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Carlyle

Thomas Carlyle est un philosophe, publiciste et historien né à Ecclefechan (Dumfriesshire) le 4 décembre 1795, mort à Londres le 5 février 1881. D'une famille de petits fermiers, d'abord destiné à l'Église, on l'envoya à l'université d'Édimbourg, où il se distingua dans les mathématiques; aussi, dès sa sortie de l'université, trouva-t-il une place de professeur de sciences dans un collège du Fifeshire. Mais le métier de l'enseignement lui devint bientôt insupportable et, avec quelques économies réalisées, il retourna à Édimbourg étudier le droit et la théologie qu'il abandonna pour se livrer tout entier à la littérature, « la seule et militante Église des temps modernes », disait-il, comparant l'écrivain à un prédicateur, « prêchant des idées partout et dans tous les temps ».

Thomas Carlyle débuta dans Edinburgh Cyclopaedia et à la New Edinburgh Review par des articles sur Montesquieu, Montaigne, Nelson, les deux Pitt, traduisit la Géométrie de Legendre; étudiait la langue et la littérature allemandes et donnait une Vie de Schiller dont la première partie parut, en 1823, dans le London Magazine et qui fut achevée et publiée en un volume en 1825. Pour vivre et venir en aide à sa famille, il dut se faire de nouveau précepteur et travailla entre temps à une traduction complète des oeuvres de Schiller qu'il offrit vainement à tous les éditeurs de Londres. En 1826, il épousa Jane Baillie Welsh, jeune Écossaise connue pour son esprit et sa beauté. Cette union fut loin d'être heureuse. Mistress Carlyle a raconté sa vie de tribulations et de luttes dues autant aux embarras d'argent qu'à la taciturnité et à l'égoïsme de l'époux. 
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Portrait de Carlyle
Thomas Carlyle.

En 1827, Carlyle débuta à la Revue d'Edimbourg, par une étude sur L-P. Richter, et écrivit pour le Foreign Quarterly et le Fraser's Magazine, une série d'articles réimprimés sous le titre Miscellanes. Malgré son labeur assidu, sa position devenait de plus en plus précaire. Et écrivait, en février 1835, que depuis vingt-trois mois la littérature ne lui avait pas rapporté un penny. Cette même année, il termina son premier volume de The French Revolution qui devait lui faire une renommée européenne. Il envoya le manuscrit à John Stuart Mill et en attendait le retour pour le donner à l'éditeur, lorsque Mill vint lui annoncer qu'une servante maladroite l'avait jeté au feu. 

« Pendant trois jours, dit-il, je ne pus ni boire ni manger; j'étais comme étourdi. Je partis à la campagne, et, pendant trois mois, je ne fis que lire des romans de Marryat.-»
Thomas Carlyle se remit cependant à l'oeuvre et recommença son travail. Le volume terminé au commencement de janvier 1837 ne fut publié que six mois après. Les éditeurs, alors, lui firent de tous côtés des offres. Sartor Resortus, écrit depuis 1830 et successivement refusé par tous, parut, en 1838, dans le Fraser's Magazine et le plaça au premier rang des penseurs. Dans cette oeuvre, qu'il donnait comme la traduction d'un prétendu livre allemand : Les vêtements, leur origine et leur enfance par Herr Teufelsdröckh (crotte du diable), publié par un éditeur de la ville on-ne-sait-où, il se montre critique impitoyable de la société anglaise, dans un style bizarrement hérissé de germanismes. L'année suivante, il donna Chartism, oeuvre profondément originale, comme langue et comme pensée. 

Revenu à Londres, il y faisait des conférences très suivies sur l'histoire et la littérature. Heroes and Hero Worship ou il développe son système politique (1841), Past and Present où il critique les prétendus progrès de la civilisation, et surtout les Lettres et discours d'Oliver Cromwell(1845), ne firent qu'accroître sa réputation. En 1850, vinrent les Pamphlets des derniers jours, l'année suivante la Vie de John Sterling, et enfin en 1858 les deux premiers volumes de son Histoire de Frédéric II, les autres parurent en 1861, 63 et 65. Le mérite de cette oeuvre, au point de vue historique, est tel que, d'après Froude, les élèves des écoles militaires allemandes étudieront dans Carlyle les batailles de Frédéric, et Emerson déclarera que c'est le livre le plus spirituel qui ait été écrit.

Carlyle a traité l'histoire d'une façon aussi neuve que singulière; au contraire des autres écrivains, il la condense dans une suite de monographies. Sa théorie historique repose tout entière sur celle des hommes providentiels. Chaque époque aurait son génie, ses aspirations, ses besoins, ses vices même, personnifiés en un héros. Les héros seuls ont le droit de gouverner le monde. Cromwell serait, avec Napoléon, le type parfait du véritable héroïsme. Toute société conduite par des médiocres marche à sa décomposition. Sur cette idée, il base son système de philosophie de l'histoire. Esprit étrange et maladif, produit hybride du puritanisme anglican et de l'idéalisme allemand, il aspire à une reconstitution de principes et d'institutions entièrement opposées aux idées de Stuart Mill.

Pour lui, la poésie, les arts, l'Église, l'État, ne sont que des symboles, la divinité un mystère dont le nom est idéal, le christianisme un mythe dont l'essence est l'adoration de la douleur. Il attaque avec virulence l'hypocrisie religieuse de l'Angleterre, les formules froides et conventionnelles du protestantisme, ses diverses sectes étroites et inintelligentes. Dans son style, dédaigneux des règles de l'école, faisant peu de cas des périodes classiques, il frappe par des élans de génie et d'enthousiasme, avec une phrase courte, incisive, tranchante, hachée, comme Michelet, « un Michelet à la quatrième puissance », mais parfois obscure. En humour, on l'a comparé à Sterne, auquel il est supérieur par la sensibilité.

Hippolyte Taine, John Nichol et  Moncure Conway ont fait de très belles études sur Thomas Carlyle. (Hector France).

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Dictionnaire biographique
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