qui dura plusieurs mois. En 1709, année de la disette, on envoya également à la Monnaie la vaisselle d'argent et l'on engagea les pierreries de la couronne. L'exemple du roi fut un ordre pour tous les seigneurs de la cour Le pain d'avoine était recherché. Ainsi disparut ce qui avait pu échapper à la fonte précédente.

Tandis qu'autour de Louis XIV, de Versailles et de la cour, rayonnent ces splendeurs, le luxe pénètre dans les classes moyennes : les auteurs du temps en témoignent. La Bruyère parle de l'époque précédente où le cuivre et l'étain n'avaient pas encore été remplacés par la vaisselle d'argent. Aux tapisseries, aux cuirs qui avaient garni les murs les appartements sous le règne précédent ont succédé peu à peu les lambris peints et dorés. Julie d'Angennes, marquise de Rambouillet, étonne ses contemporains par son salon bleu où elle a remplacé le ton vieux cuir par la couleur du ciel. Les parquets se substituent aux dallages et aux carrelages Les grandes cheminées monumentales qui s'élevaient jusqu'au plafond sont abandonnées pour les « petites cheminées » dont la tablette servira de place aux « horloges à pendule » créées en 1657 par le mathématicien hollandais Huyghens. Le long du mur, les horloges à gaine s'élèvent sur leur longue boîte d'environ 1,70 m où bat un balancier d'environ 1 mètre. L'usage des glaces passe de la cour dans les classes bourgeoises. La fabrication française, grâce au toujours présent Colbert, remplace les produits de Venise jusque-là sans rivaux. 

Comme tous les styles, le style Louis XIV est caractérisé par l'impression produite, les ensembles géométriques recherchés, les matières préférées et enfin l'ornementation.

1° L'aspect du style Louis XIV a quelque chose d'imposant et de majestueux. Les bases et les appuis sont largement établis sur le sol. Les surfaces ont la sérénité massive de la puissance et de la solidité : ameublement d'apparat et de fêtes royales plus que de fréquentation intime, il s'étale sans souci de la place plus ou moins grande qu'il prend. Le ton en est éclatant, les couleurs en sont franches et nourries sans rien qui les apaise : aussi peu de saillies d'ornements détaillés qui jetteraient de l'ombre. C'est comme une santé plantureuse, rengorgée, rebondie, se développant librement, aussi loin de la maigreur que des équilibres périlleux.

2° Les ensembles géométriques sont au début un peu raides : les commodes se désignent souvent sous le nom de commodes-tombeaux et commodes à panse. Les bureaux et les armoires affectent des figures rectangulaires où la largeur n'est jamais réduite. Les tables sont supportées par des pilastres du par des colonnes massives. Les entrejambes qui relient ces derniers sont souvent lourds. Quelque chose de gras et de large domine dans les moulures dont les cavités ne se refusent jamais à la lumière. Le corps est majestueux, les corniches empruntées aux chapiteaux romains; les consoles un peu ventrues sont presque toujours terminées par des pendentifs en fleurons.

La symétrie entre les deux cotés du meuble est rigoureuse : l'un répète l'autre. Sur les gaines qui servent de supports aux vases, aux horloges, sur le devant des commodes et surtout dans les meubles de Boulle, on remarque souvent une bande assez large mais de peu de saillie qui descend jusqu'au stylobate et joint son milieu au milieu de la corniche : aux deux côtés, comme nous l'avons dit plus haut, deux figures mythologiques se font pendant, assez hautes, mais de peu de relief. Elles sont supportées par une sorte de socle dont la saillie sur le plan du meuble est inférieure à celle de la bande verticale; ce socle s'élargit en descendant et rejoint les coins des vantaux. Dans le style Louis XIV, la masse du meuble est souvent peu élevée au-dessus du sol dont elle n'est séparée que par des pieds en toupie.

3° Parmi les matières préférées, le bois doré triomphe et prédomine : il se cisèle sous la main des sculpteurs. Il succède à l'ameublement en chêne et noyer du genre précédent et remplace par un éclat somptueux la tristesse du style Louis XIII.

Les étoffes elles-mêmes prennent des tons chauds et un peu violents : les brochés affectent les grands ramages.

Les ornements en sont empruntés souvent à la nature : les fleurs d'un style large, arrangées en rinceaux, donnent aux soieries de Lyon un bel aspect décoratif. La broderie semble se plaire aux fonds jaune serin.

Les tapisseries des Gobelins, aux tons francs et puissants, reproduisent les guerres et s'inspirent de Lebrun et de Van der Meulen. Les châteaux de France y figurent parfois; souvent aussi les arabesques de Bérain.

4° Il faut distinguer au moins deux périodes dans l'ornementation du style Louis XIV.

La seconde que caractérise surtout le style de Bérain est un Louis XIV atténué, qui forme transition toute naturelle au style de la Régence et où l'on sent déjà l'approche du style Louis XV.
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Architecture intérieure au XVIIe siècle.
Architecture intérieure. Réception dans une alcôve royale, d'après Lepautre.

Dans la première période l'ornementation est tout héroïque ou romaine. Ces mots « à la romaine » se rencontrent dans un grand nombre de titres d'estampes et de modèles. Lepautre publie la suite de ses modèles de vases sous le titre de Vases et burettes à la romaine; on fait jusqu'à des alcôves à la romaine. La décoration est en effet romaine par le caractère de ses attributs héroïques, ses trophées où les cuirasses surmontées de casques sont accompagnées de glaives et même de faisceaux de licteurs. Ces trophées seront le motif décoratif typique de la décoration de cette époque. De nombreuses figures allégoriques, des divinités mythologiques, des dieux-fleuves accoudés sur leur urne, des Victoires embouchant la trompette, etc., des cornes d'abondance plus fortes, plus ouvertes que celles du style Louis XIII, entourent ou soutiennent les écussons et les cartouches. Ceux-ci offrent un champ fortement rebondi et saillant sur lequel se plagient les armoiries, les fleurs de lis, les deux L opposés de Louis XIV. La forme est ou circulaire ou ovale ; mais l'ovale du style Louis XIV n'est pas le véritable ovale comme celui du style Louis XVI. Dans ce dernier style, l'ovale a rigoureusemerit la forme d'un neuf (peut-être un peu allongée), tandis que l'ovale Louis XIV est une véritable ellipse, c'est-à-dire n'est pas plus pointu d'un côté que de l'autre. Le cartouche se change souvent en mascaron : les mascarons servent souvent de centre à des ornements en forme de rayons de soleil. Sur les moulures architecturales qu'il étage et qu'il superpose, le décor de cette époque prodigue les ornements courants classiques (palmettes, oves, etc.). Parfois ces moulures sont remplacées par un tore garni de feuilles de laurier imbriquées Les guirlandes sont fournies de feuilles plus longues et plus riches que dans le style Louis XIII. Les rinceaux présentent des enroulements très nourris et comme plantureux. L'acanthe se fait large, boursouflée. 

Les pieds en forme de consoles ventrues et rengorgées soutiennent les meubles. Dans l'ornementation on rencontre souvent une sorte de lambrequin tombant, formant comme tablier. Dans les gaines que Boulle fabrique pour servir de supports aux horloges on rencontre ce tablier. Les horloges ont une forme presque architecturale : c'est comme une sorte de petit pavillon au haut duquel est le cadran. Les pieds sont le plus souvent formés d'un enroulement de rinceaux terminé par une patte à griffes. Le sujet du dessus est ordinairement le Temps avec sa faux ou quelque symbole mythologique en rapport avec sa destination. (Paul Rouaix).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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