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Jusqu'ici tout s'explique
sans efforts; les difficultés vont se présenter. Au midi
de l'Islande ,
au nord-est de l'Ecosse ,
entre les 61e et 65e
degrés de latitude, on aperçoit une grande île entourée
de plusieurs petites. Cette terre, appelée Frisland, appartenait
au roi de Norvège ,
mais elle lui fut enlevée par un prince du nom de Zichmni ou Zicno
qui, à l'instar des anciens héros vikings,
fondait sa puissance et sa gloire sur des expéditions maritimes
pour ne pas dire des courses de piraterie. Cette île de Frislande
est nommée, dans la Vie de Christophe Colomb,
de manière à laisser douter si cet illustre navigateur l'a
visitée en 1477 ou si c'est vers l'Islande qu'il avait dirigé
sa course; elle a été copiée, d'après, la carte
de Zeno, par beaucoup d'auteurs du XVIe
siècle. Le navigateur anglais Frobisher,
en se dirigeant d'après la carte de Zeno, crut même l'avoir
retrouvée à 26 degrés à l'ouest des Orcades,
mais il paraît démontré que c'est la pointe méridionale
du Groenland
qu'il prit pour la Frislande, tandis qu'il appliqua le nom de Groenland
aux îles situées au nord de la terre de Labrador.
Lorsque les voyages réitérés
des modernes eurent démontré qu'il n'existait aucune terre
dans la position indiquée par Zeno, les géographes se partagèrent
d'opinion sur la Frislande. Ortelius avait déjà
soutenu que c'était une partie de l'Amérique
septentrionale, et particulièrement de la Nouvelle-Angleterre, nom
qu'on étendait alors jusqu'aux environs de Terre-Neuve. C'est probablement
d'après ce passage d'Ortelius que Cluver parle de la Frislande comme
d'un pays soumis au roi d'Angleterre .
D'autres supposèrent que la petite île de Bus ou de Bry, au
sud de l'Islande ,
était un reste de la Frislande qui avait été submergée.
Il y en eut qui osèrent considérer l'existence de la Frislande,
et même tout le voyage de Zeno, comme une fable.
Une nouvelle explication s'est présentée
à l'esprit de deux auteurs modernes, Buache
et Eggers, en suivant deux voies différentes. Buache a montré
que la position géographique de la Frislande répond à
celle de l'archipel des des Féroé .
Zeno dit expressément que les îles d'Estland ou Shetland étaient
entre la Norvège
et la Frislande. La distance de vingt journées de navigation entre
cette dernière terre et le cap méridional d'Engroneland ou
Groenland ,
évaluée à 20 lieues marines par jour, nous reporte
vers les Féroé, dont la latitude correspond à celle
de la Frislande. Eggers, de son côté, s'est plus attaché
à démontrer l'identité des noms, tels que Monaco ou
le moine, rocher au sud de cet archipel; Sorand ou Sorrey, pour Sudereyen,
l'île la plus méridionale; Sudero-golfo, encore aujourd'hui
appelée détroit de Suderöe; Andeford ou Andefiord, baie
des canards, et d'autres ressemblances moins évidentes. Si à
ces arguments on ajoute que Zeno, en nommant toutes les possessions du
roi de Norvège attaquées par Zichmni, passe sous silence
l'archipel de Féroé, et que, de l'autre côté,
aucun écrivain islandais ne connaît la Frislande, l'identité
de ces deux contrées, désignées sous deux noms différents,
devient extrêmement vraisemblable. La grande étendue de l'île
principale dans la carte de Zeno provient sans doute de ce que le dessin
original, très délabré lorsqu'il fut copié,
n'offrait qu'une image confuse des canaux qui séparent entre elles
les Féroé.
D'ailleurs, les exagérations de
ce genre sont très communes dans les cartes du Moyen âge
( La géographie au Moyen Âge ).
Quant au nom de Frislande, que Frobisher et
les auteurs anglais écrivent Freesland, il semble n'être qu'une
modification de celui de Fereys-land ou terre de Foeröe ;
dénomination pléonastique, il est vrai, mais analogue au
genre des langues scandinaves.
Forster, qui d'ailleurs a très mal
expliqué le voyage de Zeno, observe qu'un comte Sinclair, possesseur
des Orcades vers la fin du XIVe siècle,
pourrait bien être le prince Zichmni ou Zicno de ce voyageur.
Avant de parler des terres découvertes
au sud-est de la Frislande, examinons le haut de la carte.
Au nord de l'Islande ,
on voit une immense péninsule semblable, par sa configuration, au
Groenland ,
mais qui au nord-est va joindre la Norvège ;
il est vrai que la liaison n'est formée que par une ligne vague,
où les mots « mare e terre incognite » indiquent les
doutes de l'auteur. Toutefois, la relation dit positivement que Nicolo
Zeno, allant de l'Islande, et probablement de l'Islande orientale au nord,
trouva une terre appelée Engrouiland dans le texte, mais qui sur
la carte porte les deux noms d'Engronelandt et de Grolandia, l'un placé
à l'ouest, l'autre à l'est. L'un et l'autre mot rappelle
le Groenland; mais les noms particuliers ne répondent pas à
ceux que donnent les topographies très détaillées
des colonies scandinaves. Le seul endroit habité que la relation
indique ressemble un peu à un château des fées, et
a servi d'argument à ceux qui traitent de fabuleux tout le voyage.
Dans l'Engrouiland, selon la relation,
ou dans le Grolandia, selon la carte, Zeno trouva un monastère
de Frères prêcheurs, et une église dédiée
à saint Thomas, située près d'une montagne qui jetait
du feu comme l'Etna et le Vésuve.
«
Il y a, dit-il, dans cet endroit, une source d'eau bouillante, avec laquelle
les moines échauffent l'église, le monastère
et leurs chambres. Parvenue à la cuisine, l'eau est encore si chaude,
qu'on n'a pas besoin de feu pour apprêter les mets. Pour faire du
pain, il suffit de mettre la pâte dans des pots de cuivre, et de
tenir ces vases dans l'eau; le pain cuit de cette manière comme
s'il était dans un four. Il se trouve aussi dans ce monastère
de petits jardins couverts en hiver; on les arrose avec cette eau, ce qui
les garantit de la neige et du froid, qui, dans ces pays situés
si près du pôle, est extrèmement piquant. Par ce moyen,
les moines font venir des fleurs, mûrir des fruits et pousser diverses
espèces de plantes qui végètent aussi bien que si
elles se trouvaient dans des climats tempérés; au point que
les sauvages grossiers qui habitent ces contrées, étonnés
de ces effets, qu'ils regardent comme surnaturels, prennent les moines
pour des dieux, et leur portent toute sorte de présents, tels que
des poules, de la viande et différentes autres choses : ils révèrent
ces moines comme leurs seigneurs. Ceux-ci, non seulement chauffent leurs
maisons au degré qu'ils jugent convenable, mais, en ouvrant leurs
fenêtres, ils peuvent, en un instant, diminuer la chaleur à
volonté. Ils n'emploient, pour les bâtiments de leur monastère,
d'autres matériaux que ceux qui leur sont fournis par le volcan;
ils prennent, à cet effet, les pierres qui sont lancées en
forme de scories ou fraisil par la bouche de la montagne, et, pendant qu'elles
sont encore brûlantes, ils jettent de l'eau dessus : elles se dissolvent
entièrement par ce moyen, et se convertissent en une bonne chaux,
qui, après avoir été employée, se lie si bien
qu'elle dure à jamais. Les scories, lorsqu'elles sont froides, servent,
au lieu de pierres, à faire des murs et des voûtes très
solides; car, lorsque ces matières sont une fois refroidies, elles
ne peuvent être entamées que par un instrument de fer. Les
voûtes faites avec ces scories sont si légères qu'il
n'est pas besoin d'appui pour les soutenir, et qu'elles se maintiennent
toujours entières. Ces facilités sont cause que les moines
ont construit une quantité étonnante de murs et de bâtiments
de différentes espèces. Les couvertures et les faîtes
de leurs maisons se font, pour la plupart, de la manière suivante
: le mur est élevé d'abord perpendiculairement à la
hauteur qu'on veut lui donner; on le conduit ensuite dans une direction
inclinée jusqu'à ce qu'il se ferme en voûte. On n'est
cependant, dans ce pays, guère incommodé de la pluie, car
la première neige qui tombe reste gelée pendant l'espace
de neuf mois, temps que dure l'hiver. Le peuple vit d'oiseaux sauvages
et de poissons. L'eau chaude du volcan, en se jetant dans un grand havre,
empêche la mer d'y geler; ce qui attire en cet endroit une si grande
quantité de poissons et d'oiseaux que les religieux en prennent
autant qu'il leur en faut pour leur subsistance et pour celle d'un grand
nombre d'habitants du pays, qu'ils occupent continuellement, tant à
bâtir qu'à la chasse et à la pêche, ainsi qu'à
divers autres ouvrages et affaires relatives au monas tère. Leurs
maisons sont bâties autour de la montagne, de chaque côté;
la forme en est ronde; elles ont vingt-cinq pieds de largeur; elles s'élèvent
en cône, au sommet duquel ils ménagent une petite ouverture
pour avoir du jour ou de l'air. Le plancher de la maison est si chaud que
le froid le plus rigoureux ne se fait point sentir dans l'intérieur.
Il
arrive dans cet endroit, pendant l'été, un grand nombre du
petits navires des îles voisines et du cap qui est au-dessus de la
Norvège, ainsi que de Trondon (ou Drontheim); ils sont chargés
de toutes sortes d'objets d'agrément ou d'utilité, destinés
pour les pères, qui donnent en échange des peaux de différents
animaux et du poisson qu'ils ont fait sécher au soleil ou qu'ils
ont conservé au moyen du froid. Ces moines reçoivent à
leur tour du bois pour le chauffage et des ustensiles de bois très
ingénieusement sculptés, avec différents grains et
du drap pour se vêtir. L'échange des deux derniers articles,
dont toutes les nations voisines ont besoin, aide les religieux à
se procurer, sans peine et sans dépense, tout ce qu'ils peuvent
désirer. Des moines de Norvège, de Suède et d'autres
pays, mais principalement d'Islande, se ren dent à ce monastère
: on y trouve toujours, durant l'hiver, un grand nombre de navires qui
ne peuvent sortir, parce que la mer est tout-à-fait gelée,
et qui attendent le retour du printemps.
Les
barques des pêcheurs d'Engroneland ont la forme d'une navette de
tisserand; elles sont faites d'os d'animaux marins, recouverts de peaux
de poissons cousues en plusieurs doubles; ces barques sont si imperméables
et si solides, que, dans les plus grandes tempêtes, ceux qui les
montent se contentent de s'y tenir tranquilles, peu inquiets de l'endroit
où les vents et les vagues les porteront, bien persuadés
d'ailleurs que leurs barques ne courent pas risque d'être fendues
ou submergées; même s'il arrive qu'elles soient jetées
sur un roc, elles ne sont pas endommagées. Ils ont, au fond de ces
barques, une espèce de manche qui est toujours serrée fortement
dans le milieu; et lorsqu'il est entré de l'eau dans la barque,
ils la font couler dans une moitié de la manche, dont ils lient
le bout avec deux morceaux de bois. Lâchant ensuite la manche
en bas et en dehors, ils évacuent l'eau. Cette opération
est répétée aussi souvent qu'il est nécessaire,
sans le moindre danger ni dommage."
Ce tableau des merveilles d'Engroneland offre
probablement des fragments d'une relation véridique, mal réunis,
et surtout mal appliqués. Le fameux mont ignivome de l'Islande ,
les bains que les anciens habitants de cette île avaient construits
en y employant des sources thermales, les églises
et monastères du Groenland ,
qui possédaient en domaine presque tout ce pays, les barques de
cuir des Inuit; toutes ces circonstances, vraies en elles-mêmes,
auront été accumulées pour former l'ensemble fantastique
que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs. Un peu de vanité
chez Zeno le voyageur, ou un peu de négligence chez Zeno le rédacteur
de la relation, auraient facilement pu faire naître cette confusion.
Conformément à ces explications, nous regardons la côte
orientale du Groenland de la carte de Zeno comme n'étant autre chose
que la côte sud-est mal orientée et étendue outre mesure,
peut-être d'après les récits ou inexacts ou mal compris
de quelque Islandais.
A plus de mille milles à l'ouest
de la Frislande, ou des Féroé ,
et au sud du Groenland ,
la carte et la relation de Zeno indiquent deux côtes nommées
Estotiland et Droceo. Voici comment ces pays auraient été
découverts. Une barque de pêcheurs de Frislande, jetée
par une tempête très loin à l'ouest, attérit
à une île nommée Estotiland, dont les habitants conduisirent
les Frislandais dans une ville bien bâtie et peuplée, où
demeurait le souverain. Un interprète qui parlait latin, et qui
avait également été jeté sur cette côte
par le hasard, se fit comprendre des naufragés, et leur intima l'ordre
de rester dans l'île. Ils apprirent la langue du pays. L'un d'eux,
ayant pénétré dans l'intérieur, assura que
l'île, moins étendue que l'Islande, était beaucoup
plus fertile; qu'elle abondait en toutes sortes de denrées, et que
le centre était occupé par une haute montagne d'où
sortaient quatre rivières. Les habitants exerçaient divers
arts et métiers; ils avaient des caractères d'écriture
qui leur étaient particuliers. Dans la bibliothèque du roi
se trouvaient des livres latins qu'ils n'entendaient pas. Le commerce avec
l'Engroneland leur fournissait du soufre, de la poix et des fourrures.
Ces insulaires semaient du blé, buvaient de la bière, demeuraient
dans des maisons de pierre, et naviguaient, quoique sans le secours de
la boussole. Les Frislandais, munis de cet instrument, furent chargés
par le roi d'Estotiland d'une expédition maritime vers un pays situé
au sud, et nommé Drogeo ou Droceo. Le malheur les fit tomber entre
les mains d'une nation d'anthropophages; un seul Frislandais, épargné
à cause de son habileté dans la pêche, devint un sujet
de guerre entre les chefs de ces sauvages; chacun voulut posséder
un esclave aussi utile; transféré d'un maître à
l'autre, il fut à portée de connaître toute cette contrée.
Il assura que c'était un pays fort étendu, et comme un nouveau
monde. Les habitants, ignorants et grossiers, ne savaient pas même
se couvrir avec les peaux des bêtes qu'ils tuaient à la chasse.
Armés d'un arc et d'une lance de bois, ils se livraient des combats
continuels. Le vainqueur dévorait le vaincu. Plus loin, au sud-ouest,
des peuples un peu plus civilisés connaissaient l'usage des métaux
précieux, bâtissaient des villes et des temples, mais offraient
cependant des sacrifices humains
à leurs idoles...
Tel fut le rapport du Frislandais, lorsqu'après
de longues années il revint de Drogeo et d'Estotiland dans son pays,
devenu la conquête du prince Zichmni. Ce chef entreprenant se mit
à la recherche des terres occidentales; mais, après avoir
découvert une île nommée Icaria, il fut poussé
vers les parages d'Engroneland. Les tentatives ultérieures qu'il
aura pu faire nous sont restées inconnues, attendu que la suite
de la relation de Zeno n'a pu être retrouvée.
La description de l'Estotiland pourrait
convenir qu'à Terre-Neuve (plus qu'à la terre du Labrador).
Les habitants, assez civilisés, nous paraissent être les descendants
des colons scandinaves de Vinland, chez qui la boussole devait être
inconnue, et dont la langue, pendant trois siècles, avait pu changer
assez pour être devenue presque inintelligible aux pêcheurs
des Féroé .
Les livres latins, circonstance qu'on aurait difficilement pu imaginer,
y avaient sans doute été portés par cet évêque
groenlandais qui, en 1121, se rendit, paraît-il, au Vinland pour
y prêcher le christianisme .
La contrée de Drogeo serait, dans
cette hypothèse, la Nouvelle-Ecosse et la Nouvelle-Angleterre. Les
peuples civilisés qui offraient des sacrifices humains dans de riches
temples, seraient ou les Mexicains, ou quelque ancienne nation de la Floride
ou de la Louisiane. Le nom même d'Estotiland paraît scandinave,
car East-out-land, en anglais, signifierait terre extérieure d'est;
dénomination qui convient à la situation de Terre-Neuve à
l'égard du continent d'Amérique .
Faut-il en déduire nécessairement
qu'après les découvertes des Vikings,
le Nouveau Monde a été retrouvé par les frères
Zeni? On conviendra que ce n'est pas impossible, mais aussi qu'il faut
faire nombres d'hypothèses pour l'admettre, et que l'on peut tout
aussi bien expliquer les affirmations de Caterino Zeno plus simplement
: en admettant, par exemple, que celui-ci a fabriqué, a posteriori
(c'est-à-dire après la Découverte de Colomb
et bien d'autres voyages au-delà de l'Atlantique) une récit
mettant en valeur sa famille et qui tout entier aurait été
puisé dans la documentation, déjà disponible, et plus
ou moins bien assemblée par lui et les géographes de l'époque.
(Malte-Brun). |
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Zeno (Apostolo). -
Poète dramatique et savant, né à Venise
le 11 décembre 1668, mort à Venise le 11 novembre 1750. Tout
jeune encore, il se consacra à la poésie lyrique. Frappé
des défauts des poètes « scicentistes », il forma
le projet d'en purger sa patrie et assigna cette mission à l'Académie
degli Animati, qu'il fonda dès l'âge de vingt-trois ans. Il
composa ensuite (à partir de 1695) un grand nombre de livrets d'opéras
(plusieurs en collaboration avec Pietro Pariati), qui obtinrent un très
grand succès. Il menait de front les travaux littéraires
et les recherches d'érudition; de bonne heure il s'était
mis en relation avec les principaux savants de l'Italie
et de l'étranger (entre autres, Wolf et Montfaucon);
en 1710, il fonda avec Valilisnieri le Giornate de' Letterati d'Italia
(qui parut jusqu'en 1733 en 40 vol.). Ayant en vain sollicité un
emploi à la bibliothèque de Saint-Marc, il quitta sa ville
et se rendit à Vienne, ou l'appelait Charles
VI, qui le nomma bientôt poète et historiographe impérial
(1718).
Apostolo Zeno continua à composer
pour la cour impériale des mélodrames et des opéras,
dont le nombre finit par dépasser la soixantaine. Les sujets en
sont empruntés aux sources les plus variées, à l'histoire
ancienne (Sésostris, Artaxerxès,
Thémistocle,
Alexandre
à Sidon, Scipion,
Lucius
Verus, Pyrrhus, Fabricius), aux romans
de chevalerie (Gt' Inganni felici), aux littératures anglaise
et française (Hamlet, Andromaque ,
Iphigénie ).
Ces mélodrames marquent un grand progrès dans l'histoire
du genre : Zeno simplifie les actions surchargées et ridiculement
romanesques de ses devanciers et s'ingénie à esquisser des
caractères à la fois nobles et naturels; mais chez lui le
style est inférieur à la conception : il est souvent pénible,
lourd, et la versification traînante. C'est lui néanmoins
qui prépara et rendit possible les réformes de Métastase
qu'il désigna comme successeur à Charles
VI. Il fit faire des progrès analogues au mélodrame sacré
(Azione sacra), jusque-là mélange confus de personnages
symboliques et réels s'exprimant dans un jargon pédantesque;
il en composa une vingtaine (publiés en 1735), presque tous sur
des sujets bibliques (Isaïe ,
Ezéchiel ,
Daniel ,
David ,
Joseph ,
Tobie ).
En 1728, des raisons de santé le
décidèrent à quitter la cour impériale. Apostolo
Zeno revint à Venise ,
plus riche de gloire que d'argent, et se remit à ses études
de prédilection. Il entreprit un Corpus des Storici veneziani,
qu'il n'eut pas le temps de terminer, et prépara une édition
annotée de la Biblioteca dell' Eloquenza italiana de G. Fontanini
(Venise 1753); ses notes, souvent diffuses ou confuses, sont une mine de
renseignements précieux. Les Dissertationes Vossianae sont
également une série d'additions et de vérifications
fort savantes à un ouvrage antérieur (celui de Vossius sur
les historiens vénitiens). Citons, parmi ses autres ouvrages :
le Compendio del Vocabolario della Crusca (Venise, 1705), le Compendio
della storia della repubblica di Venezia (ibid., 1774). Ajoutons enfin
qu'il donna à Muratori la première
idée de sa grande collection de documents. |
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