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Herrera

Juan de Herrera est un ingénieur et architecte espagnol, né vers 1530 au hameau de Mobellan, dans la vallée de Valdaliga (Asturies), mort à Madrid le 15 janvier 1597. Sa famille était noble et son père Pedro Gutierrez était seigneur de Maliaño. Le nom de Herrera était celui du grand-père de Juan qui s'appelait Ruy Gutierrez de Maliaño de Herrera. On croit que Juan fit ses humanités à Valladolid, après quoi il entra au service de l'infant D. Philippe, fils de Charles-Quint, qu'il suivit en Flandre en 1548. 

Après un séjour de trois ans à Bruxelles, il revint à Valladolid, puis il se fit soldat, passa plusieurs années en Italie, où il fut admis comme arquebusier dans la garde du général en chef de l'armée espagnole en Piémont, Fernand de Gonzague. II accompagna ce général, appelé en Flandre auprès de Charles-Quint, et obtint de faire partie de la garde de l'empereur qu'il suivit en Espagne tout de suite après son abdication. 

Dans le nombre restreint des personnes que Charles-Quint, retiré au monastère de Yuste, conserva auprès de lui, Herrera fut, avec l'ingénieur Juanelo Turriano, l'un de ces rares privilégiés. L'empereur aimait, comme l'on sait, à s'occuper d'art et de mécanique, et jusqu'en 1558, date de sa mort, il ne cessa de s'y intéresser, occupant les instants que lui laissaient ses longues pratiques religieuses à traiter des questions de science avec ses deux familiers. Après sa mort, Herrera entra de nouveau dans l'armée et fit partie de la garde particulière de Philippe Il jusqu'en 1563. A cette date, le roi qui l'avait distingué, lui assigna un traitement annuel de 100 ducats et en fit l'aide du célèbre Juan-Bautista de Toledo, l'auteur des plans et l'architecte en chef de l'Escurial, dont Philippe II venait de décider la construction. 

De ce moment commence la véritable carrière de Herrera, celle où ses vastes connaissances en mathématiques et en architecture, acquises par l'étude et dans ses voyages en Flandre et en Italie, allaient lui créer une situation considérable et entourer son nom en Espagne d'une véritable illustration. Jusqu'à la mort de Juan-Bautista de Toledo, Herrera demeura son aide et son collaborateur; grâce à l'estime dont Philippe II ne cessa de lui donner des preuves, il obtint tout naturellement de lui succéder dans l'emploi d'architecte en chef de l'Escurial. 

Herrera n'eut que peu à modifier les plans primitifs de son prédécesseur. Cependant, pour obéir à la volonté du roi, il dut surélever d'un étage la partie de la construction située au midi et destinée à l'habitation des moines, fit monter les façades de l'édifice jusqu'à atteindre un même niveau, supprimant les tours projetées au centre des façades, nuis laissant subsister celles qui sont aux quatre angles extérieurs. Le plan de l'église, tel que l'avait conçu Toledo, ne plaisait pas au roi. Des plans nouveaux furent par son ordre demandés à divers artistes italiens. Celui qui agréa le plus était l'oeuvre de Pacciotto, ingénieur et architecte; Herrera en changea divers détails et s'en inspira pour établir son projet définitif, qui diffère, en outre, de celui de Toledo, en ce que les clochers furent construits de chaque côté du portail, et qu'il établit une crypte sous le choeur. En 1584, l'édifice était terminé et Herrera commença les dessins de la silleria du choeur, du retable, du tabernacle et de l'ameublement de la sacristie et de la bibliothèque. Il fit également les modèles des sépultures de Charles-Quint et de Philippe II, dont l'exécution fut confiée par contrat à Giacomo Trezzo, à Pompeyo Leoni et à Giambattista Comane.

Spécialement chargé par Philippe II de la direction de tous les travaux entrepris sous son règne, Herrera fit successivement continuer la construction du palais et de la chapelle d'Aranjuez, commencés sur les plans de Toledo, mais qui ne furent entièrement terminés que sous Charles III, et la partie méridionale de l'Alcazar de Toledo, dont il fit élever les trois étages, et l'escalier d'honneur, commencé par Villalpando; il traça en même temps les dessins de la chapelle. En 1580, il accompagnait le roi allant prendre possession de la couronne du Portugal. Il eut, pendant ce voyage, à vérifier et contrôler les plans de l'édifice, appelé le palais de Charles-Quint et construit sur l'emplacement d'une partie de l'Alhambra de Grenade. Il s'occupa aussi, sur l'ordre de son maître, de la rectification des cartes géographiques des Indes et des Amériques. C'est à son instigation que Philippe créa à Madrid une école ou académie des sciences, ouverte en 1584 et placée entièrement sous la direction de Herrera, qui lui-même s'occupait d'études mathématiques et astronomiques transcendantes. Il fut l'inventeur de divers instruments utiles aux navigateurs et propres à calculer les longitudes. 

Ses travaux d'architecte et d'ingénieur sont aussi variés que nombreux. Ne pouvant que les indiquer sommairement, nous nous bornerons à citer les principaux, tels que la construction du pont de Ségovie à Madrid, de la Casa lonja de Séville, de la cathédrale de Valladolid dont la façade fut gâtée par les inventions baroques de Churriguera, en 1729, du bâtiment des archives à Simancas, etc. En somme, aucun édifice important ne fut entrepris sous le règne de Philippe Il qui n'eut été, au préalable, étudié par Herrera. Son département, dit à ce sujet Cean Bermudez, était un véritable ministère et le maestro mayor de las obras reales répondait aux communications et donnait des ordres, comme s'il eût été un véritable secrétaire d'Etat. 

Tombé malade en 1584, peu de temps après qu'il eut contracté un second mariage avec une de ses parentes, Inès de Herrera, il dut cesser les fréquents déplacements que lui occasionnait sa charge. Ce fut son élève et aide Francisco de Mora qui, sous son contrôle, dirigea dès lors les travaux en cours d'exécution. Cette situation se prolongea jusqu'en 1593; Herrera dut alors cesser toute occupation; quatre ans plus tard, il mourait à Madrid et fut enterré à l'église de Santiago, sa paroisse, bien qu'il eût demandé par son testament que son corps fût transporté à Maliaño. Il avait formé à son art un noyau d'excellents élèves, tels que Francisco de Mora, Juan de Valencia, son neveu Pedro del Yermo, Diego de Quesada, Antonio et Bartolome Ruiz et Juan de Minjarès. Ils continuèrent, mais en les altérant peu à peu, les traditions que lui-même avait reçues de Juan-Bautista de Toledo et qui l'amenèrent à pratiquer, comme un culte exclusif, ce style, appelé en Espagne gréco-romain, sévère et puissant, mais lourd et surtout sobre d'aspect jusqu'à la froideur, qui avait toutes les préférences de Philippe II et dont il avait sans doute imposé l'emploi à ses architectes. (Paul Lefort).

Fernando de Herrera est un poète lyrique espagnol, surnommé le Divin par les contemporains. Il naquit à Séville en 1534 et mourut en 1597, d'après Ticknor. Entré dans l'Eglise comme tant d'Espagnols célèbres; il vécut studieux et retiré, fréquentant quelques amis de choix, entre autres Cervantes et le peintre Francisco Pacheco qui fit son portrait et édita plus tard ses poésies. Le seul événement connu de cette existence si tranquille est un amour platonique pour une dame (on a prétendu que c'était la comtesse de Gelves) dont il chante la beauté en des élégies un peu subtiles, à la façon de Pétrarque

Très savant, tout imbu de lettres italiennes et latines, Herrera écrivit un commentaire sur les oeuvres de Garcilaso de la Véga (Anotaciones à Garcilaso, Séville, 1580); travail érudit, mais lourd, dans lequel les remarques multipliées étouffent les vers du plus harmonieux des poètes espagnols. Mais ce n'est pas là, ni même dans les élégies et les sonnets, excellents pourtant, qu'est la véritable originalité d'Herrera. Se plus beau chant fut composé à l'occasion du plus grand triomphe que vit le règne de Philippe II, la bataille de Lépante. 
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Ode sur la bataille de Lépante

« Chantons le Seigneur, qui, sur la face de la vaste mer, a vaincu le Thrace cruel. Toi, Dieu des batailles! tu es notre droite, notre salut et notre gloire. Tu as brisé les forces et l'altière audace de Pharaon, guerrier cruel. Ses chefs choisis ont couvert de leurs débris l'abîme de la mer; ils sont, comme la pierre, descendus jusqu'au fond. Ta colère les a soudain dévorés, comme le feu dévore la paille sèche.

Ce superbe tyran, plein de confiance en l'appareil de ses navires, qui tient courbées les têtes de nos frères et fait travailler leurs mains au service injuste de sa puissance, abat de ses bras redoutables les cèdres à la plus haute cime et l'arbre qui se dresse le plus droit, buvant des eaux étrangères et foulant avec audace notre territoire inviolable.

Les faibles, éperdus, ont tremblé de sa fureur impie. Il a haussé le front contre toi, Seigneur Dieu! et, d'un visage insolent, étendant ses deux bras armés, il a remué sa tête furieuse. Il a fortifié son coeur d'une ardente colère contre les deux Hespéries que baigne la mer, parce que, assurées en toi, elles lui
résistent et qu'elles se revêtent des armes de ta foi et de ton amour. Il a dit, dans son arrogance et son mépris : « Ignorent-elles, ces contrées-là, mon courroux et les exploits de mes aïeux ? Ont-elles osé leur faire face, avec le Hongrois timide, et dans la guerre de la Dalmatie et de Rhodes? Qui les a pu délivrer? qui, de leurs mains, a pu sauver ceux d'Autriche et les Germains? Leur Dieu pourra-t-il par hasard aujourd'hui les préserver de ma main vengeresse?

« Leur Rome, tremblante et humiliée, convertit ses cantiques en larmes. Elle et ses fils affligés attendent ma colère et la mort après la défaite. La France est brisée de discordes; et en Espagne l'affreuse mort menace quiconque honore les bannières du croissant. Ces nations belliqueuses sont occupées à se défendre elles-mêmes; et ne le fussent-elles pas, qui peut me faire offense ? »

Toi, Seigneur, qui ne souffres pas que ta gloire soit usurpée par celui qui mesure sa propre force au gré de son orgueil et de sa colère; vois comme ce superbe ennemi a dans sa victoire dégradé tes autels! Ne souffre pas qu'il opprime ainsi les tiens, qu'il nourrisse de leurs cadavres les bêtes féroces, qu'il atteste sa haine dans leur sang répandu, et qu'après cet outrage il dise : Où est le Dieu de ces hommes? de qui se cache-t-il?...

Il a levé la tête, ce puissant qui te porte si grande haine; il a tenu conseil pour notre ruine, et contre nous ont machiné ceux qui assistaient à ce conseil. « Venez, ont-ils dit; et, sur la mer houleuse, faisons un grand lac de leur sang; détruisons cette race et le nom du Christ avec elle; et, partageant leurs dépouilles, rassasions nos yeux de leur mort. »

De l'Asie et de la merveilleuse Égypte sont venus des Arabes, des Africains légers, et ceux que la Grèce leur a mal associés, guerriers à la fière encolure, d'une grande force et en nombre infini. Ils ont osé promettre d'incendier nos frontières, de mettre à mort par l'épée notre jeunesse, de prendre nos jeunes enfants et nos vierges, et de souiller la gloire, la pureté de celles-ci...

Les grands se sont troublés; les forts, les puissants se sont rendus avec effroi; et toi, ô Dieu, comme la roue du vanneur jette les barbes de l'épi au souffle impétueux du vent, tu as livré ces méchants, qui, fugitifs par milliers, se pâmaient devant un seul homme. Tel qu'un feu embrase les forêts et sur leurs épaisses cimes a répandu sa flamme, tel, dans ta colère et tes foudres, tu les as suivis, et tu as couvert leur face de honte....»  (Herrera).

Pour comprendre l'exaltation lyrique d'Herrera, il faut songer à l'enthousiasme qui salua le désastre de la flotte turque, le 7 octobre 1571. Lope de Vega met Lépante en drame, Juan Rufo et Pedro Manrique y taillent chacun une épopée, Ercilla lui consacre un chant de l'Araucana; Cervantes en parle sans cesse. L'ode d'Herrera n'est qu'un hymne de victoire rempli de réminiscences et d'images bibliques, national et religieux à la fois, tendu vers le sublime ,qu'il atteint souvent, en une langue sonore, hérissée d'inversion et de latinismes hardis. 

Une autre ode ou cancion sur la défaite et la mort du roi dom Sébastien du Portugal, en Afrique, près d'Alcazar-Quivir (4 août 1578), n'est pas inférieure à a précédente. Les deux strophes dans lesquelles le poète compare la puissance portugaise au cèdre géant terrassé par la main de Dieu, sont superbes d'ampleur et de majesté. Herrera termine en menaçant les infidèles de la fureur espgnole. Or on sait que, loin de venger dom Sébastien, Philippe Il mit à profit sa défaite pour s'emparer du Portugal deux ans après. 

Même énergie dans le sonnet à Marcus Brutus, dans celui de Lépante et dans l'ode à don Juan d'Autriche, encore que trop chargée de mythologie. Toujours hanté par les gloires espagnoles et catholiques, Herrera écrivit une histoire de la guerre de Chypre et de la victoire de Lépante Relation de la guerra de Chipre y suceso de la batalla naval de Lepanto (Séville, 1572). Cet ouvrage, d'un style achevé, parut l'année qui suivit le triomphe de don Juan d'Autriche. De plus, Herrera traduisit en castillan la vie latine de Thomas More par Stapleton, sous ce titre Vida y muerte de Tomas Moro (Séville, 1592).

Le peintre Francisco Pacheco fit paraître la première édition complète des oeuvres poétiques d'Herrera (Séville, 1619). On estime particulièrement celle de Fernandez (1808) dans la collection des Poesias castellanas (rééd. dans la coll. Rivadeneyra, 1854). Les principaux poèmes d'Herrera (odes, élégies) ont été réimprimés dans le Parnaso español de Quintana (édit. de Paris, 1861). D'après Rioja, il aurait travaillé longtemps à une histoire d'Espagne dont le manuscrit n'a pas été retrouvé. (Lucien Dolfus).

Antonio de Herrera y Tordesillas est un historien espagnol, né à Cuellar, près de Ségovie, vraisemblablement en 1559, mort à Madrid le 29 mars 1625. Il  était fils de R. de Tordesillas et d'Agnès de Herrera, et prit, suivant une coutume de son pays, le nom de sa mère. Il obtint la charge de secrétaire du vice-roi de Naples, Vespasien de Gonzague. Sur sa recommandation, Philippe II le nomma premier historiographe de Castille et des Indes (c.-à-d. d'Amérique), poste qu'il conserva sous les deux règnes suivants. L'intérêt des ouvrages d'Herrera réside tout entier dans les détails historiques qu'ils fournissent en abondance, car le style en est terne, presque toujours diffus et la composition défectueuse. Quant aux éloges prodigués à Philippe II, ils n'ont rien de surprenant chez un historiographe officiel du XVIe siècle, royaliste et zélé catholique. 

Les principaux écrits d'Herrera sont : Historia general de los hechos de los Castellanos en las islas y tierra firme del mar Océano (Madrid, 1601-1615, 4 vol. in-fol.; rééd. par Gonzalez de Barcia, 1726-1730; trad. partielle en franç. par N. de La Costa, Paris, 1659-1674, 3 vol. in-4), le meilleur de tous et le plus instructif; Historia de los sucesos de Francia (Madrid, 1598), histoire des guerres religieuses en France, conçue à un point de vue tout espagnol; Historia general del mundo del tiempo del rey don Felipe Il (Madrid, 1601-1612, 3 vol. in-fol); Historia del levantamiento de Aragon (1612); Comentarios de los hechos de los Españoles, Franceses y Venecianos en Italia, etc. (Madrid, 1624). Herrera fit aussi plusieurs traductions, notamment : Los Cinco Libros primeras de los Anales de C. Cornelio Tacito (Madrid, 1615). (Lucien Dollfus).

Alonso de Herrera est un peintre espagnol, établi Ségovie autour de l'année 1579; il s'était lié d'une étroite amitié avec Fernandez Navarrete (el Mudo) dont il éleva la fille naturelle. Les seuls ouvrages que l'on connaisse de lui décorent le retable de l'église paroissiale de Villacastin : ils représentent la Naissance de Jésus, l'Adoration des rois, la Présentation au temple, Jésus discutant avec les docteurs, la Résurrection et la Descente de l'Esprit saint; ces peintures, qui étaient remarquables, ont malheureusement été gâtées par des restaurations maladroites. (P. L.).
Francisco de Herrera, dit El Viejo ou le Vieux, est un peintre espagnol, né à Séville vers 1576, mort à Madrid en 1656. Elève de Luis Fernandez, condisciple de Pacheco et des deux frères Juan et Agustin Castillo, Herrera s'émancipa le premier et avec le plus de résolutions des influences italiennes, alors enseignées et servilement obéies, surtout depuis le retour de Pablo de Cespedès à Cordoue, dans les ateliers andalous. Le premier encore, il marqua nettement quelle évolution profonde commençait de se manifeser et dans la peinture espagnole, évolution qui allait contribuer à faire surgir des artistes d'un génie véritablement original. Cette transformation si radicale dont le principe est le retour à l'étude attentive du réel et du vrai, à un art de composition plus simple, plus spontané, et à des méthodes de coloration s'inspirant davantage de l'observation de l'enveloppe des formes et des jeux de la lumière, nulle part et en nul autre artiste comme chez Herrera, nous ne la voyons se produire avec plus de décision et autant de force. 

Toutefois, ce fut plutôt par ses ouvrages, d'une facture si large et si puissante dans leur naturalisme hautain, que par ses leçons directes que Herrera exerça une influence déterminante sur ses émules et ses élèves. Ceux-ci ne manquaient pas autour de lui, mais le caractère emporté du maître les éloignait vite. C'est ce qu'il en advint même pour ses propres fils, Herrera el Rubio et Herrera el Mozo, pour Iriarte, le paysagiste, et pour le plus illustre d'entre tous, Diego de Silva Velazquez que les brutalités de Herrera contraignirent à le quitter pour entrer dans l'atelier de Pacheco.

C'est une étrange et bien caractéristique personnalité que celle de Herrera et telle qu'on en voit seulement surgir dans l'art aux époques de transformation profonde. Tempérament passionné à l'excès, rude, haineux, son talent ressemble par plus d'un coté à son caractère. Les sujets qu'il traite, il les choisit de préférence parmi les plus sombres, les plus tragiques, ou tout du moins parmi les plus mouvementés. Il aime à peindre les martyres, les tourments des damnés, les apothéoses, les visions apocalyptiques. Primesautière, emportée et fougueuse, son exécution n'est cependant jamais lâchée ni si abrupte que l'ont dit quelques biographes mal informés. Il possède, au surplus, toutes les qualités d'un grand artiste, un dessin grandiose, très correct et vrai, un coloris énergique, profond, toujours harmonieux dans sa puissante sobriété et des partis pris de lumière et d'ombre largement compris et judicieusement rendus. Nul mieux que Herrera n'a peint les moines aux figures d'ascètes, les dignitaires de l'Église dans la richesse de leurs habits sacerdotaux, les vieillards aux physionomies ravagées, rudement fouillées et expressives. Le choix de ses types, sa manière de composer, d'éclairer, et le sentiment d'énergique volonté qui se dégage de sa peinture, tout en lui, si on le compare avec ses contemporains, apparaît original, trouvé, nouveau. Il est bien véritablement un créateur et le précurseur de l'école espagnole définitivement émancipée.

Ses principaux ouvrages sont : la fresque qui décore la coupole de l'église de Saint-Bonaventure, à Séville, pour laquelle il avait peint également quatre compositions dont les sujets étaient tirés de la vie du saint docteur; le grand Jugement dernier, dans l'église de San Bernardo, où il a fait preuve des plus hautes qualités de composition, de science anatomique et de puissance de coloris; quatre peintures importantes au palais archiépiscopal : la Manne, le Frappement du rocher, les Noces de Cana et le Miracle des cinq pains; Saint Basile dictant sa doctrine, primitivement à l'église de Saint-Basile et aujourd'hui au musée du Louvre, et enfin divers autres tableaux représentant des saints, des évêques, pour le couvent des franciscains, et conservés actuellement au musée provincial de Séville. Une fresque, dont il avait orné la façade de la porteria du couvent de la Merced, a péri avec cette façade. Herrera nous en a transmis un souvenir dans une eau-forte qu'il a lui-même gravée et qui est, avec une figure de Saint Paul, l'une de ses plus intéressantes productions en ce genre. Il avait voulu s'essayer aussi dans la gravure en médailles

Ces essais qu'il enveloppait d'un certain mystère faillirent lui devenir fatals. Dénoncé comme faux monnayeur, menacé des galères, Herrera, invoquant le droit d'asile, alla se cacher au couvent des jésuites. Pour payer l'hospitalité des Pères, il entreprit de décorer leur chapelle et peignit pour le maître-autel : le Triomphe de saint Herménégilde, une de ses plus magistrales compositions. Il dut à cet ouvrage de recouvrer sa liberté. Lorsque, en 1621, Philippe IV vint à Séville et visita le couvent des jésuites, ii vit le tableau et s'informa qui en était l'auteur. On lui présenta Herrera qui se jeta à ses pieds et implora sa grâce : 

« Qu'a-t-il besoin de richesses, celui qui possède un tel talent, dit Philippe; allez, vous êtes libre! »
Rendu à ses travaux, l'artiste, dont le caractère s'était encore aigri pendant cette réclusion, devint de plus en plus fantasque et farouche. Sa femme, à bout de patience, se séparait de lui; sa fille prit aussitôt le voile; son fils aîné, Herrera el Rubio, mourait et enfin son plus jeune fils, Herrera el Mozo, s'enfuyait en Italie en lui emportant son argent. Accablé par tant de chagrins et par des luttes incessantes avec les ennemis qu'il s'était créés, il quitta alors Séville et vint à Madrid, chercher de nouveaux succès avec de nouveaux travaux. Il entreprit deux tableaux pour la chapelle du couvent du Paular et retraça un épisode de la Vie de saint Raymond pour le cloître des mercenaires chaussés. Il fut enterré dans l'église de San Ginès. Lope de Vega, dans son Laurel de Apolo, a consacré, par un sonnet resté célèbre, la gloire de Herrera. Ses dessins ont un cachet de hardiesse et de furia incomparable. Des roseaux grossièrement taillés, la plume, le bistre, la pierre noire, il maniait tout en maître, et chacun de ses croquis, marqué au coin de sa forte originalité, atteste la certitude de sa science en même temps que la fécondité et la puissance de son imagination. (Paul Lefort).
Herrera, appelé El Rubio, ou le Blond, peintre espagnol, fils aîné et élève de Herrera le Vieux. Né à Séville dans les premières années du XVIIe siècle, il aidait de bonne heure son père dans la préparation de ses toiles. Déjà, il donnait des preuves d'un véritable talent, surtout dans la peinture des sujets de nature morte et de scènes populaires, lorsque, atteint d'une maladie de consomption, il mourut très jeune encore. (P. L.).
Francisco de Herrera, appelé El Mozo, ou le Jeune, est un peintre et architecte espagnol, né à Séville en 1622, mort à Madrid, en 1685. Il était l'élève et le second (ou troisième?) fils de Herrera le Vieux, dont il fut l'imitateur impuissant. Il a cependant ses qualités personnelles à côté de défauts insupportables : coloriste habile, il manie son art en virtuose. Ses ouvrages présentent de la grâce, de la vivacité et de l'éclat, mais ils manquent de sincérité et surtout de véritable émotion. On ne trouve en lui que cette affectation de la force qui dégénère le plus souvent en maniérisme. Ce qui, chez son père, était exubérance et fougue, n'est déjà plus, chez le fils, que vain fracas et fausse grandeur. 

Son initiation à l'art avait cependant été sévère, et les rudes enseignements paternels ne lui avaient guère permis de s'écarter en ses débuts de l'étude du réel et du vrai. Mais son séjour en Italie, après qu'il se fut enfui de, Séville, lui fit perdre le fruit de ces premières leçons. A Rome, où il étudia l'architecture, la perspective et la décoration à fresque, il ne s'inspira plus que du style tourmenté et des compositions vides et théâtrales des Italiens dégénérés. 

Dès qu'il eut appris la mort de son père, il revint à Séville. Son premier ouvrage fut pour la chapelle du Saint-Sacrement dans le sagrario de la cathédrale. Il représente les Docteurs de l'Eglise adorant la Vierge et le Saint-Sacrement, et c'est là une de ses meilleures productions; elle a été gravée par Matias Arteaga. Pour la chapelle des franciscains, il entreprit nue autre grande toile : Saint François s'élevant aux cieux soutenu par des anges, et Arteaga en a fait également une reproduction gravée à l'eau-forte. 

Les éloges, les succès que Murillo obtenait alors à Séville portèrent ombrage au jaloux Herrera. Nommé vice-président de l'Académie de dessin que son heureux rival venait de fonder en 1660, et dont il avait été élu président, Herrera ne pouvait s'accommoder de ne venir qu'au second rang. Il partit pour Madrid. Peu après son arrivée, il fut chargé d'exécuter pour le couvent des carmes déchaussés une vaste composition, conservée aujourd'hui au musée du Prado et qui représente Saint Herménégilde s'élevant aux cieux après son martyre. Elle fut très applaudie par une cour ou l'on avait déjà perdu le sens du goût et du vrai. La vanité déjà si grande de l'artiste en fut encore exaltée. Et pourtant cette peinture, si tourmentée d'aspect et maniérée d'attitudes, n'est pas une création vivante, émue, ni vraiment puissante d'effet. C'est l'oeuvre d'un habile décorateur et rien de plus. Nommé, à la suite de ce succès, peintre du roi par Philippe IV, Herrera fut en grande faveur sous la régence de Marianne d'Autriche et plus tard sous Charles II.

Il obtint l'emploi de fourrier du palais et, malgré les trop médiocres études architecturales qu'il avait faites en Italie, celui de directeur en chef des bâtiments royaux. En cette qualité, il traça, en 1686, les plans du sanctuaire de Notre-Dame del Pilar. Bientôt sous l'impulsion fantaisiste du nouveau maestro mayor, l'architecture, déjà en complète décadence depuis le règne de Philippe IV, atteignait rapidement le comble de l'absurde et du mauvais goût. Diverses grandes décorations à fresques que Herrera avait exécutées à l'église de San Felipe et Real et au sanctuaire d'Atocha ont péri. 

Le musée du Fomento, à Madrid, posséde plusieurs toiles de l'artiste, représentant des saints et des saintes de l'ordre des augustins. Comme son père, Herrera a gravé à l'eau-forte. Il n'a pas formé d'élèves ayant marqué dans l'histoire de l'école. Les Italiens l'appellent, à cause de son habileté à peindre les poissons, il Spanuolo degli pesci. (Paul Lefort).

Antonio de Herrera Barnuevo est un sculpteur espagnol, né à Alcala de Hénarès dans le dernier tiers du XVIe siècle et qui vint s'établir à Madrid au commencement du XVIIe. Il était l'auteur de la décoration sculpturale, aujourd'hui détruite, de l'ancienne prison de Madrid; cette décoration se composait d'une figure d'Ange et de la représentation des Vertus. Cean Bermudez, qui la vit encore debout, la qualifie de remarquable et n'hésite pas à ranger Herrera Barnuevo parmi les meilleurs artistes de son temps. On lui attribue, par analogie de style, les figures décoratives de quelques-unes des fontaines monumentales, élevées sous Philippe IV, sur les dessins de Crescenci. Lors de la mort de Lope de Vega Carpio, l'artiste modela pour les funérailles du célèbre poète et dramaturge son buste en cire; on le croit l'auteur du buste en plâtre de Lope de Vega que conserve l'Académie de San Fernando. (P. L.).
Sebastano de Herrera Barnuevo est un peintre, sculpteur et architecte espagnol, né à Madrid en 1619, mort à Madrid en 1671. Fils et élève du précédent, il apprit d'abord la sculpture avec son père, puis il reçut les leçons d'Alonso Cano dont il adopta le style et les méthodes en peinture, en sculpture et en architecture. Admis parmi le personnel des dessinateurs employés aux bâtiments royaux, il eut l'occasion de se produire, comme décorateur, à l'occasion de l'entrée solennelle à Madrid de la reine Marianne d'Autriche. Philippe IV fut particulièrement charmé de son invention du Parnasse, construit sur le Prado, où, mêlés aux muses, apparaissaient, sur le mont sacré, les bustes des grands poètes espagnols. 

Pour récompense de son zèle et de son mérite, Philippe IV nomma l'artiste maestro mayor des travaux de l'Alcazar, en même temps qu'il lui donnait la charge d'aide-fourrier du palais. La ville le choisit également pour diriger ses travaux; puis en 1670, il se voyait nommé peintre de la chambre et conservateur de l'Escurial. Quelques-unes des peintures qu'il exécuta pour diverses églises et communautés religieuses, ainsi que diverses statues de saints, se voient encore à Madrid, par exemple ses peintures du retable à l'église de San Isidro et Real dans la chapelle de Jésus-Marie-Joseph et les fresques de la voûte et de la coupole de la chapelle de Notre-Dame du Bon-Conseil; il avait été l'architecte et le décorateur d'une partie de l'intérieur de cette église. Citons encore les statues qui ornent le retable, dessiné par lui, de la Vierge de Douleurs, à l'église Saint-Thomas. Palomino parle avec des éloges excessifs d'un Christ à la colonne traité en statuette, qu'il ne craint pas de rapprocher des ouvrages de Michel-Ange

Herrera Barnuevo, tout en étant un artiste d'un talent véritable, n'a pas droit à des comparaisons aussi ambitieuses. Il est correct en tout, fait preuve de sentiment, mais sans toutefois montrer dans ses ouvrages rien d'original ou d'osé. En architecture décorative, il est simplement médiocre et ses inventions inclinent plutôt au mauvais goût et au baroque. (P. L.).

Rodrigo de Herrera y Ribera est un poète espagnol, mort en 1641. Il était fils naturel du marquis d'Auñon, don Melchor de Herrera, qui le maria richement et le fit entrer dans l'ordre de Santiago. Outre beaucoup de poèmes sur des sujets divers, Herrera y Ribera écrivit plusieurs drames ou comedias, comme on disait alors, entre autres : El Voto de Santiago y batalla de Clavijo et El Primer Templo de España y et segundo obispo de Avila. Cervantes dit de lui, au second chapitre du Viaje al Parnaso, avec une manifeste exagération : 
« Celui que je compare à Homère, c'est le grand don Rodrigo de Herrera, illustre dans les lettres, et sans égal par ses qualités. » 
A défaut de ses oeuvres fort oubliées, cet éloge a sauvé son nom. (Lucien Dollfus).
Antonio de Herrera y Saavedra est un poète espagnol, mort à Madrid en 1639. Il était fils de Francisco de Herrera y Saavedra et de défia Isabel Sanchez Coello. En 1621, il fut nommé chevalier de Santiago. Herrera est auteur de trois ou quatre comedias, sans compter les poèmes qu'il composa pour les concours poétiques et les académies littéraires, genre fort à la mode à cette époque. Montalvan le qualifié de « doux, sentencieux et élégant poète ». (L. D.).
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