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Pierre Laromiguière
est un philosophe né à
Livignac (Aveyron) le 3 novembre1756, mort à Paris
le 12 août 1837. Membre de la congrégation des doctrinaires,
il fit soutenir à Toulouse
par ses éIèves, dès 1784, une thèse - le
Droit de propriété est violé toutes les fois que les
impôts sont levés arbitrairement - que censura le parlement.
Six ans plus tard, il y enseignait publiquement la philosophie
sociale. En 1793 paraissait un Projet d'éléments
de métaphysique, « chef-d'oeuvre de clarté et de
style », fort bien accueilli de Sieyès, de Cabanis
et de Destutt deTracy. Bientôt associé
à l'Institut, Laromiguière y lit deux Mémoires,
où, comme dans le Projet, il se sépare de Condillac,
pour accorder à l'attention une place importante.
Éditeur de Condillac (1798), qu'il
admire, il devient pour un temps son fidèle disciple. Le 18 brumaire
le fait entrer au Tribunat, dont il est éliminé avec Daunou
et J.-B. Say, Benjamin
Constant, André Chénier
et Desrenaudes. Bibliothécaire au Prytanée, il publie les
Paradoxes de Condillac (1805), où il pousse les théories
de la Langue des Calculs jusqu'à leur dernier terme. Dans
la science, il ne voit qu'une longue série
d'identités; dans le raisonnement,
qu'un calcul où l'on passe d'une proposition
identique à une proposition identique; dans les idées
générales, que des signes, des mots, des dénominations.
Professeur à la faculté des
lettres, Pierre Laromiguière y attire, de 1811 à 1813, la
jeunesse et « tout ce que la capitale a d'esprits éclairés
et élégants dans les deux sexes ». C'est, avec Garat
et La Harpe, auxquels il est bien supérieur,
avant Villemain, Guizot
et Cousin, le premier en date d'un grande lignée
professeurs éloquents. Éloigné de sa chaire par une
inflammation intermittente de la vessie, il fit imprimer ses Leçons
de philosophie (181518). L'écrivain n'eut rien à envier
au professeur; la cinquième édition est de 1833.
La doctrine
est celle du Projet et des Mémoires. L'âme,
active par essence, tire les idées
des sentiments et produit les facultés
de l'entendement, attention, comparaison,
raisonnement.
Par l'attention, nous avons des idées exactes et précises;
par la comparaison, des analogies, des liaisons,
des rapports; par le raisonnement, les principes
et leurs conséquences les plus éloignées.
L'attention fournit les faits, et, par une longue patience, rencontre les
idées de génie; la comparaison, par les rapports, donne de
l'étendue au génie, que le raisonnement rend profond par
les systèmes. En cherchant ce qui lui
agrée et en fuyant ce qui lui répugne, l'âme active
produit les facultés de la volonté,
besoin, préférence et liberté. Entendement et volonté
constituent la pensée, et, bien employés,
la raison. L'âme, par cela qu'elle est active,
est immortelle.
On a exagéré l'originalité
de Pierre Laromiguière, pour faire oublier de Destutt
de Tracy et Cabanis; on ne s'est pas souvenu que de Destutt de Tracy
et Lamarck, Draparnaud et Degérando ont
traité de l'attention et de l'activité de l'âme. Mais
on n'a pas exagéré son influence, qui a été
considérable. Il y a eu en France une école de Laromiguiéristes,
dont les membres les plus connus sont Armand Marrast
et Cardaillac. L'Italie a rangé Pierre Laromiguière parmi
les « métaphysiciens classiques »; Victor
Cousin, Jouffroy, l'ont continué
et loué plus encore que combattu. Les Leçons sont
restées « un livre consacré-»,
sous le second Empire, pour des criticistes
comme pour des spiritualistes. Taine,
cherchant à concilier Comte et Hegel,
complétait l'éloge de Laromiguière par une virulente
critique de ses successeurs. C'est que Laromiguière rassurait, par
ses doctrines spiritualistes et chrétiennes ,
ceux qu'effrayait l'idéologie physiologique
et rationaliste de ses illustres amis; sa
méthode,
qui rappelait Condillac, et ses habitudes de probité scientifique
attiraient ceux qui, continuateurs des idéologues, voulaient faire
de la psychologie une science positive; son
style aimable, sobre et insinuant, charmait les lecteurs comme la personne
avait enchanté ses disciples et séduit les adversaires de
ses doctrines. Pour toutes ces raisons, l'oeuvre de Pierre Laromiguière
sera mentionnée et consultée par les historiens des idées
au XIXe siècle. (F.
Picavet). |
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