 |
Durand (Guillaume),
évêque de Meaux,
docteur scolastique surnommé Doctor
resolutissimus et canoniste, né à Saint-Pourçain,
mort vers 1333. Il était entré dans l'ordre des dominicains,
dès sa première jeunesse, à Clermont
en Auvergne ;
en 1313, il fut reçu docteur à Paris, où il enseigna
pendant quelque temps; de là, il se rendit à Avignon
et y continua son enseignement près de la cour du pape. En 1348,
Jean XXII le nomma évêque d'Annecy
; en 1326, évêque de Meaux, où il mourut.
Oeuvres principales : un
commentaire sur Pierre Lombard, In Sententias
théologicas Petri Lombardi commentariorum libri IV (Paris, 1508
et 1515; Venise,
1571, in-fol.). D'après Oudin, Durand aurait composé deux
commentaires sur P. Lombard, le premier alors qu'il n'était encore
que dominicain, le second quand il était
évêque. Ce serait le dernier qui a été imprimé.
De
Origine jurisdictionum quibus populus regitur, sive de juridictione ecclesiasticae
et de legibus (Paris, 1506, in-fol.);
De Statu animarum post separationem
a corpore. Ce traité (libellus episcopi Meldensis), dirigé
contre une opinion émise par Jean XXII sur la béatitude des
âmes
saintes avant le jugement dernier, attira à Durand des poursuites,
dont les conséquences furent détournées par la protection
du roi de France ou, suivant certains témoignages, par une rétractation
adressée au pape (Raynaldi, Annales ecclesiastici, anno 1333).
Guillaume Durand a fortement contribué
à accélérer la décadence de la scolastique.
Abandonnant le réalisme, qui fournissait
de si précieuses ressources pour la démonstration
des dogmes ,
il suscita le réveil du nominalisme,
dont il devint l'un des docteurs les plus résolus au XIVe
siècle. La scolastique du XIIIe
siècle, sauf de rares exceptions, promettait de répondre
aux besoins des penseurs qui voulaient s'assimiler par la raison
les données de la tradition dogmatique; elle prétendait mettre
le dogme à la portée de la raison, en prouver la rationalité,
la nécessité rationnelle, et
établir ainsi l'accord entre la foi
et l'intelligence. Quoique dominicain, Durand
finit par repousser la maxime de Thomas d'Aquin ,
que les dogmes ne peuvent rien contenir de contraire à la raison,
et par conséquent qu'il est possible de les démontrer indubitablement;
il contesta même à la théologie
le titre de science, et demanda la certitude,
non plus à la conviction, mais à l'obéissance, à
la soumission à l'autorité de l'Église
représentée par le siège apostolique, seul juge infaillible
et régulateur de la foi.
Dans le détail de sa doctrine, on
a relevé plusieurs points qui s'éloignent de l'orthodoxie;
il semble pencher vers l'adoptianisme, il n'admet la transsubstantiation
qu'avec de fortes réserves, et il n'attribue au mariage le caractère
de sacrement, que d'une manière très relative. (E.-
H. Vollet). |
|