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Rome au temps des Guerres civiles II - Antoine vs. Octave (44 av. J.-C. - 30 av. J.-C.) |
| Le jour des ides de mars (44),
César
était tombé sous les coups de Brutus
et de Cassius. Ainsi le tyran était mort,
et Rome Qu'arriva-t-il alors? C'est que les amis de César revinrent de leur trouble, que Lépidus occupa la ville, que le consul Antoine saisit les papiers du dictateur, et que le sénat n'osa pas déclarer César tyran. On oubliait déjà la liberté, pour ne parler que de concorde et de pardon. Une amnistie fut même décrétée. C'était incriminer les conjurés. Ce fut bien pis encore lorsqu'il s'agit des funérailles de César, lorsque l'on vit son corps percé de tant de coups, lorsque Antoine lut son testament, où il comblait le peuple et ses assassins eux-mêmes de bienfaits. Le peuple et les soldats, irrités, lui dressèrent aussitôt un immense bûcher sur le forum, et, n'ayant pu trouver ses meurtriers, ils s'en consolèrent en incendiant et leurs maisons et la curie où le héros était mort... Il ne restait plus que l'exil aux prétendus libérateurs de Rome; car César n'avait péri que pour qu'elle passât de ses glorieuses mains dans celles d'Antoine et de sa soldatesque. Le nouveau souverain affecta cependant
la plus grande modération. Respectueux envers le sénat,
indulgent pour les conjurés, complaisant même pour Sextus
Pompée, à qui il fit donner le proconsulat
des mers, il demanda de plus que la dictature fût abolie, afin que
cette redoutable magistrature cessât de menacer la liberté;
mais il avait soin, en même temps, de s'entourer de soldats, de répandre
à profusion les trésors de l'État , et d'invoquer
sans cesse le testament de César, dont le sénat lui-même
avait confirmé tous les actes; Mortuo servimus, disait Cicéron.
Ce mort, c'était le consul Antoine, qui ajoutait au testament de
César tout ce qu'il lui plaisait d'exécuter. Las bientôt
de cette domination indirecte, il attaqua ouvertement la liberté,
en ne convoquant plus le sénat, en ne s'appuyant que sur l'armée,
en dépouillant les conjurés de leurs provinces; au lieu de
la Syrie et de la Macédoine Alors parut un jeune homme de dix-neuf
ans à peine, Octave, fils de Julia, soeur
de César. Peu remarqué jusqu'à
ce moment, il se trouvait à Apollonie Dès qu'il se vit aimé du peuple et des soldats, il ne se contenta plus d'intimider Antoine, il s'occupa de le renverser, et c'est ici qu'il faut surtout remarquer l'habileté de sa politique. Il n'était pas encore assez puissant pour suffire seul à un tel dessein; il chercha un allié, et cet allié fut le sénat, dont il connaissait l'aversion pour Antoine. Le sénat n'eût garde, de son côté, de repousser les avances d'Octave. L'héritier de César était si jeune, et il semblait si modeste que les sénateurs ne pouvaient se résoudre à le craindre. Ils ne voyaient en lui qu'un enfant irrité, dont le nom pourrait être utile pour se concilier l'armée, et que l'on briserait ensuite comme un instrument inutile dès qu'il aurait servi à détruire Antoine. Cicéron, dont l'influence était toute-puissante dans le sénat, fut celui qui contribua le plus à la conclusion de cette alliance. Octave n'avait-il pas coutume de le consulter docilement, de le nommer son père et son maître? II n'y avait donc rien à craindre de sa part. Toutes les affaires marchèrent,
en effet, au gré des sénateurs et de Cicéron; car
Antoine ne tarda pas à s'enfuir devant les Philippiques, et les
légions qu'il alla chercher à Brindes Les sénateurs triomphaient donc, et les heureuses nouvelles qu'ils recevaient chaque jour de Brutus, de Cassius et de Sextus Pompée les entretenaient dans ces flatteuses espèrances, lorsque Octave leur montra durement qu'ils n'étaient pas ses maîtres, mais ses dupes. Irrité de ce que le sénat paraissait ne pas apprécier ses services, et de ce qu'il osait même transférer le commandement à Decimus Brutus, il leva tout à coup le masque, sollicita le consulat, et comme on hésitait, il entra dans Rome avec huit légions. Il n'y eut plus alors qu'à obéir; Octave eut le consulat, ses soldats eurent de l'argent, et les tribunaux condamnèrent solennellement tous les auteurs ou complices du meurtre de César. Si redoutable que fût maintenant l'héritier de César, il avait trop d'esprit et de mesure pour ignorer que l'heure de la monarchie n'avait pas encore sonné; car il y avait d'un côté le parti républicain, qui régnait sur tout l'Orient, et de l'autre Antoine, qui, réuni à Lépidus, à Plancus, à Asinius Pollion, et vainqueur de Décimus, ne comptait pas moins de vingt-trois légions. Octave fit donc la seule chose qu'il pût faire en proposant son amitié à Lépidus et à Antoine, pour qu'ils l'aidassent à renverser les derniers soutiens de la république. C'est de là que naquit le second
triumvirat
(43). Sous le nom de Triumviri reipublicae
constituendae, les triumvirs s'arrogèrent la puissance consulaire
pour cinq ans, le droit de faire des lois et de disposer de toutes les
charges, avec plusieurs provinces pour chacun. Octave
eut l'Afrique Les triumvirs
s'étaient aussi promis d'accabler leurs ennemis, et jamais promesse
ne fut mieux observée; ni Marius ni Sylla
n'avaient versé plus de sang qu'ils n'en répandirent alors.
Trois cents sénateurs, deux mille chevaliers furent d'abord proscrits;
puis vinrent les innombrables victimes qu'immolèrent les haines
particulières et la cupidité. Les plus illustres proscrits
furent le frère même de Lépidus, L. César, oncle
d'Antoine, C. Toranius, tuteur d'Octave,
et Cicéron, dont les Philippiques
ne pouvaient pas demeurer impunies; ce ne fut pas assez de l'assassiner,
on lui trancha la tête, on la cloua aux Rostres, et Fulvia lui perça
la langue avec une aiguille. Rassasiés enfin de sang et d'or, les
triumvirs s'occupèrent d'en finir avec les républicains.
Il ne resterait plus qu'à savoir, après leur défaite,
auquel des vainqueurs appartiendrait le monde. Ce que n'ont pu ni Marius,
ni Sylla, ni Pompée, ni César, nous allons voir leur faibles
héritiers l'accomplir. C'est qu'à défaut de génie
ils ont pour eux les circonstances, et que les temps sont même pour
la monarchie. Le temps conspire avec leur ambition; Rome La première tentative des triumvirs
fut dirigée contre Sextus Pompée, et n'eut aucun succès.
Ils y renoncèrent aussitôt, pour se tourner vers l'Orient.
C'est là que les principaux meurtriers de César,
que Brutus, que Cassius,
avaient rassemblé toutes leurs ressources. Maîtres de la Macédoine « Vertu, tu n'es qu'un nom! »Certes Brutus était vertueux en effet, si nous ne considérons que ses intentions. Mais qu'était-ce après tout que cette vertu qui l'armait contre son bienfaiteur, qui ne lui conseillait que le suicide au moment où il s'agissait de sauver ses compagnons, et qui l'attachait invariablement à la poursuite d'une liberté chimérique? Le seul devoir des honnêtes gens était désormais d'empêcher qu'elle ne succombât complètement et que l'inévitable révolution qui se préparait ne fût sanglante. Brutus ne le comprit pas; son dévouement fut stérile. La triste mort de Brutus et de Cassius, ces derniers des Romains, termine donc la longue histoire de la république romaine. Quelle est désormais la question? C'est de savoir si elle succombera sous les mains d'Antoine ou sous celles d'Octave (42). Les deux vainqueurs semblèrent cependant
plus unis que jamais par leur commune victoire. Ils se contentèrent
d'effectuer un nouveau partage, qui donnait à Octave l'Espagne Tel n'était pas Octave. En vain
les Italiens réclamaient-ils chaque jour contre les horribles exactions
dont il les accablait, il n'en poursuivait pas moins son but, qui était
de s'attacher les soldats. Comme Fulvia et L. Antonius s'inquiétaient
de cette infatigable activité, et qu'ils l'accusaient même
hautement de conspirer contre ses collègues, il ne voulut pas laisser
à leur opposition le temps de grandir, et c'est à cette occasion
qu'éclata la terrible guerre de Pérouse
(40). Fulvie et Lucius furent vaincus,
et Octave n'éprouva plus aucune résistance
en Occident. Il ne fallait rien moins qu'un tel succès pour arracher
Antoine
à l'amoureuse léthargie où la vue de Cléopâtre
l'avait plongé. Il accourut en Italie Vaines promesses, vaines démonstrations
d'amitié entre des rivaux irréconciliables. Il n'y avait
pas encore un an que la paix de Misène était signée
qu'Antoine et Octave refusaient d'accomplir les concessions faites à
Sextus, et que celui-ci préparait la guerre. Si difficile qu'elle
menaçât d'être, Octave l'accepta avec joie; car Sextus
pouvait sans cesse affamer Rome Il faut lui rendre cette justice qu'il
ne parut plus préoccupé que de justifier cette puissance
et d'effacer peu à peu les sanglants souvenirs de ses premières
années. Réformes, largesses, travaux, il ne négligea
rien pour atteindre ce résultat, sans même oublier les conquêtes,
dont les Romains étaient toujours insatiables.
Celles qu'il fit n'eurent d'ailleurs d'autre objet que de consolider les
anciennes acquisitions de la république ou de réprimer les
brigandages des barbares. Quel contraste avec la conduite d'Antoine,
qui avait cependant pour mission de venger la défaite de Crassus
et de pacifier l'Asie! Posté d'abord à Athènes,
où les Athéniens lui faisaient accepter la main d'Athéna Malgré toutes ces fautes, Octave
ne parlait que des triomphes d'Antoine, et
il faisait même placer sa statue dans le temple de la Concorde. Il
n'en était pas moins évident qu'il se réjouissait
dans l'âme des heureuses chances qu'Antoine offrait chaque jour à
son ambition. Déjà même les duumvirs se querellaient
tout bas, et la plupart des amis d'Antoine avaient jugé prudent
de quitter Rome,
lorsque celui-ci s'imagina de répudier Octavie et de briser les
derniers liens qui l'unissaient à son rival. Aussitôt Octave
répand le bruit que les soldats d'Orient portent les chiffres de
Cléopâtre
sur leur bouclier, qu'Alexandrie s'enrichit des dépouilles de Rome,
que la reine d'Égypte A ce moment Antoine avait déjà
réuni seize légions, huit
cents vaisseaux, vingt mille talents ;
et telle était son activité, que l'on ne reconnaissait plus
en lui le voluptueux souverain de l'Orient, quand arriva Cléopâtre,
et avec elle les plaisirs, la langueur, les profusions. C'est ce qui permit
à Octave d'achever ses préparatifs.
Nommé consul, il rassemble en toute hâte
quatre-vingt mille légionnaires, douze mille chevaux et deux cent
cinquante vaisseaux, et en marchant contre Antoine
il fait si bien qu'il ne paraît pas l'ennemi, mais le soutien de
la république, qu'Antoine avait pourtant promis de rétablir
le jour même de sa victoire. Dans cet état des choses tous
les lieutenants d'Antoine étaient d'avis qu'il y avait grand avantage
à combattre sur terre, puisqu'il était supérieur d'au
moins vingt mille hommes. Mais Cléopâtre,
qui désirait, soit une retraite plus facile, soit l'honneur du triomphe La bataille s'engagea donc le 2 septembre
(21), à la hauteur d'Actium Quant à elle, ni ses trahisons,
ni le don qu'elle fit à Octave du cadavre
d'Antoine, ni ses artifices ne la purent
sauver; car Octave avait coutume de dire qu'il aimait la trahison, mais
qu'il haïssait les traîtres, et il était d'ailleurs incapable
de succomber aux séductions qui avaient subjugué tour à
tour César et Antoine. Certaine alors de
ne rien obtenir et de ser vir d'ornement au triomphe de son vainqueur,
elle ne put supporter la pensée d'une telle humiliation, et on la
trouva le lendemain morte sur un lit d'or. L'Égypte |
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