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Les langues araméennes
forment une branche de la famille des langues
sémitiques. On les répartit dans deux groupes : l'araméen
oriental (avec, notamment, le syriaque, le chaldéen, l'araméen
talmudique et le mandaïque) et l'araméen occidental (avec le
maalula, le samaritain et le nabathéen). Ces langues se distinguent
de l'arabe et de l'hébreu,
qui font partie de la même famille, par leur rudesse et la lourdeur
de leurs constructions, par la fréquence des monosyllabes, la pauvreté
des formes grammaticales et un matériel de mots plus restreint,
par le manque d'aptitude à la poésie. Certaines de ces langues
ont disparu, mais d'autres sont encore parlées en Israël, en
Irak, en Turquie, en Géorgie, dans les Territoires palestiniens,
en Iran et en Syrie.
Comme son nom l'indique ce rameau a pour
type l'araméen, parlé jadis en Syrie, originairement propre
aux populations que l'ethnographie biblique désigne sous le nom
d'Aram, étendu ensuite, par des circonstances historiques, sous
la domination des Assyriens, puis des Perses, non seulement à toute
l'Assyrie, mais à l'ensemble de la Mésopotamie, jusqu'au
golfe Persique, à la Palestine et à l'Arabie septentrionale.
L'araméen, dans toutes ces régions, resta l'idiome prédominant
et commun jusqu'à l'époque où l'arabe prit le dessus,
avec l'islam, et se substitua complètement à lui, arrivant
même à le faire périr graduellement.
Le caractère général
de l'araméen est son peu de conservation des anciennes voyelles
de la langue sémitique primitive. On y distingue plusieurs dialectes,
dont la naissance représente des dates chronologiques dans l'histoire
de cette langue :
L'araméen biblique,
autrefois appelé chaldaïque, désignation absolument
fausse et tout à fait abandonnée aujourd'hui; c'est l'idiome
dans lequel ont été composés, du Ve au IIe siècle
avant notre ère, quelques parties de certains livres de la Bible,
comme ceux de Daniel, de 'Ezra (Esdras) et de Ne'hemiah (Néhémie);
les quelques fragments épigraphiques araméens.de la Mésopotamie
que nous possédons, et qui datent du IXe au Ve siècle, nous
offrent exactement le même état de la langue;
L'araméen targumique, conservé
par les targoumin ou paraphrases de la Bible, composées au commencement
de notre ère;
L'araméen talmudique ou syro-chaldaïque,
langue vulgaire qui se forma chez les Juifs à la suite de l'altération
et de l'abandon de l'hébreu, que l'on parlait en Palestine au temps
de Jésus et qui est employée dans les deux grandes compositions
rabbiniques appelées Talmud, le Talmud de Jérusalem et le
Talmud de Babylone;
Le palmyrénien, langue contemporaine
de Palmyre et en général de la Syrie du nord, qui nous a
légué une riche épigraphie;
Le nabathéen,
dialecte des habitants de l'Arabie Pétrée, pénétré
de nombreux arabismes, dont les textes sont aussi des inscriptions;
Le samaritain,
qui se forma sur le territoire de l'ancienne tribu d'Éphraïm
pendant les siècles de la domination assyrienne, babylonienne et
perse, et qui s'est conservé à l'état d'idiome littéraire
chez les descendants de ces dissidents du culte juif.
De l'ancien araméen sortent encore
:
Le syriaque, langue qui
fut écrite dans les contrées d'Édesse et de Nisibe,
et dont le développement et l'existence littéraire s'étendirent
du IIe au IXe siècle de l'ère
chrétienne; le vocabulaire du syriaque est rempli de mots empruntés
au grec; sa littérature est singulièrement empreinte d'hellénisme;
elle servit en quelque sorte d'intermédiaire entre la science grecque
et la science arabe, et opéra la transition de l'une à l'autre;
presque toutes les traductions d'auteurs grecs en arabe ont été
faites par des Syriens et sur des versions syriaques; au Xe
siècle de notre ère, l'islam fit décidément
prévaloir sa culture, et le syriaque fut réduit à
la simple condition d'idiome liturgique; il n'est plus parlé aujourd'hui
que dans un étroit canton des environs du lac d'Ouroumiah.
Le çabien ou sabéen,
usité aujourd'hui encore dans la partie méridionale du bassin
de l'Euphrate, chez les Çabiens ou Mendaïtes, secte particulière
sortie des ruines de l'ancien paganisme assyro-persique, avec un mélange
bizarre d'éléments juifs ou chrétiens; dans les livres
sacrés de cette secte, la langue se présente profondément
corrompue, spécialement sous le rapport phonétique, avec
confusion et élision fréquente des gutturales, changement
des douces en fortes et des fortes en douces, enfin nombreuses contractions
; quelques monnaies de la Characène et quelques fragments épigraphiques;
datant du IIIe et du IVe
siècle, où ce dialecte se montre déjà, avec
son alphabet particulier, laissent entrevoir que dès lors une partie
de ces altérations s'y étaient produites, mais qu'elles étaient
moins prononcées.
L'assyrien forme à lui seul
un rameau à part dans le groupe septentrional des langues sémitiques.
C'est le langage commun de Babylone et de Ninive au temps de leur pleine
indépendance, dans lequel sont conçues les inscriptions cunéiformes
de ces deux fameuses cités. Il y a quelque chose d'inexact dans
l'appellation sous laquelle on a pris l'habitude de le désigner,
car c'est la Babylonie, et non l'Assyrie, qu'il a eu pour berceau. A partir
de la ruine de Ninive et de la conquête de Babylone par les Perses,
l'assyrien. fut graduellement submergé et étouffé
par l'araméen. On en possède pourtant des textes écrits
qui descendent jusqu'au Ier siècle
de l'ère chrétienne; mais dans ces derniers textes il est
profondément corrompu. L'assyrien est une des langues les plus riches
de la famille sémitique; il y occupe une position à égale
distance des idiomes araméens et cananéens. Sa déclinaison
a gardé les trois désinences casuelles de la langue sémitique
primitive, que la plupart des autres idiomes de la famille, à l'exception
de l'arabe littéral, ont laissé tomber. Son verbe, riche
en voix dérivées, offre une particularité tout à
fait spéciale ; les temps et les modes y dérivent tous de
deux primitifs, le participe et l'aoriste ; pas de trace du parfait, qui
offre la racine sous sa forme absolue avec des pronoms personnels suffixés,
et qui, avant le déchiffrement de l'assyrien, paraissait un des
éléments organiques essentiels des langues syro-arabes. Son
vocabulaire est aussi pénétré de mots empruntés
au vieux langage sumérien que celui du syriaque est pénétré
de mots grecs; un certain nombre de ces mots ont même pénétré
de là dans les autres idiomes sémitiques, par l'influence
de la grande civilisation assyro-babylonienne. Les textes nous révèlent,
sous l'unité, de langue, une certaine différence dialectique
entre le parler de l'Assyrie et celui de Babylone, surtout aux VIIe
et VIe siècles avant l'ère
chrétienne.
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