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Association.
- La philosophie empiriste de la fin du XIXe
siècle désigne par ce terme la propriété
que nos états de conscience ont de
se susciter les uns les autres et de s'unir par certains rapports. Quoique
l'expression "association des idées" ait prévalu dans l'usage,
elle est, en réalité, inexacte. Ce n'est pas seulement une
idée
qui éveille une autre idée, mais une perception
qui s'associe à une idée, un sentiment qui en suscite un
autre ou qui suggère une idée ou qui donne naissance à
un mouvement : bref, entre toutes les manifestations de notre vie psychique,
quelles qu'elles soient, il y a des associations possibles et le mot idées
ne peut être conservé qu'à la condition d'être
considéré comme synonyme d'états de conscience. Ce
fait de l'association est si bien connu de tout le monde qu'il est superflu
de le décrire.
Chacun sait qu'il
y a continuité dans notre pensée,
que nos états de conscience forment une chaîne; qu'aucun n'est
solitaire; que, suscité par un ou plusieurs états antérieurs
qui lui cèdent la place, le nouveau venu en éveille d'autres
qui le chassent à son tour. Telle est, en effet, la nature de notre
esprit
que nous ne pouvons avoir la conscience claire que d'un petit nombre d'états
à la fois. Quelques psychologues ont cherché à déterminer
quel pouvait être ce nombre maximun. quelle est la plus longue association
que la conscience puisse contenir. Hamilton
la fixait un peu arbitrairement à huit états successifs.
Wundt, qui a repris la question, non plus par l'observation
intérieure, mais à l'aide de recherches expérimentales
faites dans son laboratoire psychophysique de Leipzig, en trouve douze.
Mais il s'agit de perceptions extrêmement simples : les coups d'un
pendule entrecoupés d'une manière régulière
par les coups d'un timbre (Physiologische Psychologie; Leipzig,
t. II, pp. 243 et suiv., 2e édit.).
Pour des états plus complexes et dont la durée est plus longue,
ce maximum doit nécessairement être inférieur, et l'on
voit que dans cette chaîne d'états associés, qui constituent
notre vie mentale, il n'y en a jamais qu'un très petit nombre qui
soit, - à proprement parler, dans la conscience. Quoique ce
fait de l'association par sa généralité même
fût de ceux dont l'étude s'imposait à la psychologie,
ce n'est que dans les temps modernes qu'il a été examiné
scientifiquement.
L'Antiquité
ne nous a guère laissé sur ce point qu'un texte très
court d'Aristote (De la réminiscence,
II) mais qui, dans sa brièveté, donne l'essentiel et porte
la marque d'exactitude et de précision de ce grand naturaliste.
C'est à Hobbes qu'on rapporte l'honneur
d'avoir inauguré cette étude; toutefois ce que l'on rencontre
sur ce point dans ses écrits est assez maigre. Malebranche
et Locke, mais surtout Hartley
et Hume, accordent à l'association un rôle
prépondérant. A partir de la fin du XVIIIe
siècle, il n'est pas d'ouvrage de psychologie qui n'en parle longuement.
Enfin, vers le milieu du XIXe siècle
s'ouvre une nouvelle période: l'association n'est plus considérée
comme une faculté spéciale de l'esprit, mais comme sa loi
même; on lui reconnaît un caractère de compréhension
et de généralité tel qu'elle sert à tout expliquer
: c'est la doctrine qui a pris le nom de théorie de l'association
ou associationisme. En résumé,
deux phases ont été parcourues : l'une descriptive, l'autre
explicative. Nous allons parler ici de la première.
La première
tâche qui se présentait au psychologue c'était de déterminer
aussi rigoureusement que possible les diverses formes d'association et
de les classer. Hume les réduisait à trois : la ressemblance,
la contiguïté dans le temps ou dans le lieu, la causalité.
Après lui, l'école écossaise, tout en admettant ces
trois formes, en ajouta d'autres : rapport de signe à chose signifiée,
du moyen à la fin, rapport de contraste. Il est certain qu'un grand
nombre d'associations se produisent sous ces diverses formes, mais elles
sont réductibles à celles reconnues par hume. Si un signe
rappelle une chose, n'est qu'il y a entre eux contiguïté dans
le temps et dans l'espace. Si les moyens suscitent l'Idée du but,
c'est qu'ils le produisent : il y a donc un rapport de cause à effet.
L'association par contraste, très fréquente, est plus obscure
: elle repose cependant soit sur une contiguïté antérieure,
soit sur une ressemblance partielle. Cette multiplicité de rapports,
admise par certains auteurs, peut avoir son utilité pour donner
une description complète du phénomène, pour le montrer
sous toutes ses faces, mais elle multiplie sans nécessité
les divisions et n'a aucun caractère dune classification rigoureuse.
Les trois formes admises par Hume sont-elles irréductibles? L'école
associationiste les réduit en général à deux
: la ressemblance, la contiguité : cette dernière se présentant
sous deux formes, la simultanéité et la succession. La causalité
est ramenée à la succession dont elle n'est qu'un cas particulier.
Enfin Stuart Mill ramène toute la théorie
de l'association à une loi unique (sur laquelle nous reviendrons
plus loin) : Quand deux états ou deux idées ont été
pensés une ou plusieurs fois en connexion étroite l'un avec
l'autre, l'esprit acquiert par Ià même une tendance à
les penser ensemble et cette tendance est d'autant plus forte qu'ils ont
été plus souvent unis dans l'expérience.
Plusieurs auteurs
distinguent les associations en accidentelles et rationnelles. La rêverie,
le rêve avec ses incohérences et en général
tous les états de l'esprit où nos idées s'associent
spontanément, où notre pensée flatte comme au hasard,
représentent le premier groupe. C'est le pur automatisme de l'esprit.
Si l'on étudie cet état sur soi-mémo ou sur les autres,
on remarquera que, dans certains cas, l'association entre les deux idées
est immédiate et que rien n'est plus facile que d'en déterminer
la cause; dans d'autres cas, le lien échappe à première
vue, la réflexion seule le découvre, c'est une association
médiate qui ne peut s'expliquer que par cette hypothèse que,
entre les deux idées, il s'est produit un travail cérébral
qui a permis le passage de l'une à l'autre, mais sans que les intermédiaires
parviennent à la conscience. C'est l'association latente : elle
a été comparée à ce phénomène
physique dans lequel plusieurs billes étant suspendues et en contact
les unes avec les autres, le mouvement imprimé à la première
ébranle la dernière seule. les billes intermédiaires
qui ont transmis le mouvement restant immobiles. Quant aux associations
rationnelles, ce sont celles qui résultent de la réflexion
et du gouvernement de l'esprit par lui-même : elles supposent une
convergence vers un but fixe, un triage entre les idées qui s'éveillent
avec élimination de celles qui sont jugées nuisibles ou indifférentes.
Elles constituent le fonds de tous nos raisonnements. Mais il faut remarquer
que cette division en rationnelles et accidentelles n'a aucun des caractères
d'une bonne classification : elle ne répond pas à la nature
des choses; elle est subjective, anthropologique; elle exprime simplement
deux modes différents de notre vie mentale, l'un spontané,
l'autre réfléchi. Si maintenant l'on considère le
fait de l'association sous une forme plus concrète, c. -à-d.
chez divers hommes déterminés, et si on les compare entre
eux, on sera frappé des différences. Une même impression
servant de point de départ produira chez l'un une série d'images
et d'idées poétiques, chez un autre une suite de déductions
scientifiques, chez un troisième un ensemble de considérations
utilitaires et ainsi de suite. La vue d'un chêne éveille des
associations toutes différentes pour un poète, pour un peintre,
pour un botaniste, pour un propriétaire, pour un bûcheron.
Mais chacun de ces modes d'association n'est lui-même que la résultat
et l'expression visible d'une cause plus profonde dont nous n'avons pas
à nous occuper ici et qui est son caractère, son tempérament,
sa constitution naturelle. (Th. Ribot ). |
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