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Pacheco

Francisco Pacheco est un peintre espagnol, né près de Séville, à Sanlúcar de Barrameda, en 1571, mort à Séville en 1664. Il fut d'abord l'élève du peintre Luis Fernandez, un spécialiste pour la décoration des sargas; plus tard, il reçut les conseils du chanoine Cespedès dont il se déclara le sectateur et le disciple d'élection. Pour ses débuts qui furent modestes, Pacheco, comme son premier maître, peignit des sargas, sorte de toiles écrues qui jouaient le rôle de tapisseries, de tentures; il eut aussi la commande, pour la flotte des Amériques espagnoles, des pavillons et étendards, qu'il décorait d'emblèmes, d'écussons aux armes royales ou de figures de saints. Il s'adonna aussi à peindre en tons naturels les bas-reliefs et les statues et il s'acquit dans cette spécialité une réputation méritée d'habileté et de goût; c'est pourquoi son ami, l'éminent sculpteur Martinez Montañes, eut presque toujours recours à la collaboration de Pacheco pour colorier ses ouvrages. 

Une des plus anciennes compositions sur toile qu'ait exécutées Pacheco paraît avoir été un Christ portant sa croix, datée de 1589. En 1598, il collaborait à la décoration du catafalque, érigé dans la cathédrale de Séville, à l'occasion de la mort de Philippe Il. En 1603, son protecteur et grand ami, le duc d'Alcala, Fernan-Henriquez de Ribera, le chargeait de peindre sur toile, à la détrempe, toute la décoration intérieure de son cabinet; le sujet en était emprunté à la mythologie et reproduisait divers passages du mythe de Dédale et d'Icare. Ce travail fut très admiré, surtout pour le dessin des figures, présentant des attitudes et des raccourcis d'une grande hardiesse. Cespedès vit ces peintures et en félicita chaudement l'auteur. 

Le coloris, chez Pacheco, ne se montre pas, jusqu'ici, à la hauteur de ses qualités comme dessinateur; il est sec, timide et froid. Ses compositions, sagement ordonnées, accusent surtout un souci d'équilibre et de pondération qui va parfois jusqu'à la puérilité. Pacheco eut-il conscience des moyens d'exécution qui lui faisaient défaut? Toujours est-il qu'en 1611, il entreprenait le voyage de Madrid pour aller étudier les chefs-d'oeuvre des diverses écoles que les rois avaient acquis et réunis dans leurs palais. Ce voyage exerça une influence notable sur les méthodes et les pratiques de l'artiste.

Préoccupé dès lors de s'assimiler les qualités de style et de coloris des maîtres qu'il avait admirés, il s'efforça, avec une louable énergie, de donner désormais plus de largeur et de liberté à son mode de composer et d'exécuter. Il y réussit dans une certaine mesure; ses personnages, plus expressifs, se groupent avec plus d'aisance et de naturel, et sa touche leur communique plus de réalité et de vie. On peut constater les progrès déjà acquis dans la grande et importante composition que Pacheco terminait en 1614, pour le couvent de Santa Isabel, le Jugement dernier (auj. au musée Goya de Castres).
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Pacheco : le Jugement Dernier.
Le Jugement Dernier, de Francisco Pacheco.

Dans son voyage à Madrid, Pacheco avait visité Tolède et fait connaissance avec le Greco, dont la bizarre et fougueuse manière était si éloignée, de son propre concept et de son tempérament. De curieuses discussions esthétiques s'échangèrent entre les deux peintres, et Pacheco les a rapportées dans son ouvrage intitulé Arte de la Pintura, qui est, à vrai dire, et plus que ses peintures, le monument de sa vie. Publié en 1649, mais rédigé longtemps avant son apparition, l'Art de la peinture renferme une partie purement didactique et pratique, qui resta longtemps classique parmi les artistes espagnols, et une partie esthétique et philosophique, marquée au coin du pédantisme le plus dogmatique et qui n'est guère qu'aride et rebutante. 

Dans son étroite orthodoxie, Pacheco entend ne rien abandonner à l'imagination de l'artiste; il donne des formules pour toutes les compositions sacrées, formules imprescriptibles et exclusives de toute liberté; pour lui, le texte sacré est tout; l'inspiration de l'artiste n'est rien; formes, attitudes, expressions, costumes, il prétend tout prescrire comme autant de règles immuables et enfin, résumant ses théories, il écrit que « l'art n'a d'autre mission et d'autres fins que de porter les hommes à la piété et de les conduire vers Dieu ». Tel est ce livre, oeuvre de théologien et de casuiste plutôt que d'artiste et dont l'orthodoxie valut à Pacheco d'être chargé par le Saint-Office des fonctions de revisor, on d'examinateur et de censeur des ouvrages de peinture et de sculpture exécutés en Andalousie

L'art de la peinture renferme également quelques curieux détails que Pacheco donne tant sur ses débuts que sur ses principaux ouvrages : malheureusement, son livre reste d'un trop regrettable laconisme sur les oeuvres et la vie de son illustre élève et gendre, Diego Velazquez, sur lesquelles il eût pu nous révéler tant de précieux renseignements et de particularités intéressantes. Velazquez et Alonso Cano devinrent en effet, après son voyage à Madrid, les élèves de Pacheco; le premier avait passé quelque temps dans l'atelier de Herrera le Vieux, et le second dans celui de Juan del Castillo. 
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Jésus servi par les Anges, de F. Pacheco, 1615 (musée Goya de Castres).

La maison de Pacheco, qui était lui-même un lettré, un érudit et un poète, était alors le rendez-vous de tout ce que Séville renfermait d'hommes éminents dans les arts et les lettres; c'est grâce à ces circonstances que le maître put entreprendre, d'après ses amis et ses hôtes de passage, une collection de portraits d'un grand intérêt. Il en réunit ainsi un certain nombre, dessinés à la plume ou aux crayons noir et rouge, qu'il accompagna d'éloges en forme de notices biographiques et qui formèrent un manuscrit, aujourd'hui en grande partie perdu, auquel il donna ce titre Libro de verdaderos retratos de illustres y memorables varones. De la partie qu'on a conservée, une publication en fac-similé a paru à Séville et à Madrid. 

En 1623, Pacheco fit de nouveau un voyage dans la capitale de l'Espagne; il y accompagnait son gendre Velazquez, mandé à la cour de Philippe IV et qu'il désirait présenter lui-même à ses amis. Il put ainsi assister aux premiers succès qui marquèrent les débuts de Velazquez. Revenu à Séville, Pacheco reprit ses travaux et peignit pour les couvents plusieurs suites importantes de compositions religieuses, à présent dispersées, mais dont quelques-unes, échappées aux désastres et aux guerres qui ont, durant le premier quart du XIXe siècle, ravagé l'Andalousie, sont conservées au musée provincial de Séville. Nous citerons entre autres : Saint Pierre Nolasque dans une barque, avec des captifs, où, sous les traits du rameur, on a prétendu reconnaître le portrait de Cervantès, et l'Apparition de la Vierge à saint Ramon-Nonnato. On peut constater dans ces deux peintures quelle évolution vers l'étude du réel et du vrai s'était opérée chez Pacheco, d'abord sectateur de l'école romaine, et quels progrès s'étaient opérés dans sa manière à la suite de ses voyages à Madrid. (Paul Lefort).

Joaquin Francisco Pacheco est un homme politique et juriste espagnol, né à Ecija (Andalousie) le 22 février 1808, mort à Madrid le 8 octobre 1865. Il étudia le droit à Séville et fut amené à Madrid par les sollicitations de son ami, le célèbre écrivain Donoso Cortès. Fixé dans la capitale (1834), il s'adonna à la politique, au journalisme et aux travaux d'avocat. Il écrivit d'abord dans le Diario de la Administracion, fondé par D. Favier de Burgos, et puis dans les journaux politiques, el Siglo, la Abeja, el Español, et dans la Cronica juridica. Ses articles traitaient surtout des réformes dans l'administration de justice. En 1836, il fut élu député et il le resta jusqu'en 1843, date de sa nomination comme fiscal de la Cour de cassation (Tribunal supremo). Dans la même année 1836, il fonda, avec Bravo Murillo et Perez Hernandez une revue technique, le Boletin de Jurisprudencia y Legislacion, dans laquelle il continua à exposer ses doctrines juridiques.

Peu après, en 1837, il prononça dans l'Ateneo de Madrid ses célèbres leçons sur le droit pénal, qu'il continua pendant trois années. D'où le livre Estudios de derecho penal, publié en 1842. En 1847, il fut nommé chef d'un ministère qui ne dura que six mois; mais il fut de nouveau ministre en 1854 avec Espartero et O'Donnell, et en 1864 avec Mou et Canovas. C'était un conservateur modéré, doctrinaire, éclectique, mais éclairé et tolérant. Le parti représenté par Canovas del Castillo a eu dans Pacheco un de ses précurseurs. Il aida beaucoup aussi à la formation de l'Union libérale, qui joua un rôle si considérable dans les affaires politiques de la fin du règne d'Isabelle II

Croyant fermement à l'avènement de la démocratie, il trouvait que le meilleur moyen de sauver l'ancien régime était de profiter de la force démocratique en l'enrayant. Mais le nom de Pacheco reste surtout comme avocat et comme pénaliste. Il fut l'âme de la commission des codes qui donna en 1848 le Code pénal, en vigueur  après la réforme de 1850 et jusqu'à 1870. Il compléta cette oeuvre avec ses Comentarios qui ont eu une grande autorité. Il écrivit aussi : Comentarios a las leyes de Toro; Estudios sobre las leyes de desvinculacion; Ensayo sobre los recursos de nulidad; Juicio critico del fuero juzgo; Historia de la regencia de la reina Cristina (inachevée); Historia de las Cortès de 1837 et quelques travaux littéraires. Pacheco était membre des Académies espagnole, des sciences morales et politiques et des beaux-arts. II fut un des plus notables orateurs de son époque. (R. A.).

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Dictionnaire biographique
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