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Baltard
(Victor). - Architecte né à Paris
le 19 juin 1805, mort à Paris le 13 janvier 1874. Fils du précédent,
Victor Baltard fit de très bonnes études classiques au lycée
Henri IV où il se prépara pour l'École polytechnique;
mais, obéissant aux désirs de son père, il se présenta,
en 1824, à l'École royale des beaux-arts où il fut
reçu le premier dans la section d'architecture et, de plus, élève
du peintre Guillon Lethière, il se fit admettre, en 1828, dans la
section de peinture de l'École et poursuivit pendant cinq ans ses
études dans ces deux sections, tout en commençant, dès
1827, sa carrière administrative. Nommé d'abord conducteur
surnuméraire, puis titulaire des travaux de l'église Notre-Dame-de-Lorette ,
il participa, en 1831, comme inspecteur, aux premières fêtes
anniversaires de la Révolution de juillet et fut nommé, en
1832, sous-inspecteur des travaux de la colonne de la Bastille ,
des Archives et du Conservatoire des arts et métiers. Pendant cette
période, il obtint plusieurs médailles à l'École
des beaux-arts, la grande médaille, d'émulation ou prix départemental
en 1832 et le premier grand prix de Rome en 1833, sur un projet d'École
militaire, projet consciencieux et bien dessiné, mais quelque peu
semblable comme style à tous ceux de cette époque et ne décelant
nullement (peut-être à dessein) tout ce que Baltard devait
prodiguer un jour d'imagination et d'ingénieuses recherches dans
ses conceptions monumentales ou ornementales. A Rome ou en Italie
et en Sicile, de 1834 à 1839, Victor Baltard remplit ses obligations
de pensionnaire avec un zèle qui lui valut plus d'une fois les éloges
de l'Académie, et il faut citer, parmi les relevés, études
ou dessins qu'il fit à cette époque : le Panthéon
d'Agrippa, de nombreux tombeaux de l'Antiquité
ou du Moyen âge ,
les temples grecs de Sélinonte
et d'Agrigente;
son envoi de quatrième année, la restauration du théâtre
de Pompée à Rome (dix feuilles de
dessins et un mémoire); des aquarelles d'après plusieurs
basiliques
de la Renaissance
italienne; son projet de cinquième année, un Conservatoire
de musique pour Paris et enfin une série de dessins commandés
par le duc de Luynes pour illustrer l'histoire de la Maison de Souabe et
des princes normands en Italie.
Revenu à Paris
en 1839, Victor Baltard fut, peu après et suivant une tradition
constante, nommé auditeur au conseil des bâtiments civils
et, après avoir remplacé pendant un an son beau-frère
Lequeux comme architecte de l'arrondissement de Saint Denis ,
il rentra dans l'administration municipale, où il fut d'abord placé
comme sous-inspecteur des travaux de la balle aux vins, puis nommé
inspecteur des fêtes d'inauguration de la colonne de Juillet, des
travaux de construction de l'École normale supérieure et
de l'achèvement des colonnes de la barrière du Trône.
En 1841, Victor Baltard remporta un succès qui eut un grand retentissement,
mais qui fut pour lui l'objet d'une grande déception : dans le concours
ouvert pour la construction du tombeau de Napoléon
Ier,
sous le dôme des Invalides ,
il fut classé en première ligne avec Visconti; mais ce dernier,
plus âgé, lui fut préféré pour l'exécution.
En revanche, en 1842, Victor Baltard fut, sur la présentation de
Gatteaux, graveur illustre et membre du conseil municipal de la ville de
Paris, nommé par le préfet de la Seine, Rambuteau,
inspecteur ces beaux-arts de la ville de Paris et du département,
et c'est à partir de cette époque, grâce surtout à
l'influence de Victor Baltard, que fut entrepris un nouveau système
de décoration murale des églises de Paris par la substitution
de fresques
des jeunes maîtres de l'école française de son temps
(parmi lesquels Hippolyte Flandrin, Heim, Hesse et Signol, etc.) aux tableaux
de toute école et de toute forme qui, jusque-là, garnissaient
les murs des édifices religieux de Paris
En 1845, comme prélude
à la construction des halles
centrales
de Paris,
Victor Baltard reçut mission, avec Husson et Auger, de visiter les
principaux marchés couverts de l'Europe ,
puis construisit le corps de garde (aujourd'hui démoli) du boulevard
Bonne-Nouvelle; il fut chargé en 1846, après la mort de Paul
Lelong, de l'achèvement de l'hôtel du Timbre dont il dessina
la porte monumentale et enfin, en 1846, nommé architecte en chef
de la première section des travaux de la ville de Paris et, en 1860,
directeur du service d'architecture, des beaux-arts et des fêtes
de la ville de Paris et du département de la Seine, triple fonction
créée pour lui et qu'il remplit pendant les dix dernières
années du second Empire, de façon à en faire vivement
apprécier l'importance et l'utilité.
En dehors de nombreuses
parties ou même d'ensembles de décorations murales que plusieurs
églises
de Paris,
et parmi elles l'église Saint-Germain-des-Prés
durent à Victor Baltard, il faut citer plus particulièrement
les importants travaux d'architecture qu'il fit exécuter dans quelques-uns
de ces édifices. C'est ainsi que les églises Saint-Philippe-du-Roule,
Saint-Jacques-du-Haut Pas et Saint-Etienne-du-Mont
furent complétées par l'adjonction de chapelles
de catéchismes; Saint-Etienne-du-Mont vit, en outre, restaurer son
élégant portail de la Renaissance
et construire un presbytère attenant à l'église; à
Saint-Eustache ,
après la restauration et le complément de décoration
picturale des chapelles, Victor Baltard dessina le magnifique buffet d'orgues,
le maître-autel ,
l'entourage du choeur
et la chaire à prêcher; l'église Saint-Leu ,
atteinte par le percement du boulevard Sébastopol, vit reconstruire
entièrement et avec grande habileté son abside mise à
l'alignement de la voie publique et trouva un agrandissement considérable
dans une nouvelle chapelle de la Vierge érigée en façade
sur la rue de la Grande-Truanderie et dont la construction offre, à
divers points de vue, la réalisation d'intéressants problèmes
relevant à la fois de la science de la construction et de la décoration
architecturale.
Entre-temps, Victor
Baltard qui, en 1861, avait obtenu au concours l'édification du
temple protestant
de Nérac ,
et qui, tout en appartenant à la religion réformée,
avait toujours su faire grande place dans ses études aux représentations
symboliques du catholicisme ,
choisit, parmi les nouvelles églises
à construire dans Paris,
celle qui devait être consacrée à saint Augustin
et, dans l'érection de cette église sur un terrain trapézoïdal,
il s'efforça de marier la construction en fer à la construction
en pierre, d'obtenir, malgré l'exiguïté de l'espace
mis à sa disposition, un dôme monumental élargissant
une vaste nef
et accompagné d'absides formant les bras de la croix, et enfin de
rappeler, dans le portail
servant de frontispice au nouveau temple, les données fondamentales
du culte catholique.
Chargé pendant
vingt années, de 1850 à 1870, des travaux de décoration
et d'entretien de l'Hôtel de ville
de Paris
que venait de construire Lesueur, Victor Baltard signala son passage dans
ce charmant palais, détruit en 1871 et que reconstruisit depuis
Théodore
Ballu, par la décoration de plusieurs grands salons de réception,
la construction en façade, sur la place de l'Hôtel-de-Ville
et sur l'avenue Victoria, de bâtiments annexes destinés à
décharger l'administration centrale d'une partie de ses services
multiples, l'érection d'un élégant campanile et surtout
l'édification de ce gracieux escalier
de pierre, dit, on ne sait pourquoi, l'escalier de marbre, faisant communiquer
la cour Louis XIV avec les salles du premier
étage et ajoutant ainsi un grand charme aux fêtes données
dans l'ancien hôtel de ville. On doit aussi à Baltard le dessin
du berceau offert par la ville de Paris au prince Louis-Eugène Napoléon,
la composition du fameux surtout en orfèvrerie Christofle qui émerveilla
les visiteurs de l'Exposition de 1867 et enfin le bijou porté dans
les fêtes municipales par les dames appartenant à l'édilité
parisienne.
Mais, de toutes les
oeuvres de Victor Baltard, celle qui eut le plus grand retentissement à
cause de la grande influence qu'elle exerça sur l'architecture de
son temps, celle qui fut le plus imitée, parce qu'elle marqua réellement
un progrès dans l'art de bâtir, est le vaste ensemble des
halles centrales
de Paris.
Après un essai incomplet et jugé prématurément,
essai reposant sur la répartition des services des nouvelles halles
en pavillons isolés construits en pierre et où fer, Victor
Baltard se décida avec une certaine hardiesse à reconstruire
tout en métal l'ossature de ce vaste marché couvert, devant,
sur une surface de près de 40 000 m², s'étendre depuis
la rue Saint-Denis
jusqu'à la rotonde de la halle aux blés, et imposant au fer,
malgré sa légèreté apparente, un aspect monumental.
Le succès obtenu par cette remarquable conception architecturale
la fit imiter, à Paris, dans les marchés de quartier; en
France ,
dans presque toutes les grandes villes; à l'étranger, dans
de nombreuses capitales; mais, à Paris même, Victor Baltard
donna aux halles centrales comme un pendant grandiose, en composant le
vaste ensemble (exécuté sous sa direction par Janvier) des
abattoirs et du marché aux bestiaux de la Villette.
Il est difficile
d'énumérer les nombreuses oeuvres moins importantes projetées
ou exécutées par Victor Baltard plusieurs tombeaux dont une
remarquable étude avec modèle pour la sépulture de
Mgr Affre, des projets d'hôtel de ville pour Amiens
et d'entrepôts pour Callao
(Pérou), les restaurations de la chapelle de la Vierge de l'église
Notre-Dame à Troyes et du château de Cestas (Gironde), enfin
un projet de reconstruction de l'hôtel de ville
de Paris;
il faut encore mentionner la composition de médailles commémoratives
en collaboration avec le graveur Oudiné. Malgré tous ces
travaux et la direction assidue de plusieurs grands chantiers; la haute
situation administrative et artistique de Victor Baltard, qui était
entré, en 1863, à l'Institut (Académie des beaux-arts,
section d'architecture) en remplacement de Caristie,
le fit appeler dans plusieurs commissions administratives et dans de nombreux
jurys : c'est ainsi qu'il fut vice-président de la commission des
beaux-arts, et président de la commission de l'enseignement du dessin
du département de la Seine, inspecteur général du
conseil des bâtiments civils, membre du jury de la classe d'architecture
des Expositions universelles de Paris en 1867 et en 1878 et des Salons
annuels, ainsi que du jury d'architecture de l'École des beaux-arts,
école où, en 1842, Victor Baltard avait suppléé
son père comme professeur de théorie d'architecture, où,
quelques-uns de ses rares élèves remportèrent de brillants
succès et où enfin le programme du concours d'architecture
du grand prix de 1874, un Palais des Facultés, avait été
tracé de sa main mourante.
L'un des fondateurs,
en 1840, de la Société centrale des architectes, Victor Baltard
ne cessa pas, pendant plus de trente années, de prendre la part
la plus active à ses travaux comme membre du conseil, puis comme
secrétaire principal, vice-président, censeur et président
pendant deux périodes triennales (1863-1867) et (1871-1873); Il
eut l'honneur, en 1867, de présider à Paris
le premier congrès international des architectes ouvert par cette
société et c'est encore lui qui, en 1873, présida
le premier des congrès annuels qui, à partir de cette époque,
réunirent, au mois de juin, à Paris, les délégués
des sociétés régionales d'architectes.
On doit à
Victor Baltard, outre de nombreux rapports 1° la continuation de
la publication des Grands prix d'architecture, in-fol.; 2° la
Villa Médicis à Rome (1547, monographie in-4 et pl.);
3° la Galerie de la Reine, dite de Diane à Fontainebleau,
peinte par Ambr. Dubois en 1600, publiée par E. Gatteaux et
V. Baltard, d'après les dessins de L.- P. Baltard et Ch. Percier
(1858, 16 pl., in-fol.); 4° les Halles centrales
de Paris, par V. Baltard et feu Callet (gr., in-fol.) dont la 2°
édition est complétée par un Parallèle des
principaux marchés, halles, abattoirs, etc., français et
étrangers, anciens et modernes (1873, gr., in-fol., texte et
40 pl.).
Enfin, Victor Baltard
donna à l'Académie des beaux-arts l'éloge
de Caristie (1870), l'École de Percier
(1873) et de nombreux articles illustrés pour la partie architectonique
de la lettre C du Dictionnaire
de cette Académie. Nommé chevalier de la Légion d'honneur
en 1854 et décoré de plusieurs ordres étrangers, Baltard
avait été promu officier de la Légion d'honneur en
1863 et était membre honoraire de la Société libre
des beaux-arts, de l'Institut royal des architectes britanniques et de
nombreuses sociétés françaises et étrangères
d'architecture et de beaux-arts. (Charles Lucas). |