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Monophysisme,
Moniphysitisme. - Nom collectif donné à des doctrines
chrétiennes
diversement formulées, mais dont le caractère commun est
de n'admettre réellement dans la personne du Christ
qu'une seule nature, où l'élément divin ou bien pénètre,
on bien domine, ou bien absorbe l'élément humain. Ce nom
était donné à ces doctrines par leurs adversaires.
Leurs partisans s'appelaient eux-mêmes les orthodoxes, les croyants,
les fidèles; et, par revanche, ils appelaient leurs contradicteurs
diphysites, dyophysites, nestoriens ( Nestorius)
ou seminestoriens, synodites, chalcédoniens .
On rappellera sommairement ici que cette définition adoptait les
conceptions exprimées par le pape Léon Ier
en sa lettre à Flavien, et qu'elle déclarait qu'il y a un
seul Christ, une seule personne en deux natures (ou suivant une variante
du texte destinée à apaiser les disciples de Cyrille,
de deux natures) unies l'une avec l'autre sans mélange, sans transformation,
sans séparation, sans disjonction; en sorte que cette union ne détruit
nullement la différence des deux natures, mais que chacune d'elles
conserve son caractère particulier, et que toutes les deux s'unissent
pour faire une seule personne ou hypostase.
Au fond, le dogme ainsi formulé correspondait
exactement à la doctrine antiochienne ,
qui était celle de Nestorius. Il est
vrai que le concile
avait renouvelé condamnation contre celui-ci; mais c'était
parce qu'on lui imputait la séparation du Christ, en deux personnes,
séparation dont il s'était toujours défendu, et aussi
parce que le concile attribuait solennellement à la vierge
Marie
le titre de Mère de Dieu,
qualification dont Nestorius, avait réprouvé l'abus, non
les termes. En outre, le concile s'était efforcé de ménager
le parti égyptien. Pour cela, il avait motivé la déposition
de Dioscore, non sur des hérésies, mais sur des actes contraires
aux lois de l'Église, et il avait traité avec le plus grand
respect la mémoire de Cyrille, donnant aux écrits de cet
ardent adversaire de Nestorius la même approbation qu'à la
lettre de Léon à Flavien.
Quoique la définition du concile
eût emprunté quelques-unes des expressions familières
à Cyrille, il y avait une contradiction irréductible entre
cette définition et sa doctrine, si chère aux Alexandrins
et si conforme à leur tradition. Cyrille avait bien admis les deux
natures, mais dans uns union si intime qu'il en résultait, non deux
natures, mais une seule. Il expliquait cela par l'analogie
de l'âme et du corps, lesquels constituent
une seule nature humaine, quoiqu'ils soient essentiellement différents.
La pensée peut bien distinguer deux natures
dans le Christ, Comme dans l'humain; mais en réalité ces
deux natures sont si indissolublement unies qu'on ne peut pas dire qu'il
existe en lui deux natures, mais une seule. Cyrille ne confondait pas la
nature avec la personne; mais il ne les distinguait que pour les besoins
de la controverse. Au fond, il considérait le Verbe comme l'élément
personnel du Christ. C'est pourquoi ses disciples réprouvaient comme
nestorienne la confession des deux natures. Ils abandonnaient Eutychès
comme hérétique, parce qu'on prétendait qu'il avait
nié que le corps du Christ fût de la même substance
que la nôtre, ce qui semblait n'impliquer qu'un corps apparent; mais
ils tenaient la doctrine d'une seule nature pour condition indispensable
de l'orthodoxie. Suivant eux, de même que deux natures différentes,
l'âme et le corps,
sont réunies dans l'humain en une seule nature, de même aussi
les deux natures différentes en elles-mêmes, la divinité
et l'humanité, ne forment plus après leur union qu'une seule
nature en Christ, sans qu'elles aient subi ni transformation ni mélange,
pas plus que n'en subissent l'âme et le corps de l'humain. Deux natures
dont chacune serait douée de sa propre intelligence
formeraient deux personnes.
Il est vraisemblable que la plupart des
évêques qui avaient approuvé si hautement cette doctrine,
au concile d'Éphèse ,
deux années auparavant, y étaient restés intimement
attachés, et qu'ils ne la désavouèrent, au concile
de Chalcédoine ,
que par l'effet de manoeuvres et de pressions tout aussi peu chrétiennes
que celles qu'on reproche à l'assemblée d'Éphèse.
Quoi qu'il en soit, les monophysites formaient un parti nombreux et puissant,
non seulement en Égypte
et en Orient, où les moines leur prêtaient une violente assistance,
mais même à Constantinople ,
ainsi que le montre l'Histoire ecclésiastique de Jean d'Ephèse,
appelé aussi Jean d'Asie (Oxford, 1853, 1860; Munich, 1863). En
Palestine, le moine Théodose expulsa du siège de Jérusalem
l'évêque Juvénal, et pendant deux ans (452-453) il
fit et défit des évêques au gré des rancunes
et des préférences de son parti. A Alexandrie,
la déposition de Dioscore fit éclater une émeute furieuse,
pendant laquelle un grand nombre de soldats furent brûlés
vifs. Ce premier soulèvement fut sévèrement réprimé,
et l'évêque dyophysite Protérius put être installé
et maintenu sur son siège par la force militaire. Mais les monophysites
se séparèrent de lui et se placèrent sous la . direction
du prêtre Timothée AElurus (le Chat )
et du diacre Pierre Mongus (l'Enroué, le Bègue). Après
la mort de l'empereur Marcien (457), Timothée
AElurus fut élu patriarche, et Protérius fut tué dans
sa cathédrale .
On brûla dans les églises tous les sièges épiscopaux
où il s'était assis et on lava avec l'eau de la mer tous
les autels
où il avait officié. Son nom fut effacé des dyptiques,
et ses biens furent confisqués. Le nouveau patriarche excommunia
tous les chalcédoniens et parmi eux le pape Léon. Il fut
déposé en 460 et exilé dans la Chersonèse Taurique .
Son successeur, un autre Timothée, surnommé Salophaciolus,
réussit par ses dispositions conciliantes à vivre en paix
avec les monophysites pendant seize ans. A Antioche ,
les moines chassèrent le patriarche Martyrius et le remplacèrent
par leur chef, Pierre le Foulon (470), qui usa de son pouvoir pour insérer
dans le Trisagion de la liturgie cette addition monophysite :
Dieu
qui a été crucifié pour nous.
En 476, Basilisque,
qui venait de détrôner Zénon, voulant prendre appui
sur les monophysites, rendit en leur faveur un édit qu'il appela
l'Encyclique. Cet édit, que tous les évêques
devaient souscrire, déclarait que les canons de Nicée ,
d'Éphèse
et de Constantinople
étaient seuls valides, et il commandait de brûler les décrets
du concile de Chalcédoine et la lettre du pape Léon. La plupart
des évêques grecs obéirent, avec la servilité
accoutumée. Mais à Constantinople les moines dyophysites
et le patriarche Acace parvinrent à provoquer un soulèvement
qui renversa l'usurpateur. Aussitôt, les cinq cents évêques
qui avaient adhéré à l'Encyclique s'empressèrent
d'exprimer leur repentir, s'excusant sur la contrainte qu'ils prétendaient
avoir subie. Les évêques monophysites que Basilisque avait
rétablis sur leurs sièges en furent de nouveau évincés.
De rigoureuses mesures de répression furent ordonnées contre
leurs partisans. Vers le même temps Timothée Aelurus, patriarche
monophysite d'Alexandrie, mourut (automne 477). Pierre Mongus fut élu
pour le remplacer, mais menacé de mort par l'empereur, il dut s'enfuir.
Néanmoins, après la mort du patriarche dyophysite, Timothée
Salophacielus, les monophysites l'élurent de nouveau (482), tandis
que la minorité dyophysite élisait Jean Talaia, le fidèle
coadjuteur du défunt patriarche. Il se produisit alors un de ces
revirements soudains qu'on rencontre si fréquemment dans l'histoire
ecclésiastique du Bas-Empire. Talaia indisposa contre lui le patriarche
de Constantinople; en négligeant de lui notifier sa promotion avec
les compliments d'usage; et d'autre part, la révolte d'lllus, son
protecteur, le rendit suspect à l'empereur.
Acace agit auprès de Zénon
pour ménager un accueil favorable. à Mongus, qui venait solliciter
des mesures propres à pacifier les monophysites, si nombreux en
Égypte .
L'empereur, qui avait fait l'expérience de l'inefficacité
ou des inconvénients des moyens de contrainte, se décida
à entreprendre une oeuvre de conciliation. Il publia (482) l'Hénoticon,
(édit d'union), ainsi appelé parce qu'il avait pour objet
de supprimer les divisions et dissensions excitées par la controverse
sur les deux natures. Il écartait ce qui divisait, c.-à-d.
les termes sur lesquels on disputait, et il recommandait ce qui devait
unir, c.-à-d. ce qui formait la substance de la croyance commune.
Déclarant seuls valides les canons des conciles de Nicée ,
de Constantinople
et d'Ephèse
et les Douze anathèmes de Cyrille, il condamnait, non seulement
Nestorius et Eutychès, mais tous ceux qui, soit à Chalcédoine
soit dans tout autre concile, avaient émis des opinions contraires
à la doctrine de l'édit. Cette doctrine formulait les points
sur lesquels les deux partis étaient d'accord, à savoir que
le Christ n'est qu'une seule personne de même
essence que le Père, quant à la divinité, de même
essence
que nous, quant à l'humanité; et que c'est à cette
seule personne, non à deux, qu'on doit rapporter les miracles
et les souffrances. Tous les points controversés étaient
omis, en particulier, la question d'une ou de deux natures, et celle de
l'orthodoxie de la lettre de Léon à Flavien.
Cet édit produisit l'effet ordinaire
des entreprises de ce genre; car il est difficile de persuader les humains
que les questions pour lesquelles ils se disputent et se haïssent
n'ont pas d'importance. Au lieu de deux partis, il y en eut trois. Beaucoup
d'évêques admirent officiellement l'Hénoticon;
et un certain calme fut établi et maintenu dans la plupart des églises
appartenant à l'empire grec ,
chacun gardant en silence l'opinion qu'il préférait. Mais
les zélés parmi les monophysites comme parmi les dyophysites
regardaient l'acceptation de l'Hénoticon comme un reniement
de la foi. L'évêque de Rome, Félix III, que la chute
de l'empire d'Occident avait rendu indépendant de la cour de Constantinople ,
se fit le chef de l'opposition des partisans du concile de Chalcédoine
contre les empereurs. Il excommunia (484) Acace, qui dédaigna la
fulmination et se contenta d'y répondre en excluant le nom du pape
des diptyques de l'église de Constantinople. Il s'ensuivit entre
les Églises d'Orient et les Églises d'Occident un schisme
qui dura trente-cinq ans : 484-519.
En Égypte ,
les plus ardents monophysites incriminèrent comme défaillances
les compromissions de l'Hénoticon, et ils se séparèrent
de Mongus. Se trouvant ainsi sans chef, ils furent appelés Acéphales
(sans tête). Un grand nombre se réfugièrent en Pamphylie.
A Constantinople ,
les moines acémètes, autrefois persécutés pour
soupçon de nestorianisme, se firent les agents de l'opposition des
évêques de Rome, se livrant à des manifestations qui,
provoquant les manifestations contraires de leurs adversaires, aboutissaient
souvent à des tumultes, parfois même à des séditions.
Il y eut aussi des conflits à Jérusalem ,
à Antioche
et dans d'autres villes. La réserve imposée aux partis excitant
leur impatience, la difficulté de maintenir entre eux la balance
égale, s'accrut d'année en année. En 514, Vitalien,
qui commandait les troupes impériales en Thrace, se déclara
défenseur du concile de Chalcédoine et, dévastant
le pays jusqu'aux murs de Constantinople, il imposa à l'empereur
Anastase (Zénon était mort en 491) la promesse de mettre
fin au schisme. Le pape Hormisdas exigea :
1° reconnaissance
du concile de Chalcédoine et soumission du clergé aux décrets
de ce concile, même par voie de contrainte;
2° anathème
contre Nestorius, Eutychès, Dioscore,
AElurus, Mongus, Acace et Pierre le Foulon;
3° rétablissement
de tous les évêques qui avaient suivi le parti de Rome.
Anastase refusa fermement de porter atteinte
à la mémoire d'Acace, et les négociations furent rompues.
Son successeur Justin se soumit à toutes
les conditions du pape. Il rendit un édit rétablissant les
évêques exilés, destituant les monophysites qui les
avaient remplacés et excluant les hérétiques de tous
les offices publics. Les noms d'Acace et de Zénon furent effacés
sur les diptyques (519). Les monophysites les plus éminents, par
conséquent les plus exposés, se réfugièrent
en Égypte. Parmi eux se trouvaient : Sévère, patriarche
d'Antioche ;
Xénaïas, évêque d'Hiérapolis; Julien, évêque
d'Halicarnasse .
La réunion de ces docteurs dans la même contrée fit
apparaître sensiblement la diversité de leurs conceptions;
cette diversité occasionna des controverses, et ces controverses,
se multipliant et se perpétuant, aboutirent à des divisions
et des sectes qui troublèrent et affaiblirent le parti.
Sévère, dont la doctrine
était la plus rapprochée de celle du concile de Chalcédoine,
enseignait, comme Cyrille, que le Christ est de deux natures, et que ni
l'une ni l'autre de ces natures n'est modifiée par leur union. La
pensée peut distinguer en lui ces deux éléments, l'un
créé, l'autre incréé. La nature humaine de
Jésus-Christ est de la même substance que la nôtre.
Sévère réprouvait même l'idée de la confusion
de ces deux natures comme supprimant l'humanité en Jésus-Christ.
Mais il reprochait au concile de Chalcédoine et à la lettre
de Léon à Flavien d'avoir attribué une activité
spéciale à chacune, en rapportant les miracles
à la nature divine et les souffrances à la nature humaine,
chacune d'elles accomplissant sa fonction propre. Suivant lui, c'était
admettre deux personnes, car un élément impersonnel est incapable
de pensée et d'activité. En conséquence, il attribuait
toutes les actions et toutes les affections du Christ à une seule
nature, la nature incarnée de Dieu le Verbe, faisant ainsi résider
dans le Verbe l'élément personnel.
Xénaïas, appelé aussi
Philoxène, considérait la nature de Christ comme composite.
Dieu le Verbe est devenu homme dans la Vierge, sans altération de
sa nature divine; l'élément divin et l'élément
humain sont réunis en lui, sans mélange et sans transformation,
comme le corps et l'âme sont réunis dans l'humain, de manière
à ne former qu'une seule nature
Développant une idée précédemment
émise par Dioscore, Julien, affirmait que c'est faire injure à
la divinité que supposer que le Verbe s'est uni à une chair
terrestre et corruptible comme celle des taureaux et des boucs. Le corps
du Christ a toujours été incorruptible
comme celui d'Adam avant la chute et comme d'autres
croient qu'il l'est devenu après la résurrection; il a toujours
été exempt de la corruption, des infirmités et des
souffrances qui sont le châtiment du péché. Jésus
a souffert, mais volontairement, par grâce, pour sauver les humains,
nom par l'effet de sa nature. Les adversaires de cette doctrine l'accusaient
de docétisme. De là le nom d'Aphthardotocères
donné
à ceux qui la professaient. Ceux-ci appelaient
Phthartolâtres
leurs contradicteurs.
A l'avènement de Justinien (521),
fervent défenseur de l'orthodoxie chalcédonienne, la cause
du monophysisme semblait complètement perdue. Mais l'impératrice
Théodora, qui était attachée à cette cause,
d'autant plus passionnément qu'elle était contrainte de dissimuler
son sentiment, s'efforça de la sauver; non sans succès, car
elle sut profiter habilement des avantages que lui présentaient
le caractère de l'empereur, son ignorance des questions théologiques,
sa présomption, qui prétendait les résoudre toutes,
et d'autre part le désir et l'espérance, qu'il entretint
jusqu'à la fin de sa vie, de rétablir la paix religieuse
dans ses États. Elle l'amena tout d'abord (533) à introduire
dans la liturgie officielle la formule monophysite, Dieu crucifié
pour nous. Ensuite (535), elle le décida à élever
au siège de Constantinople
Anthyme, son protégé, secrètement dévoué
comme elle au monophysisme. Mais le pape Agapet Ier
qui se trouvait alors à Constantinople, informa Justinien
de la véritable opinion de ce patriarche. Anthyme fut aussitôt
destitué et remplacé par Mennas, ami d'Agapet et dyophysite
convaincu. Un concile tenu à Constantinople (536) confirma le déposition
d'Anthyme, condamna Sévère, Zooras et leurs partisans, et
ordonna contre les monophysites de rigoureuses mesures de répression,
que Justinien sanctionna par un édit. Il s'ensuivit une persécution
qui eut pour effet de livrer à Chosroès,
roi de Perse, la Grande Arménie, dont les habitants étaient
en grande majorité monophysites.
Théodora ne se laissa pas décourager.
Elle entreprit d'amener la papauté elle-même à désavouer
le concile de Chalcédoine. Sur ses instances, le pape Vigile, qui
lui devait son élévation (538) consentit à adresser
à Anthyme et à ses amis, Théodose
et Sévère, une lettre dont le texte nous est parvenu. Il
y affirmait que son opinion sur les deux natures était complètement
conforme à la leur, et il condamnait avec anathème la distinction
de Léon, qui avait attribué les miracles
du Christ à sa nature divine et ses souffrances à la nature
humaine. Mais comme il avait recommandé de tenir sa lettre secrète,
Théodora n'en put tirer aucun parti, et elle dut aviser à
d'autres moyens. Elle introduisit dans la confiance de l'empereur deux
abbés palestiniens,
Domitien et Théodore
Askidas, qui déguisaient leur monophysisme sous l'affectation d'un
grand zèle pour le formule chalcédonienne. Comme ils étaient
origénistes, le patriarche Mennas crut leur faire échec en
obtenant la condamnation d'Origène. Ils
s'empressèrent de la souscrire; mais par revanche ils obtinrent
la condamnation des Trois-Chapitres (544), doublement agréable
aux monophysistes, et parce qu'elle flattait leur haine contre les nestoriens
( Nestorius),
et parce qu'elle atteignait le concile de Chalcédoine, en frappant
des docteurs qu'il avait reconnus comme orthodoxes.
Enfin, en l'année de sa mort (565),
Justinien
fit tenir à Constantinople
un concile qui adopta la doctrine des aphthartodocètes; il rendit
un édit bannissant ceux qui la combattait. Le patriarche Eutychius
fut déposé pour résistance à cette mesure.
Au commencement de son règne (665), Justin II, successeur de Justinien,
détendit par édit de continuer les disputes sur les deux
natures : en conséquence, les monophysites furent laissés
en paix. Mais après six années l'empereur consentit à
sanctionner les mesures réclamées par le patriarche Jean
le Scolastique. L'Histoire ecclésiastique de Jean d'Ephèse
décrit les violences de cette persécution. Les églises
des monophysites furent renversées; leurs évêques et
leurs clercs, jetés en prison. Pour contraindre les moines et les
nonnes à entrer en communion avec leurs persécuteurs, on
leur introduisait par force entre les dents le pain consacré. Le
même document constate que beaucoup de monophysites restèrent
fidèles à leur foi, dans Constantinople et ailleurs parmi
eux, l'impératrice Sophie et toute sa maison, des sénateurs
et des membres des plus hautes classes. La persécution continua
avec quelques intervalles de ralentissement, jusqu'à la fin du règne
de Tibère Constantin (578-582). Jean le
Jeûneur, qui fut promu alors au siège de Constantinople, refusa
de s'y prêter. Son patriarchat dura jusqu'en 505. Pendant ce temps,
les monophysites jouirent d'une sorte de trêve, qui habitua leurs
adversaires à la tolérance.
Les chrétiens
restés fidèles au monophysisme sont groupés aujourd'hui
dans l'église arménienne, l'Église
copte, l'église éthiopienne
et l'église jacobite. Ils peuvent être
évalués à 7 500 000 environ. (E.-H.
Vollet). |
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