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Bagnères-de-Bigorre
est une ville du département des Hautes-Pyrénées,
sur la rive gauche de l'Adour, au débouché du vallon de Salut
et à l'entrée de la vallée de Campan, à 551
m d'altitude; 8100 habitants. Elle est renommée par ses eaux thermales.
Histoire.
Les bains de Bagnères étaient
connus dès l'époque romaine ,
comme le prouvent les inscriptions et les restes de constructions romaines
qu'on y a découvertes. S'il faut en croire un passage tiré
de la bibliothèque des romans grecs,
la réputation des eaux thermales daterait d'un voyage d'Auguste
à Bagnères. On conserve dans le grand escalier
des Thermes de Bagnères l'inscription suivante qui fournit le nom
ancien des habitants de Bagnères :
«
Numini Augusti sacrum Secundus Sebemdonis fil. nomine Vicanorum Aquensium
et suo posuit. »
Bagnères est désignée
sous le nom de Vicus Aquensis; dans l'Itinéraire d'Antonin
la ville porte le nom d'Aquae Bigerrionum; elle s'est appelée
aussi Balneariae. Après la domination romaine, les eaux thermales
de Bagnères semblent avoir perdu toute célébrité;
la ville passa sous la domination des Wisigoths,
à qui l'on attribue le canal de dérivation des eaux de l'Adour,
appelé Canal d'Alaric, à 2 km en aval de Bagnères.
Elle eut peut-être à souffrir de l'invasion des Sarrasins,
qui furent battus par les Bigorrais à
Lanne Mourine, entre les villages d'Ossun
et de Juillan, et elle fut, dit-on, détruite par les Vikings.
Ce n'est qu'au XIIe
siècle que Bagnères semble s'être relevée de
ses ruines, lorsque le comte de Bigorre, Centulle III, octroya à
cette ville une charte d'affranchissement et de coutumes. Cette charte,
rédigée en gascon, expose que le comté de Bigorre
a eu beaucoup à souffrir des incursions des Navarrais,
Tescins (brigands aragonais), Basques et Aragonais
et que, pour protéger le pays, le comte Centulle a résolu
de repeupler la ville de Bagnères et de donner aux pobladors
et habitants bonnes et durables coutumes.
La charte concède aux Bagnérais
le droit de possession de leurs maisons à charge d'un cens annuel;
on ne peut les contraindre à prêter au seigneur contre leur
volonté. Les bourgeois ont une juridiction communale et leurs juges
doivent être renouvelés tous les ans; ils ne peuvent être
soustraits à leurs naturels et doivent faire droit dans les limites
de la ville, mais on peut toujours appeler des sentences des juges communaux
à la cour vicomtale à Tarbes .
Le for admet la preuve par témoins, mais règle avec
soin le duel judiciaire. On devient bourgeois après un an et un
jour de séjour dans la ville et après avoir été
présenté à la communauté, sans qu'aucune réclamation
ait été faite. Les bourgeois ne doivent servir que trois
fois l'an et pendant neuf jours seulement. Tout homme pouvant fournir une
caution ne peut être arrêté. Les droits du vicomte en
matière judiciaire sont réglementés avec soin.
Cette charte et ces coutumes furent confirmées
aux habitants de Bagnères par Esquivat de Chabannes, comte de Bigorre ,
en 1251, avec cette addition que tout meurtrier qui pourrait composer avec
le comte, avec les parents du mort et avec la communauté, ne serait
pas chassé de la ville ni du comté. Les Bagnérais
étaient sans cesse en lutte avec les habitants des vallées
voisines du Lavedan; un traité, datant aussi du XIIe
siècle, régla les amendes et les compositions exigées
pour les meurtres et les dévastations commis sur le territoire des
deux pays. La commune de Bagnères était administrée
par un conseil de soixante jurés, qui nommait les juges municipaux
annuels.
Un règlement fort important, fait
en 1260 par les jurats, avec l'autorisation du comte Esquivat, fournit
de précieux renseignements sur la vie municipale et les moeurs de
Bàgnères, au XIIIe siècle.
Les jurés étaient tenus de se rendre à l'assemblée
communale, sous peine d'amende; celui qui dévoilait une délibération
secrète devait être déchu de sa dignité, payer
une amende de dix sous morlans, et subir un exil d'an et jour. Quand le
Conseil avait décidé de demander réparation par les
armes d'un tort fait à la cité par d'autres communautés,
tout bourgeois devait prendre les armes, sous peine d'amende et d'un exil
de six mois. Le meurtrier devait être enseveli vivant sous le corps
de sa victime, etc.
D'après l'enquête faite par
ordre de Philippe le Bel, en 1300, dans le
comté de Bigorre, Bagnères formait une des sept vigueries
on baillies de la Bigorre; cette viguerie comprenait Bagnères, Pouzac,
Baudéan, Ordizan, Cieutat, Pomaroux, Trébons, Labassère
et Campan, formant en tout 1134 feux. La charte de coutumes de Bagnères
fut à cette époque confirmée par le roi
de France. Bagnères resta, comme le comté de Bigorre,
entre les mains du roi de France jusqu'en 1361, date à laquelle
le baron de Bazilhac, sénéchal du roi en Bigorre, reçut
ordre de remettre le comté entre les mains du roi
d'Angleterre, en exécution du traité de Brétigny .
En 1367, Henri de Transtamare, qui, battu
par Pierre le Cruel, s'était refugié
dans le Languedoc ,
pénétra en Bigorre
et s'empara de Bagnères par escalade; la ville fut pillée
et les habitants massacrés. Bagnères redevint anglaise après
le départ d'Henri de Transtamare pour la Castille ;
mais elle se souleva bientôt, ainsi que Tarbes
et Tournay, contre Jean de Grailly, captal de Buch ,
lieutenant du roi d'Angleterre ,
pour se donner au duc d'Anjou ,
frère de Charles V (1369-1373).
Au commencement du XVe
siècle, Bagnères passa sous la domination des comtes de Foix
et perdit son importance politique. Au XVIe
siècle, ses eaux thermales furent fréquentées par
un grand nombre de personnages connus; chantées par Du
Bartas, célébrées par Montaigne,
elles furent visitées souvent par Jeanne d'AIbret,
et l'une des sources, qui a conservé le nom de source de la reine
Jeanne, fit cesser, dit-on, la stérilité de la reine de Navarre .
Lors des guerres de religion et de l'invasion de Montgommery en Bigorre ,
Bagnères fut épargnée, mais dut fournir des otages
aux vainqueurs. De 1588 à 1589, la ville fut ravagée par
une terrible épidémie qui enleva les cinq sixièmes
de la population. En 1660, un tremblement de terre renversa une partie
de l'église de Saint-Vincent.
Depuis le XVIIe
siècle, l'histoire de Bagnères se confond avec celle de ses
eaux thermales. Parmi les visiteurs célèbres, on cite Mme
de Maintenon, qui conduisit à Bagnères, en 1675, le duc
du Maine, la princesse des Ursins, le duc de Richelieu, d'Aiguillon, Nivernais,
Bertin,Parny, etc. Au XVIIIe siècle,
Bagnères rassortissait au parlement de Toulouse,
intendance d'Auch,
recette de Bigorre. D'après la division établie en 1342 par
Pierre-Raymond de Montbrun, évêque de Tarbes ,
l'archiprétré de Bagnères, qui relevait de l'archidiaconé
de la Barthe, comprenait onze paroisses : Campan, Baudéan, Asté,
Gerde, Pouzac, la Bassère, Trébons, Ordizan, Antist, Montgaillard
et Hüs.
De longue date, la principale industrie
de Bagnères a été l'exploitation des beaux marbres
de la vallée de Campan. Dès la fin du XVIe
siècle,
mais surtout sous les règnes de Louis XIV
et de Louis XV, les marbres de Bagnères
étaient exploités pour la construction des maisons royales.
Monuments.
L'église
Saint-Vincent est de style gothique
du XIVe et du XVe
siècle; la façade est surmontée par une tour octogonale
à crochets. Au Sud de la nef s'ouvre une
porte de style Renaissance avec
un porche. De l'église
des Jacobins il reste une tour octogonale de
la fin du XVe siècle. Saint-Jean,
ancienne église des Templiers,
ensuite transformée en salle de théâtre,
a un joli portail du XIIIe
siècle : la chapelle de l'Hospice
est également du XIIIe siècle.
L'église des Carmes, les temples protestant
et anglican sont des constructions modernes.
Bagnères possède en outre un musée légué
par Achille Jublinal, le cabinet d'histoire naturelle de Philippe, la collection
minéralogique Emilien Frossard, une bibliothèque publique
renfermant 25,000 volumes et des archives
communales fort riches.
Les Thermes de Marie-Thérèse
et le Casino n'ont aucun intérêt monumental.
Les belles et nombreuses promenades de
Bagnères, les Coustous, les Vigneaux, les allées Maintenon,
l'avenue de Salut, etc.; sa position magnifique à l'entrée
de la vallée de Campan, en font une ville des plus animées.
(Léon Cadier). |
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