 |
Tache. -
Le Soleil et les différentes planètes
présentent à leur surface, lorsqu'on les observe avec une
lunette, un certain nombre de parties obscures ou taches. Elles ont notamment
permis de constater la rotation de ces astres sur eux-mêmes et d'en
calculer la durée. Ainsi, les taches que nous apercevons sur la
surface de la Lune
sont-elles toujours à peu près les mêmes : d'où
il résulte quelle nous présente constamment le même
hémisphère, ce qui prouve qu'elle est animée d'un
mouvement rotation qui s'effectue dans le même
temps que sa révolution autour de la
Terre.
Les taches du Soleil sont
des régions sombres de la photosphère
qui apparaissant temporairement sur notre étoile,
le plus souvent par petits groupes. Leur étendue
peut être très variable. Quelques-unes ont des dimensions
considérables, parfois colossales : telle celle signalée
en 1858, dont le diamètre égalait près de 18 fois
celui de la Terre et qui couvrait 1/36e
environ de la surface visible du Soleil. Pendant les seules années
1882 à 1885, cinq mesurèrent de 86 000 à 144 000 km.
Les taches ont des
durées d'existence également très diverses : un à
deux mois en moyenne, quelquefois deux à trois jours, deux à
trois heures. Celle de 1840-41 reparut pendant dix-huit mois consécutifs.
Elles ne se produisent
pas indifféremment sur tous les points du disque. On en rencontre
très rarement aux latitudes supérieures à 40°
et la plupart se montrent dans les limites de deux zones symétriques,
comprises, pour chaque hémisphère, entre 10° et 35°.
Elles changent incessamment de forme et de dimensions et possèdent
de petits mouvements propres. Enfin, leur nombre passe par des maxima et
des minima très accentués, correspondant aux maxima et aux
minima de l'activité solaire, et
qui se représentent, d'une façon normale et moyenne, d'après
les calculs qu'en faisait déjà au XIXe
siècle Rudolf Wolf ,
tous les 11 ans 1/9.
L'assombrissement
localisé de la photosphère solaire que représentent
ces taches est tout relatif et exprime d'abord le fait que la température
y est plus basse. Elle peut ainsi être de 2000 K inférieure
à celle des régions environnantes. Ces taches correspondent
aux régions où des lignes de champ magnétique (très
resserrées) s'extraient du Soleil ou y replongent. En pratique,
cela signifie que l'on rencontrera des groupes de taches allant par paires
: on a d'un coté des taches d'une certaine polarité magnétique
(par exemple pour les lignes "sortantes") à une autre groupe de
taches associé et de polarité inverse (pour les lignes "rentrantes").
Diverses techniques (notamment la tomographie Doppler) ont également
permis de mettre en évidence l'existence de taches à la surface
d'autres étoiles.
-
Taches
solaires observées par Scheiner en avril 1625.
(Source
: The Galileo Project).
-
Les
anciens n'avaient pas été sans remarquer les taches du Soleil,
mais ils ne pouvaient les distinguer que fort imparfaitement et ils les
attribuaient, comme encore Képler ,
en 1609, à l'interposition de planètes ou d'autres corps
quelconques, voire même à des illusions d'optique. Les Chinois
s'étaient montrés, semble-t-il, plus clairvoyants, car l'ouvrage
de Ma-twan-li contient, à cet égard, un tableau de 45 observations
faites entre les années 301 et 1205 de notre ère. Suivant
leur grandeur, les observateurs les y comparent à un neuf, à
une datte, à une prune, etc.
En
Europe, leur découverte suivit de quelques mois - et elle n'y pouvait
manquer - l'invention de la lunette astronomique : elle fut faite presque
simultanément et séparément, en 1610 et en 1611, par
Fabricius ,
Galilée
et Scheiner .
Fabricius reconnut tout de suite, que les taches sont adhérentes
à la surface du Soleil et que cet astre tourne sur lui même
en les entraînant avec lui. Mais c'est sans doute Scheiner les a
observées ensuite avec le plus de soin, et c'est à ses observations
que l'on attribue généralement la connaissance de plusieurs
résultats qui ont été des jalons historiquement importants
:
1°)
Le nombre, la grandeur, la forme et la situation des taches solaires sont
très variables.
2°)
Elles sont animées d'un mouvement qui, vu de la Terre, paraît
s'effectuer de l'orient vers l'occident; mais qui vu du centre du soleil
se fait de l'occident vers l'orient, comme tous les mouvements propres
des corps célestes. Vers la fin de mai et au commencement de juin
ces taches décrivent des droites inclinées par rapport à
l'écliptique, et paraissent se mouvoir obliquement du nord au sud.
A la fin de novembre ou au commencement de décembre elles décrient
des droites dans la direction du midi au nord. Pendant le reste de l'année
elles se meuvent dans des portions d'ellipse, dont la concavité
est tournée vers le nord depuis le commencement de juin jusqu'au
commencement de décembre, et tournée vers le sud depuis le
commencement de décembre jusqu'au commencement de de juin.
3°)
Les taches du Soleil qui partant du bord oriental de cet astre sont parvenues
à son bord occidental disparaissent pendant un intervalle de temps
à peu près égal à la durée de leur apparition;
elles reparaissent ensuite vers le bord oriental pour recommencer la même
route, ce qui fait voir qu'elles sont adhérentes à la surface
du Soleil; et comme elles paraissent toujours très étroites
sur le bord du disque de cet astre, il est possible de déduire qu'elles
ont peu de hauteur. Les taches solaires sont donc supposées plates
et adhérentes à sa surface; et puisqu'elles font leur révolution
dans l'intervalle de 25 jours et demi, il en résulte que le Soleil
est animé d'un mouvement de rotation qui s'effectue dans le même
temps.
4°)
Les lignes que les taches décrivent ne nous paraissant pas toujours
droites, ce qui devrait cependant être si l'équateur du Soleil
était dans le plan de l'écliptique, puisque les centres du
Soleil et de la Terre ne sortent jamais de ce plan, on a conclu que l'équateur
du Soleil est incliné par rapport à l'écliptique.
Les
observations furent poursuivies d'une manière assez continue, mais,
jusque vers le milieu du XIXe
siècle, sans une assiduité bien régulière.
Et même si parfois on avait cru y découvrir des indications
de ce qu'à la surface du Soleil existaient "de vives effervescences,
dont les volcans n'offrent qu'une très faible image" (Libes),
on avait surtout noté que les taches n'étaient que passagères.
Leur attribuant généralement une nature nuageuse et on s'en
était un peu désintéressé.
De
nos jours, les observatoires du monde entier suivent, avec la plus grande
attention, les moindres manifestations et toutes les phases du phénomène.
C'est, en effet, pour partie, par leur étude qu'on espère
parvenir à percer le mystère de la constitution véritable
du Soleil.
Gros
plan sur une tache solaire.
(Source
: Institut Suédois de
physique solaire).
Une tache solaire se
compose, en général, de deux parties : une partie centrale,
très sombre, presque noire, le noyau ou ombre, et, tout autour,
une zone annulaire et frangée, la pénombre, qui est moins
foncée et généralement composée de longs filaments
rayonnant vers le dedans. Les contours, limites de séparation du
noyau et de la pénombre, ainsi que ceux qui bornent la pénombre
sur le disque du Soleil, sont, d'ordinaire, nettement tranchés,
et l'éclat relatif de cette dernière est un peu renforcé
dans ses parties voisines du noyau noir. Lorsque la tache commence à
apparaître sur le bord oriental du disque (le bord gauche pour l'observateur
placé en Europe), la rive orientale de sa pénombre est vue
seule, puis, le noyau devient visible, puis la rive occidentale. Sa forme
générale est, en outre, le plus souvent, pendant cette première
période, fort irrégulière. Elle devient circulaire
à mesure que la tache s'avance vers le centre du Soleil, et la pénombre
se montre alors dans tout son développement, avec le noyau en son
centre. Enfin, à l'approche de la disparition de la tache
sur le bord occidental, les premiers phénomènes se représentent
dans l'ordre inverse, la rive occidentale de la pénombre restant,
en fin de compte, seule visible.
Cette
variation simultanée de forme et de position, constatée dès
le XVIIe siècle
a conduit les astronomes à voir les taches comme des cavités
en forme d'entonnoir, constituant autant de creux à la surface de
l'enveloppe lumineuse du soleil, de la photosphère, et mettant à
découvert, à nu, par l'ouverture ainsi déterminée
dans cette enveloppe, essentiellement mobile et déchirable, le globe
lui-même, beaucoup plus sombre. Le Dr Wilson ,
de Glasgow, a mis, pour la première fois, ce fait en lumière,
en 1769. Les expériences de Warren de La Rue ,
de Stewart ,
du P. Secchi ,
de Tacchini ;
de Loewy ,
et, après eux, de Ricco et du P. Sidgreaves, sont venues confirmer
cette théorie. Warren de La Rue en a même donné une
démonstration ingénieuse. Il a pris, à quelques jours
d'intervalle, deux photographies : en les regardant simultanément
au stéréoscope, on voit les taches se modeler en creux. Ricco
a trouvé, pour leur profondeur moyenne, en mesurant la largeur de
leurs pénombres, 1037 km.
|
|