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Luna (Alvaro de), connétable de Castille et maître de Santiago, décapité à Valladolid le 5 juillet 1453. Il était fils naturel d'un seigneur aragonais, Alvaro de Luna, et de Maria de Cañete. Emmené en Castille, à l'âge de dix-huit ans, par son oncle, Pedro de Luna, archevêque de Tolède, il fut attaché au service du roi don Juan II (1408). Après le procès et la fuite du connétable Davalos, Alvaro de Luna obtint la charge du condamné et le comté de San Estevan de Gormaz (1423). Dès ce jour, le nouveau connétable gouverna le royaume. Telle était son autorité, raconte le chroniqueur Perez de Guzman (Generaciones y Semblanzas), qu'il poussait l'insolence jusqu'à réglementer à sa fantaisie les rapports intimes de Juan II avec la reine. En 1427, les seigneurs de Castille obligèrent le roi à bannir le tout-puissant favori de la cour pendant un an et demi. Incapable de gouverner sans lui, Juan II le rappela l'année suivante. Durant la guerre contre les Maures, don Alvaro pénétra dans la Vega de Grenade et la ravagea cruellement, sans que les Musulmans aient osé sortir de leurs murailles. Il combattit à la bataille de la Higuera (1431). En 1439, la noblesse força de nouveau Juan II à renvoyer le connétable dans ses terres. Les troubles n'en continuèrent pas moins pendant plusieurs années. Après la bataille d'Olmedo (1445), remportée sur les barons révoltés et sur le roi de Navarre (plus tard Juan II d'Aragon), don Alvaro reçut la maîtrise de Santiago et reprit toute son autorité. La même année, il remaria Juan II avec Isabelle de Portugal, malgré la résistance du roi, épris d'une princesse française, Radegonde, fille de Charles VII.
« II n'osait faire autre chose, sinon ce que voulait le connétable, et ainsi se conclut ce mariage. » (Cronica de don Juan II).
Dès ce jour, Juan II le haït secrètement, tout en tremblant devant lui. Troubles et séditions recommencèrent en Castille. Tolède se souleva contre don Alvaro, sous prétexte de défendre ses privilèges (1449). Le vendredi saint 1453, le favori fit assassiner Alonso Perez de Vivero, grand trésorier de Castille, qu'il soupçonnait d'avoir conseillé au roi de lui retirer le pouvoir. Juan II en profita pour le faire arrêter, à Burgos, et mettre la main sur ses biens et châteaux. Le connétable fut enfermé dans une cage de bois, à Portillo, puis décapité sur la place de Valladolid. Conduit au supplice sur une mule et précédé de crieurs qui proclamaient la sentence royale, il mourut avec intrépidité. Son cadavre resta trois jours entiers exposé sur l'échafaud, et la tête neuf jours, au sommet d'un pieu. Un bassin d'argent recevait les aumônes destinées à enterrer celui qui fut jadis le plus riche seigneur des Castilles. 

On possède de lui seize poésies fort courtes (Cancionero de Baena, éd. de Leipzig, 1860, t. I, pp. CX et suiv.). La Cronica de don Alvaro de Luna rapporte qu'il écrivit des intermèdes que l'on représentait aux jours de fête. Le Romancero de Duran (t. II, pp. 47 et suiv.) contient trente-six romances sur la chute et l'exécution du fameux connétable. Quoique fort postérieures au supplice d'Alvaro de Luna, elles rendent admirablement l'effet que produisit sa mort sur le peuple castillan. (L. Dollfus).

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