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Petra

Pétra  (Ouadi Moussa) est une ville ancienne de l'Arabie (aujourd'hui en Jordanie), environ à 100 kilomètres au Nord du golfe Arabique, qui fut une capitale des Nabatéens. Le nom de Pétra correspond à l'hébreu Sela (II, Rois, XIV, 7 Isaïe, XVI, 1). Ancienne place de commerce et bon repaire reliant les ports de la mer Rouge et le Sinaï à la Damascène et au Sud de la Syrie. Entourée de hautes murailles rocheuses, la ville, au sol bossué, occupe le fond d'un ancien lac dont le eaux ont en plusieurs points entamé le rocher. On ne peut y accéder que de deux côtés : à l'Est  par le Sik, gorge étroite, profonde et tortueuse, de l'effet le plus bizarre; au Sud-Ouest, par un chemin de montagne très pénible qui monte du Ouadi el-Arabah en contournant le djebel Haroun, le soi-disant mont Hor. En arrivant par le Sik où se reconnaissent encore de grandes dalles usées par les roues des chars, on rencontre un édifice qui fut à vocation, semble-t-il, funéraire, d'ordre corinthien appelé Khazneh Firoûn ou Trésor de Pharaon entièrement taillé dans la paroi du rocher en grès rouge. La façade, à deux étages, est richement ornée de colonnes, sculptures et statues. 
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Petra.
Le Khazneh Firoûn, à Pétra.

Au delà, les hautes murailles du Sik sont creusées d'un nombre immense de tombeaux qui s'étagent sur une grande hauteur. On arrive au théâtre formé de 33 gradins. La ville est encombrée de restes d'arcs de triomphe, de temples, etc. ; mais aujourd'hui les tombes dominent toutes ces ruines. Ces monuments, dont le style dénonce l'époque romaine, se sont répandus avec l'extension du royaume nabatéen en pleine Arabie jusqu'à Medaïn-Salih, l'ancienne Hegra, près de Médine. Les tombeaux creusés dans le roc y sont ornés des mêmes façades composées d'éléments grecs et orientaux. On remarquera la gorge et le créneau assyriens. Le fronton grec rappelle par sa décoration les monuments similaires de Judée. D'autre part, on retrouve le système des fours à cercueil. Beaucoup de tombeaux de Medaïn-Salih sont datés par une année des rois nabatéens, à partir de l'an 3 avant notre ère. On a ainsi un point de repère certain que ne fournissent pas les monuments de même style de Pétra qui, chose remarquable, sont anépigraphes. 

L'importance de Pétra nous est surtout connue à l'époque gréco-romaine. Strabon et Pline en donnent des descriptions précises. Elle est alors la capitale des Nabatéens et donne son nom à la contrée environnante, l'Arabie Pétrée. Les produits naturels y étaient abondants. L'huile seule faisait défaut, on la remplaçait par le sésame. Pétra servait d'entrepôt pour l'or, l'argent, la myrrhe, l'encens qui de là se répandaient dans le monde gréco-romain. En échange., elle recevait du fer, du bronze, la pourpre et nombre d'objets fabriqués. Des marchands de tous pays s'y rencontraient.
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Vues du Sik, le défilé qui donne accès à l'ancienne cité de Pétra, 
ci-dessus, sur une gravure ancienne et depuis un satellite d'observation. 
Ci-dessous, tableau de David Roberts.

Les traces historiques des Nabatéens remontent fort haut; ce sont les Nahaitou des inscriptions cunéiformes et les Nebaioth que la Bible fait descendre d'Ismaël. Les Nabatéens supplantent les Iduméens vers le IVe siècle avant notre ère, et Pétra remplace Bosra, la capitale des Iduméens (Bseira, entre Tafileh et Chôbak). Quand Antigene entreprend contre eux, en 312 av. J.-C. une expédition, on nous les décrit comme une peuplade nomade d'environ 10 000 membres. Les Grecs surprennent dans Pétra les femmes, les enfants, les vieillards et les mettent à mort pendant que les gens valides trafiquaient à un marché voisin. Mais, à leur retour, les Nabatéens surprennent l'armée grecque et la massacrent. Antigone envoie contre eux son fils Démétrius qui préfère négocier la paix et reçoit de riches présents. Peu à peu les Nabatéens s'étendent dans le pays de Moab et jusque dans la Damascène. Après avoir, sous Arétas ler, refusé asile au grand prêtre Jason (169 av. J.-C.) pour ménager Antiochus Epiphane, ils encouragent les Macchabées dès que ceux-ci parviennent  à se rendre indépendants. Cependant les progrès des Nabatéens dans l'Est du Jourdain devaient les mettre en conflit avec les Juifs. Arétas II voulut un instant secourir Gaza contre Alexandre Jannée (96 av. J.-.C.); mais ce fut son successeur, Obodas ler, qui entra en lutte contre le roi juif avec des fortunes diverses. 

Rabel Ier semble avoir été le fils et successeur d'Obodas ler. Arétas II Philhellène (vers 85-62) était le frère de Rabel Ier. Sous lui, le royaume nabatéen acquit sa plus grande extension Il occupa tout le pays, depuis Damas qu'il prit vers 85 jusqu'à la mer Rouge, où il fonda le port de Haoura. Pompée envoya contre lui Scaurus qui conclut la paix avant de combattre. Dès lors les Nabatéens reconnaissent la suzeraineté de Rome. Clermont-Ganneau a proposé d'intercaler Obodas II (vers 62-47) entre Arétas III et Malichos (vers 47-28). Le successeur de ce dernier, Obodas II (vers 29-9), laissa le pouvoir à son ministre Syllaeos, d'un habileté consommée. Quand Aelius Gallus entreprit un expédition dans le Sud de l'Arabie, Syllaeos lui offrit 1000 hommes; mais il le guida de façon à lui rendre la campagne très dure et lui fit faire en six mois un trajet qui n'en exigeait que deux. Ce Syllaeos épousa Salomé, la soeur d'Hérode le Grand, et paraît avoir eu de grandes ambitions. Arétas IV Philopatris (vers 9 av. 40 ap. J.-C.) parvint à s'en débarrasser. Syllaeos fut mis à mort à Rome. 

On sait par saint Paul que cet Arétas avait rétabli son autorité sur Damas. Son successeur, Malichos III (vers 48-71), reperdit cette ville, tandis que le royaume nabatéen tombait de plus en plus dans la dépendance de l'empire romain Obodas IV et Rabel II lui succèdent, puis Trajan en 105 de notre ère organise la province d'Arabie qui s'étendait du Hauran jusqu'à la mer Rouge. De cette époque paraît dater la voie romaine reliant Pétra à Gérasa. Pétra eut encore quelques siècles de prospérité. Le christianisme trouva asile de bonne heure. Depuis le commencement du Ve siècle, cette ville fut le siège d'un archevêque dépendant du patriarcat de Jérusalem. Après la conquête arabe Pétra ne joue plus aucun rôle. Son nom se perd; une légende se forme, identifiant ce lieu avec celui où Moïse, fit jaillir l'eau du rocher, et les Arabes le dénomment Ouadi Mousa. Les croisés l'occupèrent au XIIe siècle, ce fut le fief du Val de Moïse. Ils réservèrent le nom de Pétra à Kérak. On en avait complètement oublié Ie site  jusqu'au commencement du XIXe siècle, quand Seetzen puis Burckhardt le retrouvèrent. 
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Plan de Petra.
Plan de Pétra.

Bien que riche comme l'attestent les auteurs anciens et les monument qu'il a laissés, ce peuple de trafiquants et de caravaniers (Pharan) avait des moeurs simples. Les hommes ne portaient pas de tunique, mais simplement un manteau et des sandales. Le roi ne se distinguait que par un manteau de pourpre. Et cependant les Nabatéens divinisaient leurs rois. Les inscriptions ont fait connaître quelques divinités qui, comme Allât, Manawât, Hobal, étaient adorées des anciens Arabes. Le dieu le plus vénéré était Dusares (Dhou Chara, le Maître du Chara) que les auteurs romains ont voulu identifier à leur Bacchus. (René Dussaud).



Nassera Zaïd, Sophie Ladame, Pétra, la cité retrouvée, Magellan et Cie, 2010. 2350741796
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Dictionnaire Villes et monuments
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