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Le
pronom (lat. pronomen) est, selon la définition ordinaire,
un mot qui tient la place du nom. Ce n'est peut-être
pas très exact. Condillac avait déjà
remarqué que les pronoms je, tu sont des noms de personnes
qui ne remplacent aucun nom, et dans le fait, au point de vue de la grammaire,
ils ne tiennent la place d'aucun autre mot. Si l'on considère la
forme, la signification et la fonction des pronoms, on remarque qu'ils
se rencontrent sous ces trois rapports avec les substantifs, les adjectifs
et les adverbes, dont ils ne peuvent se séparer
; mais on voit d'autre part qu'ils sont issus de racines distinctes de
toutes les autres, et que la signification de ces racines a ceci de particulier,
qu'elles expriment toujours une relation avec la personne qui parle, sens
que n'a aucune autre partie du discours. C'est là ce qui distingue
en propre les pronoms; les objets qu'ils désignent comme substantifs,
les qualités qu'ils désignent comme adjectifs, les circonstances
qu'ils désignent comme adverbes, sont désignées toujours
par leurs rapports avec la personne qui parle.
On est donc autorisé
à établir trois classes de pronoms, les pronoms substantifs,
les pronoms adjectifs, les pronoms adverbiaux; mais dans l'usage le mot
de pronom est appliqué uniquement aux pronoms substantifs, les autres
étant rattachés à la catégorie des adjectifs
et des adverbes. On définira donc le pronom
une sorte de substantif à racine spéciale, qui ajoute à
la signification du substantif une idée de relation avec la personne
qui parle. Suivant la nature de cette relation, les pronoms se subdivisent
en trois catégories : personnels (y compris les personnels réfléchis),
démonstratifs et indéfinis. Les premiers désignent
l'objet par le rôle qu'il joue dans le discours
relativement à la personne qui parle; les seconds, comme présent
aux yeux ou à l'esprit de celui qui parle; les pronoms indéfinis
désignent cet objet comme indéterminé. Les autres
espèces de pronoms se rattachent par dérivation à
l'une ou l'autre de ces trois classes : les pronoms possessifs aux personnels,
dont ils ont la racine; les pronoms interrogatifs aux indéfinis,
en ajoutant cette nuance, qu'on demande à celui à qui l'on
parle de déterminer l'objet; enfin le pronom relatif est une acception
particulière d'un pronom indéfini (latin)
ou d'un pronom démonstratif (grec);
il rappelle l'idée d'un objet, antérieurement exprimée
ou sous-entendue, en marquant que cet objet est qualifié par la
proposition
dont il est sujet ou complément.
Remarquons qu'on
français
la plupart des mots qu'on appelle pronoms indéfinis, comme on,
personne, rien, sont de véritables substantifs, et que les mots
en, y, rangés parmi les pronoms personnels, sont des pronoms
adverbiaux. Les pronoms remplissent la même fonction que le substantif,
c.-à-d. qu'ils expriment le sujet et
le complément ; mais ils ont pour la
plupart une forme différente suivant la nature de cette fonction;
par exemple, les pronoms personnels sujets sont en français je,
tu, il, en allemand ich, du, er,
tandis que la forme du complément direct est en français
: me, te, le; en allemand : mich, dich, ihn, et du complément
indirect en français : moi, toi, lui; en allemand : mir,
dir, ihm. De même dans les autres langues.
C'est là, en réalité, une véritable déclinaison
du pronom personnel, déclinaison qui existait aussi d'ailleurs dans
les langues anciennes, en latin par exemple, sujet ego, accusatif
me,
datif mihi, etc.
La syntaxe des pronoms
est l'objet, dans toutes les langues, de règles délicates
et parfois compliquées qui en font une des parties les plus difficiles
de la grammaire. Nous renvoyons pour cela aux traités spéciaux,
nous bornant à cette remarque, que dans la plupart des langues modernes,
au contraire des langues anciennes, l'usage s'est établi d'employer
comme formule de politesse, en parlant à une seule personne, au
lieu du pronom régulier signifiant tu, celui de la seconde
personne du pluriel (français,
anglais),
ou celui de la troisième personne du pluriel (allemand).
(Mondry Beaudouin). |
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